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TEMPS IfiTERMÉDlAI&ES.
Peu de temps après sa mort, eut lieu le chapitre général des domimcaios à Toulouse, dans lequel ou dressa plusieurs statuts tM6k k la discipline intérieure de fordre. Il fut prescrit à ses membres de ne mouLer à cheval que lorsq[Q*UQe nécessité pressante Teiigerait ; oi^ recommanda aussi la pins grande simplicité dans la constractton des -monastères.
Ce fut à celle époque qœ la maison des seigneurs de
rille-Jourdain choisit sa sôpultuie à Grand-Selve. Nous trouvons, en effet, on testament de Raymond Jourdain demie, fite d*Odon de Terride, par leqael il choisit Féglise de ce monastère pour le lieu de sa sépulture ; lui laisse, à titre d*aiimtae, son ehevsd et m rotustn avec son bamache* ment complet, son lit avec ses courtines et son ciel ; ordonne que Ton vende ses porcs, et que le prix eu soit donné à un certain donzeau pour frais du voyage qae ce dernier doit faire, à la place du testateur, à Saint-Jacques en Galice. U donne aussi à Garcie Garcias et à Bernard^ ses lirères, le domaine de Garrbac et sa cbanssure de fer (eaU-gas ferreas) ; à Bertrand son fils, les maisons qu il possède dans le iaubourg Saint-Çyprien de Tonlouse ; £ùt rentrer Helys, sa mère, dans la possession de ses anciens domaines ; cède à Odou de Terride son neveu, ôls d'Alpaïs sa sosar et de Bernard d'AstaforI son époux, le cliâteao de Thil et le bourg de Brets, et nomme Richard abbé de Graud-Selve son exécuteur testamentaire.
Maurin, abbé de Saînt-Antonin de Pamiers, toocbait au terme de sa carrière. En 1256, il lit quelques transactions avec Adémar abbé de Bolbonne; et reçut Tinvestiture du château et de la ville de Pamiers ainsi que de Tile qui était
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au-delà de FAriége, par la cession que liii*eii' fil Roger IV
comte de Foix et Philippe sa iemmc. Maurin reçut le serment da comte et hit confia la garde de œs domaînes ; il
mourut peu de temps après, et eut pour succesiieui Guillaume IV.
A cette même époque le comte de Foix liit Ihtppé d'interdit par Saaclie Morlao, abbé de Saint-Volusien, qui avait à se plaindre, ainsi que ses chanoines, d^injustes yexatioDS de la part de ce seigneur. MoHm avait mccédé, dans cette abbaye, à Guiilaume-Athon de Durban. Peudaut que Roger IV vexait les chanoines do Saint-Volusien,. il prêtait sa protection à Gciaud de VillCDeuvo abbé de Lezai, au sujet des ûefe de Lezat et de Sauvelerre. Cet abbé eut aussi quelques dtoêlés avec Raymond du Falgar ooncemant la i>éuédictioii abbatiale, dont levèque voulait se réserver le droit. Ce différé fiit terminé par Tentremise de Tarchevêque de Narbonne.
Alfonse domia de nouvelles preuves de son zëe contre les hérétiques dans une ordonnance qa*il fit dresser à Vii)-
cennes, au mois de luars 1257. 11 y déclara que ceux qui seraient désormais élevés à la dignité de sénéchal, de consul ou de viguier dans son comté' de Toulouse et les pays voisins, seraient obligés de prêter serment entre les mains des inquisiteurs de la foi, qu'ils poursuivraient les hérétiques et les fenûmit emprisonner.
Le serment que le sénécbai de Toulouse devait prêter aux inqijdsiteurs n*empêoha pas cehiîf qui se trouvait alors eu charge de se porter à de violentos extrémités contre rabbé de Mas-Garnier et sou monastère. L*abbé de Cluse s*était rendu au Mas pour visiter cette maison, et y avait
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fait d'excelieats règlements qui avaient été acceptés par Raymond de Septène. Toutefois, un affreux scandale y eut lieu. Un moine appelé Arnaud de Chartrouse, qui avait été convaincu de plusieurs crimes, ayant été chassé du monastère, eut recours li levêque de Toulouse, qui ordunna à Raymond de Septène abbé du Mas de le recevoir de nouveau dans ce couvent. Sur son refus, Raymond du Falgar invita Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse, à prêter main-forte à ce moine. Landreville arriva bientôt au Mas à la tète de gens arinés, s'empara du monastère, en chassa Raymond, maitiaita même les religieux, et livra le Mas au pillage. L*évêqtte poussa si loin la vengeance, qu*il destitua Raymond et nomma un autre abbé à sa place. La victime de ce brigandage, Raymond de Septène, mourut peu d'années après. Celui qu'on avait nommé au gouvernement de Fabbaye s appelait Vital d'Âspaon, lequel causa taot de dommages à cette abbaye qu'on se vit plus tard forcé de lui enlever sa charge.
Si, d'un côté. Ton voyait des seigneurs et des prélats porter atteinte aux droits sacrés des monastères, de Tautre des hommes riches et puissants leur donnaient de vastes domaines : ainsi, en 1257, Pons de Villemur dota de plusieurs terres Tabbaye de Lezat; Pierre Bermond abbé de Saint-Théûdard céda à Pierre de Castillon et à quelques autres seigneurs le port du Perget, qui devait être situé sans doute sur le Tarn. C'est à cette époque que Guillaume Roberti abbé de Bolbonne confirma le pariage de la ville de Mazères, qui avait été établi par Roger IV comte de Foix.
L'année 1258 offrit aux habitants de Toulouse une so-
TEMPS IMERMÉDIAI&ES. S4S
lennité digne de leur piété. Depuis la translation du corps de saint Saturnin dans la basilique exupérieane, au v siècle, cette vénérable dépouille reposait daus une crypte immédiatement placée au-dessus de l'autel actuel du chœur, avec les saints évéques de Toulouse et d'autres reliques. Cette crypte existe encore, et occupe la partie basse de ce qu'on nomme vulgairement les caveaux des corps saints. On y descendait par deux degrés parallèles placés, non derrière, mais bien sur le devant des marches qui conduisaient au sanctuaire. L'autel n'a jamais existé sous la calotte que surmonte la tour du clocher. Ces degrés fhrent, en 1258, remplacés j)ar les deux chapelles où reposent aujourd'hui la rehque de la sainte Epine et celles de saint Jacques le Majeur. Cette crypte ancienne présentait, à droite et à gauche, quatre sacellum où reposaient les cercueils de pierre qui renfermaient les diverses reliques. Au niveau du sanctuaire et derrière l'autel, s'élevait le pmbyteiium qui, par des issues pratiquéei> entre les piliers quadrangnlaires de Tabside, donnait entrée sur le déambulatoire auLoui duquel sont rangées les chapelles actuelles. — 11 importe de bien fixer ici la position des heux et des choses. Le chœur des chanoines n*était pas, au treizième siècle, où il est aujoui d hui, mais bien deiiière i autel actuel et à la place qu'occupe de nos jours la crypte nouvelle. Ce fut, en effet, devant le preshjterium ou le chœur des chanoines que lut trouvé le corps de saint Saturnin, dans la crypte ancienne sous Vautel : Invetitutn fait corfm sancti Saturnini in capite ejusdem (^cclesiœ, anîe chorum canonicorum» Cest ce passage mal interprété qui a £ait supposer gratuitement qu'il existait un souterram au des-
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SOUS du clocher. Ce clocher eiistaît évidemment ayanlTélévatiOQ des reliques de saint Saturnin, puisque nous possédons un poids de la ville de Toulouse appelé quarteron qui porte la date précise de l'an 1258, et qui piésenki la lonne exacte du clocher tel qu'il est aujourdliai. Nous pensons, que les quatre énormes piliers qui supportent cette belle tour et les grands arcs qui les couronnent, appartiennent à Fépoqae de la reconstruction enti^ de rédiûce par Pierre Roger et Saint-Raymond, au onzième siècle; et nous croyons que Bernard de Gentiac, qui commença à gouverner ràbbaye en 1232, fit construire la superbe tuuL avant de procédei à l'élévation du corps de saint Saturnin.
Bernard de Gentiac fit exécuter de grands travaux dans
rintérieur de la basilique, en vue de cette élévation solenn^le. Le prei^tmum fut d'abord transporté en avant de la coupole ; à sa place, et à la suite de la crypte ancienne, il ût Jeter une voûte assez élevée dans le style gothique, qoi était depuis longtemps conmie fnwparatà cryptà cum testudine ; — il fit abattre le mur qui séparait l'ancienne crypte d'une partie du presbyterium : en sorte que Ton put, comme on le voit aujourd'hui, descendre de la crypte nouvelle à celle qui emtait déjà. 11 fit percer le mur d*enceinte de la nouvelle par de grandes onvertures destinées à la hbrc circulation du jour et de la lumière, et fit enfin pratiquer deux entrées principales qui partaient du déamtmlatoire de Fabside.
Quand ces travaux furent exécutés, il invita Raymond du Falgar évéque de Toulouse et tout le clergé séculier et régulier de la ville à se rendre à Saint-Saturnin au jour
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indiqué (le 6 septembre 1258), pour procéder à l'élévation da oercueil de pierre qui renfermait le corps da saint martyr. A cette cérémonie se trouvèrent donc réunis Raymond du Falgar, évêque de Toulouse: Bernard de Gentiac, àSM de Saint-Saturnin ; Bertrand de nUe-Jourdain, prévôt . de Saint- Etienne ; Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse; le Tiguier, les consuls ou capilouls, Fr. Pons de Saint-Gilles, prieur des dominteains, et un peuple immense. Cette cérémonie commença par une procession solennelle dans laquelle lurent portées les reliques de Saint-Saturnin,, qu'on avait sans doute extraites momentanément du cercueil de pierre. Le dais ou baldaquin sous lequel ces reliques étaient i^acées fut porté par deux chanoines de la basilique et deux religieux de saint Dominique. Après la procession et la messe pontificale, les reliques furent montrées au peuple et renfermées dans leur anden tomlieau, qui fut élevé sur la platc-lurme au-dessus de la nouvelle crypte. On Ut dans d anciennes chroniques que Baymond du Falgar avait ordonné trois jours de jeûne pour que le ciel indiquât le lieu où reposait en terre le corps du saint martyr. Ce ne fut point là le motif de la pénitence imposée, car on n'ignorait pas où était le tombeau de saint Saturnin, puisque, près da deux cents ans auparavant (1085), Izarn s*était réservé la clef de ce tombeau.
Fr. Pons de Gilles, prieur des dominicains, du ai nous venons de parler, était un homme puissant en œuvres et en paroles ; il lut inquisiteur à Toulouse, et mourut quelques années après à Brives. Sa sainteté fut attestée par des prodiges. L'ordre de saint Dominique reçut à cette époque une marque éclatante de la libéralité de Jourdain de Saissac,
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de la fmiiUe des comtes de Germont-Lodève» qpi donna
au monastère de Prouille rimmense forêt de Ramundens. Alibnse comte de Toulouse couiirma cette donation et céda aussi une partie de cette forêt.
Au milieu des splendides cérémonies qui avaient lieu à Toulouse pour TéléTation du corps de son premier apôtre, le roi de France et celui d*Aragon terminèrent les longs différends qu'eurent cas deux cours au sujet, de la possession réciproque de quelques provinces. Par cet accord, Jacques d'Aragon céda les droits qu'il prctcudaiL avou^ sur Toulouse et son comté au roi de France^. Quoique ces ^roits aient été regardés comme entièrement chimériques par quelques historiens, néanmoins cet accord termina les luttes incessantes que £ûsaient naître les prétentions royales sur certains domaines.
Nous avons vu plus haut que Guillaume Kuberti, abbé de BoUtonne, avait ratifié le partage de. la ville de Mazères établi par Roger IV comte de Foix. Cet abbé échangea, en 1258, les dîmes de ce heu avec celles des églises de Saint- Jean de Craon et de Saint-Michel de Montaut, et termina, Tannée suivante, un différend qu'il avait avec Bertrand abbé de Saint-Papoul.
Le monastère des dames de Prouille reçut, cette même année, la visite de Uumbert de Romanis, maître général des dominicains, qui y dressa plusieurs statuts touchant la discipline monastique et la gestion des biens du prieuré. Catherine de Sales était alors prieure de Prouille; elle avait succédé à Claude Riche. Catherine gouverna cette maison jusqu k la hn du treizième siècle, et parvint k une extrême vieillesse.
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Au commencement de Tannée 1259, révêqae de Cahors
et les consuls de cette ville, ayant eu un procès assez important an sujet de la peine à infliger à un homicide, Raymond du Falgar parvint à terminer ce difTérend. Dans le même temps Bertrand de rille-Jourdain, préTôt de Saint- Elienne, se rendit à Paris pour tâcher de concilier plusieurs membres de sa iamille au sujet de l'héritage de Raymaud Jourdain, leur aïeul. — Richard abhé de Grand-Sehe qui, Vannée précédente, avait fait quelques transactions avec Barthélemi abhé de Gimont, mourut k cette épo(iuc, et eut pour successeur Pons, troisième du nom. Celui-ci n'est connu dans nos annales que par un accord qu'il passa, le 17 avril 1^59, avec Simon abhé de Belleperche.
Les religieux de saint Dominique perdirent à Toulouse, en l'année 1260, l'un des membres les plus distingués de leur ordre, — Bernard de Traverse. Il avait pris l'habit religieux an couvent de Saint-Rome, et prêcha avec un éclatant succès dans toute la province de Toulouse. Ayant élé envoyé en Catalogne, il y fut lâchement assassiné par les juifs. Son corps fut placé dans la cathédrale d'Urgel, sous un superbe mausolée. L'on dit que sa samteté lut attestée par plusieurs miracles.
Il y avait près de trente ans que Foulques avait jeté les fondements de la nouvelle église des dominicains à Toulouse. Cet édifice avait été continué jusqu'en 1260 sans interruption, lorsque l'abbé de Moissac et le recteur de la Daurade élevèrent des poitenUons sur la propriété de certaines maisons qu'on avait été obligé de démolir pour achever l'église. Les dominicains eurent recours au pape Alexandre IV, qui, par un bref en date de cette année.
SSO TUn IRTKBttiDUtBlS.
s^^orça d*aiTéter ce procès. Raymoad du Falgar profita
de cette occasion pour appiouver la loiidation et la constraction de la nouvelle église, et donna 4000 soU touloihsaîosà cet effet. H institoa en même temps une redevance annuelle d'étuOe i)uur habiller vingt religieux. Les libéralités de réTéqoe de Touloiise enfers Tordre de saint Dominique sont consignées dans un mandement qu'il adressa aux fidèles de son Eglise* Cast là qu'il raconte Tliistoire de la fonda-
tîon du nonvean temple par Foulques, ainsi que la bénédiction du cimetière ; c'est là encore qu'il comble d'éloges cet ordre apostolique, et qu'il emploie pour TéleYer les plus belles comparaisons bibliques. — H approuva en même temps la cession que Pierre de Bermond, abbé de Saint- Théodard, fit à Albert alM de la Case-Dieu du prieuré de Villamur. Nous ignorons s'il est ici question de Villcmur sur . le Tarn ou de Vielmur en Albigeois.
L'Eglise de Gomminges était toujours gouvernée par Arnaud-Roger, qui reçut, peu de temps avant sa mort, des marques éclatantes de la libéralité de Geraud d'Orbessan. Ce seigneur légua tous ses biens à l'église de Gomminges ainsi que les églises de Saint^ulien et de Saint-Paul de BouiUac. Arnaud-Roger fonda aussi quelques prébendes du bas chœur au chapitre de Saint-Gaudens. Nous apprenons, d'un testament qu'il fit à l'occasion d'un voyage entrepris vers Montpellier, quel était son équipage : il était composé de quatre mulets et de deux paletrois ; il dépensait par jour 25 sols tournois. H laissa «n mulet au sacristain de Maguelonne, GO sols à son médecin, et 2000 sols au chapitre général de Gteaux pour qu'on lit un service pour le repos de son âme* Dans son testament, il nomme toutes
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les abbayes de la province qui (levi(3nnent ses légataires, et en parUcolier celle de Boanefont, dout il avait été religieux et dans laqaeUe il Mt use fondation ponr le reims de son âme. L'on croit qu Arnaud-Roger donna, en 1260, la démission de son siège, et quil moamt peu de temps après, n eut pour successeur Geraud d*Audiran.
Le chapitre de Saint-Etienne de Toulouse comptait aloi-s au nombre de ses chanoines Bertrand de Miramont, abhé de Sainte-Marie de Lombez, lequel fut chuisi pour arbitre dans un différend qui existait entre l'évèque» le prévôt et le chapitre de Toulouse d*une part, et Pons abhé de Grand- Selve et ses religieux d'autre part, au sujet des dîmes à percevoir sur les domaines et les églises dépendant de cette abbaye au diocèse de Toulouse.
A peine Raymond du Falgar eut-il dirimé ce procès, qu'il ratifia la donation que Foulques avait Mte de Féglise de Sainte-Marie de Fanjeaux en faveur du monastère de Prouille, 11 confirma aussi , à la même époque, la cession que Guillaume de Spata fit de sa personne et de celle de ses chevaliers à Tordre de Cîteaux en s'affiliant à l'abbaye de Feuillants. Il règne quelque obscurité sur Torigine de ces chevaliers : le nom du fondateur varie dans nos chroniques ; c'est tantôt Guillaume de Spata, et tantôt Guillaume ou Baymond de Marnu. U paraît que ce seigneur avait Ins- ^ titué en Gascogne, peu de temps auparavant , un ordre relii^eux et militaire à Vinstar de celui de Malte ; que cet ordre renfermait des frères et des sœurs ; qu'il s'était un peu relâché de sa ferveur primitive ; et que le fondateur, en rafiâltant à Tabbaye de Feuillants, voulut lui imposer des règles plus sévères.
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L ordre des chevaliers du Temple k Toulouse était alors gouverné par Ronsolin de Fos, avec lequel Bertrand de
rillc-Jourdaiii, prévôt de Saint-Elleiine, passa un accord en 1^61 touchant les dîmes des biens des Templiers dans la provinee.
