TEMPS
Dans Tannée iî41, le monastère de la Danrade h Tott-^
lûuse lut enrichi d un très grand nombre de reliques par les soins de Pierre d*Albs, son prieur, et les libéralités des églises de Sainte-Vivienne, de Saint- Adrien, de Saint- Jean de Latran et de Saint-Paul. Des chartes authentiques nous ont conservé le long catalogue des reliques qui furent alors cédées à ce monastère. Parmi ces reliques, nous trouvons celles de Sidrac, Mizac et Âbdenago, les euÊ^nts jetés dans la fournaise de Babylonne; des restes des cinq pains que le Sauveur multiplia dans le désert; des restes de la tunique du roi Da?id et du bâton de saint Paul, etc. Pendant que Tégiise de la Daurade s^enrichissait de nombreuses reliques, le prieuré de Lespinasse, qui était alors gouverné par une dame nommée Arsendc, recevait quelques domaines d'un seigneur du pays, Guillaume d Anuch.
Âu mois de février 1242, Raymond VII reçut k Gast^sarrasin Thommage de Guillaume de Gourdon pour plusieurs domaines qu il possédait dans les diocèses de Gahors et de Périgueux. H partit ensuite ]>()ur FAgenais et tomba malade au château de Penne. La maladie ûi des progrès si rapides, qu'on désespéra bientôt de sa vie. Le comte fit alors appeler Tofficial dWgen, le cuié du lieu, le chapelain du château, et leur demanda Tabsolution de Texi^ommunication qu'il avait encourue pour plusieurs entreprises et usurpations exécutées contre les égiises de Provence, contre réglise de Gavaillon et son évéque, et celle du Mas d'Agenais. Le comte promit par serment d'obéir aux ordres de l Ëglise et d extirper l'hérésie. Alors rexcommuuication fut levée, sur la parole que les médecins donnèrent quer le prince se ti cuvait à l'extrémité. L'acte de l'absolution nous
TEMPS IMTEfiMÉDlAlEBS. IÔ3
apprend que le coinle avait alors quatre médecins auprès de lui, et qall existait à Touloose nue école de médecine fonnée de professeurs et d*uh régent nommé Loup Ispan.
Dès qu'il fut guéri, le comte revint à Toulouse. Au mois d'avril, ayant assemblé ses vassaux, il leur fit part du dessein quil avait formé de déclarer la guerre au roi de France, de concert â\ec le comte de la Marche et le roi d'Angleterre, et leur demanda conseil et secours. Ils forent d'avis qu'il fallait prendre les armes. Le comte de Foix énonça en ces termes son avis sur cette guerre : « Sachent » tous que nous Roger, par la grâce de Dieu comte de » Foix. et vicomte de Castelbon, étant requis par vous » Raymond, par la grâce de Dieu comte de Toulouse, » notre seigneur, de vous donner conseil pour savoir si » vous ferez présentement la guerre avec vos alliés au roi » de France pour recouvrer vos domaines ; après avoir » considéré très attentivement de combien de pays le roi » vous a dépouillé et toutes les autres choses qui sont à » considérer dans cette affaire, et voyant que le temps » approche, nous vous le conseillons de bonne foi, et nous » vous jurons sur les saints Evangiles que nous nous joîn- » drons à vous dans cette guerre comme à notre seigneur-
> hge; que nous vous aiderons contre ledit roi, et que
> nous vous déféndrons de toutes nos forces. » Roger de Foix se trouvait à Toulouse lorsqu'il fit à Raymond cette protestation. L'évéque de cette ville profita de sa pré* sence pour l'engager à soutenir les moines de Bolbonnc contre ceux de Lézài dans la possession de Féglise de Marens qu*il leur avait accordée.
Raymond VU se rendit peu de temps après au château
454 rm^s iNTBaMÉoiAiRES.
de Penne dans l*Âgenais, et Ik il déclara à Âroand évéque d*Agen, en présence de plusieurs seigneurs, que son intention était de poursoivre Thérésie, et qa*il désirait que l'évêque exerçât rinquisiLiufi dans ses états ou par luimême ou par les frères mineurs ou prêcheurs, mais sous son aatorité, s*engageant à Caire exécater toutes les sen< tences qui pourraient être portées. 11 parait que le comte voyait ayec peine qae les inquisiteurs de Tordre de saint Dominique exerçassent Tinquisition dans ses domaines, en vertu de la commission de leur provincial ; il voulait que cette commission vint de Tautorité épiscopale, et c'est à cette coiidilioii qu'il consentit à ce que Bernard de Cancio et frère Jean, son compagnon, procédassent à Tinquisitionv Son intention était de poursuivre Tappel qn*il avait înter^ jeté auprès du pape contre les dominicains. 11 supplia aussi les évéques d'Âlbi, de Cahors et de Rhodez de ne pas em* ployer ces religieux dans Foffice d'inquisiteurs, mais plutôt les religieux de Gteaux et les franciscains.
Ces protestations do comte avaient été amenées par la reprise des procédures de la part des frères prêcheurs qui condamnèrent plusieurs hérétiques dans la province et fi* rent exécuter leurs sentences avec une inflexible rigueur. Cette rigueur excessive irrita les esprits et devint la cause d*un affreux événement, le massacre des inquisiteurs à Avignonet dans le Lauraguuis.- . Le château d'Avignonet, qui appartenait au comte de Toulouse, était alors occupé par Raymond d'Alfaro, baîlH du comte. Il forma le dessein de faire massacrer les inquisiteurs qui s*étaient réunis à Avignonet avec leurs compagnons et leurs familiers : c'étaient frère Guillaume Arnaud
TEMPS 1NTERUÉDIA1B£S. 455
de Montpellier, dominicain, et frère EUenne de Narfoonne, franciscaio. Us avaient associé k leur mission Raymond Scriptor^ nommé aussi de Gostiran, chanoine de la cathédrale de Toulouse, aiciiidiacre de LczaL ou de Villcloiiguo, et le prieur d'Âvignonet, qui était religieux, de Guse, non de Quse en némoni comme Va cru Thistorien du Languedoc, mais du prieuré de Cluse situé à Montferrand près d*Avignonet. iU se trouvaient aussi déox autres frères prècheiirs, Bernard de Roquefort et Garcias d'Aure du diocèse de Cûuumnges; deux autres frères mineurs, frère Kiieune et Raymond de Garbonier; Pierre d*Arnaud, notaire de riuquisition ; Bernard, clerc de Raymond Scriptm\ et deux autres clercs qu*on appelait les nonces (nuptu) ou appariteurs do tribunal, Fortanier et Aymar : en tout, douze personnes.
Les inquisiteurs prêchaient depuis plusieurs jours dans
réglise paroissiale (rAvignonet, au milieu d'un grand concours de peuple, lorsque Raymond d'Ai£aro députa Guillaume de Plaigne au château de Monségur, où se trouvaient réunis plusieurs chevaliers et servants d*armes commandés par Pierre de Mirepoix. L^histoire nous en a conservé les noms ; c'étaient AMeu de Massabrac, Guiraud et Raymond de Ravat, Bernard et Pierre de Saint-Martin avec Barrau leur
écoyer, Guillaume de TRle et Landric son écuyer, Roger
ùL Pierre de Mirepoix avec Ferro leur écuyer, WalaidoK de Vilarzel, Guillaume Aymar, Perrin de Pomars, Raymond de Gorbeiras, Guillaume de Tomabois, Roger de Lissac, Gaillard d'Ot. Guillaume de Plaigne remit à Pierre de Mirepoix les lettres de. Raymond d*Al£aro, dans lesquelles il lui fàisait part du projet qu'il avait formé de mettre à mort
456 TUrS IMIBBIIÉDUilEâ.
les inquisiteurs, et le pressait daos ce but de se rendre à AYignooet avec tous ses gens.
Pierre de Mirepoîx avertît ses chevaliers de se tenir prêts à le suivre pour une expédition importante, ils se dirigèrent donc vers Avignonei. Sur le soir da â8* jour de mai, s'étant arrêtés auprès de la forteresse de Saint-Martin, en un lieu appelé Génebrères, non loin de la forêt de Gaïac, Bernard de Saint-Martin fit apporter pendant la nuit du pain, du vin et des fromages à celte troupe. Bientôt Pierre de Mazeiroles, Pierre Viel, Jourdain de Vilari, Verscia servant de baliste avec un de ses compagnons, et d*autres hommes de Gaïac au nombre de vingt-cinq, se joignirent à ceux de Monségur. Pierre de Mazeiroles, après s'être cnti etenu en particulier avec Pierre-Roger de Mirepoix, quitta la troupe pour se rendre à Âvlgnonet s'assurer de quelques intelligences dans la ville. U mit dans le secret da complot Raymond de Golairan qui lit préparer dans sa maison les flambeaux nécessaires pour éclairer cette scène nocturne, un autre citoyen nommé Donat, et une trentaine dbabilants.
Pierre Roger de Mirepoix, Jourdain de VUari, Pierre
Viel, les deux servants des balistes et les vingt-cinq liommes de Gaiac dont quelques-uns portaient des bâches et d'autres armes, s'avancèrent alors jusqu'au cbâteau de Guillaume du Mans. Jean Aurmat, Guiraud de Ravat et Bernard de Saint-Martin vinrent les y joindre. Un jeune chevalier vint donner ({uelque avis à Bernard de Saint- Martin et à Balag.uîer de Laurac. Par suite de cet avis, Bernard de Saint-Martin ordonna à Pierre Vital de choisir douze servants armés de haches. Aussitôt celui-ci désigna
TEMPS 1OTEHXKDIA11B8. 457
Sicard de Puyvert, Guillaume d'En-Martin, Pierre d'Aure, Ciuillaume Aymar et quelques autres de Gaïac. Après cela, Bernard de Saint-Martiu, Balaguier, Jourdain et les douze se mirent en marche ; tous les autres les suivirent jusqu'à la Maladrerie, près d'Avignonet. Alors Raymond de Golairan arriva, sortant du château d'Avignonet, et demanda si tout ' était prêt. Sur la réponse affirmative, toute la troupe s'approcba da eh&teau. Golairan y rentra pour voir ce que faisaient les inquisiteurs qui s'y étaient retirés avec quelques catholiques; mais il en ressortit bientôt pour annoncer aux chevaUers que les inquisiteurs aJlaient se coucher. Alors Balaguîer, Jourdan du, Mans, Jourdau de Guiders, GttiUamne de Plaigne, Pierre Vital, Sicard de Pnyvert, Guillaume d'En-Martin, Pierre d'Aure, et ceux qui étaient armés de haches, se présentèrent aux portes du château, qui leur forent ouvertes par quelques habitants d'Avignonet, et tous ces gens armés pénétrèrent dans l iuléneur du château, où ils trouvèrent Raymond d'AUaro, un écuyer qui avait servi les inquisiteurs et quinze hommes 4'Avignoiiet armés de haches et de bâtons.
