TIIOLOSE PASSE SOUS LA DOMINATION ROMAINE
L'an 587 de Rome, les Tholosates furent témoins de l'entrée des Romains dans les Gaules. Les guerres que les Liguriens et les Saliens entreprirent contre les Marseillais, alliés de la république, servirent de prétexte aux
vainqueurs du monde pour faire une invasion dans ces belles provinces : ces peuples habitaient une grande partie de la Provence. Marseille implora contr'eux le secours de Rome, qui envoya le consul Fulvius avec une forte armée. Celui-ci passa les Alpes, réprima les entreprises des Saliens, et attaqua les Liguriens et les Voconces. Il fut le premier des Romains qui entreprit la conquête de la Gaule Narbonnaise. Sextius Calvinus lui succéda, sous le titre de proconsul, dans le gouvernement des provinces transalpines nouvellement conquises. Les Saliens éprouvèrent la force de ses armes. Sextius devint le fondateur d'une ville à laquelle il donna son nom —-Aquœ Sextiœ (Aix), et soumit les Liguriens et les Voconces à la domination romaine . Doraitius lui succéda. On donna pour collègue à celui-ci Q. Fabius Maximus, qui défit l'armée des Allobroges commandée par Bituit pendant que Domitius traversait le Rhône et allait soumettre les Volces, qui subirent la loi des vainqueurs. Ainsi les provinces connues plus tard sous le nom de Savoie, Dauphiné, Provence, Languedoc et Gaule Narbonnaise, passèrent sous la domination des Romains.
L'an 636 de Rome, le sénat résolut de fonder une colonie dans les provinces nouvellement conquises, afin de contenir les peuples dans le devoir. Narbonne, ville déjà ancienne, fut choisie, et la colonie s'y établit sous les ordres du consul Lucius Crassus. Elle prit alors le nom de Narbo Martius, du nom des vétérans de la légion Martia qui y furent envoyés.
Si Toulouse ne fut point créée colonie romaine au commencement de la conquête, elle fut au moins désignée
pour le lieu d'un convmtus. On entendait par ce mot une assemblée, présidée par le proconsul romain, qui se tenait une fois Tannée dans chacun des cantons désignés, et dans laquelle on traitait de toutes les affaires publiques. Cette ville prenait tous les jours de rapides accroissements et une importance qui devait, plus tard, effacer celle de Narbonne. Elle possédait une forte garnison romaine, quoiqu'elle conservât toute sa liberté et ses franchises. Tout-à-coup les Cimmériens, auxquels on a donné le nom de Cimbres, sortirent de la Scythie au nombre de trois cent mille hommes et s'approchèrent des frontières de la république. Les consuls Papirius Carbo et Junius Silanus furent défaits par ces barbares, qui résolurent alors de se porter vers les provinces des Gaules et y réussirent. Le consul Aurelius Scaurus eut le même sort que les autres ; Cassius Longinus ne fut pas plus heureux, et périt avec Calpurnius Pison, personnage consulaire. Les Cimbres portèrent ensuite la désolation et la mort dans toute la province transalpine.
Les peuples qu'ils redoutaient le plus à cause de leur bravoure étaient les Tholosates. Ils employèrent la voie des négociations pour les attirer dans leur parti, mettant en avant les promesses et les menaces. Les négociations des Cimbres furent si habilement conduites que les Tholosates prirent une résolution hardie, celle d'arrêter prisonnière la garnison romaine qui était dans leur ville. Q. Servilius Cépion était à cette époque gouverneur de la province. La conduite qu'on avait tenue dans la cité par rapport a la garnison romaine n'avait point reçu une approbation générale. Quelques Tholosates, craignant la vengeance des Romains si les Cimbres étaient vaincus, firent avertir en secret le
consul Cépion de s'approcher pendant la nuit des murs de la ville, lui promettant de la lui livrer. Ce projet reçut son exécution : la ville fut prise par le consul et la garnison romaine délivrée.
