TEMPS INTERMÉDIAIRES
donnait assez à connaître qu*il n'avait en son poiiYoir contre
les albigeois que la force de l'Evangile, et d'autre feu pour las brûler que celoi d'une charité ardente qui ne s'arrêta devant aucun obstacle. Ame céléste, génie bienfaisant! à qui tout fut soumis, et les cœurs et la nature : les cœurs» pour les convertir; la nature, pour opérer d'innombrables prodiges !
Nous trouvons à cette époque dans Toulouse l'origine de Tune des institutions les plus utiles du moyen-àge, Térection de la frêne des pénitents. Elle était speciaiemeiil destinée à combattre Fbérésie. Saint Dominique l'avait déjà, établie au milieu de ses travaux apostoliques; mais elle reçut une forme nouvelle sous la protection d'Honorius, qui exhorta puissamment les peuples k s'enrôler dans cette milice de la pénitence. Ceux qui en faisaient partie étaient obligés de prêter serment de défendre la foi catholique: ils portaient dans le lieu des réunions, qui était l'église de Saint-Romain, un sac de couleur sombre, et étaient astreints à la récitation de quelques prières et à la pratique de certaines œuvres. Cette milice peut être regardée comme une nouvelle croisade toute pacifique contre les albigeois, dont le parti n'était pas encore entièrement détruit.
C'est ce qui détermina le pape Honorius à s'opposer aux progrès des armes du jeune comte de Toulouse. Croyant Icb arrêter, il lança contre ce seigneur la sentence suiv*antft : « Notre cher iiis Bertrand, cardinal du titre de Saint-Jean » et de Saint-Paul, alors légat du saint-si^e apostolique, » faisant attention que Ra^muud, fils de Raymond ci-devant » comte de Toulouse, ne se contentait pas d'imiter la mé- » chanceté de son père, mais qu'il la» surpassait de beau-
• coup, lui a ôté |>ar sentence tous les droits qu il ponvait » avuir sur les domaines qui avaient appartenu ou qui ap- » partenaient à son père dans retendue de sa légation. » Nous confirmons cette sentence comme juste, ainsi qu'elle . » est plus amplement énoncée dans les lettres qui en ont » été expédiées. — Donné au palais de Latran, le 25 oo> » lobre 12ii. »
Quelques jours auparavant, Ilaymond le vieux, étant à Montaoban, y statua qn*on ne payerait que huit deniers poui chaque tonneau de vin qui descendrait le Tarn depuis Montauban jusqu'à Aioissac. — Roger-Bernard fit aussi un autre règlement pour les Montalbanais touchant les donations faites au^L gens de main-morte. Toutes ces concessions et ces privilèges contribuaient puissamment à rattacher les peuples à leurs anciens maîtres et à les éloigner du parti des Montfort.
Vers la fin de Tannée 1221, mourut le prévôt de Saint- Etienne, Mascaron, dont nous avons déjà parlé. Quelque temps avant sa mort, il avait été dépouillé de sa dignité pour avoir fevorisé trop ouvertement le parti de Raymond, et avait eu pour successeur Guillaume de Lauret. L'abbaye de Grand-Selve perdit aussi son abbé, Raymond I*', qui eut pour successeur dans le gouvoruciiieiil de ccilu maiiuii fiernard I*'.
Malgré les nombreuses expéditions des croisés et les pré^ dications des liommes apostoliques, les albigeois, quoKiue affaiblis, s'agitaient encore; ainsi, au commencement de Vannée 1222, ils tinrent une assemblée générale à Pieussan dans le Razës. Guiiiabert de Castres, qui ^vait pris le titre fastueux d^évéque des Tmtlousaiins, y présida, li fiit décidé
46 niiK ntRraiDiâim.
dans œtte âmtùMnèë qatoa donnerait m évôqae aux héré^
tiques du Razés. Le choix tomba sur Benoît de Termes, que GiiiiiÂbert ordonna évéque par 1 ùnpoâition dos mains et . ù99^8oUi$im. L'évêque albigeois était assisté de deox Tîcaîres giénéraux qui prenaient les y uni s de /Us fmjeur et fils rwineur. Raymond Agulerius Int ordonné fds maijear, et Pierre Bemadi fils minenr.