Cette bande, conduite par Raymond d'AUaro, se rend alors à la grande salle du courte de Toulouse, où se trouvaient les inquisiteurs et leurs lamihers; les portes en sont brisées, et les assassins se jettent sur les inquisiteurs en les frappant à coups de haches, de lances et de couteaux. A cette nouvelle, les catholiques d'Avignonet se portent en foule au château au moment du massacre, et parviennent à dégager quelques-unes de ces nobles victimes et à les conduire ou plutôt à les traîner jusque dans l'église paroissiale voisine du château, en chantant l'hymne Te Deum.
456 TEMPS INTBBlrtDUItBS.
Mais les hérétiques, sans respecter la sainteté du lieu, sé précipiteot comme des furieux dans le temple' et y achèvent le massacre en immolant à leur rage au pied des autels Guillaume de Montpellier et Etienne de Narhonne. Tous les autres avaient été tués dans Tintérienr da château. Les deux huissiers Foi lanier et Aymar, qui étaient •montés pour porter du secours k leurs maîtres» furent jetés par les fenêtres.
On raconte que Raymond d*Alfaro, qni pendant cette horrible expédition portait un pourpoint blanc, se vantait d*avoir, le premier, donné un coup de masque à l ioquisiteur. Chacun des assassins exposait, avec tout le calme de la rage assouvie, la manière dont il s'était servi de ses ar* mes. Tout fut ensuite pillé, meubles et papiers. On aura une idée de cette scène tragique quand on saura qae Tan des assassins arracha la langue a Guillaume de Montpellier, et que Pierre de Mirepoix reprocha aux meurtriers de ne pas lui avoir apporté le crâné de cet inquisiteur dont il voulait faire une tasse dans ses festins.
L'Office divin fut dès ce jour interrompu dans l'égUse d'Avignonet et texercice du culte transporté dans une église dépend aille de l'abbaye de Saint-Papoul. L'interdit fat jeté sur Téglise paroissiale et demeura en vigueur pendant quarante années. Les corps des victimes furent recueillis avec soin et portés à Toulouse. Les frères prêcheurs furent ensevelis dans la grande église de leur ordre ; les frères mitieurs, dans celle des Cordeliers. Raymond de Gostiran et Bernard son clerc furent inhumés dans le cloitre de la cathédrale de Saint-Etienne.
Après cet horrible massacre, Raymond d'Allaro donna à
TEMPS INTSaiiKDlÂlttES. 459
Guillaume de Plagne le palefroi de Raymond Scriptor, alla rejoindre ensuite ses confédérés» leur raconta tous les détails de Texpédition et les congédia. Il avait si bien pris ses mesures contre les inquisiteurs, que si le projet d'Avignonet n*avait pu être exécuté, il avait aposté entre Gasteloaudary et Saint-MariîQ vingt cavaliers en embuscade pour les tuer au passage.
Cet attentat produisit la plus vive impression sur tous
les esprits. Les cardinaux de la sainte Eglise romaine, le siège étant vacant, écrivirent aux frères prêcheurs des lettres pour les consoler en ces termes : « Votre ordre, » vuus le savez, a été institué par le saint père Dominique » à Toulouse pour foire fleurir les vertus, défendre la foi » et combattre l'hérésie. Dans la crainte (|ue vos cœurs ne » lussent souillés par la poussière de la terre, vous vous > êtes placés sous le joug de la pauvreté. Le Seigneur 9 VOUS a donné une éloquence toute céleste. Pouiquoi f;iiit- » il que de furieux hérétiques se soient élevés contre les » inquisiteurs et leurs associés? Gertainement, en les pour- » suivant par le glaive, ils ont contribué à leur gloire, car » nous les regardons comme de véritables martyrs de » Jésus-Christ ayant eu part à sa passion et à sa mort. »
Les inquisiteurs d'Âvignonet furent mvoqués après leur mort, et plusieurs guérisons miraculeuses obtenues par leur intercession attestèrent leur sainteté. Au jour anniversaire de leur mort, les religieux de saint Dominique chantaient une messe en l'honneur de la sainte Trinité et une antienne à tous les martyrs devant la chapelle où reposait leur mortelle dépouille. Les ossements de Raymond Scriptor et de Bernard, son clerc, furent transportés, au dix-
460 TEMPS INTEBMÉDUiaES.
septième siècle, dans Tune des chapelles de la cathédrale
de Saint-Etienne dédiée ii ^aiut Alexis (aujourd'hui dédiée à saint François de Pauie), où ils reposent encore de nos jours.
Nous croyons que Raymond Scriptor appartenait à la même femille du prévôt de Saînt-Etiènne, Raymond TEscrivain ou iv^crivan, qui occupait alors cette dignité. Il exis^ tait peat-étre à la même époque un autre Raymond TËscrivain qui n*avait de commun que le nom avec ces deux membres du clergé de Toulouse. Ce dernier passait pour^ troubadour et avait composé des chansons en langue provençale. On cite de lui (|uelqucs pièces de poésie d'une révoltante obscénité. Cest à tort que les historiens du Lan-' guedoc Vont confondu avec le martyr d'Avignonet.
Pendant qu'on versait le sang des iiiquisiLcurs dans ses états, le comte de Toulouse se trouvait le 11 juin en cette ville où il permettait aux juifs d'aliéner (juelques maisons qu'ils possédaient au centre de la ville, pour y bâtir un couvent de carmes. Nous avons déjà vu que ces religieux s'étaient fixés à l'extrémité du faubourg Narbonnais, près de la chapelle de Notre-Dame de Férétra. On raconte que la Sainte-Vierge apparut en songe à un juif de Toulouse, et lui ordonna de donner sa maison pour la construction du monastère. Quoi qu'il en soit de cette vision, il est toujours certain que plusieurs habitants de Toulouse nommés Arnaud Frénayré des Puits-Clos, Arnaud Germier, Pierre Vaditeur, Arnaud Galvet et Pelhé, achetèrent quelques maisons des juifs dans le quartier de Joutx-Aïgues, et y jetèrent les fondements du nouveau monastère et de la nouvelle église qui ne fut terminée que beaucoup plus tard.
TEMPS INTKKMÊOUiaiS. 16 1
Bientôt après, le comte de Toulouse se trouva frappé d excommomcation par rarcbeTéque de Narbonne; voici à quelle occasiou. Amahic , vicomte de cette ville, de concert avec Raymond Vli, Trencavel, et leurg alliés, porta la guerre dans les domaines do roi , aux environs de Narbouiic. Leurs armes lurent couronnées de succès. Amalric introduisit le comte de Toulouse dans cette ville et le recouiiul pour sou scigueur. L'archeviniuc fut obligé de se retirer à Beziers, et ce fut là qu il rendit la sentence dans laquelle il déclara excommuniés tous les assassins des inquisiteurs d'Avignonet , et déclara en même temps que Pierre Ferrier ayant excommunié le comte de Toulouse, il Texcommuniait de nouveau comme violateur de la paix et parjure envers 1 Eglise et le roi de France. Le prince reprit alors le titre de duc de Narbonne.
De cette dernière ville il se rendit à Bordeaux, où se trouvait le roi d'Angleterre, avec lequel il Ht une ligue dont Vun des articles portait qu'ils ne feraient ni paix ni trêve avec le roi de France. Il continua ensuite ses expéditions, et au mois d'octobre il assiégea le cbâteau de Penne en Agenais dont les Français s'étaient emparés.
Le roi de France cbercba alors à détacber du parti de
Raymond ses alliés ; il gagna d*aboni le comte de Foix,
qui écrivit de Pamiers, le 5 octobre, une lettre au comte
de Toulouse dans laquelle il lui faisait part de sa démar-
* cbe et cherchait à l'expliquer. Maurin abbé de S*-AntoniQ
et ceux de S'-Volusien et de Lézat certitièrent la vérité des
assertions de Roger de Foix. Le* comte de Toulouse était
devant le château de Penne lorsqu'il reçut le défi de Roger.
Il répondit aussitôt à ce prince et lui exprima son méconm. 44
TEMPS iNTEEMiDlAlBES.
lentement de ce qu'il lavait abandonné pour se ranger du côté de ses ennemis. « Souvenez-vous, lui disait-il, de ce » que vous m*aTez dit plusieurs fois : que si je venais à
» perdre mes domaines, vous ne vouliez pas conserver
» les vôtres. 11 le somme ensuite de remettre entre les
» mains du viguier de Toulouse le château de Saverdun, » avec ordre aux seigneurs de ce château de lui rendre » hommage comme de fidèles vassaux. »
Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, prévoyait que la résistance qu'opposait le comte dé Toulouse aux armesdu roi serait funeste'à ce seigneur : il usa donc de toute son influence sur son esprit pour rengager à demander la paix. Cédant à ses sollicitations, le comte chargea Févéque de la négocier. Celui-ci partit pour la cour de France. Le roi lui fit bon accueil ; mais, trouvant que les propositions du comte de Toulouse n*étaient point acceptables, il refusa de continuer les négociations, et ût aussitôt partir Hugues évêque de Glermont et Imbert de Beanjeu avec un corps d'armée poui' agir contre Raymond Vil sur les frontières du Querci et attaquer ses domaines.