Depuis déjà bien des siècles d'immenses richesses étaient amoncelées dans les fameux lacs de l'antique Tholose. Cépion, pour se venger des Toulousains et pour satisfaire aussi sa détestable avarice, fit enlever par ses soldats l'or et l'argent qui se trouvaient dans le plus vaste de ces lacs et transporta ce trésor à Marseille. On assure qu'il fit attaquer ce trésor sur la route par une troupe dévouée, et parvint ainsi à s'en emparer au détriment de la république. Les malheurs qui tombèrent ensuite sur la tête du consul, sur sa famille et ses complices, donnèrent lieu de dire en proverbe d'un homme à qui rien ne réussit : « Il a de l'or de Toulouse, habet aurum tolosanum. Rien n'indique dans l'histoire que ce trésor enlevé par Cépion fût renfermé dans l'enceinte de quelque temple. Ce proconsul ne s'empara pas de toutes les richesses des Tholosates, puisque, d'après ce que nous avons déjà observé, les Romains vendirent plus tard les lacs de Toulouse à l'encan.
Le gouvernement de la province des Gaules fut alors partagé entre les consuls Cépion et Manilius, qui ne vécurent pas d'accord entr'eux. Cette mésintelligence favorisa les armes des Cimbres, qui attaquèrent un corps de Romains commandé par Aurelius Scaurus, lieutenant de Manilius, le défirent, et s'emparèrent du général qui fut poignardé par Bidrix, l'un des chefs cimbriques. Les deux généraux romains, qui s'étaient un instant rapprochés dans l'intérêt de la république, se séparèrent de nouveau par une rupture
qui causa les plus grands malheurs aux armes romaines. En effet, les Cimbres, réunissant toutes leurs forces, tombèrent sur les deux armées, et les défirent entièrement. On porte à quatre-vingt mille hommes la perte des Romains. Les Cimbres, après la victoire, se répandirent dans toute la province des Gaules et y portèrent la désolation. Nous ignorons quel fut le sort de Toulouse dans cette circonstance, et si elle eut k subir la loi des vainqueurs. Il est possible qu'à cause de ses négociations avec ces barbares, elle fut moins maltraitée que les autres cités.
Cette défaite jeta la consternation dans Rome. Manilius avait péri dans le combat. Cépion fut ignominieusement dégradé, jeté dans une prison et condamné à mort. Il échappa cependant k la sentence portée contre lui, et termina sa vie à Smyrne, accablé par le malheur.
Les choses allaient prendre une face nouvelle dans la province des Gaules. Marius , vainqueur de Jugurtha roi de Numidie, se mit k la tête d'une nouvelle armée que le consul Rutilius avait réunie, et entra dans les Gaules l'an 650 de Rome. 11 ne fut pas longtemps k s'apercevoir que les provinciaux étaient peu disposés à l'égard des Romains. Une certaine agitation se faisait remarquer dans les esprits ; les Tectosages surtout paraissaient plus remuants que tous les autres. Ayant alors à leur tête un roi ou chef appelé Copillus, ils se mirent en campagne, espérant entraîner les autres peuples. Sylla, lieutenant de Marius, s'opposa à leurs projets et les réduisit , après avoir fait prisonnier Copillus leur chef.
Pendant que Marius recevait k Rome les honneurs d'un quatrième consulat, les Cimbres, qui avaient tente un pas-
sage en Espagne, rentrèrent dans la province. Les Ambrons et les Teutons setaient unis à ces barbares. Le récit de l'expédition et des victoires de Marius sur ces peuples et les Cimbres n'appartient pas à notre histoire ; nous dirons seument que cet habile général parvint à chasser ces ennemis redoutables et à pacifier la province, qui eut successivement pour gouverneurs les consuls Cassius Longinus et Mucius Scévola. Elle fut alors le témoin des tristes divisions de Marius et de Sylla, et des guerres de ce dernier contre Sertorius ; placée, à la suite de ces événements, sous le gouvernement de Lépidus, elle vit quelques-uns de ces peuples partager la révolte de ce consul contre Rome.