Guillauioo, abbé de Saiat-Anlonin, reçut le serment de Roger IV comte de Foix au sujet du château et de la ville de Pamlers. Ce seigneur Tavait déjà prêté une première fois à Maurin, prédécesseur de Guillaume. Roger, de temps à autre, faisait main-basse sur les revenus des abbayes de ses états, puisqu'ea 1261 nous trouvons qu Arnaud abbé do Saint-Yolusien et ce prince choisirent pour arbitre Tarchevéque de Narbonne au sujet des usurpations du comte.
Guillaume de St-Esperce gouvernait Fabbaye de Calers, et reçut au nombre des bienfaiteurs de sa maison Guillaume de Napres, qui lui laissa tous ses vastes domaines.
Nous avons vu que Geraud d'Audiran occupait le siège de Gommingeâ. Bernard d*Orbessan , du consentement de sa femme, vendit a l evêque, en 12G1, le lieu où fut construite à Saint-Frajou la maison épiscopale; il lui céda aussi tous ses autres domaines situés entre la Save et le Touge.
Du château de Vincennes, le comte Alfonse et la comtesse Jeanne se rendirent à Nogent-lËrembert ; ils y reçurent Gui de Séverac, Vun de leurs vassaux du Rouergue, qui venait porter plainte contre les vexations dont on accusait Vivien, évéque de Rodez. De Nogent, ils allèrent à Long-Pont , et y fixèrent peudanL quelque temps leur résidence. On venait de trouver à Orzals en Rouergue une mine d*argent dont Alfonse, d*un côté, et Hugues comte de Rodez et les seigneurs du pays, de l'autre, se disputaient la
Tins umniifouiifis. XtS
propriété. Au commencement de l'année 1262, ce différend jfut plaidé devant Raoul de Gonesse, trésarier de Saint- Hilaire de Poitiers et vice-gérant d'Alfonse. Raoul consulta Raymond du Falgar, Sicard d'Âlaman, Pons d'Astoand, Odon de Moutonier, clerc du comte, et sur leur avis refusa d'entériner une requête que Hugues lui présenta. Il remit à terminer cette affaire devant les commissaires d'Alfonse, au prochain parlment. Le comte de Rodez en appela de cette décision au comte de Toulouse. — Nous suivrons plus tard cette affaire.
Quelques dévots habitants de cette ville, guidés par le sentiment d*une vive piété, se réunirent pour former entr'eux une espèce de société ou Irêrie, se tracèrent des règles, et prirent un costume particulier sous le nom de frères de la pénUmee, Cest là , à ce que nous croyons, l'origine de ces sociétés de pénitents qui se répandirent en France aux xvii* et xvin« siècles, et qui existent encore de nos jours. Les frères de la pénitence demandèrent à Raymond du Falgar la permission de construire une église à leur usage. Cette permission leur fut accordée, et ils bâtirent cette église hors les muis de la ville, du côté de la basilique de Saint-Saturnin. Cette frérie fut dissoute trois ans après son établissement.
Pons, troisième du nom, abbé de Grand-Selve, mourut en 1262 dans son monastère. H eut pour successeur Bernard de Bac. A peine celui-ci avait-îl pris les rênes de son gouvernement, qu il eut à soutenir plusieurs procès ; Tun, contre Yves abbé de Quny, sur la possession de quelques églises ; l'autre, contre Hélie Aucher, prieur de la Règle.
224 TBMPS INTSRMtoUIRBS.
Guillaume de Pins, prieur du Mas-d'Âgeuais, fut choisi pour arbitre de ce dernier diiïérend.
A cette époque, rsd)baye de Sorèze perdit aussi Pierre de Goust, son abbé, qui fui appelé au gouverneincnt de celle de Lagrasse, et eut pour successeur à Sorèze Bernard de . 9t«4seQiès« sur lequel nos annales ne produisent aucun fait.
L'année 1263 vit mourir Raymond -Roger IV. Se sentant près de sa fin» il se fit transporter à Bolbonne, et le jour de saint Mathias il y rendit son âme à Dieu, dans Fappartemeat de Guillaume Roberti > abbé du monastère, en présence de tous les religieux, des, abbés de'Bardonne, de Calers, du Mas-d'Âzil et de Lezat. Après avoir fait une confession générale de sa vie, il fit son testament et voulut qu'après sa mort on le revêtit de Fhabit de Gteaux. Ses funérailles furent célébrées avec une grande magnificence. L'archevêque d'Auch, Anumieu d'Armagnac, qui avait été chanoine de Toulouse, Raymond du Falgar, Geraud d'Audiranévêque de Comminges, y assistèrent. Ce dernier mourut peu de temps après & Ck)ndom et fut. inhumé dans relise de Sainte-Catherine.
A son retour de Bolbonne, Raymond du Falgar donna une espèce de constitution dans laquelle se trouvait rapportée une bulle qu lnnocent lY lui avait depuis longtemps adressée, et dans laquelle le pape lui ordonnait de ne pas souffrir qu'on inquiétât les inquisiteurs dans l'exercice de leur charge. Les expressions dont se sert le pape pourraient peut-être jeter quelque jour sur les accusations dirigées contre l'évêque de Tuuiuuse, accusations dont nous parlerons bientôt. Ce prélat donna, à cette époque, aux frères et soeurs de Prouille, l'église de S'^Saturnin de mie.
TBKPS IIITBUIÉDUUBS. %%a '
Le Siège apostolique se montrait toujours pi6iQ de bienteillance pour Tordre de saint Dominique, puisqu'en Tannée 1205 Li baiii IV, par une bulle quil adresse au prieur et aux religieux de cet ordre à Toulouse, s efforce, contrairement aux prétentions de Fabbé de Mois&ac et du prieur de la Daurade, de les maintenir dans la pusscb^ion des terres où se trouvaient bâtis et leur couvent et leur église. Urbain IV rendit aussi une autre bulle en faveur des religieux de Calers, dans laquelle il frappait d'excommunication tous ceux qui oseraient troubler les moines de cette maison dans la perception de leurs fruits ci daiis la possession de leurs biens. Cette bulle fut adressée à Tarcbevêque de Narbonne et à ses suffragants.
Bernard de Gentiac, abbé de Saint-Saturnin, touchait au * terme d6 sa carrière. Peu de temps avant sa mort» il avait cédé en fief k noble Bertrand de Marestan la moitié du bourg et du château de Luberville. Il fut enseveli sous Tantel de la chapelle de Notre-Dame-de-Salut, située dans le cloître de Saini-Saturnin, et eut pour successeur Arnaud de Viliemur.
Bernard de Geniès, prieur de la Daurade, fit don à Vhos-
pice Saint-Jacques d'une vaste prairie située à l'extrémité du pont. Ce fxxi sur cet emplacement que Ton construisit divers bâtiments destinés à recevoir les pauvres malades. Cet hospice prit dës-lors de rapides accroissements et devint le phis important de toute la ville. £n mémoire de ce bienfait , les religieux de la Daurade devaient célébrer, tous les ans, la féte de saint Jacques dans cet hospice. Leur présence dans cette solennité était aussi regardée comme un acte de leur haute juridiction.
1^26 TEMPS imilMÉOlAiaBS.
■Pierre deBermond goiivenicut encore rabUayc de Saiiil- Théodard, et &ous le reocoûtroDS, en 1263, en qualité de témoin lors du serinent que Bertrand de Riom abbé de Gaillac prêta entre l^s maias de Bernard de Combret, évêque d'Albi. .
L'abbaye de Belleperche avait à sa tête (iuillaumc de Jaufre, noble seigneur du Périgord, qui obtint d'Arnaud- Odon vicomte de Lomagne la foculté de construire^ des bourgs et villages sur les terres que l'abbaye avait acquises dans les territoires de Lomagne, d'Àgen et de Toulouse. Ge fut sous son gouvernement que se termina la nouvelle église du monastère, qui fut solenneUement consacrée. À cette occasion, le pape Clément IV accorda de grandes liidulgences à ceux qui assisteraient k cette cérémonie uu qui visiteraient cette église.
L*affiûre des mines d*Orzals, dont nous avons déjà parlé, fut reprise eu 1264. Odon de Moutonier se rendit, à cet effet î à Toulouse, et y réunit une espèce département dans lequel se trouvsdent Sicard d*Alaman,Pons â*Âstoand, Pierre vicomte de Lautrec, les sénéchaux de Toulouse et du Rouergue, le vignier de Toulouse, et plusieurs jurisconsultes. Odon de Moiituiiicr se borna II dcclaier que h; trésorier de Saint-Uilaire de Poitiers avait simplement admis la requête du comte de Rodez. Cette attire fut terminée, Tannée suivante, par une transaction passée entre le comte de Toulouse et celui de Rodez et par laquelle le tiers de la mine d'Orzals devait appartenir k Alfonsé. On a cru voir dans cette assemblée i origine du parlement de Languedoc; mais nous ne pensons pas que ce qu*on a depuis 4tppelépaf(ement puisse être lis>é à cette époque.
vtMM nmuimiiBS. .227
Alfonse voulait toujours partir pour la Terre-Sainte : aussi
demanda- t-il au pape Urbain IV la cunllimaLiun des grâces qu InDOceut lY lui avait déjà accordées. Urbain lui écrivit pour le prier de changer son vœu, et au lieu d'exécuter son voyage d outre-mer, de venir en Italie lui prêter le secours de ses armes contre Mainfroi, roi de Sicile. Mais le comte persista dans son premier projet.
* Geraud d'Armagnac, son vassnl. s'élant révolté contre lui, il ordonna aussitôt à Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse, d'assembler la noblesse et de dùcku er la guerre à ce seigneur. Le sénéchal entra bientôt sur les terres de Geraud, les ravagea, fit un grand nombre de prisonniers, et le força à demander la paix et à lui donner des otages. A cette nouvelle» Alfonse gui ne voulait pas pousser les choses à Feitréme envers son vassal, manda a Landreville de prendre toutes les assurances nécessaires auprès de Geraud et de Pincelle sa mère, et, sur leur promesse d^ester à droit devant sa cour, de lui rendre les otages et les domaines saisis. Le sénéchal exécuta ces ordres. Geraud fut condamné à payer à Alfonse quinze cents livres tournois pour les frais de guerre. Ce seigneur se rendit à Toulouse auprès du sénéchal, et par des accords ultérieurs devint quitte à T^rd d*Alfonse pour quatre cent cinquante livres de Morlas.
Une effroyable tempête $*était depuis quelque temps for*
mée sur la tète de Raymond du Falgar, évêque de Toulouse. On vit arriver successivement en cette ville Maurin
arichevéqne de Narbonne, Bérenger de Frédol évéque de
Maguelonne, et le prieur de Nérac, de l'ordre de saiul Benoît; ils se présentaient en qualité de commissaires d'Ur-
938 TEMPS INTfiEllÉOUiaES.
baiû IV pour [)rûcédcr à des informations juridiques sur la conduite de Raymood du Palgar. Leur premier soin, en arrivant à Toulouse, fut dMnstruire Alfonse de Tobjet de leur mission dans ses états. L archevêque de iNarboime le fit en ces termes :
« Au plus sérénissime et au plus débonnaire des princes •» Alfonse comte de Poitiers et de Toulouse, Maurin arche-
> véque de Narbonne : salut et accroissement de grâce et d'honneur.
» Le pontife suprême qui exerce dans TËgUse de Dieu
• un souverain' pouvoir a entendu arriver jusqu'à lui les
• cris de riniamie : il a appris que Kaymond évéque de » Toulouse, au mépris de la dignité pontificale, avait autre- » fois mené et menait encore une vie horriblement dis- » solue (enarmiter dimhUam), Il nous a donné la corn- » mission ainsi qu*à nos coUègnes de fkîre une exacte » inquisition contre cet évêque, ordonnant que ce prélat, » les préposés et les baillis fournissent à nous et à nos ser- » viteurs tout ce qui serait nécessaire à notre entretien
> pendant la durée de l'enquête. Sur le refus qu'il ont fait » d*obtempérer à ses ordres, nous les avons excommuniés. » Ils ont méprisé notre sentence ; c'est ce qui nous a dé-
> terminé d'écrire au pape pour le supplier de voidoir » presser Texécution de son ordonnance. Le pape nous a » répondu que, dans le désir qu'il avait de voir consommer » cette afliûre, il allait écrire à votre Sérénité pour que » vous ordonniez au sénéchal, au viguier et aux baillis, de » nous fournir, sur les biens de l'évéché, les fonds néces< » saires k notre entretien pendant la durée de Fenquête. » Nous possédons eucoi e des lettres pontificales directe-
TEMPS LNTEIUlÉDUiaES.
» ment adressées aux capitools et autres olïiders de vos
» états aux mêmes ûûs. Nous ne doutons pas, sérénissime » prince, qpie tous n*accéâiez à toutes les demandes. Vos » ancêtres ont toujours été très dévoués au siège aposto-* » Uque, et le pape est assuré que vous marctierez sur leurs- » traces. ■
Ces lettre ^ t'urunL adicibées au comte par Maurin, vers le mois d'avril 1^4. Nous apprenons par elles que l'accusation dirigée contre TéTéque de Toulouse était extrêmement grave et intentée principalement contre ses mœurs ; que Tes commissaires avaient à cette époque commencé leurs informations, et que les capttouls, les baillis et autres ofiûciers s'étaient rangés du côté de l'évèque.
Au mois d'avril Varchevêque de Narbonne écrivit de nomveau au comte puur se plaindre des excès duiiL s'étaient rendus coupables les partisans de l'évèque contre les commissaires. Cette seconde lettre nous apprend que ces commissaires étaient logés dans le cloître de Saint-Etienne : ce qui nous montre qu'au treizième siècle il existait des appartements destinés aux chanoines de la cathédrale et
qui dépendaient de l'église. Beraud d'Ànduze, à la tôte d*ane troupe de soldats armés, vint un jour attaquer les
coniniissaiies jusque dans leur logis, on faisant entendre ces cris terribles : A morti à mort / à mortl Qu'aucun n'éehappel Beraud d*Âiidttze et sa troupe furent repoussés par les gens de Farchevêque. L'écuyer de ce prélat conduisant un jour à Tabreuvoir son cheval, les mutins voulurent s'en emparer. L'écuyer lit résistance ; mais il fut frappé si violemment à la tète qu'il expira peu de jours après, ia terreur que d*Ânduze et ses soldats inspirèrent aux commis-
230 TEMPS INTEBMÉDIAiaBS.
saires fat si grande, que leurs gens n'osèrent pas même sortir pour acheter les alimeots sur les marchés publics.
Maurin se plaignait encore dans cette lettre de la conduite des officiers du couilo, ci lui demandait une éclatante réparation pour la mort de son écuyer et les excès commis contre sa personne.
Urbain IV écrivit, de son côté, au comte Âlloûse deux lettres consécntives. Dans la première, on trouve ce passage mémorable qni montre Tétonnante grairité des accusations dirigées contre Raymond du Falgar : « La fumée » des crimes et des forfaits s*échappant de la £uige dans » laquelle s'est vautré l'évêque de Toulouse, au péril de » son âme et au scandale de son peuple, par une vie vo- » luptueuse, est montée jusqu'à nous. » Le pape nous apprend ici que Raymond avait été cité à comparaître devant les commissaires, <ia*il s*y était refusé, et qu^il avait quitté Toulouse malgré leur défense. Le reste de la lettre a trait aux frais d'entretien sur les biens de révêché.
La seconde lettre du pape à Âlfonse nous apprend que, dans l'absence de l'évêque, les gens des commissaires pontificaux s'étaient fait raison à eux-mêmes en, pillant et dévastant les biens de TEglise de Toulouse. H paraît que le parti des commissaires s'était grossi d'une foule de brigands et de gens sans aveu qui,* sous le spécieux prétexte d'aider les inquisiteurs, dévastaient les maisons et les fermes des clercs de 1 Eglise et des laïques partisans de l'évêque. Ces excès allèrent si loin, que le pape se vit forcé de prendre la défense de ces biens. Le but de là seconde lettre n'est autre que d'engager Alphonse à réprimer et à punir ces brigandages.
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TBHPS INTERXÉDIÂIRESi 131»
Tout-à-coup cette aiïïiiro prit une face nouvelle. Alfonseécrivit au sénéchal de Landreville la lettre suiTante : « Le- » pape nous a écrit pour nous engager à iuurnir, sur les » fonds de révêché, à rentretien des commissaires et de » leurs gens. Nous avons appris, d*un autre €ôté, que le » vénérable évêque, pour des causes très plausibles (j>ra- » babUibm eaush)^ avait récusé ces inquisiteurs et en avait » appelé au saint-siég». Cest pourquoi vous examinerez » avec le conseil d'hommes habile:^ et impartiaux, et avec > toute la maturité possible, si les ordres du pape doivent » être exécutés; de ïnéme que, si le vicaire et lesofûciaux. » de révéque requis par vous donnent de bonnes raisons » pour qu*on ne se serve pas des biens de Févêché pour » les frais de la commission, vous suspendrez la saisie de » ce temporel, en vous excusant auprès des commissaires. » Instruisez-moi de toute cette affaire. Donné à Rampillon, » le samedi avant les Rameaux. »
Ck)nformément à cette lettre â*A)fonsé, Landreville con^ voqua iiiic grande assemblée de jurisconsultes et de canonist^ pour examiner la question. B. Saisset, chancelier de FEglise de Toulouse, prit k parole et montra que toutes les lettres apostoliques étaient entachées d*une foule de dé&uts de forme, ce qui rendait leur authenticité suspecte ; qu'elles contenaient des fkits matériellement faux, puîsqu*il était constant que révéque s était présenté par ses procureurs devant ses commissaires; que, du reste, le prélat s'était pourvu en cour de Rome, et que déjà on lui avait donné pour se défendre un juge ou auditeur» 11 conclut au rejet de la demande des subsides, et menaça d*excommunier Landreville s'il passait outre. Le sénéchal, suivi de Guil-
TUn IKTBUiADUIBU.
Jaume d'Ëscalquens, Ueutenaot du viguier, des chanoines de la cathédrale, des capifonls et des principaux citoyens, se rendit au logis des commissaires et interjeta appel au pape contre toutes les lettres prétendues apostoliques el contre tout ce que l'archevêque de Narbonne pourrait entreprendre au préjudice de i ËgUse et des habitants de Toulouse. Cette démarche du sénéchal Intumdà les oom* missaires, qui se virent obligés de so retirer, résolus cependant à se venger plus tard de leur défiûte.