L*évéque rendit compte à ce seigneur de toute cette affaire,» et l'engagea plus vivement que jamais à se soumettre sans conditions. Cest ce qu'enfin exécuta le comte. Le 20 octobre, il écrivit à Louis IX pour lui demander grâce, lui offrant d'aller le joindre sans différer. « Je vous pro- » mets, disait-il , de vous être inviolablement attaché le » reste de mes jours, de vous servir fidèlement envei s et » contre tous, de défendre et d'honorer l'Eglise selon vos » désirs, de protéger la foi catholique, de purger le pays » dhérétiques, de iaire une justice sévère de ceux qui, à
TSMPS INTKRItÊDUiRES. * 463
» notre honte, ont tué les inquisiteurs. Que si, à Dieu ne » plaise ! vous ne jugez pas à propos de recevoir notre » soumission et si vous refusez de nous donner la paix, » que Dieu juge entre nous et vous.... si , étant obligé de » nous défendre, il arrive malgré nous qu*il y ait du sang » répandu, et si tous les autres malheurs inséparables de » la guerre nous arrivent. » Il écrivit aussi à la reine Blancbe, sa cousine, pour lui exprimer le désir ardent qu'il avait de se réconciUer avec le roi.
Le comte remit ces lettres à Raymond TËscrivan, prévôt de la cathédrale de Saint-Etienne, avec ordre d'employer tous les moyens possibles pour conclure la paix. Ëscrivan arrive à la cour. La reine Blanche Payant beaucoup appuyé, le roi céda enliu à 1 habileté du prévôt et aux instances de sa mère qui était très affectionnée à Raymond, son cousin germain. De suite après, lé roi nomma Ferri Paté, maréchal de France, Jean de Gay et Guillaume de Limoges en qualité de commissaires pour aller recevoir dans les provinces les sûretés promises par Raymond VII. Celui-ci joignit les commissaires près d'Alzonue, et on Hxa le jour où le comte se présenterait devant le roi à Lorris en Gâtlnois, pour y terminer sa réconciliation.
Raymond se rendit ensuite à Saint-Rome dans le Laura^ guais, et le 22 décembre il promit solennellement aux trois commissaires d'observer dans son entier le traité de Paris, soit par rapport à TEglise, soit par rapport au roi. Pour gage de sa parole, il céda à Hugues, évêque de Clormont, et à Imbert de Beaujeu le château de Saverdun et celui de Bram. Il partit le 28 décembre pour se rendre à la cour, après avoir établi Sicard d Alaman pour son lieu-
TEMP6 LNTEUMÉUIAIRES.
tenant dans le Toulousain, TAlbigeois, le Rouergue, le
Querci et l'Ageuais. *
Les abbayes du Toulousain ne nous offrent rien de re* marquable pour l'année 1242. Matthieu de Saint-Félix i>uccéda à Arnaud de Brentaléoo dans le gouvernement du monastère de Feuillants et le dirigea pendant quatre ans. Arnaud de Raymond d'Antissan fut nommé abbé de Boniiefont , après en avoir été le prieur : il succédait à Arnaud de Roger, évêque de Comminges. Nous trouvons à cette
époque un seigneur, Pierre de Mauvesiii, en qualité de bien&iteur de Vabbaye de Nizor$ dans la personne de Tabbé
Pierre I'".
Au mois de janvier 1245, le comte Raymond arriva à Lorris ; il y déclara, par des lettres scellées de son sceau,
qu'il se soumettait , lui , ses états et ses alliés, à la miséricorde du roi, il promit ensuite de livrer plusieurs châteaux désignés dans racle, et par un engagement particulier daté du 19 janvier il promit à la reine filancbe de purger son i i} s d*bérétiques et de Ëure une recherche exacte de ces sectaires.
Roger de Foix se rendit aussi auprès du roi à Montargis et lui rendit hommage-lige pour tous les domaines qu'il tenait de Raymond. Par cette soumission, les comtes de Foix, qui dès le principe étaient hommagers des comtes de Tuuiuuse, devinrent vassaux immédiats de la couronne. Nous pensons que quelques différends étaient survenus entre ces deux seigneurs. €e qui est certain, c'est qu'Arnaud de Marquefave, Guillaume Athon, son frère, Pons de Villeneuve, et plusieurs autres vassaux de Roger de Poix , s'étaient déclarés contre lui, qu'il les avait laits prisonniers,
TE» PS I^TBB»6Dt AIRES. ,
et qu'il promit au roi de les délivrer. Hoger obtint aussi un ordre du roi qui enjoignait à Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, de lui remettre le château de Saverdun que ce prélat tenait en séquestre.
Raymond VII ne fut pas plutôt arrivé à Toulouse qnll fit commencer les informations sur les meurtriers des inquisiteurs d'Avignonet et les fit pendre tous sans exception. Le 25 février, les consuls de Toulouse et des l'aubourj^s prêtèrent serment , en sa présence et par son ordre, devant les commissaires du roi Jean Leclerc et Oudard de Villars. Ces commissaires firent prêter le même serment aux habitants de Toulouse âgés de quinze ans et au dessus. Ils parcoururent ensuite tons les états du comte et reçurent partout le même serment.
Avant de rentrer dans sa capitale, Raymond s'était arrêté k Angouîême,* et c'est en celte ville qu'il fiança solennellement Marguerite de la Marche; mais comme les futurs époux étaient parents du 5* au 4< degré, il fut décidé que le comte enverrait à Rome Pons d'Astoand, son chancelier, et Guillaume de Puylaurens, son aumônier, pour solliciter la dispense. Cette dispense n'arriva pas, en sorte qu'on ignore si le mariage fut réellement accompli.
Quelque temps après, Raymond se rendit à Reziers pour assister à un concile qui fut tenu dans le palais épiscopal de cette ville, et où se trouvèrent un grand nombre d*archevêqoes, d'évêques et d'abbés, parmi lesquels étaient Falgar, évêque de Toulouse, et Raymond TEscri van, prévôt de Saint-Ëtienne. Le samedi après Pâques, 18 avril , Raymond lit en plein concile la déclaration suivante :
» Je, comte Raymond, déclare que frère Ferrier et frère
466 TEMPS INTSaMÉDIAIAES.
• Guillaume Raymond de Tordre des li èi es pi n heurs, qui » préteodeût avoir juridiction pour informer contre les hé- » rétiqaes dans mes états, ont rendn contre moi une sen- » tence d'excommunication, nonobstant et après Tappel
> légitime que j'ai interjeté an saint-siége de leurs procé- » dures, soit par rapport à leurs personnes, soit par défaut » de juridictioa; et que cette sentence m'a beaucoup dif-
> Êimé, quoique rendue contre le droit. Hais ayant fait » ma paix avec le roi de France, et étant dans une ferme » résolution de purger le pays d'hérétiques, comme j*y » suis obligé, de concert avec maître Guîllanme, clerc, et » les autres ambassadeurs du roi; et le diiîérend que j'ai » avec les frères prêcheurs, ne pouvant être terminé h » cause (le la vacance du siège apostolique : pour ne pas » retarder les affaires de l'inquisition, et pour témoigner » mon zèle pour la foi, j'offre, à la solticitatien des mêmes » ambassadeurs, k vous archevêques de Narbonne et d Arles » qui êtes ici présents, ou si vous ne voulez pas procéder » tous seuls, conjointement k tous les évèqucs de lassem- » biée, ou enfin à tous ceux que vous voudrez associer, de » m*en rapporter entièrement à votre décision, tant au » sujet de l appei que j ai interjeté que de la sentence des » frères prêcheurs qui m*excommunie : dans l'espérance » que vous me rendrez la justice que je mérite, que vous » aurez égard à ma personne et à ma réputation, et que » Taflaire de Tinquisition aura un heureux succès. »
Deux jours après, Raymond somma les évêques de ses états ou d'exercer eux-mêmes l'inquisition ou de la faire exercer par des religieux de l'ordre de Citeaux, de saint Dominique ou de saint François, avec promesse do les
Digiiized by
TBMPS IJimMftDIAIlIBS.
aider de tout son pouvoir dans cette recherche, de faire exécuter leurs senteoees par ses sénéchaux» viguiers et
autres baillis, de punir les coupables et de confisquer leurs bieos.
Le 22 avril, il écrivit au roi pour lui marquer qu'il avait travaillé de toutes ses forces à lui faire remettre le château de Penne en ^bigeois,. mais que les chevaliers qui en étaient les maîtres refusaient de lui obéir, à moins que le roi ne promit par lettres-patentes de le lui rendre au bout de cinq ans. Il priait Louis IX de foire expédier ces lettres..
De Beziers, Raymond VII revint dans le Toulousain, et le 24 mai il confirma à Bozet les reUgieux du monastère de Tinel de Tordre de Orand*^Hont, fondé par ses prédécesseurs, dans la possession de tous les biens qu ils avaient acquis ; il se rendit ensuite dn côté dn Rhône, et le 29 . juin il signa à Beaucaire une Irève avec le comte de Provence, grâce à la médiation de rarchevéque d'Arles : ce qui semblerait indiquer qn*il avait formé le projet de recommencer la guerre avec ce seigneur. 11 profita de cette trêve pour faire un voyage en Italie.
Avant de partir, il laissa le gouvernement de sês états à Sicard d*Alaman qui , d'après ses ordres, remit aux seigneurs, chevaliers, consuls et bourgeois de Saverdun, le serment qu'ils avaient prêté à Raymond pendant la guen e contre le roi. Falgar, qui tenait ce château en séquestre, fut obligé de le remettre au comte de Foix, sur les ordres de Louis IX.
Raymond VU joignit Tempereur Frédéric à Malfi dans la
Fouille, au mois de sej)tembre l!2i5, et lit un assez long séjour à sa cour, d'où il alla de temps à autre prendre aux
468 TBmS IMTSEICâOUlftSS.
environs le plaisir de la chasse. Il obtint alors de Frédéric la restitution du marquisat de ProTeace. Ayant appiis la récente élection du pape Innocent IV et désirant se mettre bien dans son esprit, il lui envoya d'abord faire ses soumissions. Ayant cru nécessaire à sa gloire de se rendre en pe'Sûiioe à iiome, il aniva en cette ville après les fêtes de la Toussaint, et fit remettra au pape les lettres du roi de France qui sollicitait le pontife en sa fisiyeur. Innocent ne voulut point lui donner audience qu'il n eût été réconcilié à TEglise. Le comte promit alors par un acte authentique d'obéir à tous les ordres de l'Eglise. Après celte promesse, il reçut Tabsolutiou le 2 décembre. Innocent lui ayant donné audience, il demanda la révocation de la censure que les inquisiteurs avaient portée contre lui. Le pape le renvoya à Tarchevêque de Bari, qui lui donna Tabsolution. Nous trouvons tous ces détails dans un bref qu'Innocent IV adressa au comte de Toulouse, et dans lequel il lui déclare que voulant prendre les Intérêts de sa gloire et de son salut, Il le regarde comme un bon et loyal catholique, et casse la sentence que les inquisiteurs Ferrier et Raimondi de Tordre des frères prêcheurs avaient portée contre lui.