A cette époque (l'an 678 de Rome), Fonteius fut nommé gouverneur des Gaules sous la dénomination de préteur, et Pompée reçut ordre de se diriger vers l'Espagne contre Sertorius, qu'il défit entièrement au passage des Pyrénées. Ce grand général, avant cette expédition, avait donné ordre à Fonteius de pacifier les troubles de la province, et d'exécuter le décret qu'il avait porté pour la confiscation des terres des rebelles qui avaient suivi le parti de Sertorius en faveur des partisans de la république. Ce décret fut exécuté avec rigueur; les provinciaux se virent accablés d'impôts et livrés à l'avidité des financiers ou percepteurs. On croit que ce fut à cette époque que quelques villes des Gaules, telles que Toulouse, Béziers et Ruscino, devinrent colonies romaines. Cette mesure était indiquée par la nécessité de contenir les peuples dans le devoir et de récompenser les vétérans. Toulouse eut alors beaucoup à souffrir des exactions de Fonteius, qui venait de frapper les habitants d'un impôt sur le vin, que l'on payait quatre deniers
par amphore. Ne pouvant plus supporter ces exactions, les Volces et les Allobroges envoyèrent au sénat de Rome une députation chargée de porter les plaintes et les demandes des peuples opprimés. Fonteius fut défendu par Cicéron avec une rare éloquence; on fit droit* cependant aux réclamations de la province, et ses habitants purent reconquérir leurs anciens privilèges.
Sertorius, après sa défaite, avait réuni de nouvelles troupes et avait arrêté la valeur de Pompée. Le siège de Calafa orra fut même levé et le général romain obligé d'hiverner dans ces contrées; mais ayant rassemblé, de son côté, une nouvelle armée, il parvint à terminer cette guerre en deux campagnes. Ainsi l'Espagne fut délivrée et la paix rétablie dans la province. Pompée fit ériger un trophée de ses victoires au sommet des Pyrénées, au col de Perthus, entre la Catalogne et le Roussillon. L'inscription portait qu'il avait réduit sous l'obéissance de la république huit cent soixanteseize villes.
Les Gaules furent successivement gouvernées par différents consuls ou préteurs, parmi lesquels on compte Licinius Murena, Pontinius et Metellius Celer.
S ix.
CÉSAR DANS LES GAULES. — MONUMENTS RELIGIEUX DE TOULOUSE. CETTE VILLE SOUS LES EMPEREURS.
L'an de Rome 696, César, s étant emparé de la principale autorité dans la république, fut nomme gouverneur de la
Gaule transalpine. Il commença à signaler sa valeur contre les Helvétiens, qui avaient résolu de se fixer dans cette province. Ce que redoutait surtout le général romain, c'était que ces peuples ne vinssent k s'emparer de Toulouse, qui était alors regardée comme l'une des villes les plus importantes des Gaules. Dans cette vue il rentra en Italie, d'où il emmena cinq légions, passa le Rhône, entra dans le pays des Ségusiens (le Forez), attaqua les Helvétiens vers la Saône, les défit, et les força de regagner leurs anciennes demeures. Arioviste, prince Germain, qui avait envahi le pays des Séquanais, tomba sous ses armes avec tous les peuples de la Gaule belgique ; ceux de la Gaule celtique comprise entre la Garonne et la- Seine furent aussi bientôt soumis.
Les Aquitains firent alors quelques mouvements, et ce fut pour les arrêter que César détacha Crassus avec douze cohortes. Ce général entra en Aquitaine, province alors située entre la Garonne, les Pyrénées et l'Océan. Désirant placer les Aquitains dans l'impossibilité de nuire aux armées de la république, Crassus demanda des troupes aux principales villes de la province. Narbonne, Toulouse et Carcassonne donnèrent à Crassus leurs meilleurs citoyens. Ce fut avec les Thojosates en particulier que le général attaqua et défit les Sotiates qui habitaient un pays situé dans les Pyrénées (Vic-de-Sos). La valeur des soldats de Toulouse les fit enrôler ensuite dans la célèbre légion gauloise que César forma k cette époque, et a laquelle il donna le nom ftAlauda, qui signifie alouette. Le vainqueur fit conférer k tous les hommes qui la composaient le droit de bourgeoisie romaine.
Le fameux Vercingétorix, Auvergnat de nation, avait déjà soulevé contre les Romains les peuples du pays chartrain et de l'Auvergne. Luctorius, lieutenant de ce chef redoutable, gagna à son parti les peuples du Rouergue, de l'Agenais et du Gévaudan, et chercha à pénétrer dans la province romaine du côté de Narbonne. César se jeta aussitôt dans cette place, établit une bonne garnison à Toulouse, traversa les Cévennes, et parut sur les frontières de l'Auvergne, effrayée de sa subite apparition. Vercingétorix vint lui présenter la bataille sur les frontières des Lingonais
et des Séquanais. César se précipite sur son armée, la défait entièrement et la poursuit jusqu'à Alise; il assiège cette ville, la prend malgré les trente-cinq mille hommes qui la défendent, et termine la campagne par cette éclatante victoire.