Raymond du Falgar étant allé plaider son procès à Rome, le pape Urbain lY lui donna Tabsolution de la sentence d'excommunication portée contre lui par Tarchevéque. R revint alors dans son diocèse pour y être de nouveau excommunié, comme nous le dirons bientôt. «
Pendant que raffôire de Raymond du Falgar agitait tous les esprits, de nombreux miracles s'opéraient k Toulouse dans la chapelle des religieux carmes, à Textrémité du. fainbourg Saint-MicheL La vérité de ces prodiges lût attestée à Toulouse par Raymond de Saint-Martin, évéque d'Aire, par des lettres testimoniales qui portent la date du commencement d'octobre de Pan i:iG4. Ce M sans doute la grandeur de ces prodiges qui inspira aux habitants de Toulouse le désir de posséder les religieux carmes dans Ten* ceinte de la ville. Poui opérer cette translation, il était nécessaire d'obtenir l'autorisation du siège apostolique. A cet effet, les capitouls Arnaud de Gritens archidiacre de Viliemur et oMciai de i évêque^ Raymond de Saint-Martin évéque d*Aire, Fabbé du monastère de la Cîrâce-Dieu de l'ordre des préniontrés, frère Guillaume maître du Temple et chapelain du pape, le maître de Tordre de Jérusalem,
adressèrent une supplique au siégo apostolique. Le i)ape accorda la traDsIaUca. Ce&t le bref de Clément IV que nous trouvons les noms des habitamts de Toulouse qui achetèrent plusieurs maisons au quartier des juils, pour y jeter les fondemeuts du nouveau monastère. Ces habitants étaient Arnaud Vascon, Frenier de Puits-Oos, Arnaud Germar, Pierre Vaditor, Arnaud Caivet et Teiibier.
Ce fat donc au milieu du treizième siède que fut bâti le nouveau couvent des Carmes, et qu'on jeta les fondements de la belle église gotbique que nous avons pu admirer dans notre entoce et qui est aujourd'hui détruite. La ûonstrucUoa de ce temple excita la fureur des juils. Il 'existe une ancienne l^ende sur cette église que nous rapportons ici, sous toutes réserves. Il est dit qu'un nommé Vignes, fils d'on viguier de Toulouse, se rendit au nouveau couvent, menaçant de le livrer aux flammes. Aidé par ses satellites, il fit tendre des chaînes devant 4a porte du monaslère, el retint ainsi captif» les religieux pendant trois jours. Au troisièmé jour, qui éftait celui de la Transfiguration, au moment où, à l'oûice des vêpres, on chantait ces mots Pùttmmterrâmt mnm e^ua, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. A la se nié, h légende rapporte (|ue quelques religieux étaient parvenus à s'échapper du couvent et étaient allés chercher noAin-forte. On ajoute que Vignes fut condaimié à avoir la tête tranchée, et que son visage devint hideux et difforme. Touché de repentir, il obtint sa grâce et fit bâtir à ses frais le beau portail de Féglise qui était orné d an très grand nombre de statues de saints. Une procession annuelle perpétua chez les carmes le souvenir de cet événement. l^^i^r
234 TUFS inmMlDiAisBs.
Roger-Bernard comte de Foix avait succédé à son père. $*étant rendu à Pamiers peu de temps après, il remît k l'abbé et aux religieux de Saint-Antonin le cbàteau et tous les droits que son père avait possédés daos cette ville. Cette cession eut lieu en présence de rarchevêque d'Auch et de Raymond du Falgar ; elle fut provoquée par le syndic du monastère et par Âzimar q[ui en était le ceUérîer. Guillaume, qui était alors abbé de S*-Antonin, ratifia un écbange de deux maisons entre le roi de France et Robert de Sorbonne. Il est donc à supposer que Tabbaye avait quelques droits sur ces immeubles.
£n cette même année 1264, Tabbaye de Calers perdit son abbé, Guillaume de Saint-Esperce, qui eut pour successeur Bernard du Bosc.
Celle de Mas-Gamier allait voir enfin se terminer le différend qui existait entre elle et Raymond du Falgar. Nous avons parlé plus haut des excès commis par Landreville contre ce monastère, excès qu'avait provoqués révéque de Toulouse. Les religieux du Mas en avaient appelé au comte Alfonse, qui nomma le chevalier Pierre de Montléard et maître Barthélémy d*Orléans, chanoine d*Angoulème, pour procéder k une enquête sur les lieux. Ils firent citer le sénéchal, lequel refusa de comparaître ; ils le condamné* rent alors par contumace k rendre k l'abbaye du Mas ce qu'il en avait enlevé et qu'on estimait k mille livres toulousaines. A la suite de cette condamnation, Raymond du Falgar se réconcilia avec l'abbaye, puistju'il consentit k rélecfion d'Aiahon, qui fut créé abbé du Mas après i'eipulsion de Vital. Hugues Mascaron, abbé de Sainfe-Marie de Lombez, signa les accords de la paix conclue.
TUIPS IMTKUMÉDIAIEBS. S35
L*évêque de Toulouse ne vit pas arriver de sitôt le terme des persécutioiis dont il était l'objet dans son diocèse. Peu après son retour de Rome, il fut de nouvean excommunié par l'archevêque de Narbonne. Raymond revint à Rome dans le cours de Tannée 13^5 pour porter ses plaintes à Clément IV, qui écrivit a l'archevêque poui lu réprimaudcr sévèrement de sa conduite. Raymond fut de nouveau ab- .sous. Ail mois de septembre, le pape prit ouyertement la défense du prélat, et manda aux commissaires inquisiteurs que ce dernier se plaignait de ce quLon ne voulait recevoir que quelques témoins pour sa défense, tandis qu'on en avait entendu un très grand nombre contre lui ; le pape déclara ensuite que, n*y ayant pas de promoteur dans celte affaire, 1 evcque pourrait réunir ceux des témoins qu'il jugerait à propos, et qu'il lui permettait d'en produire jusqn*à cent, n ordonna aux commissaires d*entendre autant de témoins qu'il serait nécessaire, et accorda qu on pût prolonger la procédure autant de temps qu'il ikudrait pour la pleine justification de révêque.
L'hisluii e ne nous apprend rien de plus sur cette grave affaire, dont il y a tout lieu de croire que Raymond du Falgar sortit victorieux. Nous n'avons rien trouvé dans sa vie de religieux et de pontife qui pût justiûer les accusations dont il fût robjet. L'irrégularité des procédures ouvertes contre lui et la facilité avec laquelle il fut absous par deux pontifes, paraissent indiquer la iàusseté de tous ces crimes. Ces aecusatioffs mensongères ne s'expliquent que trop par le zèle que ce prélat déploya pour l'extirpation de rhérésie et la répression des désordres qui ré* gnaient dans son cler'gé. Nous possédons une autorisation
S36 TEMPS LMEBXÉDIAiRES.
qu*il accorda aux capitoals de poursuivre tous les clercs qui
se seraient rendus coupables de quelques crimes. Ce qui prouve enfin la fausseté de ces imputations, c'est qu'il reçut plus tard des témoignages d^estime de la part du siège apostolique, et qu'il continua d'exercer avec honneur son ministère jusqu'à sa mort.
Clément IV se montra plein de bieuveillancc a i égard de l'ordre de saint Dominique à Toulouse, auquel avait appartenu Raymond du Falgar ; il accorda plusieurs privilèges et indulgences à ces religieux dans le cours de 1 année 1265. Yeifi cette époque M soleonellement consacrée la grande et splcndide église des dominicains, puisque le pape accorda de grandes indulgences pour le iour de celte consécration et son anniversaire. L'histoire ne nous dit pas quels furent les pieiats consécrateurs.
L'abbaye de Grand-Selve était toujours gouvernée par Bernard de Bac, qui fit en 126S un accord avec Pierre de Bouer, maître de l'hospice de Jean de Jérusalem de Brugale. Celle de Lezat perdit Gerand de Villeneuve, son abbé, qui eut pour successeur Pierre de Binhac, dont nous trouvons le nom dans un a^te par lequel il cède en M quelques fonds de terre. Gèlui-ci gouverna pendant très peu de temps cette maison. Aculée lui succéda.
Guillaume de Jaufre de Saint-Théodard donna, à cette époque, des statuts et coutumes aux habitants de Larazet. Comme il leur portait le plus grand intérêt, il obtint d'Ar- naud Othon vicomte de Lomagne Feiamption de^plusieiirs droits de péage, ûefs et autres, qu'ils payaient au château d'Auvillar.
Le comte Âlfonse ne perdait pas de vue son voyage en
TEVrS INTBailiDUl&E£(. S37
Terre-Sainte. Au commencement de l'année 1266, il envoya au [iape Jean de Nanteuil et Guiscard son clerc pour lui demander la permission de lever un décime sur le clei^é de ses états. Le pape se contenta de lui donner des espérances et le pressa d'exécuter son projet. Pour fournir aux frais de
' l'expédition, le prince fit demander un don gratuit aux Toulousains. Ceux-ci lui écrivirent, par Pierre et Raymond •
. de Castelnau, des lettres très louangeuses pour répondre à sa demande et lui exprimer le désir qu'on avait de le voir à Toulouse. Après avoir reçu ces lettres, Alfonse envoya en cette ville deux commissaires, Pons d*Astoand et Odon de - Moutonnier, pour iaire justice à tous ceux qui avaient quelques plaintes à former contre lui. Ces commissaire parcoururent plusieurs contrées ^ restituèrent plusieurs domaines.
Ghaiies comte d*Anjou ,et de Provence, frère d'Alfonse,
était entré en Italie, sur la demande du pape, pour faire la conquête de )a Lombardie et des royaumes de Naples et de Sicile sur Mainfroi, fils naturel de Frédéric II. il fbt suivi dans cette expédition par plusieurs seigneurs du Toulousain, entr*autres, par Gui IH de Levis, .maréchal de Mirepoix, et Jourdain IV; seigneur de FIHe^ourdaîn. Celui-ci, étant arrivé à Pérouse. le 29 janvier 1266, y fit son testament. Avant son départ, il avait laissé Fadministr^tion de de tous ses domaines à Bertrand son frère, prévôt de la cathédrale de Saint-£Uenne.
La seigneurie de Viliemur était alors occupée par Bertrand de Mailhac, qui, au nom de ses neveux Hugoes et Bertrand, rendit foi et hommage à Pierre de Bermond,
ahbé de Saint-Théodard. Celui-ci mourut peu de temps
S38 TEMPS IKTIlMfoUlBBS.
après, et eut pour successeur iBeruard de Malemort. L'éleC' tion de cet abbé causa de grands troubles dans ce monas* tère. Les moines de Saint-Théodard avaient été excommu- Diés par le pape à cause du refus qu*ils avaient fait de payer certaines dfmes à Charles d*Anjou, nouveau roi de Sicile. i\e pouvant ainsi procéder d'eux-mêmes à Télection de leur abbé, Jean aumônier de leur maison fut député au pape. Clément nomma alors Bernard de Malemort. Mais Albert abbé de la Cbaise-Dieu, de qui dépendait Saint-Théodard, prétendant que la nomination lui appartenait malgré le recours au pape, nomma de son chef Pierre d'Arnaud, l'un de ses moines. Celui-ci, à la tète d'une cohorte armée, se rend à Saint-Théodard, escalade les murs, brise les portes et s'empare du couvent. Instruit de ces excès. Clément IV releva Malemort de rexcommunication lancée contre lui, et manda aux abbés de Moissac et de Bcaulieu ainsi qu'à larchidiacre de Cahors d excommunier ces sacrilèges usurpateurs. Bernard demeura, par ce &it, paisible possesseur du monastère.
- Bertrand de Miramont, qui avait succédé à Geraud d'Audiran, gouvernait alors TEglise de Comminges. En 1266, il ût quelques couxeotioas avec Vital, prieur de Saint-Laurent, au sujet des dîmes de cette paroisse. Bernard d*Orbessan lui rendit tous les biens qu'il possédait à Saint-Frajou. D'anciennes chroniques rapportent que ce prélat, s'étant rendu k Sarrancolin pour apaiser une dispute entre deux compétiteurs à ce prieuré, y fut assailli par les familiers d'Arnaud de Monl£&ucon qui prétendait au prieuré, contre Sans Onic de Viec. On assure qu'il fut délivré par les habitants de la ville.
tUIPS INTEBHtDlilUS. ^39
Toulouse avail donné naissance à un personnage assez cé« lëbre,, le nommé Miehel de Tholosa. Il était non seulement très versé dans la philosophie et 1 asti uiiomie, mais très recommandable aussi par sa piété. Attaché à l!£giise de Narbonne, il y devint archidiacre, et composa un écrit sur les droits et prérogatives des archidiacres. Cet ouvrage déplot beaucoup à Tarchevéque, qui Texcommunia et le dépouilla de son bénéfice. Michel alla à Rome en appeler au pape, qui le releva de rexcommunicaiiOD et le rétablit dans sa dignité, tout m approuTant son li?re. Gomme Michel s'était livré à 1 étude de l'astronomie, il avait renfermé dans son livre plusieurs prophéties. L'histoire nous apprend que cet archidiacre parvint à la dignité de vice-chancelier de l'Eglise romaine, et qu en 12G7 le roi de France lui accorda la liberté de iàire Toiturer à Toulouse le sel de ses salines, principal revenu de son archidiaconé.
Au mois de mai de l'année 1207, Alfonse écrivit de Rampillon à son sénéchal de Toulouse pour faire lever inces* samment le fouage dans sa sénéchaussée et en faire remet- .tre le produit au Temple, k Paris ; il chargea aussi Pons d^Astoand et Sicard d'Âlaman de lui procurer, par toutes les voies possibles, autant d'argent qu'il se pourrait pour les frais de son^armement et passage en Terre-Sainte, car le pape le pressait beaucoup d*exécuter ce voyage et lui avait même adressé k ce sujet plusieurs lettres où il lui promettait de Taider de tout son pouvmr.
La ville de Toulouse s'abonna, i)oui' le (oimje, avec Alfonse, qui écrivit en même temps aux consuls et ^ux habitants qu'il prorogeait le paiement des 6000 livres tournois qu'ils lui avaient piomis ; puis il donna à ses uiiiciers des
SiO Tins ittTiiUtDiàtBBs.
ordres pour le gouvernement de ses états. Nous trouvons
dans une de ses lettres, adressée de Long-Pont au viguier de Toulouse, Tordre de dissoudre la confréne de Notre- Dame du Mont-Oarmel, nouvellement établie, et qui ne comptait pas moins de cinq mille personnes de Tun et de Tautre sexe. 11 parait que ces confrères étaient un peu turbulents, car il fut nécessaire de les mettre à la raison. Il mandait aussi k ses commissaires de veiller avec soin sur d'autres confiréries qui pouvaient compromettre la tranquil-
lilé publique.
Raymond du Falgar n'était point à Toulouse quand arrivèrent ces lettres d*Alfonse, puisque, sur le bruit qui courut de la mort de ce prélat, le \iguier usurpa les biens de révéché, sons le prétexte du droit de régale. L*official dé Toulouse excommunia le vignier, et CSément IV manda à révêque de Beziers de coniirmer celte sentence. Ces faits nous apprennent que révêque de Toulouse gouvernait en paix son Eglise, qu'il y exerçait son autorité, et que le saintsiége prit sa défense. Ën même temps le pape chargea Bertrand de IlUe, prévôt de Saint-Etienne, de terminer un différend qui s'était élevé entre le comte de Foix et l abbé de Saint-Volttsien.
L'abbaye de Satnt-Antonin de Pamiers avait dors à sa tête Bernard Saisset, ûls de Raymond Saisset chevalier et seigneur de Saint-Aignan au diocèse de Toulouse. On croit qu'il avait été chancelier de Raymuad du Falgar. Un an après avoir succédé à Guillaume IV dans le gouvernement de l'abbaye, Il eut un différend avec le comte de Fdx, et refusa, pour le dirimer^ la médiation de Gaston vicomte de Béam.
TEMPS INTERMÉDI41BES. 241
L*abbaye des dstercieniies de Vatnègre au pays de Rienx, et dont nous avons raconté la fondation au commencement do treizième siècle, était à cette époque geavernée par Mabile 11% qui prit en 1267 la direclioa du monastère. Elle succédait à Mabile 1'% sa parente, qui eo avait été abbesse pendant trente-sept ans. Mabile II gouyema Tabbaye pen^ dant dix ans, et trois ans après sa mort Valnègre passa sons le gouvemement de firaïdie.
Alfonsè continua, dans Vannée 1268, ses préparatifs pour son voyage d'outre-mer. Il crut devoir faire d'abondantes aumônes aux maisons religieuses établies à Toulouse ou dans les environs, puisqu'il ordonna ii son sénéchal de donner trente livres tournois aux frères prêcheurs et autant aux frères mineurs, une somme proportionnée aux frères des Sacs, aux frères de la Trinité, aux frères des Capistres, aux frères de Saint-Augustin, aux sœurs Xtnoret^es de Toulouse, aux religieuses de TOraison-Dien, de Bagnols en Lauraguais, et de Lespiuasse. Les ordres du Sac, de la Trinité et des Capistres étaient de simples confréries laïques qui avaient un oratoire et un lieu d'assemblée en commun ; les frères de Saint-Augustin étaient les religieux croisiers ou de Sàint-Orens qui s*étaient établis alors près de la porte Pozonville ; les Minorettes suivaient la règle de saint Flrançois.
Pendant quil làisait distribuer des aumônes aux couvents,
le comte Alfonse imposa une capitation sur tous les juifi de ses domaines. Leurs biens furent évalués à la somme
de livres tournois. De plus, les juifs de Toulouse durent financer 3500 livres tournois. Il ordonna ensuite à ses commissaires de lever la queste et la taille sur les
%it TEMPS iNT^HMÉDUiaBS. '
hommes de corps et les liommes de caselagc du comté de Toulouse. Les différentes villes de ses doniaines lui doonërent d'abondants subsides, et Toulouse plus que toutes les
autres/
n était juste qu'en compensation de ces subsides, les
Toulousains demandassent au comte quelques concessions : c*est ce qui les détermina à lui adresser un mémoire, divisé en quinze articles, concernant leurs libertés, leurs priTlléges, l'administration de la justice et la police ; ils deiiiandaient , entr'autres choses, qu'on rédigeât enfin les coutumes de Toulouse jasqu*âlors assez indéterminées. D'après les ordres du comte, Sicard d*ÂlamaQ réunit les habitants, et leurs désirs sur tous ces points ayant été clairement exprimés, les quinze articles furent approuvés par Âlfonse. Frère Philippe de l'ordre des mmeurs ayant été envoyé au pape pour loi réclamer les secours promis, (Clément IV répondit qu'il ne pouvait rien mander de précis jusqu'au retour d'un légat qu'il avait député en Allemagne.