Dans le cours de cette année, Bernard Gentiac, abbé de Saint-Saturnin, reçut la commission de Zoen, archevêque d'Avignon, de se rendre au monastère d'Exieu pour y faire une enquête au sujet de l'élection de Bernard Jordan en qualité d'abhé de cette maison, élection qui fat annulée 1 année suivante. — L'abbaye de Calers lut gouvernée à cette époque par Pierre de Menebac, qui avait succédé à Bernard Hugonis, qui eut lui-même pour successeur Armengaire. La terre de Sainte-Livrade dans le Toulousain avait alors
TENP8 imnilÉDUISKS. 169
pour seigneurs Marquesie et son ûls Maroadîer, qui rendirent hommage, pour les domaines qu'ils possédaient en ce Heu, à Bertiaiid abbé de la (]haise-Dieu , en présence d'Alfonse, abbé de Saint-Théodard. Le siège épiscopal de Cm' minges était encore occupé par Arnaud-Roger, qui fut témoin d un accord passé, celte même année, entre Pierre de Saint-Béat et ses frères d'une part, et Bernard comte de Comminges de l'autre . Pércgrin fut appelé, à la môme époque, au gouvernement de Tabbaye de Nizors et la dirigea pendant plusieurs années.
Nous avons laissé Raymond Vil à Rome, au[)ies du pape, qui, le i*' janvier 1^44, écrivit an rot de France - pour lui apprendre (|n'il avait fait un très gracieux accueil à ce seigneur, se félicitant d'en avoir agi de la sorte parce que Cè comte, qui tenait un des premiers rangs parmi les princes du monde, pouvait être très utile à l'Eglise. Dès ce moment, Innocent IV vécut en bonne intelligence avec le comte de Toulouse. Ce pontife, en témoignage de sa sincère réconciliation avec lui, ordonna k tous les archevêques et évèques de France de publier dans leurs diocèses Tabsolution donnée à llaymond. Cunséqucmment à ces cidres, Pierre, arcbevéque de Narbonne, déclara au mois de mars Raymond absous de toutes les sentences que lui ou ses prédécesseurs avaient portées contre sa personne.
Lorsque Raymond VU se disposaiit à rentrer dans ses états, Tinquisition, qui, comme on l'a déjà vu, avait été suspendue dans la province, reprit sou cours et s'exerça sans aucune difficulté, soit de la part du comte, soit de la part des évoques. Il f^iut observer que les frères prêcheurs avaiuàt prié le pape de les décharger do Tofiice d'inquisiteurs, à
470 TEMPS lNTBaMÉDIâiRB&.
cause des obstacles sans iioaibio qu'ils rencontraient dans Vexercice de leur charge. Innocent IV ne voulut point les décharger de cet important office, et ordonna au proTif\cial des frères prêcheurs de renouveler linquisition dans le diocèse de Toulouse.
D après cetordi u émane du siège aposiulique, les inquisiteurs recommencèrent leurs procédures; et afin de les régulariser, ils adressèrent plusieurs questions au concile de Narbonne qui fut tenu à cette époque. Les évéques assômblés répondirent à ces questions en dressant vingt-neuf canons dans lesquels on indique les pénitences qui doivent être imposées aux hérétiques, et où Ton déclare que les relaps seront remis au bras séculier pour recevoir les châtiments quils méritent.
Après le concile de Narbonne» les inquisiteurs procédèrent à la recherche des hérétiques dans toute la province. Les registres de rinquisition de Toulouse nous ont conservé les interrogatoires de plusieurs hérétiques ou tuteurs d*hérésie. On trouve dans ces interrogatoires des détails assez curieux sur les dogmes et les cérémonies de la secte albigeoise. Ainsi, au mois de mars 1244, Pons de Carbonel du Faget, au diocèse de Toulouse, déclara qu un certain Bernard Fresel, hérétique, prêchait pubUquement Thérésie à Auriac, eu plein air, et que tous les habitants assistaient à ses prédications; que son père et sa mère étaient hérétiques; que lui-même avait mangé avec eux, qu*i1 les avait adorés en fléchissant le genou par trois lois et disant Be^ nediàte et puis ces mots : Priez Dieu pour ce pauvre pêcheur. Au mois de mai, Bérenger d'Avelanet, du diocèse de Toulouse, déclara que dans sa jeunesse, étant à Fan-
TS|U>S iMEEMÉOlAUUtS. 474
jeaux, il y avait vu Guillabert de Castres dogmalisaot et tenaot des asseoiblées ; il nomma un très grand nombre de personnes illustres qn'il avait vues assister k ces réunions et adorer les hérétiques, entr'autres, plusieurs femmes de la plus haute noblesse, n raconta comment ces femmes forent reçues dans la secte pat un fils majeur de Toulouse. D'abord les postulantes promirent de ne manger ni viandes, ni œufe, ni fromage : elles s'engagèrent de ne pas jurer ni mentir, ni à se livrer k aucune impudicité pendant toute leur vie, à ne jamais abandonner la secte des hérétiques. ' Après cela, elles récitèrent Toraison dominicale ii la façon des hérétiques; on leur imposa les mains, et sur la tête le livre des prières; la cérémonie se termina par un grand nombre de génuflexions et prostrations, et par le baiser de la bouche que les nouvelles affiliées reçurent et donnèrent.
€e qui restait d'hérétiques dans le Toulousain s'était retiré au château de Monségur, près de Mirepoix. Ce château avait eu d'abord des seigneurs particuliers, qui furent dépossédés par Simon de Montfort, qui l'avait cédé à Gui Levis, maréchal de son armée. 11 avait été repris par Roger de Mirepoix et Raymond de Pérelo, héritiers des seigneurs
primitifs. Ceux-ci en avaient £ait l'asile des proscrits et des hérétiques. La tranquiUité du pays demandait qu'on s'emparât de cette place qui passait pour imprenable. Au mois de mars 1244, Tarchevêque de Narbonne, Durand évêque d'Âlbi, Raymond de Capendu, et quelques autres seigneurs, levèrent des troupes et l'attaquèrent. Celte place lut vigoureusement défendue ; mais elle fut obligée de céder aux efforts des catholiques. Les assiégés ayant demandé à capituler, on leur accorda la vie sauve, à condition qu ils livre-
472 TBUPS INTBRMÉDIAIBBS.
raient aux vainqueurs 200 hérétiques rer/'hfs ou parfaits, tant hommes que femmes, entre lesquels était Martin leur évèqiie. On exliurla crabord ces sectaires k se convertir. Sur leur refus, on traça une enceinte au pied de la montagne; après avoir MX dresser un immense bûcher au milieu, on les précipita dans les llammes et ils furent brûlés vifs. Esclarmonde, ûUe de Raymond de Pérelo, se trouva dans îe nombre des morts. Le château de Monségur fut rendu à Gui, maréchal de Mirepoix, qui en fit hommage au roi Tannée suivante.
Raymond Vil demeura cij Italie jusqu'à l'automne, et puis rentra dans ses états. 11 se rendit d'abord à Narbonne, où, de concert avec le comte Amalric, il fit réparation éclatante à Pierre Amelii, archevêque de cette ville, qu'il en avait chassé deux ans auparavant. On vit alors Raymond Vf 1 et Amalric servant decuyers à l'archevêque, a pied et sans manteau, conduisant son cheval par la bride depuis le couvent des Ck)rdelîers jusqu'au palais épiscopal, où ce prélat leur donna l'absolution.
De NarboDue, le comte se rendit à Toulouse. A peine était-il rentré dans sa capitale, que Segnis, veuve de Centulle comte d'Astarac, y arriva avec son ûls. Le 13 novembre, elle mit tous l^s domaines qui avaient appartenu h son époux sous la protection et le vasselage de Raymond, qui reçut aussi Thommage du jeune Centulle en prenant les mains de ce seigneur dans les siennes. Les témoins de cette cession furent Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, Raymond TEscrivan, prévôt de Saint-Etienne, Martin abbé de Lumbez, Athon archidiacre de Yillelongiie. (jui avait succédé dans cette dignité à Raymond Scriptor, Roger de Com-
nm INTBRMËOUIftES. 473
minges, les seigaeurs de Mauléan, Raymond de Benque,
Bernard de Montaigul, I3ertrand do Ville , Benuiid de Marestao, Sicard de Miremoot, Hoger de Noër (Noë), Pierre
de Villemur, Bérenger, viguier de Toulouse, et A. d*Es>
calquens.
Après la cession du comté d'Astarac, Pierre de Tolosa, au nom de Raymond, se rendit en Gascogne, à Castelnau de Barbareiis, k Masseube, à Durban, k Montcassin, à Simorre, et là, plantant Fétendard du comte sur les tours et les portes, il iii acclamer sa domination par le cri de ToulouseJ T(ndou$ei A la même époque, Bernard Vi comte de Gomminges, d'après le conseil d*Amaud-Roger, évêque de ce pays, se rendit vassal de Raymond Vlï pour tout ce qu*il possédait dans les comtés de Comminges et de Gouserans. L*acte fut passé dans le château Narbonnais, au mois de novembre, en présence de révêque de Toulouse, de celui de Gomminges, de Roger de Mauléon abbé de FEscaladieu, de Roger comte de Pailhas, d'Amalric de Narbonne, de W. de Barbazan, de Sicard de Miramont, et de plusieurs autres seigneurs.
On vit alors arriver à Toulouse une célèbre ambassade composée d*Aymar de Bressieux, Humbert de Seysses et Aymar de Corapeys. Ils venaient, au nom d'Ame ÎV duc de Savoie, demander en mariage Cécile, petite nièce de Raymond. Gette jeune princesse était fille de Barrai seigneur de Baux et de Sybille d'Anduzc. Celle-ci était fille de Pierre Bermond d'Anduze et de Constance, sœur du comte de Toulouse. Ce dernier accepta la demande du comte de Savoie, et promit de donner en dot à sa nièce six mille livres monnaie de Vienne ; il offrit pour ses cautions révé-
474 tmn DiriEMiDiAncs.
qae de Toulouse, Durand d*Albi, tes évéques de Cabors et
de Rodez, les comtes de Comtninges, et plusieurs autres seigneurs. De sou côté, le eomte de Savoie constitua à Cécile de Baux, pour son augment, noille marcs d'argent sur les villes de Chambéry et de Muiitmcillan. Cet acte lut passé au château Narbonnais et la cérémonie des noces eut Heu le 18 décembre.