Le pape Honohus nous retrace, du reste» Tétat de la proimce sôus le rapport reUgiemc dans la lettre saivante quil écrivit au roi Philippe-Auguste pour Feui^agei à venir au secours d'Âmauri :
t VoQB savez, notre cher fils, comibien VEgiise est » ébranlée dans ce temps-ci, surtout dans les pays d'àlbi- > §0ci$» sur les limiles de tobre royaume. Les faéréliqaes . » la combattent ouvertement, prêchent publiquement contre » la foi, tiennent des écoles d'erreur, et élèvent leurs é^ » qoes contre les nôtres. Personne Q*igDore les soins que » l'Eglise romaine s'est donnés pour déraciner cette peste » de Yos états, non senlement par iles censures .ecclésiasli- » ques, «lais encore par les secours temporels. Vous » n'ignorez pas que la puissance séculière est obligée de l 'Tépiâmer les rebdles par le glaive matériel lorsque le » spirituel ue peut pas arrêter leur malice, et que les » princes doivent chasser les méchants de leurs états ; à » quoi ils peuvent être contrants de droit par Tfig^, ^ils » sont coupables de négligence. Comme nous écrivons aux 9 aulros prittoes de purger leurs terres de ces sectaires, et » que cette peste fiait de noumuei progrès dans votre » royaume en sorte que les ennemis de la ioi semblent » prévaloir et tnompher des tidèles, il est de votre e&eel-
Tiim iMmiËniiiBS. 47
» leDOe, si voas voulez avoir qadque égard pour votre
» honneur cl pour le salut de votre àme, ambi quil con~ > vieot, de <^ombattre aussi puissammeût que promptemeot » les hérétique^ de votre royaume et leurs footeurs; de
• (mainte que, si vous différez davanlage, la toi iiy soit » ^éantie, que le reste du pays qui est encore au pou- » voir des catholiques ne soit entièrement perdu, et que » Terreur ne se communique dans le voisinage : ce qui est » fort à appréhender. Vous comprendrez sans doute par » Il II qucli périls sont exposés et l'Eglise et vos états. » Afin donc qu\m n'attribue pas le renversement de la loi, » comme on nous le reproche souvent, soit i votre foute, » soit à nous qui avons dû vous avertir de chasser les » hérétiques, nous vous prions, nous vous exhortons au- » tant qu*il est en nous, et nous vous enjoignons pour la » rémission de vos péchés, du commun conseil de nos » frères, d*unir à votre domaine tous les pays que le comte ■ de Montfort a tenus de vous en fief de ce cùté-là, puisque » ce comte n'est pas en état de les déléndre, et qu'il vous » les a déjà offerts, soit par les évéques de Nîmes et de
• Beziers ses amhassadeurs, soit par ses lettres qu'il uous
• a communiquées, pour les posséder dans la suite, vous » et vos héritiers, a perpétuité. Travaillez avec diligence et » conjûint^otônt avec nous, comme il appartient à la ma- » gnificence rdyale, à aecélén^r cette afiatre, en sorte que » vous n'aliéniez jamais ces pays de votre domaine et de » celui de vos fils. Au reste, soyez assuré que nous avons » excommunié depuis longtemps Raymond ci-devant comte » de Toulouse, son lils, et leurs associés ; qu ils ont été » avertis ai^ec douceur, et qu'ils ne veulent pas se corriger