Au mois de juillet les consuls et la communauté de Pamiers formèrent une grande assemblée dans laquelle ils accordèreat à Bernard Saisset, abbé de Saint-Antonin, rautorisation pleine et entière de céder ou d'aliéner le domaine ou partie du domaine de Pamiers au roi ou à tout autre prince. Usant de ce pouvoir, Saisset céda le droit d'iiumraes d armes et de chevauchée au roi de France et à ses héritiers. Saisset se montra le zélé défenseur des habitants de Pamiers, puisqu'il porta plainte à cette époque contre le comte de Foix au sujet de certames mjures dont ceux-ci avaient été victimes de la part du comte.
En 1201), la ville de Pamiers reçut les enfants de saint
Digitizod by C
tUtPS IHTEBSrtDUtIkES. S43
Dominique ; le couveat fut foodé par Arnaud Segaier, religieux de Toulouse. Raymond du Falgar se rendit en cette ville pour célébrer la première messe dans l'église du nouveau monastère et y bénit le cimetière des frères. Arnaud Seguier ne gouvorna pas longtemps la maison de Pamiers; il fut bientôt après nommé prieur de Prouille, et gouverna pendant vingt-neuf ans ce prieuré. Sous son gouvernement» la grande église de Prouille tut construite; la première pierre fût posée par Gui de Letis, maréchal de Mirepoix.. Dix-sept ans furent employés à la construction de Védiftce. Arnaud bâtit aussi Féglise de S'-Martin pour les frères. de Prouille, et celle de Sainte-Marie de Fanjaux^ Après avoir augmenté considérablement les bâtiments du monastère et ravoir environné de hautes murailles, il mourut à Prouille plein de jours et de mérites.
Au moment du. départ du comte Alfouse, les habitants de Toulouse voulurent cimenter leur union. A cet effet, on convoqua dans le palais commun une grande assemblée qui se tint en 1269, et voici quel en fut Tobjet. La ville était alors divisée en deux parties distinctes, la cité et le bourg. La première occupait le territoire où sont aujourd hui situes la Daurade, le Pont- Vieux, la Dalbade, la Pierre et Saint- Geraud, Saint-Etienne, et Saint-Rome. On voit que cette partie de la cité renfermait six circonscriptions. La seconde occupait le territoire de Saint-Pierre des Cuisines, de Lascroses, d' Arnaud-Bernard, de Pouzonville, de Matabiau et de Ville-Neuve : encore six circonscriptions. Avant l epoque où nous sommes parvenus dans notre histoire, chacune de ces pai lies do la ville avait ses charges, ses reveiuis, son trésor et ses trésoriers. 11 résultait de cette division
*244 TBMPS IMTËaMiiDUiaES.
des procès, des querelles, qui comprometlaicnt la tranquillité publique : il fut doue résolu dans cette assemblée qu*à Vayenir ceux de la cité et du bourg feraient cause commune pour les charges, les revenus et les rentes, et qu'il n*y aurait qu'un seul trésorier. A cette assemblée se trouvèrent les douze capitouls, Guillaume de Parade, fiernard de Traget, Âmaud de Guy, Pierre Nègre« Guillaume de Vendine, Âmaud de Bonin, pour la cité; Pons d*Ayignon, Guillaume Gascon, Pons Gascon, Jean Bcquin, Arnaud de Ramondi, et Guillaume Robert, pour le bourg. Tous les religieux existant alors à Toulouse s*y trouvaient également : on y distinguait quatre Fr. prêcheurs, Raymond Dupont, Raymond Gautier, Raymond de Gomminges, Raymond Baranhon ; six Fr. mineurs, Arnaud de Marcille, Arnaud d'Arcis, Hugues de Gorder, Guillaume Andric, Guillaume de Molan, Raymond Rainaud ; quatre de Tordre de Citeaux, Guillaume Vital, Pierre Rauset, Pierre Sobaque, Bernard Esperonier ; cinq de Tordre du Garmel, Laurent de Figeac. Raymond de Gaillac, Raymond de Yigan, Guillaume Hortolan, Pierre de Villeneuve, Geraud de Sidole; de Tordre de la Mëre-de^ieu, Pierre de Damiac, Pierre Michel, Bernard d'Ulmo, Pons de Gragnaguc; de Tordre de la Pénitence, Bernard de Lauran, Guillaume Pause, -Jean d*Alnichan, Guillaume Hortolan ; de Tordre de Sainte-Croix, Pierre Foltaud, Guillabert, Simon, Pierre de Vieuxfort ; de Tordre de saint Augustin, Jacques de Montsalvi, Pierre Robert, Minon, Pierre de Milhars ; de l'ordre de Sainte-Ëulalie, Guillaume Urset, Guillaume Vital, Pons de Mui^et, Raymond de Castagnac.
On voit, par les ordies religieux dont il est fait mention
TBWS iSTKHMÉttlAlBES. 245'
ici, qae déjà les augaslias sélaieni établis à Toulouse, ainsi que les moines de la Merci ou de Sainte-Eulalie, dont le couvent était situé près de la porte Arnaud-Bernard. Les religieux de Sainte-Croix sont ceux de Saint-Orens; quant à cm\ de Notre-Dame et de la Pénitence, il a été impossible d'en suivre la trace.
ÂQ treizième siècle, il y avait donc à Toulouse douze capituuls, six. pour la cité et six pour le bourg. La cité se trouvant plus tard beaucoup plus peuplée que le bourg, on en choisit huit pour la cité et quatre pour le bourg. En 1346, on réunit ces deux parties de ville sous l enceinte des mômes murailles, dont on voit encore quelques restes. En 1589, le roi Charles VI ordonna que les capitoulats de Toulouse seraient réduits au nombre de quatre ; ce qui lit réduire à ce nombre les douze parties de la ville, sous les dénominaliuns suivantes : 1° le capitoulat de la Daurade, ^ SainlrPierre, Saint-Martin et le Pont- Vieux; 2* le capitoulat de la Dalbade, Saint-Barthélemy, la Pierre et Saint-Ge^raud ; 5® le capitoulat de Saint-Etienne, de Saint-Rome et de Saint-Pierre des Cuisines-; i^" le capitoulat de Saint-Sa^ turnin et de Saint-Saluriiiu du Taur. Eu 1592, Charles VI porta le nombre des capitouls à six d abord, et ensuite à huit ; en 1400, ce nombre revint à douze ;'enGn, en 1458, ce nombre fut fixé à huit, nombre qui a été maintenu jusqu'à la révolution française.
La ville reçut alors une division nouvelle ; elle fut partagée en huit régions ou capitoulats : i*» le capitoulat de la Daurade, Saint-Pierre et Saint-Martin (la chapelle de Sainl- Pierre et Sahit-McU lin qui donna le nom a cette partie de ville était située à la rue Sainte-Ursule); — 2° le Pont-
S46 WPS nmuiÉDi&ius.
Vieux. (Saint-Cyprien) ; — 3Ma Dalbade ; — 4'* Saiûl- Barthélemy (la chapelle de Saiat-Barthélemy qoi a donné son nom à cette autre partie était située à la ijlace qui porte le nom de ce saint ; — 5** Saint-Pierre et Saint-Geraud (le quartier de la Pierre où était sitoée la chapelle de Saint- Geraud) ; — 6* Saint-Etienne et Saint-Rome ; — 7" Saint- Pierre-des-Guisines et Saint-Julien (la chapelle de Saint- Julien était située derrière le parc actuel de l'artillerie, a la place qui porte ce nom ,* — Sf" Saint-Saturnin et le Taur.
Âlfonse et la comtesse Jeanne se trouvaient à Saint- Jeaii-d'Angely au mois de mars 1269, puisqu'ils y dounèrent une charte par laquelle 11 cédèrent à Tabbé et au chapitre de Saint-Saturnin de Toulouse toutes les redevances du château de Vacquiers et ses dépendances, ainsi que les rentes en hlé ou en argent qu*ils prélevaient sur le château de Saint-Geniés et les fermes de Grateutourt, de la Bastide de Saint-Sernin et celle d'Arnaud Benoit, habitant de Toulouse.
S*étant rendus à Toulouse vers le 'Commencement de Tannée iâ70, ils y demeurèrent jusqu'aux premiers jours de mai ; et après des affranchissements en faveur des serfe de cette ville ils partirent pour Aymargues près d'Aigues- Mortes, où ils firent leur testament.
Celui de Jeanne est daté d'Aymargues, le lundi veille de la Saint-Jean-Baptiste de Tan 1270. £lie choisit sa sépulture dans Vabhaye des religieuses de Notre-Dame de Gerci au diocèse de Paris, de Tordre de saint Augustin, des frères de Saînt-Victor de Paris, qu*elle avait fondée avec le comte son mari. Elle lègue la somme de dix mille marcs d*argent en œuvres pies, et donne sur cette ^omme cinq
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mille livres tournois à la même abbaye de Gerci, outre ses vases d*or et d*argent. Elle vent que le reste soit distribué à Tabbaye de Fontevrault, où le comte son père était inhumé ; à divers monastères de cet ordre ou de celui de Oteaux ; à tous les couvents de Tordre des mineurs et de celui des prêcheurs situés dans ses domaines; à plusieurs autres maisons religieuses qu'elle nomme^ mais surtout un Dioiiastère de filles de l'ordre de Citeaux, dont elle ordonne la fondation dans ses domaines, et auquel elle lègue lar ville de Lille en Albigeois; EUe ordonne aussi de pren^ dre sur cette somme les legs qu elle fait à ses domestiques, parmi lesquels elle Mi mention de trois de ses chapelains, de son physicien ou médecin, etc. Elle nomme pour ses exécuteurs testamentaires : dans les domaines qui lui étaient propres» Bernard comte de Gomminges, Amalric vicomte de Narbonne, etSicard d'Alaman; et en France, Guillaume de Vaugrigneuse, sous-doyen de l'église de Chartres, Jean de Nanteuil, et Pierre chambellan du roi, avec tous les évêques de ses états, chacun dans son diocèse. Elle lègue à Guillaume d'Anduze, «m cousin, et à ses successeurs, le village de Soal dans le Toulousain ; à Bernard d*Anduze, frère de ce dernier, le château de Montcuq dans le Querd ; à Sicard d'Alaman, celui de Rabastens en. Albigeois; à Philippe et à Gaucerande filles de Roger de la Voûte, ses cousines^ cinq cents hvres tournois à chacune pour se marier ; à Gaucerande, fille d*Amalric vicomte de Narbonne, sa cousine, le château de Lille dans le pays Venaissin ; à Marguerite sœur de la même Gaucerande de Narbonne^, la ville de GavaiUon ; à Guillaume de Narbonne, clerc, leur frère, les châteaux de Jionils et de Cabrières ; k Sicard
t48 TIHPS mmMÉDlAlBRS.
d'AiamaD, fils du môme Sicard et de feue Béatrix de Lau-
trec, le château de Caylus en Querci, pour se marier avec Gaillarde, lille de Bertrand vicomte de Bruniquel, sa cousine; et enfin à Charles roi de Sicile, comte de ProTence et d'Anjou, et à ses enfants, tout le pays Venaissin, quel qa*il soit, excepté les domaines dont elle disposait par ce testament. Elle nomme pour héritière universelle de tons ses domaines situés en Âgenais, en Querci, en Albigeois et en Rouergae, Philippe, sa cousine, fille de feu Arnaud- Othon vicomte de Lomagnc et de Marie d'Anduse sa femme qui était actuellement remariée avec Arcbambaud comte de Périgord. Elle lui lègue, de plus, tous ses bijoux, avec ordre à ses exécuteurs testamentaires de la marier comme ils jugeront à propos. Enfin elle donne au comte Alfonse son mari la jouissance de tous ses biens, jusqu'à ce que Philippe de Lomagne, sou héritière, soit parvenue à l'âge nubile. Telle est la dernière disposition de la comtesse Jeanne de Toulouse ; mais elle ne fut pas exécutée selon les intentions de cette princesse.
Le testament d*Alfonse est daté en général du 'mois de juin de l'an 1270, et écrit en français. 11 institue pour ses héritiers ceux qui devaient Tétre par droit ou par coutume, et fait des legs pieux ou des fondations en faveur de toutes les églises les plus célèbres du royaume, et de la plupart des couvents des divers ordres qui y étaient établis : en sorte que racte est extrêmement long. 11 exerce aussi sa libéralité envers ses officiers et ses domestiques, et lègue trois miHe livres tournois de ses meubles à la comtesse Jeanne, sa femme. 11 ordonne à ses exécuteurs testamentaires de racheter les pèlerinages qu'il avait voués
TSMfS IKTBfellfoUIRES. S49
à Saint-Jacqaes de Compostelle, à Notre-Dame de Roc-
Amadour, à Notre-Dame de Boulogne, à Saint-Eloi de Noyon, et à divers autres lieux de dévotion, supposé qu'il ne pùt pas les accomplir lui-même. Il veut que ce qu*il a pris du mariage du fils du vicomte de Polignac avec la demoiselle de Saint-Bonnet, soit rendu, et nomme pour ses exécuteurs testamentaires maîtres Guillaume de Vaugrigueuse, sous-doyen de Tégiise de Chartres, six autres ecclésiastiques, monseigneur Pierre le chambellan chevalier, deux frères mineurs, et frère Jean de Vannes de Tordre de la Trinité. Enfin il affranchit tous ses serfs et leurs en&nts, quelque part qu'ils soient, et abandonne toutes les dîmes qui! tient en sa main en faveur des lieux ou des personnes auxquels elles deyaient appartenir.
Nous apprenons d*un acte qu'Alfonse rendit à Aymargues, que les Toulousains avaient fait un don gratuit à leur prince pour son passage en Terre-Sainte. Avant de prendre la mer, il adressa des lettres-patentes à l'inquisiteur de Toulouse par lesquelles il déclare que tous ses sujets doivent répondre de leur foi devant son tribunal, et peuvent y être poursuivis pour crime d'hérésie, de magie, de parjure, et de sortilège. Après avoir donné le gouvernement de ses états à Sicard d'Alaman, il s'embarqua, dans le mois de juillet, avec la comtesse, et alla joindre le roi à Gagliari en Sardaîgne.
Ua}inond du Falgar, évéque de Toulouse, louchai l au terme de sa longue carrière. La veille de la féte de saint Matthieu 1270, il confirma Fabbé de Pamiers dans Fadministraiiuii dos monastères que les religieux avaient confiée h ce dernier, tant au spirituel qu'au temporel. Un différend
âÔO TBMP8 INIKEMÉDIAUIES.
s'élailt élevé entre les caiiiios et le chapitre de Saint- Ëtieime» au sujet de la construction de leur nouTelle église, ce fat lui qui le termina, et qui accorda à ces religieux la permission de iaire bémr cette église et leur cimetière par qui ils voudraient : ce qui montre que cet édifice était alors achevé (1).
Lë 19 octobre, Falgar mourut dans un âge assez avancé . et dans la 39* année de son épiscopat. Il fut inhumé à Tex-
trémité du chœur de l'église des dominicains.
Ce grand évêque, Tun des plus illustres qui aient jamais
occupé le siège de Toulouse, était profondément versé dans '
là science théologique et prêchait avec une rare éloquence.
n se montra toujours ilntrépide défenseur des droits de
son EgUsc, et en augmenta beaucoup les vastes domaines.
Ënnemi déclaré des hérétiques et des mau?ais clercs, il
les poursuivit avec une certaine force, mêlée cependant
à beaucoup de douceur. Ces derniers, par un esprit de
vengeance que n*explique que trop Voubli des devoirs 1^
plus sacres, jolcrcut à profusion d'odieuses calomiiiccs sur
sa briiiaatô renommée, car il est impossible d'appliquer à
un autre Raymond qui gouverna FEgllse de Toulouse sous
(4) U^lise des Grands-Cannei était grande et belle ; éQe avût la fonne d'im T. La porte d'entrée était placée à la tAte du T, et oSmX à roeil raatd principaJ et le cbeenr, qai formaient la ligne principale. A droite et à gauche de la porte d'entrée, » développait la grande nef, ornée dans tout ie ponrtonr de douze chapelles latérales ; à gauche en entrant, se ' trouvait le grand escalier qui conduisait à la chapelle de Notre-Dame de Mont-Carmel, placée en dehors de l'édiflce principal et surmontée ti an dôme. L'architecture de l'église était gothique. EUô a été coniplèteraent " détruite ainsi que le cuuvt ul en 1808 et 4809. '}h occupaient le terrain ' où a été tracée la grande place qui porte le nom de place des Carmes.
TEMPS UlmBHÉDlAllllS* S&4
le pape Uurbain 11 las acousations dont il fut robjet. U composa plusieurs ouvrages qui ne sont pas venus jusqu'à
mus.
Le lendemain de sa mort, âO octobre 1270, Bertrand de rnie, prévoit de Véglise cathédrale, fut élu pour lui succéder à 1 unanimité des sulirages. Son électioii lut couiirmée par rarchevéque de Narbonne. Ordonné prêtre et sacré évêque le jour de saint Thomas, il officia puntificalemcnt dans sa catbédrale le jour de Noël. Il était fils de Jourdain II et dlndie, fiUe naturelle de Raymond V.
Peu de. temps après Télection de Bertrand de mie, Guillaume de Jaufre abbé de Saint-Tbéodard reçut en hom* mage, de Raymond de Durfort seigneur de Clermont-Soubiran, les terres d^ArgnagnaC et de Douzac.
Bernard de Benque gouvernait alors Tabbaye de Nizors; il avait succédé à licniard de la Tour. Nous trouvoiis io nom de cet abbé dans uue transaction qu^il passa à cette époque avec Bertrand de Hîremont, évé^e de Gommin^^es. Nous pensons que Bernard de Benque était le frère de la comtesse de ce nom qui était alors abbesse de Favas en Commlnges.