A son retour d Italie, le comte Raymond tint à Toulouse une cour pléniëre, vers les fêtes de Noël, et y créa deux cents chevaliers, parmi lesquels on distinguait Bernard comte de Gomminges et Jourdain de Fille qui possédait quelques terres assez près de Toulouse, puisque à cette époque il fonda une église au lieu de Moudonville et y établit un prêtre pour la desservir.
Raymond se rendit ensuite dans l'Albigeois, suivi des évêques de Toulouse et d'Albi, et de plusieurs autres seigneurs. Il se trouvait à Toulouse an commencement de rannée 1245 et en partit vers la fin de février pour se rendre à la cour de France. Pendant le carême, il arriva jusqu'à Lyon où se trouvait le pape Innocent IV, revint ensuite dans sa capitale, et chargea Sicard de Montaut de , sommer le comte de Poix d'avoir à lui rendre le pays situé en deçà du Pas de la Barre compris dans le diocèse de Toulouse. Cette sommation aurait infailUblement ranimé la guerre entre ces deux seigneurs si le roi n'avait évoqué rafiaire.
Le pape avait convoqué à Lyon, un concile qui s'ouvrit
vers la lin du mois de juin. Raymond VU s'y trouva ainsi que révêque de Toulouse. Le comte de Provence s*y rendit aussi. Ce fut en présence du pa[)e qu'on agita la question
wan. IMTBBMCOIàtlBS. 47&
du mariage du comte de Toulouse et de Béatrix, Me de Raymond Bérenger, princesse d'une rare beauté. Cette alliance ne pouvait être contractée qu'autant qu'on annulerait le mariage de Bapiond avec Marguerite de la Marche. Le cardinal Octavien fut chargé d'examiner les causes de nullité. Ayant prouvé que Raymond VU et Marguerite étaient parents dn troisième au quatrième degré, le mariage fut déclaré nul. On avait besoin d'une dispense pour contracter la nouvellje alliance projetée, et dans la ferme certitude où étaient les parties intéressées de Tobtenir, Raymond et Bérenger rentrèrent dans leurs états. La mort inattendue de ce dernier prince fit échouer ie projet do comte de Toulouse : le pape n'accorda pas la dispense, et fiéatrix épousa Charles, frère de Saint-Louis et ûls de la reine Blanche, qui, dans cette circonstance, abandonna la cause de son cousin germain.
Raymond du Falgar, qui avait assisté au concile de Lyon, se rendit en 1245 le bienfaiteur du monastère de Prouille en lui cédant les dîmes des lieux de Grateiause, de Lasserre, de Rodes et de Saint-Martin. L'abbaye de Grand- Selve vit alors à sa tête Odon de Château-Raoul de Beziers, qui brilla dans son temps par sa science théologique et qui fht créé chancelier de TEglise de Paris. Innocent IV le fit cardinal et évêque de Tusculum. Il eut pour successeur à Grand-Selve Pierre-Raymond, qui reçut en feveur de son monastère plusieurs donations de la libéralité de Geraud d'Armagnac. — Le monastère de la Capelle vit dans la même année deux de ses abbés descendre dans la tombe : c'était Raymond 1" et Othon de Yico,
Zœn, archevêque d'Avignon, remplissait toujours les
4Î6 TUIPS UtlfiEMÉOlAiaKS.
fondions de légat daiis la province puisqu'il donna la conimissioD à MaurîD, abbé de Saint-AntoniD, de forcer par tontes les peines canoniques Févêque dn Palgar de rendre k l'abbaye de Bolbonne certaines églises dont ce prélat s*était emparé. Maurin jonissait d'un assez grand crédit à cette époque, car il iiU aussi délégué par l'autorité du saintsiége à l'effet de prendre des informations sur réiection d*un abbé intrus dans le monastère de Camp-Rond. Celui de Lézat était toujours gouverné par Pierre d'Albs, qui céda en 1^5, à Arnaud de Belfage, le prieuré de Montesquieu, à la condition expresse qu'il reconstruirait l'église et les bàtunents qui étaient tombés en ruines. C'est ici l'un des plus anciens monuments que nous possédions sur ce prieuré dont l'origine nous est inconnue.
L'abbaye de Saint-Tbéodard reçut à cette époque la visite de Guillaume de Guilbac abbé de la Chaise-Dieu, qui y fit d'esLcelients règlements pour le maintien de la discipliae monastique : ce qui paraîtrait indiquer que certains relâcheruciUs s'étaient introduits dans cette maisua. Ce relâchement provenait peut-être des grands biens que possédaient les monastères. Ainsi, au mois de mars, Napardahalie, fille de Bernard d'Arcoinbat et veuve de Baymond-Arnaud de Pressac, céda à Etienne abbé de Bellepercbe les honneurs d'Embrèze et d'Arligal ; Pierre de Massamont lui céda aussi les terres de Coiures et de Pardeilban.
Raymond d'Atignac II abbé de Saint-Paponl succéda, vers
ce même temps, à Bernard d'Amiliaa. On le trouve dans une charte relative à labbaye de Montoulieu.
Le comte de Toulouse cherchait, tous les jours, à rentrer dans la possession de ses anciens domaines et appelait
tmn tNTBBXÉDIAIRES. \*J^
ses vassaux à lui rendre foi et hommage ; ainsi nous apprenons que Bernard de Morestan se déclara vassal du comte, en présence de Martin abbé de Sainte-Marie de Lombcz. Nous voyons aussi Signis comtesse douairière d*Âstarac et Odon vicomte de Lomagne lui céder, le 2o raars IMC, en présence de Bernard comte de Comminges et de maître Guillaume de Puylaureus, son chapelain, tous les droits qu'ils avaient sur le comté de Fezensac. Pendant le mois d^avril, le comte parcourut ses domaines du Rouergue et de TAlbigeois pour y recevoir 1^ hommages des <Uvers seigneurs.
-Raymond résolut adors de se rendre en pèlerinage à Ssdnt-
Jacques de Compostelle, selon la coutume du temps. On croit que la dévotion ne fut ici que le prétexte de ce voyage^ et qu*il désirait contracter une nouvelle alliance avec quelque princesse du coté des Pyrénées. Ce quil y a de corlàin, c'est qu'au moment où le comte entendait la messe dans l'église de Saint- Jacques, on vit entrer une dame d'une haute naissance et que le bruit se répandit quil lavait épousée* Le 12 juillet, il était revenu de son voyage et se tiuiivail à Fanjaux lorsque Raymond du Falgar céda à Catherine de Salds, prieure de Prouille> l'église de Saint- Martin située près de celle de Sainte-Marie, pour être incorporée et reconstruite dans i enceinte du monastère.
L'évèque de Toulouse venait d'assister au concile de Beziers lorsqu'il lit celle donation ii Prouillc. (.e concile se tint au mois d'avril ; on y dressa quarante-six canons qui regardent Textirpation dé Thérésie et Tobservation de la paix. Ce fut à Beziers que Raymond du Falgar et les autres évèques écrivirent au pape pour rengager, dans l'inté- III ' n
m$ TBHPS IMTBRMtDMIRES.
• rét de la religion et ie salut des âmes, à favoriser les saints travanx des inquisiteurs ; ils font un grand éloge des frères prêcheurs, et se plaignent de ce que plusieurs hérétiques obtenaient à Rome des lettœs des pénitenciers du siège apostolique par lesquelles ils éludaient les cliaUmenls portés contre eux. Il paraît que plusieurs évèques ennemis de la sainte inquisition avaient défendu aux inquisiteurs Feutrée de leurs diocèses, puisque Raymond du Falgar avertit, de la part du pape, l'archevêque de Narbonne et Tévêque de Beziers d'ennpêcher, par le moyen des censures ecclésiastiques, les métropolitains de Vienne, Arles, Aix, Aucb, Bordeaux et Bourges, ainsi que plusieurs autres évèques, d'interdire l'entrée de leur ville aux frères prêcheurs.
Dans Tabsence de Baymond du Falgar, Arnaud-Roger, évêque de Comminges, se rendit dans le Toulousain pour y consacrer plusieui s églises, eatrautres, celle du lieu de Lavemose dédiée à saint Pierre. Cette église, construite dans le style bysantin, venait d'être terminée : ce qui ferait supposer que la partie de l'abside est beaucoup plus ancienne que le reste de Fédifice. La consécration solennelle eut lieu le 27 avril 1246, en présence d'un nombreux clergé et d*un concours immense de peuple. ^Arnaud- Roger céda à Molinerie, abbesse de Favas, les dîmes de Cusad et de Caseneuve, après avoir consacré Téglise de Lavemosè, et donna une preuve éclatante de son désintéressement on cédant à perpétuité, à ses successeurs dans le siège de Comminges, la terre de Saint-Frajou qu'il tenait de ses ancêtres.
Quoiqu'absent de son diocèse, Raymond du Falgar n'ouvbliait Tfm les intérêts de sa ville épiscopàle. Pendant son
TEMPS IMSaMÉOIAiafiS. Hd
séjour il Lyou, il avait obtenu du pape Innocent IV une bulle en Caveur de Tuoiversité de Toulouse, dans le but de donner aux études une organisation nouvelle et durable. Celte bulle r.egut son exécution en 1246. Elle était conçue en ces termes : « Innocent évéque, à nos chers fils tous » les maîtres et ccoliers de la ville de Toulouse : salut et » bénédiction apostolique. — il existe donc eu votre cité » qui est comme la maison de David une fontaine jaillis- » santé de science et de vie, aux eaux de laquelle ceux qui » ont soif vont se désaltérer, puisant avec joie dans les » sources du Sauveur afin qu*avec Rachel ils puissent y > faive boire les chameaux, c'est-à-dire les pécheurs con- » trefaits par leurs crimes, et que ces hommes qui* ont » passé leur vie entière au sein des ténèbres y reçoivent » quelque adoucissement à leurs maux. » Le pape déclare ensuite que le chancelier de Funiversité de Toulouse sera créé en présence de levèque, du conseil de la cité, et de deux professeurs des écoles publiques ; qu'il prêtera serment de n'admettre à la licence que des sujets dignes de ce titre. A dater de la demande en licence, pendant trois mois on prendra toutes les informations possibles auprès de qui de droit touchant Tidonéité du candidat. Les professeurs en théologie et en décrets prêteront serment, en commençant leurs cours, d'observer fidèlement tontes les règles prescrites.