Après cette conquête, César revint à Narbonne l'an de Rome 703. Il distribua ses légions en différents quartiers d'hiver : Toulouse dût recevoir sans doute une de ces légions ; puis il divisa la Gaule en deux parties, la première formée de la Belgique , de la Celtique et de l'Aquitanique, et la seconde de la Narbonnaise. Ce grand capitaine récompensa magnifiquement la fidélité des peuples à sa cause, soit en les exemptant des impôts, soit en leur distribuant des terres et leur offrant des places et des dignités ; il prit soin aussi d'embellir la province de plusieurs édifices publics. C'est peut-être à cette époque que Toulouse fût dotée d'un Capitole, de plusieurs temples, et d'un amphithéâtre.
Nous laisserons maintenant César et Pompée se déclarer la guerre, et le premier vaincre le second dans les plaines
de Pharsale. L'histoire nous montre, à cette époque, César assassiné en plein sénat le 15 mars de l'an de Rome 710; Octave son fils adoptif et Marc-Antoine jetant la division dans Rome ; Lépide se joignant à eux pour former ce triumvirat devenu si célèbre ; les provinces des Gaules tombant sous l'autorité d'Antoine et ensuite sous celle d'Octave ; celui-ci devenu maître de tout l'empire par la bataille d'Actium ; la colonie de Nîmes fondée sous ce titre : Nemausm colonia augusta; Auguste honoré presque comme une divinité dans les Gaules; la division nouvelle de ces provinces faite par cet empereur en quatre parties, sous les noms de Belgique, de Lyonnaise, d'Aquitanique et de Narbonnaise ; un autel érigé à Narbonne en l'honneur de l'empereur ; l'institution d'un collège composé de six prêtres nommés severi augustales, parmi lesquels nous distinguons Fullonius tolosanus.
Pendant que tous ces événements se passaient dans les Gaules, le Christ — le Seigneur — paraissait dans le monde à Bethléem de Judée, dans une étable abandonnée, et Toulouse voyait s'élever dans ses murs le premier temple en l'honneur des divinités païennes. Strabon, qui vivait sous Tibère, successeur d'Auguste, nous parle de ce monument : « Tolosœ porrô templum fuit sacrosanctum quod valdè » venerebantur vicini; ideôque abundabat thésaurus, multis » donaria dedicantibus et nemine attingere auso • . Ce géographe ne dit point à quel dieu était consacré ce temple ni en quel lieu il était situé, et on n'est réduit sur ces points qu'à de simples conjectures. On crut cependant découvrir des ruines de ce premier temple au commencement du ' dix-septième siècle (1621), auprès de l'ancienne forteresse bâtie par Aquarius Belletus. Au milieu du fleuve, dans
l'espace compris aujourd'hui entre l'hospice de la Grave et le moulin du Bazacle, on trouva d'énormes quartiers de marbre blanc liés entr'eux par des barres de fer plombées. Sur des pierres paraissaient gravés en demi-relief divers personnages vêtus à la romaine. On y retrouva l'emplacement d'immenses colonnes ayant trois pieds et demi de diamètre avec plusieurs chapiteaux chargés de hiboux : ce qui paraissait indiquer que cet édifice était consacré à Pallas. Il faudrait conclure, d'après le passage de Strabon, que ce temple n'existait pas au temps de Cépion, car il en aurait infailliblement enlevé les richesses, et cet auteur affirme que personne n'osa porter une main téméraire sur les trésors immenses qu'il renfermait. Au commencement du dix-huitième siècle (1709), la chaussée du Bazacle s étant rompue, apparut alors aux regards de tous les spectateurs une vaste ' enceinte de murailles de forme quadrangulaire, bâties à la romaine, percées de quatre portes. On trouva des tables d'airain chargées d'inscriptions. Les marbres noirs qui décorent la cour intérieure de l'ancien hôtel de Clary, (hôtel de pierre) appartenaient à ces ruines. L'on croit que les bases et les chapiteaux qui sont placés à côté de la porte d'entrée étaient destinés à recevoir les colonnes de marbre noir qui furent découvertes en 1625 et qui avaient vingt pieds de hauteur. D'autres marbres extraits de ces ruines furent, à cette époque, employés par Bachelier à l'ornementation de la façade de l'hôtel de Catelan. On aperçoit encore deux plaques de marbre noir sur lesquelles sont gravés ces mots sustine — abstine, que l'on plaçait ordinairement sur les portes des temples, et qui semblent résumer toute la philosophie des stoïciens.