Après la mort de Saint-Louis, Alfouse et Jeanne de Toulouse passèrent Thiver en Sicile; ils se trouvaient à Messine au mois de mai 1271, où ils s embarquèrent pour ITtâlie. Une fois débarqués, ils se rendirent au cbâteau de Ck>raeto en Toscane, où ils furent Tun et Fautre atteints* d'une indisposition subite. S'étant t'ait transporter à Sa^ vonne, Alpbonse ^outa un codicille à son testament par lequel il chmsissait sa sépulture à Saint-Denis. Il mourut à Savonne le vendredi après TAssomption, et la comtesse
TEMPS INTBlMÉDUIftBS.
Jeanne le mardi suivant. Les circonstances de leur mort sont diversement racontées, car un auteur contemporain
ailiime qu'ils moiiraieut au faubourg Saint-Pierre d'Arena près de Gènes, et que les chevaliers de leur suite inhumèrent dans la calhcdrale de Gênes sa chair et ses inteslius.
Le corps d'Alfonse fut transporté à Saint-Denis, et son cœur à Mauhuisson. Jeanne ftit enterrée dans Tabbaye de Gerci en iine, au diocèse de Paris. On y voyait son tombeau au milieu du chœur; sa statue y était couchée enveloppée d*un grand manteau , la tête coiffée d'une guimpe, couverte d'un voile, et ceinte d'une couronne royale.
Ainsi moururent, sans postérité, à Tâge de cinquante et un ans, Alfonse comte de Poitiers et Jeanne comtesse de Toulouse. Philippe 111 recueillit toute leur succession et gouverna le comté de Toulouse en qualité de souverain particulier, et non conmie roi de France. A la mort de Jeanne, ses domaines comprenaient 1'' le comté de Toulouse divisé en sept bailliages et gouverné par un sénéchal ; 2'* le Rouergue; S*" la partie de TAlbigeois située sur la droite du Tarn ; ^ TAgenais ; le Querd ; 6* te marquisat de Provence.
Alfonse fut un prince chaste, très pieux, plein de droiture, et ne manqua pas de valeur ; il se montra très charitable et généreux envers les pauvres et les établissements religieux de ses domaines. Dans une seule année, il distribua huit cent quatrc-vingt-qninze livres tournois en aumônes. La comtesse Jeanne était à peu près du même caractère que son époux. Us firent réparer à Toulouse les murailles du château Narbonnais et y firent bâtir une tour nouvelle. Hs firent construire aussi dans le Toulousain plu-
TEMPS IKTfiRIIÉDIAiEBS. 25)
sieurs villes ou bourgs qu'on appela bastides, tels (]ue Villefranche, Calmout, Salle, le Fousseret, Gimoat, Saint- Salpice et Palamini.
Grâce à la vigilance, à la piété et surtout à la fermeté du comte ÂlfoDse, Thérésie des albigeois, qui depuis longues années avait causé tant de malheurs dans le Toulousain, fut complètement éteinte ; les hérétiques n'osèrent plus se montrer, et se* virent obligés de chercher leur salut dans la fuite. Ce prince dépensa plus de vingt mille livres pour les lirais de rinquisilion.
Dans la comtesse Jeanne s'éteignit cette illustre maison des comtes héréditaires de Toulouse qui, depuis Fr^îdelon, comptait seize souverains. C'est à cette maison si puissante que Toulouse doit toute sa gloire, ses lois, ses coutumes, ses libertés.
LIVUE XXVlll.
DEPUIS LA RÉUNION DU COMTE DE TOULOUSE A LA COURONNE, FN 1271, JUSQUA LfiPlSCOPAT DE PIERRE DE LA CHAPELLE, EN
Dans le cours de ranncc 1271, Bertrand de Hlle évéque de Toulouse, sur la demande de son chapitre et d*01ivier prieur de Noër, accorda à Guinard Engilbert clerc de Cessérac la chapeUenie de Saint-Martia de Noër avec ses dépendances. Nous le trouvons, à cette époque, en qualité d'arbitre entre Mauriii archevêque de Narbonne et sun chapitre, an sujet de la construction de la cathédrale ; on le volt encore recevoir le serment du sacriste et de îarchidiacre de celle métropole au sujet du droit de monnaie, et il fut présent aussi à Thommage que les consuls de Ton* lousc rendirent au roi entre les. mains de Guillaume de Cohardon.
Ce chevalier avait reçu de Philippe le Hardi la commission de faire garder en son fioin le comté de Toulouse et ses dépendances. Cohardon, s'étant adjoint Jean de Gérants, se rendit à Toulouse et convoqua, le 16 septembre,
une grande asseiiiblce au château Narbonnais. Il demanda aussi aux consnte le serment de fidélité au roi. Ce serment
fut prêté, à la réserve des droits de leur consulat, de la justice crindnelle, des péages, des leudes, et des autres
TDIPS IKTBBMÉIIIIÂIKBS. 955
privilèges et cou t unies. On voyait à celte assemblée Bertrand de riUe, labbé de Moissac, Philippe de Boissi sénéchal du Rouergiie, Bertrand vicomte de Lautrcc, Sicard d'Alaman viguier de Toulouse, les chevaliers Raymond de Lescure et Gantier de Varagfne. Le lendemain, Gohardon réunit les habitants de la ville et reçut le même serment de fidélité envers le roi de France.
Ce prince fnt sur le point d*étre dépossédé dn comté de Toulouse par les armes de Pierre infant d'Aragon. Celui-ci réunit une grande armée et attira à lui la noblesse des états de son père. Il lui aurait été facile de s'emparer du comté si le roi d'Aragon, pour des raisons politiques, n'avait arrêté son expédition.
Cette tentative de l ialant détermina le roi de France à donner des ordres très pressants au sénéchal de Carcassonne d*aller prendre possession dn comté de Toulouse. Cet officier partit le 5 octobre 1271 et arriva en cette ville, accompagné de Barthélémy du Pny ; il y trouva Jean de Céranis, Henri de Gaudonvilliers, et maître Nicolas de Verneuil. U fut statué que le commissaire royal, après avoir Ëdt signifier sa mission, mettrait sous la mam du roi le comté ; qu'on dresserait un inventaiic de tous les actes conservés au château de Penne et de tous les meubles gardés au château de Buzet dans le Toulousain ; qu'il parcourrait tout le pays pour y recevoir le serment de hdéiité des seigneurs tant des villes qœ des (Châteaux, et qu*on établirait partout le bon ordre.
Cette ordonnance lut exécutée le jeudi 8 octobre. Le commissaire convoqua dans le eloftre des frères prêcheurs les consuls de la ville, Sicard d'AIaman, les principaux ha-
Îâ56 TEMPS tNTERKÉOUlBES.
bitants Bernard de CommiDges, Jourdain de rnie, Arnaud
de Marquefave, et plusieurs autres barons et nobles, afin de leur faire prêter serment au roi. Ce serment fut prêté par les habitants, avec tonte réserre pour leurs libertés et franchises.
Gohardon parcourut ensuite les différents bailliages du
"l'ûulousain, Verdun, Belleperche, Castelsarrasin, Moissac, Villemur et Buzet , mettant partout sous la main du roi les châteaux et villages. Ce commissaire ayant été obligé de s'absenter^ le roi envoya daus le comté Florent de Varennes, amiral de France, et jGuillaume de Neuville,' chanoine de Chartres, qui parcoururent également le pays pour achever de le mettre en la possession du roi.
L*abbaye de Mas-Gamier était alors gouvernée par Guillaume d*Alahon. Cet abbé reçut en 1:271 foi et hoiiiuiago de Pierre Jourdain, qui lui céda k ce Utre les terres de Beaupré et de Belcastel. Arnauld se trouvait alors à la tête de Fabbaye de Saint- Volusien. Roger comte de Foix s'étant emparé de la mense abbatiale, Tabbé le dénonça aussitôt à Bertrand de TUle, qui le menaça de rexcommunicalion, L*abbaye de Feuillants perdit à cette époque Arnaud Carcias, son abbé, qui eut pour successeur Adémar de Francon. Celui-ci m demeura en place qu'une seule année. Peytavit, prieur de Camon, mourut aussi en ce même temps. Après lui , ce prieuré fut gouverné par Pons de Villars. Arnaud de Monlaigut. abbé de Sorèze reçut en cette même année foi et hommage de la part de Pierre de Castelnau. L'abbaye de Bonnefont, sous le gouvernement de Guillaume-Loup d'Osson, échangea quelques terres avec le damoiseau Arnaud d*Aulon. Bernard était alors comte
Tnire inTBRifÊDuuBS. f 57
de CommiDges. Ce seigiicur confirma plusieurs doîutions en Îx9eut dû monastère de la Lumière-Dieu on Fabas et de la comtesse de Benque qui en était abbesse.
L*année 1272 s^ouvre dans nos annales par la construction du gfandf chœur de l'église taéiropolifaaûe, qui est due anx fibéralités de Bertrand de Fille. Voici les travaux que * cet iliastre prélat fit exécuter dans son église. Il jeta, dér* rîère la nef iMe par RatiâoM TI, et qui existe encore, les fondements d'une nouvelle église qu'il commença pa^ Tabside, le chœur, é les chapelles du pourtour au nombre de quatorze. Cette construction splcndide fut poussée jusqu'à la naissance des voûtes, qui furent provisoirement remplacées par' un plafbmï Se bois ; il détruisit ensuite FanièT qui terminait la grande nef, éleva un mur au-dessus du grand arceau de la nef le plus voisin de Tancffen autel ; i^elîa Fédî* fice ancien Tédiflbe' nottvtou; éleva énsùtfe devaM téf chœur deux chapelles aujourd'hui détruites et qui servaient à roifii^e paroissial. Le nbnvèau chœur fut réservé à Féi^éque et au chapitre. Dans l'idée de Bertrand de Tille, la nef actuelle devait être entièrement détruite, et Ton devait en construil^e une nouvelle en prolongeait dans la métaie foriiàé et dans le même axe les piliers, le déambulatoire et les chapelles ju^'à la' grande place.
Le prélat' enrichit son église de magnifiques om^ents, de splendides reliquaires, d'un grand nombre de vases d'or et d^argent d*un prir inestimable ; il y établit douze prébendiers et huit hebduinadiers pour le service divin, introduisit Tordre le plus parfait dans les revenus de son évécbé, et en fit confirmer les possessioti'â pat le pape Grégbire'X^
Nous venons de voir que le comte de Foix s'était emparé
tu 17
258 IIMP8 UlTBRlrtBIàllIBS.
de la mense abbatiale de Saint-VolusieD : il se rendit ainsi
coupable d'une action téméraire qui attira sur lui les armes du roi de France. Le cbâteau de Sompuy au diocèse d'Auch avait alors pour seigneur Geraud de Gasaubon. Geraud V comte d'Armagnac prétendait que ce château était de sa mouvance, et vint Tattaqaer. Gasaubon, dans une sortie qu'il opéra pour repousser son adversaire, tua Arnaud- Bernard frère du comte d'Armagnac et de Tarchevéque d*Auch. Désirant tirer une vengeance éclatante de cette mort , d'Armagnac appela k son secours Roger-Bernard 111 comte de Foix, son beau-frère. Celui-ci s*avanca vers le château de Sompuy, résolu de le ruiner de fond en comble. Réduit à l'extrémité, Gasaubon se plaça sous la sauvegarde du roi , auquel il remit ses domaines entre les mains du sénéclial de Toulouse. (^cUc royale protection ndupêcha pas d'Armagnac et le comte de Foix de poursuivre leurs desseins : Sompuy fut pris d^assaut , livré au feu et au pillage, et les habittints massacrés. Gasaubon ne dut son salut qu'à la fuite.
Irrité de cet attentat, le roi de France résolut de se venger : c'est ce qui le détermina k se rendre dans la province. Il partit de Paris au mois de février 1272, arriva à Poitiers le 9, se rendit k Angoulême, à La Rochelle et k Saintes, où il séjourna jusqu'à Pâques. Après avoir ordonné à ses troupes de s'assembler à Tours le 8 de mai, il partit de Saintes et se rendit a Marmande en Agenais. Toutes ses troupes étant réunies, il se dirigea vers Toulouse et y fit son entrée solennelle le 25 mai. H était accompagné par l'archevêque de Sens, les évêques de Paris, de Troyes, de Beauvais, de Nevers, de Gbàlons, de Goutances et d*Avrancbes. On y
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voyait aussi le duc de Bretagne, le comte de Flaadre, le comte de Boulogne, le comte de Rodez, les comtes de Ponthieu et de Blois avec leurs baonerets, écuyers, arbalétriers et gens d*armes.
Le roi passa huit jours à Tonloose. Ce fut pendant son séjour que Bertrand de rille plaida devant lui la cause de ses propres vassaux, prétendant quils étaient exempts de porter le^ aunes pour le roi de France. Il paï aît qu'il perdit sa cause, car un grand nombre de Toulousains et de seigneurs de la province suivirent le roi du côté des Pyrénées. Parmi ces seigneurs, ou di-liiiguait Guillaume de Monestier, Jourdain de Rochefort, Beraud de Mercœur, et Hugues d'Arpajon, suivis de leurs damoiseaux.
A l'approche du roi, le comte de Folx eut recours à la protection de Jacques roi d'Aragon. Celui-ci alla à la ren* contre de Philippe, qu'il joignit le juin à Tabbaye de Bolbonne. Olric gouvernait alors cette maison ; il y donna une splendide hospitalité anx deux rois de France et d'Aragon , au duc d'Alençon frère du roi , et à Gaston vicomte de Béam, beau-père de Roger de Foix. Gaston demanda grâce pour son gendre, et le jour de TAscension on traita de la paix. Mais les articles qui avaient été dressés ne furent point acceptés par le comte de Foix, qui se retira dans son château. Sur ce refus, Tarmée royale s'avaiiga vers cette forteresse, le 3 juin, et dévasta le pays pendant que le roi s'était arrêté à Pamiers. Le château de Foix paraissant imprenable, Philippe -le-Hardi ne trouva d'auti c moyen pour s'en emparer que de £aûre tailler les rochers. Ce travail fut exécuté avec tme rapidité incroyable. A cette vue, le comte, cédant aux conseils de ses amis, demanda grâce
160 TUFS IfinaNtDIAIlUtS.
et merci et se rendit auprès du roi. Philippe le fit liée et garrotter et Teayoya prisonnier dans la cilé de Careas-
soane. Après cette expédition, le roi de France rentra dans ses états.
Maurin, archevêque de Narbonne, étant mort après avoir jeté les fondements de la splendide métropole dédiée aux saints Jast et Pasteur, les chanoines de cette église élnrenl pour lui succéder Pierie de Monbrun, leur confrère. Bertrand de rille, évôqud de Toulouse, de concert avec les autres évêques de la province , écrivit aux cardinaux réunis à Viterbe et au pape Grégoire X pour les prier de renvoyer incessamment le nouvel élu à son église. Nous, retrouvons Bertrand au concile qui fut tenu au commencement d'octobre à Narbonne. Les décrets de cette assemblée ne sont pas venns jusqu^à nous.
Les abbayes du Toulousain présentent peu de faits dignes d'intérêt dans Tannée iâi7â. Arnaud G^ureias succéda, k Âdémar de Francon dans le gouvernement de celle de Feuillants, et le prieuré de Camon lut dirigé par Pou$ de Villars.
Au commencement de Tannée 1275, Philippe le Hardi envoya Foulques de Laon, archidiacre de Ponthieu, et Tho^ mas de Paris, chanoine de Rouen, dans le Toulousain, afin do constater les droits du prince. Gilles Gamelin, cha> noine de Meaux, fut désigné pour exercer les fonctions de procureur général dans cette commission. Celui-ci cita au tribunal des commissaires Sicard d'Alaman, accusé d'avoir nsurpé certains biens du comté de Toulouse, et de s'être emparé de Ter, de l'argent , des joyaux, du trésor et des chevaux d'Âlfohse et de Jeanne. Sicard offrit ses défenses ;
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mais il tomba dangereusement malade et lit son testament» Il légua vingt mille sols tournois en œuvres pies, savoir : pour la construction de TégUse de Saint-Etienne, à laquelle travaillait Bertrand de riUe; pour les religlenses de la Salvetat près de Buzet ; pour Téglise de Saint-Sulpice, et la construction du pont sur TAgout. Ce chevalier avait été marié trois fois. Il eut de sa première femme (Philipi)ia) deux filles, Alix et Cécile ; de la seconde femme (Béatrix de Laotrec) il eut un fils, Sicard d'Alaman, et une fille nommée Agnès ; de la ti oisième femme (Béatrix de Hucillon), il eut une fille dont le nom nous est resté inconnu. Raymond d*Alaman cbanoinè de Rodez fut son fils naturel. Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires Bernard vicomte de Lautrec son beau*frère, le prieur des jacobins, et le gardien des frères mineurs de Toulouse ; il choisit sa sépulture dans le couvent des frères prêcheurs de cette ville.
Aux fêtes de Pentecôte de celte année, le roi tint a Paris un parlement dans lequel il fut grandement question des aigres du Toulousain, n y fut d*abord statué que plusieurs localités du diocèse de 1 ouiuuse qui dépendaient de la sénéchaussée d*Agen ressortiraient de celle de Toulouse* On y traita ensuite la question des fiefs. Les commissaires du roi voulaient déposséder les Toulousains de certains fiefs ; alors les consuls portèrent plainte au roi contre cette
usurpation. Ce prince ordonna que les liets héréditaires OU échus par mariage seraient maintenus, ainsi que ceux qu*on avait acquis depuis vingt ans , promit ensuite de rendre justice sur le consulat, c'est-à-dire sur la nomination des capitouls, et confirma tous les privilèges établis.
ses
TDDs imnniiÉouiiBS.
Quelques auteurs ont prétendu cpi'il se tint à cette épo>
que une assemblée ou parlement dans l'abbaye de la Paix on de la Sagne (Sorèze), à laquelle présida Lancelot d'Orgemont, grand et premier mattre, et où se trouvèrent les conseillers clercs de Crolhet, Matthieu de Vabres, Bernard de Monestier et Othon de Panassac, ainsi que les seigneurs de Monlégut, Rodolphe de Mauvesin, Everard de Vêtus, Imbert de Combevis. Nous trouvons un jurisconsulte célèbre, D. Miramont , qui y exerçait Toffice de procureur du roi , et Jean de Homeure celui de secrétaire. Les commissaires du roi à Toulouse avaient demandé la solution de certaines difficultés : aussi le prince dressa-t-il plusieurs articles qui avaient rapport aux excommuniés, au paiement des dîmes, et à divers privilèges des clercs mariés ou' non mariés.