48 TiMPS umuiDUiBis.
» comme ils doivent; mais qu'ils persévèrent obstinément > dans leur méchaoceté. Soyez certain que pendant tout le » temps que vous vous emploierez de bonne foi à raccom- » plissement de cette affaire, qui est celle de Jésus-Christ^ » nous vous secourrons par la levée du vingtième et par » les indulgences accordées à ceux qui se croisent contre » les albigeois; et que nous vous prdtégerons pour la dé- M fense de vos états, si quelqu*un voulait entreprendre de » les attaquer. »
Cette lettre produisit peu d'impression sur le roi de France. Les alïaires de Moniïui l allaieiil toujours en déclinant, tandis que celles de la maison de Toulouse s'avançaient vers un heureux terme. Le vieux comte exerçait son autorité souveraine en cette ville, puisque nous possédons une charte très intéressante qui fut rendue au mois de mars 1222. Cet acte fut dressé par les consuls de Toulouse, du consentement des deux liaymonds et de la reine Jeanne^ d'heureuse mémoire. 11 fiit stipulé : 1** que les électeurs pour la charge de consul ou de capitoul ne pourraient jamais donner leur voix à leurs parents à un certain degré ; 2*^ que réiection se ferait tous les ans, de manière à ce que la moitié des capitouis serait prise dans la ville el l'autre moitié dans le iauhourg r S*" que la garde du trésor pubUc serait conilée à des collecteurs coininuuaLix choisis par les capitouis ; 4"* que ces collecteurs seraient obligés de rendre compte aux consuls de leur gestion ; 5** que les capitouis et les collecteurs prêteraient serment au comte et aux habitants. Cet acte nous donne les noms des consuls alors en charge : c'étaient Bertrand de Mont, Pierre-Bernard Cumin, Bertrand de Roaix, Raymond de Puybusque, Guillaume do
TEMPS IMEaM^UIAIRE^.
Léas, Bernard Bonhomme, Arnaud de SaîntrBars, Martin
de Lambes, Bernard de Saint Rom i\ Raymond de Saint- Bars, Amaod Barravi , Arnaud d Ëscalquens, et quelques autres.
Le jeune Baymond tlt ensuite un voyage en Gevaudan , de là passa dans le Quercy, et vers la fin de mars ayant
soumis la ville de Moissac, il jura, ainsi que ses luirons, d'observer tous ses privilèges. H accorda aussi à Tabbaye de Feuillants, dans la personne d'Arrtand II, son abbé, tonte liberté sur ses vastes domaines ; et Bernard comte de Coinminges enrichit cette maison de plusieurs terres qu'il céda en présence de Foulques, évêque de Toulouse. Arnaud H avait succédé à Pierre 1" dans le gouvernement de Feuillants. iScard dé Ravidan et Laïre son épouse dévinrent, à cette époque, les insignes bienfaiteurs de ce monastère.
Une nouvelle école de la sainte prédication s'ouvrit alors à Toulouse : les enfonts spirituels ée saint François d* Assises y furent reçus par Raymond VI. Ils viiii ini au nombre de diK, et se fiuLèrent sur ta paroisse de Saint-Saturnin. Beraud baron de Faudoas et Seguine d'Armagnac, son épouse, achetèrent de leurs deniers quelques champs où ils firent bâtir leur couvent et une église. Bs ouvrirent aussi une école de théologie, qui devint bientôt célèbre par les leçons qu*y donna publiquement l'illustre Antoine de Padoue. Non content d'enseigner les saintes lettres, cet infatigable missionnaire se livra aussi, à Toulouse, au travail de la prédication dans les diverses églises de la ville et dans les environs, et partout il opéra d'innombrables conversions. Toulouse possédait donc alors la double famille do saint Dominique et de saint François, et c'est après leur
ni. 4
50 TBHPS INTBINÉDUlUS.
avoir donné Thospitalité dans sa capitale que Raymond VI termina sa longue carrière.
Au mois de juiiiet, ce seigneur avait donné en lie! les boucheries de la ville de Toulouse ; mais un jour du mois d'août , etaiit rendu de grand matin à l'église de la Daurade pour y faire ses prières, il se trouva malade au sortir de 1 église ; y étant revenu dansTaprès-midi, îl se sentit tellement faible qu'il eut besoin d'un appui pour se iioutenir/ Après qoll eut satis£ût à ses dévotions à la Daurade, il se rendit dans une maison située près de la basilique de Saint- Saturnin, appartenant à un citoyen nommé Hugues Jean. On voit encore une tour carrée qui dépendait de cette maison. Là, vers les cinq heures du soir, on lui servit une légère collation. Pendant qu'il mangeait quelques figues, il se trouva mal et se sentit frappé à mort. Aussitôt il manda Jourdan, abbé de Saint-Sernin, témoignant un vif désir d*être réconcilié à l'Eglise et de receTolr les sacrés mystères. Voyant que Tabbc lardait à venir, il envoya message sur message, ne cessant de témoigner de son repentir par de fréquentes aspirations à Dieu. Au moment où Fabbé entrait dans sa chambre, il perdit la parole; mais il lit connaître par ses signes, ses regards, ses larmes et l'attitude de son corps, les sentiments qui agitaient son âme ; il éleva ses mains, les joignit ensuite, et les plaça entre celles de îabbé. Celui-ci dût sans doute Itii donner TabsolutiOD sacramentelle. Les hospitaliers de Saint-Jean que le comte avait mandés, Jetèrent sur lui leur manteau auquel était attachée une croix blanche. Un des assistants ayant voulu l'ôter, le mourant le retint avec force, baisa affectueusement la croix de l'ordre, et rendit le dernier soupir.