D'après le témoignage d'anciens auteurs, Toulouse possédait un temple d'Apollon. On a longtemps cherché remplacement de cet édifice. Il faut avouer que toutes les conjectures et les découvertes sembleraient militer en faveur de l'ancienne église de la Daurade ; mais on a commis une grave erreur en regardant les colonnes torses cannelées ou unies, ainsi que les mosaïques qui décoraient l'hémicycle de cette église, comme appartenant à un temple païen. Des recherches et des études plus exactes ont démontré que ces ornements étaient dans le goût de l'architecture bysantirie vers le ive ou v* siècle de notre ère, spécialement affectée à cette époque aux églises chrétiennes. On peut cependant admettre que cette église bysantine, construite au ivc siècle et détruite en 1759, avait été élevée sur les ruines d'un temple païen. Il est certain qu'a l'époque de la démolition du chevet de l'église, on découvrit une niche pratiquée dans l'épaisseur du mur ; dans cette niche était l'ouverture d'un tuyau qui se continuait en descendant dans la muraille jusqu'à l'autel : ce qui paraîtrait indiquer l'existence de ces conduits mystérieux par lesquels les prêtres des idoles faisaient parler leurs dieux. Plusieurs briques des murs de l'hémicycle portaient des noms romains, tels que Atius — Sabinitis genialis — Apolus — Nici... Ces briques paraissaient provenir des ruines d'un ancien édifice romain qui avait précédé la construction de l'église bysantine.
On a cru découvrir encore les restes d'un autre temple païen bâti par les Romains à Toulouse, au lieu où s'élevait, il y a quarante ans environ, l'ancienne église Saint-Jacques, non loin de la métropole actuelle. Lorsqu'on détruisit cet édifice, en 1812, pour céder à la manie des alignements,
des colonnes de marbre noir, des frises élégantes, des blocs de marbre blanc, des entablements, des chapiteaux furent découverts au milieu des mines, et attestèrent l'existence de quelque édifice antique.
Nous parlerons plus loin du Capitole, consacré à Jupiter.
Toulouse jouit d une profonde paix sous les règnes d'Auguste et de Tibère. Ce fut sous ce dernier prince qu'elle donna tous ses soins aux règlements de la police, à l'agriculture et au commerce. Cette paix fut un instant troublée par les cruautés que Caligula, successeur de Tibère, exerça dans les Gaules; mais elle reprit son cours sous l'empereur Claude qui, le premier, appela au sénat de Rome les Gaulois des autres provinces, honneur qui jusqu'à ce jour avait été exclusivement réservé aux habitants de la Narbonnaise par Jules-César.
SX.'.
écoles publiques de Toulouse.
Si Toulouse, à cette époque, se livrait à l'agriculture ei au commerce, elle n'en cultivait pas avec moins de soin les lettres humaines. Elle donna alors le jour à Statius Ursulus. Ayant reçu de la nature les qualités qui constituent le grand orateur, Ursulus les perfectionna par l'étude et par les leçons qu'il reçut dans sa patrie. Cette circonstance nous révèle l'existence des écoles publiques à Toulouse, sur lesquelles les vieux chroniqueurs ont débité beaucoup de fables. Il est curieux d'entendre le bon historien Noguié exposer avec un
f»0 TEMPS PRIMITIFS.