Afin d'assurer à sa cathédrale la possession des biens dont il Tavait enrichie, Bertrand de Tille fit confirmer par une bulle du pape ces donations, et céda au trésorier de son église le lieu é'Amaid. Vital de Vacquiers était alors prévôt de Saint-Etienne et avait succédé dans la prévôté à Bertrand de i iiie. Il fit aussi approuver la fondation des douze prébendes qui avait été iàite par ce prélat.
L'abbaye de Grand-Sehe re^'ut à cette époque un nouveau lustre de la commission spéciale dont fut honoré Gaufridi, son abbé. Âlfonse roi de Gastille avait établi un ordre religieux et militaire semblable à celui de Calatrava, sous le titre de Notre-Dame d'Espagne. Cet ordre était destiné à combattre les Sarrasins, n fonda quatre monastères dans le royaume de Murcie, et ordoaoa que trois d'entr'eux seraient soumis à celui de Garthagëne. Il voulut que ce nouvel ordre
TEMPS INTEEMÉDlAiaES. 263
fût plaeé sous la dépendance de Citeaux. A cet effet, il en<
voya un député à Tabbé général , qui ordonna à Gauiridi abbé de Grand-Selve d*établir un piiear à Carthagène et de recevoir à la profession des clercs et des laïques. L'abbé de Grand-Seive devait cooliriuer à perpétuité réiection de Fabbé de Carthagène.
Arnaud Garcias, abbé de Feuillants, traita de l âchât de quelques terres et fit plusieurs transactions avec la famille de Ravidan.
La succession de Jeanne comtesse de Toulouse donna lieu • à un arrêt célèbre, rendu en 1274 par le parlement de Paris. Cette princesse avait fait héritière des domaines dont elle croyait pouvoir disposer, Pbilippia de Lomagne, sa cousine. Gui comte de Saint-Pol , tuteur de Philippia, demanda à être reçu , au nom de sa pupille, à foi et hommage des terres et seigneuries que la comtesse lui avait laissées. Gui fat renvoyé de sa demande. Philippia épousa plus tard Elie Talleyrand comte de Périgord, à qui elle apporta des domaines considérables, entr*autres les comtés de Lomagne
et d'Auvillar.
Le pape Grégoire X excita, à cette époque, le zèle des inquisiteurs, qui firent subir plusieurs interrogatoires touchant la vaudoisie à un grand nombre de personnes. Les dépositions de ces hérétiques nous apprennent que plusieurs d'entr'eux s'étaient réfugiés en Lombardie et étaient rentrés dans le pays ; qu ils parcouraient deux à deux la province pour y foire des prosélytes. Ces dépositions nous révèlent encore les noms de deux évêques hérétiques de Toulouse, Vivian et Bernard Oliba. Ces sectateurs de Tbérésie vaudoise ne reconmùssaient que révangile de saint
864 inn mTiiitfftutws.
Jean, espéraient le sa^ des anges r^ile^, et iiejelaient le culte de^ images.
Les inquisiteurs jugeaient aussi du mjfï^ 4^ inagie et de sorcellerie, et c'est pei^t^^ k cette époque qoe Ton doit rapporter un fait assez singulier, dont les circonstances nous ont été conservées par le chroniqueur liard^n. jQet auteur affirme que le chei(^t0r Pierre de Voisins, 4ÇCûmpagné de ses assesseurs, avait parcouru sa sénéchaussée et y avait condamné au dernier supplice plusieurs sorciers, entr'autres une femme nommée Aqgèle, âgée de 60 ans, du heu de LabarU^e. Cette i^pie déclara qu elle ^vait eu plusieurs fois un commence cH^el ayec un démon et que
de ce commerce ùlaiL survenu un monstre qui avait la tête
d'un loup, une «jueue de serpent, et le reste du corps d'un homme: elle affirma qu*elle ayait nourri pendant deux
nuées co monstre avec de la chair d'enfants égorgés ; qu'après ce terme Iç monstre avait disparu et qu'elle ne Tavait plus revu. 11 n*y a qu'une seule difficulté à opposer à ce récit : c'est que Pierre de Voisins, sénéchal de Toulouse, ne Tétait déjà pins en 1254, et qu'en 1^74 oq 1^7j il était mort depuis longtemps.
L'abbé de Moissac eut alors quelques démêlés avec l'évêque de Toulouse Bertrand de Tille, au si^et de Tabbaye de Lézat : ils choisirent pour arbitre Bernard de Montmirail. Ce prélat fit aussi des transactions avec Bernard abbé do Saint-Théodard et ses religieux, au sujet des églises, bénéiices, dîmes et prémic^. que ceu:iL-ci possédaient dans 1$ dipçèse de Toulouse. Ces transactions loi donnèri^nt la facilité d'acquérir de nouveaux domaines pour son Eglise. L abbé de Saint-Théodard, avec lequel Tévêque
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de Tpulousd û| fse» transactions diverses, étaii Bernard de
llalemort. |1 cherchait depuis longtemps à secouer le joug de Fabbaye de la Ca$e-Dieu ; mais li perdit son procèis, et lut eoQdaïQné à pD&ter fei et obéi^sifu»» à Tabbé 4e ce
monastère.
GuiUauioe de Janffre, abhê de Belleperche, reçut un diplôme de Philippe le Hardi par lequel ce prince confirmait
toutes les acquisilious laites par ce monastère.
L EgUse Toulouse vit en 1279 élever un de m en*^
fants à la dignité épiscopale : c était Bernard de Languisel, priginairç du p^ys 4e iMin^s et qui avait occupé I4 ch^ge d'archidiacre du Lauragoals au (|iQ(ïèse de Toulouse, n Ait fijiit archevêque d'Arles et ensuite cardinal-évêque de Porto.
Bertrand de (lUe nmsU, ceUe aqnée, en qualité de témoin au mariage de Jacques înÊmt d^AragoQ avec Esdar- • monde, û^e de Roger et soeur de RQger-Bernard comtes de Foix, pendant que le roi de France envoyait EusSa^he de BeaumarGh^ûs, sénéchal de Toulouse, eu Navarre, pour
y soutenir 1^ i^tér^ts de la reine Jeanne. £uslache partit à la tête des ivMlices de sa sénéchaussée et s*empara de diverses places, entr autres, d'une partie de la ville de Pampelune. Rogeç-Ben^ comte de Foi^ second^ Ipeau- Goup le roi de France dans cette guerre : c*est ce qui détermiDa ce prince à lui restituer les ch^îteaux dç Foix,. de Lordat, de Montgrenier, et plusieurs autres forteresses.
L'abbaye de Saint-Laurent de Goujon était alors gouvernée par Martine de Blanquefort, qui avait succédé h Contors de P^mire. Martine ne gouverna cette maison, que très peu d*anQées, puisqu'en 1278 nous trouvons à la tête de cette abbaye Longrué d'Âroche.
S66 TfiMPâ INTEaMÉDlAIAES.
PODS Dupuy, qui gouvernait depuis dix ans l'abbaye d'Eaunes, fut choisi en 1275 pour arbitre dans un diUérend qu'avaient les abbés de Bolbonne et de Calers.
L'abbaye de Saiiit-Volusieii de I* oix avait alors pour abbé Guillaume II, dont nous trouvons le nom dans un grand nombre d^actes, avec Bertrand de riUe et Fabbé du Masd'Azil.
Feuillants était alors gouverné par Auger IV. Un chevalier du pays nommé Roger d'Aspel avait donné de ti'ès vastes domaines à cette abbaye. Auger, pour éviter toute contestation de la part des héritiers de ce seigneur, eut le soin d'en faire confirmer la possession en 1275. Il mourut à cette époque, et eut pour successeur Jean de Bologne.
Bernard de Malemort abbé de Saint-Théodard n'était pas moins zélé pour les intérêts de sa maison, car il eut le soin, en ce même temps, de faire confirmer par PhiUppe le Hardi la transaction quil avait fait approuver quelques années auparavant par le comte Alfonse. Il régla aussi avec les capitouls de Toulouse tout ce qui regardait la levée des dîmes auxquelles avait droit son monastère sur plusieurs lieux désignés dans les actes.
Bolbonne avait perdu Olric, son abbé. Après sa mort, cette maison fut gouvernée par Bernard de Saquart, auquel Guillaume de la maison de Foix fit un don considérable pour son monastère.
Loup d*Osson abbé de Bonnefont mourut en 1275, et eut pour successeur Auger de la Tour, qui ne nous est connu dans l'histoire que par un pariage du lieu de Monhan Mi entre Philippe le Hardi et Tabbé de la Bénédiction-Dieu.
TUPS INTERMÉDIAIRES. 267
Les habitants de la province avaient porté leurs plaintes au roi de France contre plusieurs ofâciers de justice : c'est ce qui détermina Philippe à envoyer deux commissaires à Toulouse, en 1277, pour prendre des informations au su- Jet de ces plaintes. Ces commissaires étaient Pierre, doyen de Saint-MartiD de Tours, et le chevalier Simon de Cubiti$. Ceux-ci rendirent une ordonnance pour la réiormation de la justice, après en avoir conféré avec Bertrand de rille, évêque de Toulouse, le comte de Comminges, les abbés de Moissac et de Beilepercbe. Cette ordonnance nous a été indiquée par Gatel. Les grandes qualités de lici tiariil ilc riUe le faisaient choisir pour aii>iU'e dans les différends que les seigneurs avaient entr'eux; ainsi Tévévéque et lé comte de Rodez le prièrent de régler les articles d'un accommodement qu ils avaient besoin de ménager. * Cet évêque reçut à Toulouse les ambassadeurs que le nouveau pape venait de nommer pour négocier la paix entre le roi de Castilie et le roi de France. Cette ville avait été choisie pour le lieu du congrès. Ces ambassadeurs étaient trois : Geraud, Jérôme et Jean, cardinaux de la cour romaine. Le roi de Castilie ne voulut point envoyer des députés, sous le spécieux prétexte que Toulouse appartenait à Philippe le Hardi.
Le monastère de la Daurade à Toulouse ayant perdu Gailhard de Montrabier, son prieur, on lui donna pour suc^ cesseur Bertrand de Montaigut, que Ton regarde comme le neveu d*un autre religieux du même nom qui avait dirigé cette maison quelques années aupaiavauL
Il faut supposer qu'il fut tenu en 1277 m synode provincial k Toulouse, où devait assister le clergé régulier et
S68 TEMtS IMTKftMteUIftn.
séculier, pim(jpie GuillauBie d'AlahoQ abbé de Mas-Garnier s*excusa de ne pouvoir s'y rendre.
Nous avons û^k vu que les moines de Saint-Théodard cherohâient toujours à décliner la juridiction de ceux de la Case-Dieu ; cependant, sur de nouvelles représentations de de ces deroierô, Bernard de Malemort abbé de Saint-Théodard promit foi et hommage à Albert abbé de la Case- Dieu.
Âtt commencement de Tannée 1278, Toulouse devint le théâtre d'une terrible exécution capitale. Un certain Perrot , catholique de naissance, avait abjuré sa religion pour embrasser le judmsme. Cet homme étant mort, les juife
donnèrent à son corps la sépulture dans leur cimetière, situé près du château Narbonnais. Jean de Frontiieu, dominicain , remplissait alors les fonctions dinquisiteur à Toulouse à la place de Tinquisiteur titulaire, alors absent. Ayant appris cet événement, Jean de Frontiieu intenta un procès criminel aux juifs et à Isaac Malem qui avait reçu Tabjuration de Perrot. L*affaire fut renvoyée devant les capitouls, qui condamnèreiit Maiem à être brûlé vif avec te cadavre de Perrot. La sentence fut exécutée.
La fomille de TlUe-Jourdain avait donné un chanoine à la cathédrale de Saint-Etienne : e*étatt Jourdain de riUe. Il paraît que ce seigneur avait été reçu à celte dignité dans son bas âge et n*aivait point embrassé Fétat ecclésiastique. La question cUit de savoir s'il était obligé d'observer les statuts du chapitre. Lévèque de Toulouse chargea Arnaud de Villemur abbé de Saint-Sernîn d'examiner Taffa^ire, et rabbé décida que le seigneur de rillc ii était point tenu dobserver les statuts.
Tnn IHTBBlrtlHAIUS. 269
iongrae d'Arocbe gouveroait Fabbaye de Samt-Laorent
de Goujon, et passa, h cette époque, un accord avec Ama- Dieu 11 archevêque d'Auch. — La moitié du château de Mazères avait été cédée par Bérenger, qui en était seigneur, à iioger comte de Foix, puisque en 1278 nous trouvons Bernard Saquart abbé de Bolboune confirmant la posses^ sien de ce château à Roger-Bernard, fil» de ce seignenr.
Les officiers du roi usurpaient sans cesse sur les droits et les privilèges des monastères et des prélats : c'est ce qui détermina Pierre de Montbrun archevêque de Narbonne à convoquer un concile à Béziers, le 4 mai 1^9, auquel assista Bertrand évèque de Tonloase. Ce fot dims cette assemblée que ce prélat fut député k la cour de France arec Tarchevéque de Narbonne pour y détendre les libertés de son Eglise. Gilles Gamelin, chanoine de Meant, proeo^ reur du prince dans la province, avait intenté plusieurs procès à révêque touchant le domaine temporel de fôvéché. Bertrand de riHe termina ces différends ; et le roi, par une charte datée de i Uôpitai près Gorbeil, au mois de sombre lâ79, reconnut tous les droits que les évéques de Toulouse avaient sur plusieurs sclgiicunes, entr autres, celles de Verfeil, du Bourg Saint-Bernard et de Castelmau-* rou. Le roi fit aussi l'abandon de toutes le$ juaice8 sur le château do Balma que Bertrand de i lile venait de construire. Par réciprocité» révêque de Toulouse céda au roi l'hommage entier des châteaux de Saint-Jory et de Mbntgiscard. Ce prélat, à son retour de la cour de France, fit une transaction avec Richard abbé de Gimont au sujet dupatronage des églises dépendant de son monastère et qui étaient situées dans le diocèse de Toulouse.
S70 Tnm INTEIMÉDlilUS.
Le roi Philippe le Hardi donna, au mois d'août 1279, une charte en feYeur.de Fabhaye de Grand-Sel?e, par
laquelle il confirmait ce monastère dans la possession de ses hiens.
Geraud comte d*Armagnac ayait pris les armes contre
Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse. Celui-ci lui livra bataille, le fit prisonnier, et remmena en France, où le comte demeura deux ans enfermé dans le château de Péronne. Eustache fut aidé dans cette expédition par le connétable Imbert de Beaujeu, que le roi aTait envoyé dans le Toulousain pour y faire Ja rccuiiiiaissance de ses droits contre les usm^pations que Sicard d'Alaman avait faites dans les domaines du feu comte Âlfonse. Le fils de Sicard, qui portait le titre de damoiseau, s'était accordé devant Guillaume abbé de Belleperche, Fierre doyen de Saint-Martin de Tours, et Jean de PuHolo chanoine de de Chartres, commissaires qu on avait députés pour Juger cette attire. Le roi confirma cet accord, et céda au jeune Sicard d'Alaman la ville de Saint-Sulpice dans le Toulousain et les châteaux de Castehiau et de Bonnafous en Albigeois. Nous apprenons par cet accord que la famille d'Alaman était demeurée en possession de lor, de l'argent, des bijoux et des chevaux des comtes Baymond VU, d' Alfonse son gendre, et de la comtesse Jeanne. Le jeune Sicard mourut sans postérité, et la plus grande partie de ses biens passèrent dans la maison des comtes de Lautrec.
Nous avons déjà vu que les religieux du Mont-Carmel s'étaient établis depuis quelque temps dans intérieur de la ville, sur la paroisse de Saint-Etienne. Ils avaient élevé dans I mtérieur de leur cloître une chapelle dédiée à Notre-
TBHrS imBBMÉDIAIUS. S7I
Dame de rEspéraoce, et où se faisaient jouroeilement de grands miracles. Gomme le peuple s'y portait en foule, cela excita les réclamations du chapitre de la cathédrale. On ne put apaiser les chanoines que par un engagement que prirent les religieux de payer par annuités, dans la durce de cinq ans, une somme de quinze mille sols tou~ lousains.
Un nouveau monastère se fondait k cette époque dans le Toulousain , ou du moins était reconstruit et agrandi : c'était celui de la Grâce-Dieu. Il dut tout son éclat et ses richesses à Gicard de Miramont et à Honoris de Durohort son épouse. Cette illustre dame, du vivant de son époux, embrassa Ictat religieux à la (iiàcc-Dieu. Cette maison avait été primitivement occupée par des moines bernardins qui se rendirent à Bolbonne. Honoris mourut ' au mois d'avril 1280 : c'est ce qui conste de son épitapho que Ton voit encore gravée sur son tombeau de majrbre blanc orné de sculptures en feuille â*acanthe. Au milieu paraît i'écusson des croisés, et sur le couvercle on aperçoit un armoriai portant un lion grimpant (1). Au mois de sep- Lembre moui ul (Jicard de Miiamont. Son tombeau est encore dans l éghse de la Grâce-Dieu, où il est représenté armé de pied en cap, comme les chevaliers, avec son épitaphe (2).
(4) amuo col 4S80, OB 43 ial. mtL. ontr
i»m H4»ioiii8 m i»ino-HOBa vxms cicakpi
Dl HIlAHOniB HILITIS, CUJVS ANIMA BKQUtBS. IH FACE. AMBN.
(2) ANNO CHRIST. 4280 PRIDIE NON. SEPTKM. OBIIT NOniLIS
VIU CICARDDS DE MIRAMOME PttO CUJUS ANIMA PATEFi ASK.