Le chancelier doit garder exactement le secret sur ce qui
se passera au sein de l'Université. Il examinera ceux qui se présenteront pour enseigner la physique et. les arts libéraux. Tout doit être réglé sur Theure et là durée des leçons et des conférences (legendi et diifputandi), sur le
<80 TEMPS INTEaXÉDIlIUES.
eostame qui doit être adopté, les sépultures, les examens du baccalauréat, le prix des logements et de la nourriturer Le pqie veut que, si on méprise les statuts de TUniversité, ou qu'on se livre à de criminelles exactions par rapport aux écoliers, ou k des voies de fait contre les professeurs, les leçons soient suspendues jusqu*à nouvel ordre.
L'évêque de Toulouse doit seul veiller k l'exécution des statuts de rUniversité, et c'est dans ses prisons et non dans celles du chancelier que doivent être enfermés les cpupables. Les va^uices d été ne doivent pas s'étendre au-delk d*un mois. Il est défendu aux écoliers de parcourir la ville on armes et d*y exciter du tumulte. Les professeurs ne doiventintroduire dans leurs cours que des livres qui aient été approuvés par le concile provincial. On doit éviter, dans 1 étude de la théologie, tous ces raisonnements mutiles qu'emploient ceux qui se disent philosophes. On ne doit discuter que sur des questions qui trouvent leur solution dans les livres théologiques ou les écriis des SS. Pères. Il est défendu d*employer la langue vulgaire dans les études. Si quelque écolier vient à mourir ali-uiteslat, ses biens seront placés sous la sauvegarde de l evêque et de Tun de& maîtres ; isa famille doit être avertie ; et si, dans un temps donné, les héritiers ou naturels ou institués ne se présentent pas, ces biens seront employés pour le plus grand bien spiriluel du défunt.
Le pape écrivit encore au comte, aux capitouls, et aux. habitants de Toulouse, pour les engager à défendre les privilèges de l'Université, et les iéiiciter de tout ce qu'ils avaient déjà fait pour elle. 11 écrivit enûn à Raymond du Falgar pour lui recommander les écoliers pauvres et mal-
Uigiiizea by <j
heoretix, appelant sar eux toute la sallieitude de sa charité. Nous apprenoûs de ces lettres qu il existait à celte époque» hors des murs de Toulouse, des hospices ou hôtelleries dans lesquelles on recevait les pauvics écoliers. Ces asiles ont donné lieu plus taid à la création des collèges des boursiers.
L'usage qui s'était depuis longlempb établi dans les monastères de donner des lettres d'agrégation à de hauts seigneurs, s'était perpétué jusqu'à Tépoque que nous parcourons, puisque, vers la tin de l'année 1246, Guillaume de Dalbs, abbé du Mas-d'Azii, rendit Roger comte de Foix participant de tous les biens spirituels de son abbaye, à eondition qu'il en prendrait la défense. Ce seigneur reçut alors rhommage d'Arnaud de Comminges en qualité de vassal.
Le roi de France avait projeté le voyage d'outre-mer;
mais craignant que pendant son absence le comte de Toulouse ne causât quelque trouble dans ses états, il le manda à sa cour. Raymond y arriva au mois de mars de Tannée 1247. Le roi et la reine iiianche lui firent très gracieux accueil et le pressèrent de se croiser. 11 ne s'y détermina qu'avec peine, parce que l'argent lui manquait. On lui promit de lui restituer ie duché de Narboune, et de lui donner trente mille livres pour fournir à la dépense. Le pape, ravi dn ce (|uo le comte s'était croisé, ordonna à son légat de lui remettre de sa part deux mille marcs sterling .quand il serait arrivé en terre sainte. De son côté, Raymond écrivit au pape pour lui témoigner le désir ardent qu il avait de badnir à jamais Terreur de ses états.
De retour à Toulouse, le comte engagea ses barons, ses
f8S TEMPS niTBUltoUtBIS.
chevaliers et ses bourgeois à se croiser. Il fit équiper une
flotte et se disjju^a a partir. H Vijiilut, avant de quitter la Fraoce, rendre un dernier devoir à la mémoire de son père Raymond VI : c*est ce qui Tavait détermiDé à écrire au pape pour solliciter de lui Fabsolutioii du corps de ce prince. Innocent IV, accédant aux désirs du comte, adressa la bulle suivante a Guillaume évèque de Lodève, à Fr. • Raymond de Cancio, et à Fr. Guillaume de Bhves, corde^ lier, inquisiteurs à Toulouse : « Notre très cher fils le » comte Raymond nous a exposé que son père étant mort > sous Tanathème de Fescommunication, et son corps ayant » été jusqu*à ce jour privé de sépulture, il avait obtenu » des lettres de notre prédécesseur Grégoire qui avait donné » commission à Févéque d'Âlbi et à Fabbé de Grand-Selve » de procéder aux informations. (]eu\-ci n'ayaiiL |)oinl ac- » compli leur mandat, nous vous ordonnons de faire une » recherche exacte de la vérité sur les articles qui seront j» proposés et d'en latormer le siège apostolique. »
Conformément à ces ordres, les commissaires se réunirent dans la maison du Temple, en présence des évéques de Rodez et d'Âlbi, de Jean de Clagarède, chanoine de Nîmes, de Bérenger de BentuUe, de Guillaume Bertrand!, chanoine de Lodève, de Jean Auriol, chanoine de Rodez, d'Amauri vicomte de Narbonne, et de Raymond Gaucelin vicomte de Lunel. Le comte île Toulouse présenta douze articles sur lesquels devaient porter les dépositions des témoins; il communiqua aussi le testament de son père dans lequel il doiinait des marques non équivoques de sa catholicité. Cent témoins .furent entendus, parmi lesquels on distinguait Raymond Escrlvan, prévôt de Saint-Etienne,
TEMPS IXTERMÉDUIRBS.
des chanoines de cette église, le recteur de Saint-Pierre des Cuisines, un religieux de Tordre de Grand-Mont, des hospitaliers de Saint-Jean, soit de la maison de Toulouse, soit de celle de Guaridech, des religieuses de la Grâce-Dieu de Tordre de Fontevrault, l'abbé de Calers, la prieure de Lespinasse, le sacriste de Belleperche, Sicard de Miràmont, noble chevalier, Bibilicime de Marquefave, prieure de Longage (de kmgâ die) et un grand nombre d'autres personnages de distinction. L'audition de ces témoins dura pendant tout ie mois de juillet. Les commissaires envoyèrent an pape le résultat de leurs informations : de son côté,. Raymond députa vers le pape à Lyon uu fondé de poiivoirs pour solliciter la sentence d'absolution.
Le procureur du comte confia le soin de cette importante affaire à uu prélat de la cour romaiue, qui lui déclara que la sentence serait obtenue si le roi reconunandait les intérêts de Raymond à Innocent IV. 11 ne fut pas difficile d'obtenir de Louis IX les lettres qu'on sollicitait. Mais le procureur ^e tarda pas à s^apercevoir que ce prélat, qui s'était déjà fait livrer une somme d'argent assez forte, asail disposé toutes choses sans ie consentement du pape, qui ne trouva pas sufûsantes les informations qu'on avait déjà faites. Le comte de Toulouse, ayant appris ce résultat, défendit à son procureur de passer outre.
Cependant, le 19 novembre 1247, le pape fait expédier une nouvelle commission à l'archevêque d'Auch et aux évêqoes du Puy et de Lodève. Le pontife parle des démarches que le comte de Toulouse avait faites poui obtenir k son père les honneurs de la sépulture, et rappelle la mission qui avait été donnée par Grégoire $on prédécesseur à
TBMfô IKTEBMÉDiAlEBS.
d autres pi élals do iairc une enquête sérieuse sur la manière doQt Raymond VI avait quitté la vie. U accuse réception des dépositions des témoins ; mais il déclare qu'il ne peut encore donner droit à la requête à cause de quelques défauts dans les formes. Ën conséquence, il charge ces nouveaux commissaires de s'assurer par tous les moyens possibles de la vérité des faits,, et de Caire inhumer le corps en terre sainte.
On ignore quel fut le résultat de cette commission pontilicale; ce qn*il y a de certain, c'est que le corps de Raymond VI demeura toujours sans sépniture, enfermé dans nn cercueil de pierre, hors do 1 église des chevaliers de Malte, et que Ton montrait la tète du prince comme objet de curiosité. Ainsi Raymond VII ne put jamais réussir à contracter un nouveau mariage ni à procurer à son père les honneai% d*une sépulture chrétienne.
Vers le mois d'août il lit un second voyage en Espagne, peut-être pour chercher à contracter quelqo'antre alliance. Avant son départ, il vuuhit témoigner riiorreur que lui avait inspirée le meurtre des inquisiteurs à Avignonet r il écrivit des lettres à tous les consuls et juges de ses états dans lesquelles il ordonna à tous ses sujets d'assister aux prédications des dominicains et des frères mineurs partout où ces religieux porteraient la parole divine.
Les inquisiteurs Bernard de Cancio et Jean de Saint- Pierre, sous la protection du comte de Toulouse et de Raymond du Falgar, firent à celte époque une recherche exacte des hérétiques en cette ville. Ils en ramenèrent plusieurs au sein de TEglise et en condamnèrent beaucoup d'autres à la prison perpétuelle. Ou appelait en langue vulgaire ces
TBMPS IMTEBMÈDlÂl&ES. 185
condamnés les Emmurats; — c'est sans doute de ce nom qu'on appela la prison de Tinquisition les Hauts^Murau, nom qai a été conservé jusqu'à ce jour.