sérieux remarquable l'origine de ces écoles. « Elles furent, » dit-il, établies par Tolus, premier roi de Tholose, et de » là à merveille favorisées dessous les rois après lui.... Le » bruit de ces écoles print la volée jusques à Rome et par » tout l'univers à cause de la souveraineté et excellence des » maîtres, entre les quels Guillaume de Capdenier tenait le
» premier rang Il était singulièrement versé dans l'as-
» trologie, curieuse indagation, intelligence des astres et de » leurs hautains secrets.... Telle grandeur des écoles tolo- » saines tant s'épanouit le long et le large des flancs de l'air, » qu'elle fut apportée et ses louanges cornées aux oreilles » du doctissime Virgile ; il achemina vers Tholose, où fut » constitué nouveau ôte pour se parfaire en astrologie. • Mais après la mort de Capdenier, Virgile print le retour à » Rome, marri pour n'avoir été préféré au fils de Capde- » nier. » Ainsi parle le bon Noguié. Lorsqu'il écrivait son histoire au xvie siècle, il avait recueilli toutes les traditions et interrogé tous les souvenirs : évidemment l'arrivée de Virgile à Toulouse, sous le règne d'Auguste, n'a pas été une simple invention de son cerveau. Nous ne croyons certainement pas à l'arrivée du poète de Mantoue à Toulouse ; mais il faut qu'il existe dans l'histoire d'Auguste et de Virgile quelques faits qui aient donné lieu a une semblable supposition. Ces faits, les trouverons- nous consignés dans la vie du poète? On a cru que le père de Virgile, nommé Maron, était compagnon d'un astronome ambulant qui allait de par le monde exerçant la médecine et l'astrologie, sciences alors inséparables et pratiquées par un très grand nombre d'hommes (Etud. sur Virg.). Cet astronome et Maron père de Virgile seraient-ils arrivés jusqu'à Toulouse où,
d'après l'existence incontestée de Statius, se trouvait une célèbre école? C'est possible. A 1 âge de dix-sept ans, après avoir pris la robe virile, Virgile va de Crémone à Milan, et de là à Naples. C'est dans cette ville qu'il étudie les lettres grecques et latines , la médecine, les mathématiques, et qu'il passe toute sa jeunesse :
Mo Virgilium me tempore dulcis alebat Parthenope studiis florentem ignobilis oti.
Mais Marseille n'était pas loin de Naples, ni Toulouse de ' Marseille î Virgile s'est plu à nous révéler dans d'admirables vers le goût qu'il a eu, jeune encore, pour l'astronomie •
Me vero primùm dulces ante omnia musœ Accipiant, cœlique vias et sidera monslrent, Defectus solis varios lunaeque labores.
Si l'astronomie était enseignée à Toulouse, Virgile, en visitant cette cité, n'aurait-il pas cédé à ses anciennes amours? Virgile avait d'ailleurs le goût des voyages. Après avoir composé son Enéide, il partit pour la Grèce, et ce fut a cette occasion qu'Horace adressa à ce vaisseau qui portait son ami cette ode si gracieuse :
Navis, quœ tibi creditum Debes Virgilium, finibus atticis Reddaa incolumen precor,
Et serves animas dimidium meœ !
Un trait de la vie d'Auguste a pu faire croire à la présence de Virgile dans la Narbonnaise. Octave partit pour l'expédition d'Espagne aûn de soumettre les Cantabres. Pendant cette expédition, il écrivit plusieurs lettres à Virgile pour lui demander, tantôt par des prières, tantôt
par des menaces, quelques vers de YEnéïde. Virgile refusa d'abord; mais, quelque temps après, il récita à l'empereur le second, le quatrième et le sixième livre de cette épopée. On a cru qu'au lieu d'attendre le retour d'Auguste, Virgile s'était avancé à sa rencontre dans les Gaules, et le voyage à Toulouse se serait trouvé naturellement attaché à cette démarche.
Nous laissons toutes ces conjectures à l'appréciation de nos lecteurs, sans y attacher nous-même beaucoup d'importance.
D'après Noguié, l'école astronomique était située sur les coteaux de Pech-David. Il forme ensuite une espèce de quartier latin où il place d'autres écoles, dans l'espace compris entre le chemin qui descend vers le fleuve, à l'extrémité des ramiers du moulin du Château, et les vastes prairies dépendantes plus tard de la métropole de Saint- Etienne : il paraît désigner la plaine qui s'étend des coteaux de Pech-David aux rives du fleuve. Cette plaine s'appelait les Condomines; il y avait une rue désignée sous le nom de Cavalerie, et sur laquelle se trouvaient établies ces diverses écoles.
Statius brilla donc à Toulouse et dans les Gaules par sa rare éloquence, partout recherché et partout applaudi ; il florissait sous l'empire de Néron. Nous ignorons les circonstances de sa vie. On la souvent confondu avec Statius Popinius, poète et rhéteur qui vivait au temps de Domitien.
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