Le eouvenl de la Grâce-Dieu fut , plus tard , cédé aux dames de
Philippe le Hardi donna, au mois de janvier 1280, des lettres âsiées de f*aris dans lesquelles il expose « que,
• vbulant épargner les travaux et les dépenses de ses sujets » des sénéchaussées de Toulouse, Garcassonne, Périgord , » Rouergue, Qiierci et Beaucaire, il envoie dans le Toulou- » sain des gens de son conseil , savoir : maître Pierre ar- 9 chidiacre de Saintes, Thibaud doyen de Bayeux, et Pierre » doyen de Saint-Martin de Tours, pour s'y trouver en » personne dans Foetave de Pâques, afin dy entendre et
• d*y juffer suivant le droit et Véquité tés 'demandes et tes » requêtes des susdits sujets pour lesquelles ils avaient » recours à lui-même. » £a conséqoeàce, deux des trois commissaires se rendirent à Toulouse et y tinrent une assemblée que plusieurs auteurs ont prise pour un parlement, mais qui cependant n'avait pas la forme de 099 corps judiciaires. Les vice-gérants du roi rendirent plusieurs arrêts touchant quelques prétentions des seigneurs^de la province sur certains domaines^ etf Bernard du Sâsset abbé de Satnt- Antonin adressa une requête à l'assemblée de Toulouse pour que le^ sénéchal de Careassohne fût obligé d*dler tenir ses assises à Pamiers. 11 renouvela aussi pour neuf ans,
Fontevrault. Il est anjoiird'hui complètement détruit. L'éplîse exista encore, et sert pour les offices de la paroisse. Elle était dédiée îi saint Jean-Baptiste. Il existe près du village une fontaine dédiée aussi h ce saint, et que Ton dit être miraculeuse. La dernière abbesse de la Grâce- Diea fat Marguerite de LassaUe de Bioressac, qui voulut , avant de mourir, im les ruines de son monastère, et qirî expira à la Grâce en pnmonçant ces paroles : Tnte, Domme, tperooi .* non eonfundar m œternuttk A la révolution française, on ouvrit les deux tombéanz et on y trouva plusieurs tètes : œ qui fut supposer qu'on y avait placé les corps des enfents des seigneurs de Miramont avec ceux de leurs pèires.
nwn IKTBBXÉDlilftBS. S73
avec le roi, le pariage pour le château de Pamiers et ses forteresses. Ce prince prit en conséquence Fabbaye et le
château de Pamiers sous sa sauvegarde.
Philippe vint , celte année, à Toulouse, et voici à quelle occasion : il était toujours en guerre avec le roi de Caslille an sujet de 1 exclusion à sa couronne que ce dernier avait donnée aux deux princes ses petits-fils. Sur les instances du pape, les deux rois consentirent li un accuiimiudemenl, et fixèrent une entrevue qui devait avoir lieu en Gascogne. Philippe s'avança juscpràMoirt-de-Marsan et Âlfonse jusqu'à Bayoïiiic ; de là, les deux, rois traitèrent à Dax, par leurs commissaires. Philippe profita de cette circonstance pour voir Pierre d'Aragon avec lequel il avait besoin de traiter de plusieurs afiiaires, et lui donna rendez-vous à Toulouse, au mois d'octd)re. Ces deux princes 6*y trouvèrttit à cette époque, ainsi que Jacques de Majorque, frèie du roi d'Aragon. Us s'adressèrent des 46mandes réciproques, qui ne furent pas accordées. On croit que le but principal de cette entrevue avait pour objet le comte de Foix, qui était alors prisonnier du roi d'Aragon.
Roger-Bernard , de concert avec les comtes d'Urgel et de Paiihas, ainsi que divers autres seigneurs catalans, ayant formé une ligne contre ce prince, celui-ci marcha contre l'armée du comte de. Fuix et le força de su i cLiier au château de Balaguer près d'Urgel. Le siège de ce château lut entrepris le 24 juin 1280. Aussitôt Raymond de MarqueÊtve, Esquieu de Mirepoix, ci une quarantaine de chevaliers du Toulousain, se jetèrent dans la place; mais ils se virent obligés de capituler, et deyinrent tons prisonniers du roi d'Aragon, qui envoya le comte de Foix au château de
214 TIMK IMTKUIÉDUIBKS.
Siuraoa et dispersa les autres dans la Catalogne. Pierre d*Àragqn désira de voir le roi de France à Toulouse afin de Fempécher de donner sa protection à son captif.
Guillaume d*Âlahon abbé de Mas-Gai^nier proiita de la présence du roi de France à Toulouse pour placer son monastère sous la sauveganlc ilu muiiarquc. Les religieux de cette abbaye étaient très-portés à la révolte; cest ce qui détermina Guillaume à faire entrer le roi dans Tadministration et le gouvernemeui de Tabbaye. Cette innovation se perpétua longtemps au Mas^Garnier.
Bernard de Saisset abbé de Saint-Antonin donna, vers cette époque, des règlements aux juifs de sa dépendance ; il leur accorda la permission de faire leur réàdence à Pamiors, et les autorisa à ne porter sur leurs iiabits^ pour marque distinctive» qu'une petite roue tracée avec du ùl,
Guillaume Roberti succéda, en 1280, à Bernard du Bosc dans le gouvernement de Tabbaye de Calers. Ce fut sous cet abbé que Raymond-Aton d'Auterive cboisit sa sépulture dans l'église de cette maison.
Bernard de Malemort était toujours à la téte de Tabbaye de S'-Théodard. Après avoir eu, cette année-là, un différend assez vif avec les carmes qui s'étaient établis à Montauban, il leur accorda la permission de construire un couvent dans Vintérieur des murs, d y établir un cimetière tant pour eux que pour les habitants, à condition que le tiers des recettes reviendrait à Tabbaye*
L'université de Toulouse jetait alors un certain éclat par la renommée qu'avait acquise François Accurse, célè^ bre jurisconsulte, qui avait d-abord professé à Bologne. Sur les instances d'Edouard V' roi d'Angleterre, il vint en
TEMPS IMTEEIMËOUIRES. 275
Francô et se fixa à Toulouse, où ses savantes leçons
eurent un grand succès. On raconte que Jacques de Ravenne vint ineognito se mêler à ses auditeurs. Un jour qQ*Aceurse expliquait la loi sur les intérêts, Jacques lui fit des objections si sérieuses que, ne pouvant trouver de solution, le professeur fut obligé d'ayouer que Técolier en savait plus que ic îiiailre. Il quitta Toulouse en 1280 et revint à Bologne, où ii mourut quarante ans plus tard: ce qui laisse à supposer qu*il était assez jeune quand il pro-* fessait à Toulouse.
L*année 1^1 fut niarquée dans cette ville pàc un déplo^ rable événement. 11 existait quatre ponts qui reliaient la rive droite à la rive gauche du fleuve : 1** le pont neufi qui allait de la Daurade à Thospice de Saininlacques ; 2** le pont vieux, qui alicul de h halle aux poissou^ a Saïut- Çyprien; 3** celui qui commençait au port de Bidou; 4" le pont de Gomminges, près du château Narboîinais. Tous ces ponts étaient construits en bois. La veille de rAscension, on faisait tous les ans une procession en t^âteau >ur le fleuve; cette cérémonie attirait tin grand nombre de curieDXi Le. 1 i mai, le pont vieux s*affaissa tout-à-coup sous le poids des spectateurs, et deux cents personnes périreAt au milieu
ijc> IliitS.
Bertrand de TlUe était alors à Toulouse, puisque, du consentement de Bernard de Montaigut abbé de Moissac, il unit 1 église de Saïut-Martin de Cultur au prieuré de Sérignac. H assista aussi à Taccord que fit Vital de Vac^ quiers prévôt de Saint-Etienne, par lequel ce dernier donna aux juifs de Toulouse rautonsation de transporter leur cimetière près de la porte de Montoulieu.
276 TBNFS imBEIIÉIlUtftES.
L*abbaye de SaiDt-Volusie& de Foix était alors gouvernée •par Athon, qui avait succédé k Guillaume II. Nûusai>i)i iMiuus des chroniques de cette époque que plusieurs religieux du Mas-d*Âzil, 6*étant reToltés contre GuîUaune de Pierre leur abbé, i'ureui coodamués k la prison. Cest à ce sujet que Guillaume s*excusa de ne pouvoir se rendre au concile de Bcziers dont nous avons parlé, dans la crainte que les moines qui s'étaient échappés de leur prison ne lui tendissent des embûches sur la route qtt*il avait à suivre pour y arriver.
Bonhomme, qui avait succédé à Jean de Bologne dans le gouvernement de Tabbaye de Feuillants, fit en 1381 une transaction avec un seigneur nomme Bernaid de Seysses, en présence de Sicard de Barte d!tibé de Sainte-Marie de Lomboz.^ Bernard de Malemort abbé do Sainl-Théodard vit, dans cette année» toutes les possessions de son monastère confirmées par Raymond évèque de Cabors.— Guillaume Jauffre abbé de Belieperche lit aussi une transaction avec le damoiseau Arnaud de Blémont, fils du chevalier d*Escorbon, au sujet d*une portion du territoire de Pomaret en Lomagne.
Imbert avait été élu abbé de Bolbonne après la mort
de Bernard deSaquart. 11 lit part d'un diirêi'ond que (îilles, Tun des commissaires du roi dans la province, avait suscité à Marguerite comtesse de Poix, au sujet de la juridiction du lieu de Mazères dont il partageait le pariage avec la maison de Foix. — Labbaye de Sorèze perdit aussi, en 1282, Bernard II son abbé, qui n'est connu dans Thistoire que par la libéralité de Raymond Pons qui lui céda quelques terres dont le revenu devait être employé k entretenir
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TEMrS IMSaVEDUIEES. 377
pendant le carême une lampe dans régi i se du raonaslèrc. 11 eut pour successeur Pierro-PUiiippe d'Âuriâc.
An mois de février 1283, Bertrand de riHe et les autres êvêques de la pruvi[icc écrivirent a Philippe le Hardi en faveur de rarcheTéque élu de Narbonne. Bertrand de Tlile et Vital Vacquiers prévdl de la cathédrale ayant en un , dilïcrend avec Guillaume Gaulndi abbé de Bi lli jiercho, au sujet de plusieurs églises, ce différend fut dirimé par Fabbé de Mas-Garnier.
Le roi de France, qui s*était avancé vers les frontières de la Catalogne pour les mettre en sûreté contre les entreprises du roi d'Aragon, se rendit k Toulouse au mois de juillet, et y reçut Thommage de Pons de Saint-Just évéqiie de Beziers pour la baronie d'Hierle située dans les diocèses de Niraes, de Lodève, et de Maguelonoe. Pendant son séjour à Toulouse, il donna des ordres pour Fagrandissement du château Naibonnais, qui s'étendit alors depuis les bords du fleuve jusqu'à la prison des Hauts-Mumts, le cimetière des juife qui se trouvait sur ce terrain ayant été transporté ailleurs, comme nous l'avons déjà observé.
De Toulouse, le roi se rendit à darcassonne, où, d'après certaine chronique, il avait déjà fait tenir une assemblée présidée par Pierre d'Arablay ayant pour assesseurs des évéques, abbés et barons, et devant laquelle fut cité Ëustachc de Beaumarchais sénéchal de Toulouse, qui fut absous de toutes les accusations intentées contre lui. Philippe revint bientôt après a Toulouse, où il fut accompagné par Jacques roi de Majorque, seigneur de Montpellier. Ce lut alors que les consuls de Toulouse présentèrent à son approbation les coutumes de celte ville, que le roi approuva
%1B TKMPS iNTE&MÉDiAIEES.
à Nimes, au mois tfoetobre 1283. Ces coutumes étaient
éparses dans plusieurs registres sans ordre : le roi coiiik leur rédaction à Bertrand de Montaigut abbé de Moissac, rnn des plus célèbres jurisconsultes de son temps, à Ëustache de Beaumarchais, et à Etienne de Mortel Jugemage. Ceux-ci dîTisèrent ces coutumes en quatre parties, La première traite des formalités de juslicê , la seconde, des dettes; la troisième, des dots ; et la quatrième, des Ueis. La plupart de ces coutumes sont conformes au droit romain. Quelques années plus tard, un auteur anonyme ajouta à ces coutumes un assez long commentaire dans lequel il examine la signification du mot capitoul donnée aux consuls de Toulouse, qu'il croit dériver du mot capitok^ mais qui probablement vient in mot capitulum, chapitre ou conseil de ville.
Le roi établit pour lieutenants dans le Toulousain FoulquesdeLaon, archidiacre de Ponthieu, et Thomas deP^iris, chanoine de Reims. Nous trouvons leurs noms dans des lettres qu*ils donnèrent à Ëustache de Beaumarchais pour confirmer le privilège que le comte Alphonse avait accordé aux habitants de Toulouse de ne payer qu'un denier toulousain de péage pour chaque saumée de poisson qu*on up[>orterait de la mer en celte ville.
Talhafer abbé de Nizors céda au monarque français une partie du territoire de Monhan, du consentement d'Auge de 1^ Tour abbé de Bonnelont, qui mourut peu de temps après et eut pour successeur Guillaume Lupi.— Gaufridi de Grand-Selve obtint à cette époque des lettres de sauvegarde, en faveur de son monastère, de la part 4*Elie de Talleyrand vicomte de Lomagne et d'Àuvillar. \\
TEMPS INTERUÉDUIBES. 379
fit aussi une transaction, par la voie de son procureur fondé et de ses religieux, avec Ra}iiiuiid (jaisias abbé de la Capellé, au sujet du territoire de Tircapei. Garsias mourut peu de temps après cet accord, et eut pour successeur Âmaud-Guillaume de Corduno, qui gouverna la Gapelle jusqu*à la fin de ce siècle.
Berliaiifl d'Aiiriac abbé de Calers, tjui avait succédé à Guillaume Roberti, fit encore quelques accords avec Bertrand de Fille. Ce prélat traita en 1284 avec les faabi* tants de Lavaur au sujet du neuvième des dimes et prémices de certaines denrées qu'il prélevait sur leur territoire. Dans cette affaire, les deux parties prirent pour arbitre Pierre de Burtis abbé de Lomi}ez, qui était aussi chanoine de Toulouse, et Bernard deLatour abbé de Saint- Papou l. '
Guillaume de Jaullre abbé de Belleperche, régla dans le même temps ce que devaient payer les habitants de certaines paroisses de sou abbaye pour les funérailles et l'administration des sacrements de baptême et de mariage. (On voit ici Tantique usage du casnel paroissial.) 11 transigea aussi sur quelques péages avec Bertrand de Durlort baron do Glermont, et après avoir gouverné Tabbaye de Belleperche jusquaux dciuières années du treizième siècle, il devint évéque de Bazas.
Bernard de Saisset abbé de Saint- Antonin reçut du roi de France la commissiuu de faire quelques accords avec Roger-Bernard comte de Foix sur certains droits établis dans la ville de Pamiers. Ce' fait donne à supposer que ce dernier seigneur avait été rendu à la liberté par le roi dWragon et qull était rentré dans ses états, puisque le 9 juin
180 TEMPS INTBhMÉDUlRBS.
1284 il se trouvait k Varilhes, où il permit, à la prière de
firunisseode de Cardonne sa mère, à Braïdie abl)6$se de Valoère, de Tordre de Ciiteaux, d*aocpiérir quelques fiels, et fil hommage en même temps à Araelius abbé de Lézat pour la pariage de ce lieu.
De grands préparatifs se faisaieot en Fraoee pour la guerre d'Aragon. Au.\ letes de Pâques 1285, le roi se mît eu marche vers Toulouse, el y arriva le 19 avril, suivi de la reine et des dames de la cour, des princes Philippe et Charles ses fils, de leau Choiet légat du pape, et de la principale noblesse française. De Toulouse, il se rendit à Avignonet, puis à Carcassonne, où il laissa Marie de Brahant sa femme et les autres dames. Le 1^ de mai, il ût son entrée à Narbonne. Son armée se composait de vingt mille cavaliers et de cent mille fantassins; sa flotte comptait cent cinquante galères. Le sénéchal de Toulouse joignit l'armée à la tête de la noblesse de sa sénéchaussée, et fut député à Jacques roi de Majorque pour Tattirer, contre son propre frère d*Âragon, dans le parti de Philippe. Il réussit dans ce projet. Le récit de la guerre des rois de France et d'Aragon n appartient pas à notre histoire; nous dirons seulement que le passage des Pyrénées fut ménagé à Hiilippe par Fabbé et les religieux du monastère de Sureda, qui étaient nés dans le Toulousain; que cette expédition ne fut pas heureuse, et que le roi do France mourut à Perpignan, au mois d'octobre 1285.
Au mois de juin précédent, une importante assemblée se tint dans le monastère de Saint-Saturnin de Toulouse. Bertrand Gaufridi abbé de Grand-^lve avait établi depuis quelques années un collège de théologie sous le nom de
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TEMPS INTËRMÉDUIIIES. 284
SaîntrBernard, près de \a basiliqne. Il désira faire construire une église à côté de ce collège; à cet effet, il adressa une demande à Arnaud de VUlemur abbé de Saint-Saturnin, qut aeeorda, ateele consentement du chapitre, Férection de cette église, à certaines conditions très étendues et qui sont spécifiées dans Vaete qui fut dressé à cette occasion. La position de t oratoire est déterminée : elle doit s'étendre sur la rue qui conduit du lieu app^ PosmUairù (Pousuhiville) jusqu'à Matabeuf (Maiab&mn). H importe d'observer que cet acte est soumis à l'approbation de révùque de Toulonse. Parmi les noms des cbanoines de Saint-Saturnin qui assistèrent à c«tte assemblée, on trouve Rapaondde Saint- Loup, Vital des Martyrs prieur de Martres, Raymond Aton prieur de Catanont, et de Prubac prieur de INagnac.
Ce fui II cetlQ (ipuque qne Bertrand do rille, seiilaiit ai river sa iin, ût son testament au cbàteau de Balma.. Cet acte authentique nous montre la magnificence et les immenses richesses de ce prélat. Il laissa : l'' une somme considérable pour terminer les plaques d'argent qui recouvraient le baut gradin et le devant de fautel du chœur. Ces plaques présentaient des images de saints ; 2° deux mille livres pour la construction d'une chapelle à saint Simon et à saint Judc, apôtres; 3** six cents livres pour la foudation de messes au jour de ranniversaire de sa mort; 4" ses ornements pontificani et toutes ses tapisseries à son église ; 5*' sa belle mitre, sa crosse, son bel anneau, sa chape blanche brodée d'oiseaux Jt son successeur ; 6* mille calices d'argent ou de vermeil qui doivent être distribués aux églises et monastères de la province; l"* quatorze cents livres de rente annuelle pour armer six cbe-
TEMPS I.MËRMÉDIÂIRËS.
valîeTs; 8« diverses sommes à tous les eouyents, abbayes, maisons religieuses, églises de Toulouse et de la province;
cinq cents livres à chaque maison des cheyaliers du Temple et des hospitaliers de Saint-Jean; iO<* des legs particuliers aux églises de rille-Jourdain, Narbonne, Beziers, Garcassonne, Maguelonne, Montpellier, Lodève, Uzës, Albi, Cahors, Elue, Agcn et Comminges, 1 1 eiilia plusieurs prébeudes ou chapeilenies fondées à lllle, à Montaigut» à HondonyiUe, à Notre-Dame de GravesoUe.