L'évêque de ToiiliiiL>e confirma, celte année, à Jean abbe de la Capektte, la donation des églises de Meiran, de Saint- Jean de Boutes, de Rastiniac et d'Hémerville, que Foulques avait cédées à ce monastère sous la rente de trois livres de dre. Cet acte fut signé par Raymond Escrivan, prévét de Saint-Etienne. — L abijaye de Grand-Selve fut enrichie, à cette époque, par les libéralités d'Othon de Terride, pen* dant que Hugues de Valhs s'engageait à défendre îabbaye de Lézat contre ses injustes agresseurs. Cet engagement fut pris entre les mains de Pierre de Dalbs, qui obtint du pape Innocent IV le |>rivilége d'user des ornements pontificaux dans la célébration des saints mystères. — Cet illustre abbé se montra toujours plein de sagesse et de prudence. Il fit réunir en un seul livre toutes les chartes relatives h lab- ^ye, et gouverna cette maison jusqu'à Tannée 1251.
Alphonse abbé de Saint-Théodard fit, cette année, des règlements par lesquels il fut statué qu'on n'exigerait, pour les sépultures dans le cimetière de son monastère, que ce qui aurait été réglé par le testament du défunt. Il termina aussi quelque différend qui existait entre Bertrand de Montalgul, camérîer de Saint-Théodard et prieur de Gastelsarrasin, frère Raymond de la Bruguière, maître recteur de la maison de Ville-Dieu, et les frères de cet hospice.
GuiUaame de Corossèles, abbé de Camon, eut pour successeur, en 1247, Peytavit, dont le nom se trouve dans quelques chartes de cette époque. Bernard d*Â1bars, abbé de Bulbonne, mourut vers ce même temps. Il fut remplacé
186 TEMPS hMEfiUÉDlAta£S.
par Bêrcnger III, qui reçut au nombre des religieux un seigneur de la maison de Foix nommé Raymond qui, à cette occasion; donna tous ses domaines à ce monastère.
L'absence du comte de Toulouse ne fut pas de longue durée puisque nous le retrouvons, au mois de décembre 1247, à Lavaur. Au commencement de Tannée suivante, il ût ses préparatifs pour le voyage d outre-mer, assembla les habitants dans le paiUiis commun, et déclara que le consulat ^ de Toulouse appartenait en propre à leur commune et qu'elle avait Tautorité d'élire, tous les ans, ses consuls au nombre de vingt-quatre, douze dé la cité et autant du fou* bourg.
Désirant donner au pape de nouvelles garanties de son
zèle, il lui écrivit pour le prévenir qu'un grand nombre d'hérétiques étrangers s'étaient introduits dans ses états, et le pria de donner des ordres pour en faire la recherche. Innocent IV acquiesça promptement aux désirs du comte : » il écrivit d'abord à l'évéque d'Albi, lui permettant de délivrer de prison, du conseil des inquisiteurs, les hérétiques qui y étaient renfermés cl (lui donnaient de véritables marques de pénitence, à condition qu'on leur imposerait des satisfactions convenables. Il commit ensuite l'évéque d'Agen par des iettros qui portent la date du 29 avril 1248, et lui ordonna dinformer dans les terres du comte Raymond, avec le conseil des inquisiteurs des lieux et des diocèses, et en observant les formalités prescrites. R permit , à la prière de Raymond, a ceux des sujets de ce prince qui n'étaient retenus en prison que pour un temps ou qui n'étaient condamnés qu'à porter des croix pour crime d'héré- , sie, de se croiser et de marcher au secours de la terre
TEMPS INTERMÉDIAIKES. 487
sainte. Il permil même à ce [firélat, ou à son dé^ot à l'archevêque d'Auch, de l'aire grâce à ceux qui , étant condamnés à une prison perpétuelle et ayant donné des mar-^ ques d'un sincère repentir, se croiseraient. Nous apprenons, des lettres que le pape écrivit aux inquisiteurs de la prp- Yince de Narbonne, que quelques hérétiques s*étaient saisis des registres de Finquisition et qu'ils les avaient brûlés au sortir d*une assemblée, après avoir tué le derc ou le cUrmiT du saint tribunal.
Raymond se trouvait à Toulouse au mois de jum 1248, puisqu'il y passa un accord i^ns le château Narbonnais avec Durand, évêque d'Albi, et Sicard iVAlaman, son chancelier, au sujet de la monnaie d'Albi. 11 fut stipulé que le comte et ses successeurs auraient le tiers de cette monnaie, l'évêque un autre tiers, et Sicard un autre tiers. On trouve dans, cet acte que la monnaie d'Albi, dite des Bammdiim, sé fabriquait k Gastelnau de Bonafos, qui était un fief appartenant à Sicard^ sous la mouvance du comte de Toulouse.
Raymond, ayant appris que le roi était arrivé à Aiguësmortes, se rendit auprès de lui. En passant à Sauran dans le Minervois, il échangea, le 6 août , avec Bérenger et Gautier de Saint*Jean, les terres que Pierre Amelii avait {possédées à Montaigut contre la forteresse de la Bastide-de- Beauvoir et une vigne située entre cette forteresse et la ville de l'Isle. C'est ici le plus ancien monument que nous possédions sur cette dernière cité qui fut bâtie au treizième siècle, sur les ruines du châleau de Montaigut en Albigeois.
Le comte arriva à Aiguesmortes vers la mi-aout et y conféra avec le roi, qui s'embarqua le 25. Il se rendit ensuite à Marseille» dans le dessein de s*embarquer aussi sur
TBMl^ iMtUMËUUiHES.
un grand vaisseau qu'il avait fait équiper à ses frais. Se trouvant à risle dans le VeDaissin, il y cojiUrma les privilèges de la ville de Gaillac. La saison se trouvant trop avancée, il remit son départ k l'année buivcinte, du conseil des seigneurs qui Taecompagnaient, et quitta les bords du Rhône pour se rendre dans le Rouergue.
n existait à cette époque un célèbre hôpital situé dans le territoire de Moutauban et dont Tadministra^on dépendait de l evèque de Toulouse. Au moyen-âge, les prélats avaient en général le gouvemement direct de tous les asiles de bienlaisance. Raymond du Falgar confia la direction de cet hôpital à un ctiapelain nommé Guillaume Tuslan, qui prêta serment à l'évéque en qualité de feudataire.
Maurin gouvernait toujours l'abbaye de Saint-Antonin de Pamiers, et se montrait plein de zèle pour les intérêts matériels de sa maison. En 1248, il fit un accord avec Fabbé de liuiboune, d'après l'arbitrage de celui de lionuefont, et reçut d*Ârnaud de Castlard foi et hommage pour le village et la forteresse de ce nom, que ce seigneur déclara avoir reçus. en lief des tenants de labbaye. — Celle de Calers reçut aussi plusieurs domaines des libéralités d'Artaud- Guillaume de Beaumoiit. Ces domaines étaient situés à Mornac. Cette donation se fit entre les mains de Raymond de Fortanier, qui gouverna cette maison jusques à Tannée suivante.
En attendant Tépoque de son départ projeté, le comte
Raymond, au commencement de l'annéiî 1249, parcourut ses domaines. A la lin du mois de janvier, il se trouvait à Agen, ensuite à Verdun-sur-Garonne, et le 11 avril à Toulouse, où il reçut l'hommage dlzarn Jourdain et de
TEMPS INTEEXÉDiAIlLES.
Bernard , fils de feu Bertrand Jourdain, (les deux frères étant morts sans postérité, Jourdain iV seigneur de riUe- Jourdain, leur cousin germain, leur succéda dans la seigneurie de Launac et dans la portion de la vicomté de Gimoëz, dont ils avaient hérité de Bertrand leur père. Le eomte se rendit ensuite à Logrono en Castille, où il eut une conférence avec Tiniant Alfonse, fils du roi de cette province. Il y séjourna pendant quinze jours, sans doute pour cause do maladie, car, clant renti é dans ses ctat.>, il y fut attaqué vers le mois de mai d une infirmité assez grave. Nous le rencontrons, le 10 juin, à Âgen, où il reçut rhommage d'Arnaud Garsias du Fossat pour divers châteaux de TAgenais.
Le fils de Simon de Montfort duc de Leycestre gouvernait alors la Gascogne au nom du roi d'Angleterre. U avait entrepris une expédition dans le pays contre les vassaux du comte de Toulouse, el avait fait prisonnier Geraud d'Armagnac, Tun d'entr'eux. Arnaud Athon vicomte de Lomagne s*était jeté dans son parti. Le comte, justement irrité de cette félome, le somma à Agen de lui remettre le château d*Auvillar et de Êdre rendre la liberté à Geraud d'Armagnac. Le vicomte refusa d'oliéir, ce qui n'empêcha pas son suzerain de se saisir de tous les domaines qu Arnaud Athou possédait dans TAgenais.
Il y avait à Agen un assez gi and nombre d'hérétiques , quelques-uns se convertirent à la foi chrétienne, quelques autres, au nombre de vingt-quatre, résistèrent k toutes les sohicitatiODs. Raymond les fit paraître devant lui et employa d'abord tous les moyens de persuasion pour les engager à renoncer à leurs coupables erreurs. N'ayant pu
490 TBHPS lNTEILMÉ0iAiaES.
les gagner, il les condamna à mort c*est-à-dire à être brûlés. La sentence fut exécutée.
Dans le cours de Tannée 1249, Raymond du Falgar eëda tous ses droits sur l\iglise de Sainte-Marie de Broras et toutes ses dîmes à Molinerie, abbesse de Fabas, ainsi que les dîmes de Saint-Martin de Longue-Selve, à la cbarge de la part des religieuses de ce couvent de payer a levêque une rente annuelle de deux livres de cire et de poivre. Cet d fut approuvé par Raymond Kscrivan, prévôt de Saint- Ëtieane. Il conûrma aussi i'abbaye de Montoulieu c^os la possession dé diverses églises. Nous le trouvons choisi pour arbitre dans un différend qui existait entre le vicomte de Narbonne et rarchevêque de cette ville. Non seulement Falgar se montra plein de zèle pouf les intérêts de son Eglise, mais encore pour ceux de sa famille, car il adressa des lettres de remercfment à Tabbé de Lagrasse au sujet de quelques services que ce dernier avait rendus à Guillaume du Falgar, son neveu.
Arnaud Garsias, quatrième du nom, succédait vers ce même temps à Matthieu de Saint-Félix dans le gouyeruement de l'abbaye de Feuillants.