Sa maison était composée de douze chapelains, quatre damoiseaui, douze écuyers, trois courriers^ fouconniers, cuisiniers, gens de service. H avait trois grandes bibliothèques,, une pour le droit civil, Tautre pour le droit canonique, la troisième pour la théologie. Trois médecins étaient attachés à sa personne. Il déclara dans son testament que tous ceu& auxquels lei$ guerres de sa famille avaient causé quelques dommages, devaient être payés snr ses biens ; il voulut qu'après sa mort on habillât mille pauvres, et qu on mariât de simples et honnêtes ûUes aux dépens de sa succession, n institua pour ses exécotenrs testamentaires Tarchevéque de Narbonne, Bernard comte de Comnlinges» , Vital de Vacquiers prévôt de sa cathédrale, son frère Jourdain de Tille, et le iils de ce seigneur.
Après avoir tracé ses dispositions dernières, Bertrand de rnie-Jourdain mourut dans les derniers jours de janvier 1286i. Ce prélat n'était pas moins illustre par sa piété et sa doctrine que par sa haute naissance. Il gouverna TEglise de Toulouse pendant dix>huit ans. Nous avons parlé plus haut de tout ce qu'il ht pour la construction du chœur de sa catbédrale et romementation de ses autels. Il ftit le premier
TEMPS IMËRMÉDiAlEES. ' 283
éYéqne île Toulouse iohomé dans Téglise de Saint-Etienne.
Ses exécuteurs testamentaires lui élevèrent, dans le sanctuaire, au côté de révangile, nn magnifique tombeau d'airaoi supporté par quatre lions. €e mausolée fût détruit dans i aûreux incendie qui dévora le chœur de la cathédrale, au commencement du dix-septième siècle.
Hugues Mascaron, chanoine de Saint-Etienne et abbé de Lombers, fut pour successeur à Bertrand de llUe. Mascaron était déjà éTèqne au mois de mars, puisque, à cette date, il opéra un échange avec Bertrand de Fodoas, écuyer. Le lundi avant le jour des Gendres, il fit un accord avec le roi Philippe le Bel au sujet du serment que ce prince exigeait pour les biens temporels de l'Eglise de Toulouse. Le roi lui donna un sursis, sur la promesse que fit lévéque de lui payer 4,000 livres tournois. Vers la fin de mars, il rendit hommage à Tarchevêque de Narbonne, et approuva la fondation du collège de Saint-Bernard auprès duquel Bertrand de (iiand-Selve venait de faire construire une chapelle pour les étudiants en théologie. Cette construction avait été faite arec le consentement d*Âmaud de Villemur abbé de Saint-Saturnin.
Dans le cours de Tannée iâ86, il se tint à Saint-Ëtienne une assemblée générale du chapitre de cette église; elle fut présidée par le prévôt Vidai de Vacquiers, qui y dressa des statuts pour régler la discipline de cette église. Ces statuts, les plus anciens peut-être dont il soit fait mention dans l'histoire, ne sont pas venus jusqu'à nous.
Raymond Aton gouvernait alors Vabbaye de Mas-d*Azil. 11 approuva les coutumes que les consuls de cette ville vivaient dressées pour les habitants : ce qui semblerait
294 TEMPS INTEftHÉDUlRES.
indiquer que les abbés de ce monastère exef^ent quelque juridïctioD temporelle en ee lieu.
Bertrand 11 de Miremont, évéqoe de Comminges, moumt en cette année. Ce siège demeura longtemps vacant. On place après lui Ârnaud Mascaron, chanoine de Saint- • Etienne de Toulouse, vers Tannée 1^. n paraît que son élection ne fut pas approuvée, car vers ce même temps on nomma un autre éTèque, comme nous le Terrons en son » lien.
Les anciennes chroniques rapportent qu'en Tannée 1!286 mourut à Toulouse, en odeur de sainteté, une fille d'illustre naissance nommée Jeanne , que Ton croit avoir appartenu à la maison comtale. Elle av£ùt fondé un institut connu sous le nom de tiers-ordre de la Glorieuse Vierge Marie. Elle fut ensevelie dans la nouvelle église des Grands-Carmes, dans une chapelle dédiée à saint Martial.
, Nous ignorons quel est le tiers-ordre dont il est ici (luestion. A la vérité, un monastère de cisterciennes s'établit à Toulouse sous le pontificat de Bertrand de Vnie, au faubourg Saint-Cyprien. Jeanne aurait-elle été la fondatrice de ce nouvel institut ? Nous parlerons, au seizième siècle, de
« rinvention du corps de cette sainte fille et du culte qui lui a été rendu.
, Philippe le Bel n*avait que dix-sept ans quand il succéda
à son père. La France était alors en guerre avec l'Aragon, et le roi d'Angleterre intervint pour rétablir la paix entre les deux royaumes. Le pape ne demeura pas étrauf^er à cet événement, car au commencement de l'année 1287 il envoya deux légats qui passèrent à Toulouse et sè rendirent à Bordeaux. La paix ne put être conclue; c*est ce qui déter-
mifs iimaiiiAtoiÂfm. 285
miaa Philippe à envoyer Robert due de Bouifo^ et R«ob1
(le ClermoMt cuniiulablc de France pour agir dans la provîAce ûootre le roi d'Aragon. Us^oimèreat commissiûQ au sénéchal et au vigoier de Toulouse de se transporter dans les bastides royales du pays pour iaire restituer les biens qui pouvaient avoir été usurpés sur les si^gneurs ecclésiastiques et laïques depuis l'union du comté à la couronne.
Vers la Im de Tannée précédente» était mort dans Tabbaye de Sorëze un seigneur nommé Lancelot d*Orgemont qui, dans son testament en faveur de cette abbaye, .se qualifie de grand et premier maître du parlmetu de LMtfme dOc, Ce document paraîtrait indiquer qu*un' ^rlement existait à Toulouse à cette époque; mais nous pensons que ce mot indique seulement des assemblées tenues dans les provinces, à certaines époques, au nom du roi, par ses lieutenants. 11 est certain, en effet, qu eu 1187 une assemblée de cette nature eut lieu à Toulouse ; elle fut présidée par Bei lrand de Montaigut abbé de Moissac, maître Laurent de Voisins chefcier de Chartres, et maître Jean de Nsusone chanoine de Laon. On' r^dit, dans cette assemblée, trente-neuf arrêts pour la seule viguerie de Toulouse, il s'en tint encore une autre un peu plus tard, à laquelle se trouva Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, et enfin une troisième à la fête, de saint Marliu. 11 est très important d*observer que les Ueutenairts ou oonoaissaires du roi tinrent, pendant plusieurs années, de pareilles assemblées à Toiolouse et dans la province.
Le cinq des calendes de juillet, Afasearon évdqoe de Toulouse ordonna au recteur de Sainte-Gabelle de restituer aux moines de labbaye de Bolbonne le huitième des dîmes
S8G nWS INTUMÉOUIEES.
du Heu d*Arbouville qu'il tenait en séquestre. Nous appre*
nons de co documeat que Sainte-Gabelle ou Gavelle dépendait toujours des domaines temporels de révêcbé.
L'abbaye de Saint-Laurent de Goujon avait alors à sa tête Alasacie des Aosses, qui avait succédé à Longrue d'Aroclie. Elle gouverna cette maison jusqu'en Tannée 1505.
(îailhard de Miramont fut nommé, en 1287, prieur du monastère de la Daurade à Toulouse et le dirigea jusqu'en
Cette année, mourut à Grand-Selve Bertrand Gaufndi
qui avait été abbé de ce monastère pendant dix-huit ans. — Amauri de Brassioles fut élu abbé de Galers par la mort de Bertrand d'Auriac. 11 n'est connu dans Tbistoire que par une transaction qa*il fit avec les consuls et les habitants de Pa-
miers.
Sicard de Bartes» chanoine de Toulouse et abbé de Sainte- Marié de Lombez» mourut à cette époque. Ce monastère dépendait du chapitre de Saint-Etienne. 11 eut pour sugcesseur Pilefort de Rahastens.
Le 29 janvier 1288, le roi ordonna aux sénéchaux de son royaume de publier qu'il n'y avait aucune trêve entre le roi d*Aragon et lui. Les commissaires de Philippe exécutèrent à Toulouse les ordres du monarque. Dans de iiouvclles séances qu'ils tinrent en cette viUe» vers les fêtes de Pentecôte, ils condamnèrent le comte d'Astarac à réparer les dommages qu'il avait causés à l'abbaye de Simorre, et rendirent un arrêt contre les consuls de Toulouse qui avaient violé le droit d*asile en enlevant un criminel de Voratoire de Nazareth» où il s'était réfugié. Voici comment ils s'expri-* ment :
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« Bemsurd, par la miséricorde de Dieu abbé de Moissac,
Laui ciitde Voisin, Pierre de La(^liapellc chanoine de Paris, les clercs de ootre seigoeur le roi de Fraoce tenant pour le roi le parlement k Toulouse, au viguier de Toulouse salut. Nous vous envoyoûb uu certain aiTêt que nous avons dressé, et dont la teneur suit : « A yous vénérables gens tenant le » parlement du roi à Toulouse, signifie le cbapitre de Saint- » Etienne qu'un certain homme setant réfugié à leglise » de Nazaretb, et les dépotés des consuls de Toulouse Ten » ayant retiré par force, conduit à la maison de ville, et les » consuls rayant interrogé et mis à la question au préju- » dice des droits de cette église, les consuls ayant relaxé » cet homme sur la demande du chapitre, et rayanl lait » reconduire à Nazaretb et là garder à vue, le cbapitre de- » mande que Ton n'enfreigne jamais les immum'tésde cette » égUse : sur quoi le chapitre requiert qu'on lui rende sur > cela bonne justice; le parlement ordonne qu*on garde » riramunité de cette égUse, qu'on en éloigne les gardes,
• et qu'on permette à ce malfaiteur de se reposer, manger » et dormir; et défendons qu*on lui enlève les aliments. » Le viguier de Toulouse est chargé de l'exécution du pré-
• sent arrêt. — Donné à Toulouse, le samedi après Toc- » taye de Pentecôte. >
Cest là un de> pins anciens monuuients indiquant l'existence de cette cbapeUe qui dépendait du cbapitre de Saint- Etienne. Elle était alors bâtie hors des murs, et ne lut construite au lieu qu elle occupe aujourd'hui qu'au seizième siècle.
L'abbé de Moissac, Laurent de Voisin et Jean Nausono tinrent encore, dans le courant de Tannée 1288, d'autres
S88 TEMPS iriTERMÉDlAULES.
séances qui eareni pour objet certaines afiaires de la province.
Vers ce même temps, Mascaron transigea avec le procureur du monastère de Narbonne au sujet du territoire de
Faisinals qu'ils possédaient par indivis. 11 obtint du pape Nicolas IV Tautcmsatioii de conférer les cures de son diocèse qui n étaient point possédées par les prêtres. Sous sosk pontiûi^, les pénitents connus à Toulouse sous la dénomination de Béguins, du nom d*un marchand de cette ville qui les avait iondés, embrassèrent la règle de saint François d*Assise sous le nom de tierçaires, et s*établirent non loin du couvent des dominicains 0^ la rue Pargaminières).
Gomme la guerre eiistait toujours entre les rois de
Kranco et d'Aragon, Philippe nomma, pour la continuer et conunander dans la province, Simon de Meluu maréchal de France et Eustache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse. La noblesse du pays alla servir sous leurs ordres, Cependamt, à la sollicitation du pape, les négociations Airent reprises au mois de mars 1290. Le pontife envoya, à cet effet, en France les cardinaux Benoît Cajetan et Gérard de Parme, et a^ès bien des négociations la paix l'ut conclue enUc cc^ princes.
Xle fut à cette époque que Roger-Bernard comte de Foix succéda dans la vioomté de Béam à Gaston de Moncade son beau-père. Celui-ci avait eu quatre Mes de Matbe de Mastas comlesse de Bigorre et vicomtesse de Marsan : 1* Constance , qui épousa successivement Henri prince d'Angleterre et Alfonse infant d'Aragon, dont elle n'eut point d'eniants ; ^ Marguerite, qui épousa Roger-Bernard,
TEMPS INTEfiMÉUIAlUKS.
et qui eui en dot le JNébouzan dont la ville de Saiot»
Gaudens est la capitale ; S** Mathe, femme de Géraud comte d'Armagûac ; 4** Guiiiaumette, qui, après la mort de son père, épousa Pierre, fils de Pierre III roi d^Aragon. Gaston, n ayant que des filles et Constance son aînée n'ayant point d'enCants, résolut de laisser sa succession à Marguerite comtesse de Foix. Il lui fit donc une donation solennelle de ses biens, et en fit dresser lacté sur lavis d'Arnaud Novelii, proiésseur en droit et officiai de Toulouse. Gons* tance et Guiiiaumette adhérèrent à cet acte , loais Ja comtesse d'Armagnac refusa de donner son consentement : c*est ce qui donna lieu k la longue guerre qui divisa les maisons de Foix et d'Armagnac. Le comte de Foix. prit toutes les mesures nécessaires pour s'assurer la jouissance de la vicomté de Béam. Le f 1 mai 1290, il écrivit au roi I d'Angleterre, lui promettant de lui rendre hommage du Béam au nom de la comtesse sa femme.
Roger-Bernard continuait à taire des entreprises sur l'autorité royale; il maltraita, tua ou emprisonna divers sergents royaux que le sénéchal de Toulouse avait envoyés pour la garde des biens de Tabbaye de Galers situés dans les dépendances de la bastide de Gaillac, dans le Toulousain (Gaillac^Toulza), et donna retraite k plusieurs pros> crits. Sur ces faits, le roi ordonna à bimou Brisetête sénéchal de Garcassonne de citer le comte à comparaître au prochain parlement de Toulouse. EHiayé de ces menaces, le comte chercha à se réconcilier avec le roi, mais son pardon ne lui fut accordé qu*à certaines conditions.
Le parlement ou commission royale fut tenu en 1290 par Bernard abbé de Moissac, Laurent de Voisins sacriste de m 49
TEMPS i.NTERMÉDlAIBES.
Chartres, Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, Cilles Camelin chanoine de Meaux, Pierre de Blagoac, et le chevalier Jean de Penne. Us rendirent un arrêt contre les sergents des capitouls qui avaient jeté dans les fers Eltric de Castelpers, au mépris des privilèges des nobles, et envoyèrent aussi au roi une information quils avaient feite en son nom touchant des acquisitions que les cai^mes avaient opérées pour Tagrandissement de leur couvent.
Mascaron évêque de Toulouse eut, cette même année, un différend avec Tabbé de Ouni au sujet de la juridiction du monastère de Lézat, et assista au serment que Tévêqiie d'Elue prêta au chapitre de Narbonne. Dans le même temps, Vital de Vacquiers prévôt de Saint-Etienne, tint une grande assemblée capîtulaire dans laquelle on décida que tes chauoiiies devaient restituer tout ce qu'ils avaient pris sous la foi d'autrui. Le prévôt mourut peu de temps après cettc^ assemblée, et fut inhumé dans le cloître, avec une épitaphe. 11 eut pour successeur dans la prévôté Arnaud-Roger de Comminges.
L'église de la Daurade à Toulouse était gouvernée par Gaillard de Miramont, qui céda quelques biens à Auger du Falgar abbé de Bonnefont. Il obtint, Tannée suivante, du pape Nicolas iV des indulgences pour ceux qui visiteraient son église aun jours des fêtes de la Sainte- Vierge.
Adrémar de Pins fut créé, en 1290, abbé d'Eaunes à la place de Bertrand de Maraso. 11 avait été syndic de ce monastère.
L an 1291, il se tint à Toulouse plusieurs pailements. Les arrêts qui nous ont été conservés nous apprennent les
noms des divers membres qui les composaient : c'étaient
TKMFS INTEUMÉDUIRES. 294
Aiiaeiic al)bé de Sorèze, Picnc de Montréal de Laon , Guillaume de Taluca d Orléans, Jeau Dufour de Paris, Gilbert de Rampro, Izarn de Valans, Michel de Busearoube. L'un de ces arrêts avait poui objet l'élection d'un juif, Germain Rubeu, à la digaité de consul de Toulouse. Celte élection fut annulée par le parlement, comme contraire aux règlements en vigueur.
•Arnaud-Roger de Gomminges prévôt de Saint-Etienne, dont nous venons de parler, fut institué exécuteur testamentaire de sa sœur Mascaronne comtesse de Rodez. Sa place lui fut disputée par Guillaume de Mandagot, qui venait d'être nommé évêque : c'est ce qui obligea le prévôt à partir pour Rome, où il plaida sa cause auprès du pape, qui le confirma dans sa charge. Pendant ce procès , Hugues Mascaron évêque de Toulouse ayant cédé quelques élises dépendantes de la prévOté, plainte fut portée au pape, qui désigna le prieur de Caosaiid, Géraud évêque d'Arras, Lunard de Ferrentine archidiacre de Langres, pour opérer la restitution de ces églises. Ces commissaires déléguèrent les abbés du Faget de Passaa pour traiter de cette a^ire, qui ne fut conclue que cinq ans plus tard.
Pierre Alfarici abbé de Grand-Selve et Eustache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse venaient de fonder la ville de Grenade sur Garonne. Le premier solo des fondateurs fut de donner des privilèges et des coutumes aux nouveaux habitants. Le sénéchal les pubha en présence de Béraud Saneii juge de Rieux et de Barthélemi de Lagarde juge d'Albigeois. Le 11 mai , Philippe le Bel approuva ces pri- •viléges et coutumes, dont voici quelques articles : l"" Il est permis aux habitaals de marier leurs filles où ils voudront,