Un scandale, toujours affligeant pour la religion, eut lieu dans le Touiousaiu entre les abbés de deux célèbres abbayes, celle de Saint-Antonin de Pamiers et celle de Bolbonne. Ces abbés, Maurin de Pamiers et Bérenger 111 de Bolbonne, eurent cette année-là un bien grave différend au sujet du domaine de Bonrepos. La discussion devint si vive que non seulement les deux champions s accablèrent d injures, mais se battirent violemment, àtel point que Bérenger fut giièvement blessé. Ce diiïérend ne put être apaisé que
Digiiized by
TSMPfi INTSiMÉDllIMiS. 494
par rintervcution du comte de Foix, de labbé de Pieignan et de celui de Saint-SaturBia de Toulouse.
Une éclatante lumière brillait alors à Toulouse dans Tordre des frères prêcheurs : c'était le frère Maurice, que uos annales nous représentent comme un orateur très éloquent et un célèbre controversiste. Il était né à Toulouse d'une illustre famille, et avait embrassé assez jeune la règle de saint Dominique. On raconte que, passant un jour à Âlbi et demeurant chez les cordeliers de cette ville, ces rehgieux lui dirent qu'ils souffraient beaucoup de la disette d'eau. Aussitôt il se mit en prière, et une source abondante jaillit sous ses pas. Il mourut peu de jours après qu'il eut oj^éré ce prodige, et fut inhumé dans l'égUse des cordeliers d'Albi, où un grand nombre de guérisons miraculeuses s'opérèrent sur son tombeau.
L*ordre de saint Dominique comptait encore dans ses rangs un autre éminent personnage à Toulouse : c'était frère Raymond de Cancio, inquisiteur de La foi, dont nous avons déjà parlé au sujet des informations sur la mort de Raymond VI. 11 fut le fondateur du couvent des dominicains d*Agen , où il ipourut en 1260. Sa mort et sa gloire furent révélées à un religieux de son ordre par une vision céleste.
Après Tauto-da-ië d'Agen, Raymond VU partit pour aller joindre sa fille Jeanne et son gendre Alfonse à Aignesmortes où ils devaient s'embarquer. Il prit congé d'eux et partit pour Milhaud en Rouergue, qui devait être le terme de sa course. Lk, il fût tout-à-coup attaqué d*nne ftèrre ardente, ce qui ne l'empêcha pas cependant de continuer sa roule. Arrivé à Tris, près de Rodez, il fut obUgé de s*arrêter. Prévenu de mort prochaine, il lit alors appeler un saint
492 ' TEMPS iXTERMbOlAlRËS.
«rmite du pays, Guillaume Albaronier, et lui fit une confession générale de sa vie. L'évéque d'Albi lui administra le saint viatique, quMl reçut dans les sentiments de la plus haute piclé. Dès qu'il apprit que lo sainl-sacremciU était entré dans son palais, il se leva, alla au devant de son Dieu, et communia à genoux sur le pavé de sa chambre. Les éyèques de Toulouse, d'Agen, de Cahors et de Rodez, ses principaux vassaux et les consuls de Toulouse, se rendirent à Tris. Leur avis était de le faire transporter k Toulouse, mais il voulut qu'on le portât à Milbaud, où il fit , le 23 septembre, le testament suivant :
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, ainsi soit-il. Telle est ma volonté dernière : « Je, Raymond, par la grâce * de Dieu comte de Toulouse, marquis de Provence, fils de » la reine Jeanne, étant sam d'esprit , je fais ici mon tes- » tament , révoquant tous les antres. Je choisis ma sépul- » ture à Foutevrault, où reposent Henri roi d'Angleterre, » mon aïeul, le roi Aichard mon oncle, la reine Jeanne « ma mère, aux pieds de laquelle je veux être inhumé. » J'entends que toutes mes injustices de quelque nature » qu*elles puissent être soient réparées. Je laisse dix mille » marcs sterling pour le repos de mon âme, ainsi répar- » ties : cinq mille à Fontevrault, auquel je laisse aussi mes > vases d'or et d'argent, mes parures, mes anneaux et mes » diamants ; quarante marcs au monastère de Lespinasse » du même ordre ; cent marcs à celui de firagairac ; cent » marcs à celui de Longage ; cent marcs à celui de Sainte- » Croix ; cent marcs à celui de Saint-Laurent de Goujon ; » cènt marcs à celui de Fabas ou TOraison-Dieu ; cent » marcs au prieuré de Prouille ; cent marcs au monastère
» de Sainte-Marie du Bosquet au diocèse deTrois-Cbàteaux;
• cent marcs à celui de Saint-André de Vaison.
• Je laisse, de plus, pareille somme à l'cBuvre de Saiût< » Etienne de Toulouse ; pareille somme à Vwmre deFégUse » de Grand-Selve ; pareille somme à l'abbaye de Feu i liants; » cent marcs à celle d'Ëaunes ; cent marcs à celle de Bonne- » Combe. Indépendamment de cette somme de dix mille » marcs, je laisse encore à Fontevrault tous mes bœufs, > vaches, brebis et bêtes de somme qui se trouveront dans ■ mes granges et bergeries. Je his^Q aussi cent marcs à
• l'imvre de Téglise de Bellepercbe. Quant à ce qui res* » tera sur les dix mille marcs, mes exécuteurs testamen- » taires en disposeront à leur gré pour le bien de mon » salut.
» Jinstitue pour mon héritière et légataire universelle » Jeanne, ma fille, épouse de noble AlTonse comte de Poi- » tiers. JVdonne que toutes mes dettes soient exactement ' » payées sur les biens que je laisserai à 1 exclusion de dix » mille marcs, et cela sans aucuns frais de justice. J*ac-
• corde à tous mes barons et cbevaliers, à tous les posses* » seurs des ^lises et monastères, à toutes les villes, aux » châteaux et villages de nos domaines, la confirmation de » leurs privilèges et libertés; défendant qu'on les vexe ja- » mais au sujet des tailles ou exactions que ma volonté, et » non la Justice, leur avait imposées.
» J'ordonne que notre cher et iidèie serviteur Sicard » d'Âlaman gouverne nos états, en perçoive les revenus en » établissant des officiers suffisants, et qu'il acquitte toutes » nos dettes et nos legs avec le secours des commissaires » que je nommerai, jusqu'à ce que ma fille entre en pos'*
494 TEUPâ LNTERMÉUUlites.
» sessiG» de mes domaines. Je nomme mes exécuteurs
» testamentaires les évèques de Toulouse, d'Ac^en, d'Albi, » de Cahors, de Rodez, de Carpentras et deCavaiilon; les » nobles seigneurs comte de Coraminges, Sicard d'Alaman, » et quatre citoyens de Toulouse, au choix de ces derniers, > les chargeant ^exécuter avec toute Texactitude possible
mes dernières volontéty. * . Le lendemain, Raymond ajouta un eodicille à ce testament. Il y déclara que, s*il guérissait de son infirmité, il accomplirait le voyage d'outre-mer ; et s'il ne pouvait pas Faccomplîr, il voulait que son héritière envoyât en Terre- Sainte cinquante milices. Il ordonna de rendre au pape les sommes qull avait reçues éu vingtième sur les biens ecclé* sîastiques, les legs et le rachat des voeux ; il prescrivit enfin à son héritière de tendre au roi de France et à la reine sa mère Targent reçu pour son passage au-delà des mers.
Après avoir fait toutes ses dispositions et recommandé de rendre au pape tout Targent qu'il on avait reçu pour combattre les ennemis de TEglîse, Raymond reçut Textrémeonction, et expira le 27 septembre 1249, à i'àge de cinquante-deux ans. Son corps, embaumé et déposé dans un cercueil précieux^ fut apporté avec pompe, par Albi, Gaillac et Rabastens, jusqu à Toulouse, où furent célébrées ses funérailles avec une incroyable magnificence, au milieu des larmes de tous les habitants. De Toulouse, son corps fut ^transporté en bàteau au monastère de Paradis en Agenais, où il demeura en dépôt jusqu'au printemps dé l'année suivante. De là il fut porté à Fontevrault, où il fut inhumé dans le chœur des religieuses, aux pieds de Jeanne d'Angleterre, sa mère.
TBVPS IKTBmtoimES. , 19$
Tous le [)eu[3lcs soumis à la domiaatiun de Kaymoiid Vli donnèrent de justes regrets à sa mémoire. H était plein de douceur et de générosité, magnifique dans ses manières, et se laisait remarquer par la droiture de son esprit. 11 jonit dans son siècle de la réputation d*un grand capitaine, et il signala sa valeur soit pour recuuvi ci le patrimoine de ses ancêtres, soit pour poursuivre les différentes guerres qu'il eut à soutenir. On ne jeta jamais aucun soupçon sur sa catholicité, et sur la fin de sa vie il poursuivit les hérétiques avec une étonnante vigueur. Il eut beaucoup à souf^ frîr de la part de quelques évêqucs qui, pour des intérêts purement temporels, le chargèrent d'excommunications : ce qui obligea le i)ape de modérer leur zèle et de prendre sa défense. Grégoire IX et Innocent IV Thonorèrent de leur amitié et de leur confiance.
D'irrécusables monuments attestent sa grande libéralité envers les églises et les monastères; il nen existait aucun dans ses vastes étals qui n'eût reçu des marques de sa munificence. Il se montra très jaloux de sou autorité, et administra ses domaines avec une constante et exacte vigilance. A sa mort, Raymond VII possédait 1* le comté de Toulouse qu'il teuait de ses ancêtres, à la réserve du comté de Foix et des terrés de Mirepoix, sur lesquels il prétendait exercer les droits de souveraineté ; 2" la partie de l'Albigeois située à la droite du Tarn, le Aouei^ue.et le Querci ; 5<* TAgenais, qui avait été donné en dot à Jeanne d'Angleterre, sa mère ; 4^ le marquisat de Provence ; la vicomté de Marseille, que les habitants lui avaient cédée ; 6<* enfin la suzeraineté sur les comtés de Commingcs, d'Astarac et de Fezensac, et sur le comté de Diois.
TEMPS IMËUMÊDIAI&SS.
Tels étaient les domaines que Raymond VII transmit IT
Jeanne, sa fille et son unique héritière, femme d'Alfonse «comte de Poitiers et frère da roi.