TBMfS INTBRMâDUIHES. Il
L'abbé de Saiat-Semia anaonça aussitôt au peuple assemblé aatour de la maison la mort du comte, le recommanda aux prières des iidcles, raconta tout liant la manière édifiante dont il avait quitté la vie, déclara quil croyait son âme en paradis et qu'il voulait Tenterrer dans son église. Les irères de Saint-Jean, ayant fait connaître que la volonté expresse de Raymond VI était de reposer dans leur église, emportèrent le corps qui fut placé dans un cercueil de bois sans être inhumé. Ses ossements demeurèrent donc sans sépulture dans Véglise de Saint- Jean et finirent par se réduire en poussière, à l'exception du crâne qui portait Tempreinte frappante d'une fleur de lis, et que les chevaliers de Malte gardaient avec respect et montraient aux curieux. — Nous parlerons plus tard de Tenquéte qui fut faite sur la catholicité de cet illustre seigneur.
Ainsi mourut, dans la soixante-sixième année de son âge et la vingt-huitième de son règne, Raymond VI fils de Raymond V. Dépouillé de ses états par une guerri; à laquelle la politique eut au moins autant de part que la religion, il eut cependant le bonheur d*en recouvrer une partie et de les laisser à son fils Raymond VU qu'il avait eu de Jeanne d'Angleterre»
n est matérielleroent faux que Raymond VI ait été jamais déclaré hérétique au concile de Latran ; et Ton a vu dans le cours de cette histoire que dans bien des circonstances il demanda k se justilier sans pouvoir l'obtenir. Sa condescendance pour les hérétiques fut beaucoup trop grande, et il aurait dû les chasser de ses états. Il paraissait ne pas reconnaître au page le droit de le dépouiller de ses
ÔS TEMl'S INTEliMtUiAtKbS.
domaines : voila pourquoi il gardait si mal les serments qu ou lui arrachait par la peur et cootre ses iutiaies couvictioiis. Il eût agi plus nobleinent de ne pas les prêter. La faveur qu il accorda aux hérétiques n'alla jamais jusqu'à lui £aire end^asser leurs erreur», et dans le fond du cœur il demeura toujours attaché à la foi de ses ancêtres. La passion immodérée quil eut pour les femmes le rendit encore plus foible à comhattre ces sectaires, qui Êivorisaient de toutes manières la licence des mœnr<ï.
Pierre de Vau^-Cernai, moine historien, appelle Raymond YI « un membre du diable^ un fUs de perdition, le tils aîné de Satan, l'ennemi de la croix, le persécuteur de rfiglise, le d^enseur des hérétiques, le perséculeur des catholiques, un parjure dans la foi, un homme plein de crimes, un réceptacle de toutes sorte dlmquités. » U y a dans cette diatribe plus que de Finjustice; elle va jusqu'à lioeplie.
£léonore d'Aragon, sa cinquième femme, lui survécut; elle se retira au diocèse dUzès, où était situé son douaire.
li eut deux enfants légitimes. Constance et Raymond VU, et eut aussi plusieurs enfants naturels : Bertrand, dont Raymond VII eut soin ; Guillemctle, qui épousa Hugues d'Allar chevalier de Navarre, et Raymonde, qui se ût reUgieuse au monastère de Lespinasse, de Tordre de Fonte* vrauit, au diocèse de Toulouse. Raymond était brave, généreux, bien £ut de sa personne ; il ne se laissa jamais abattre par l'adversité, et ne dut qu*k son mâle courage rentrer dans la capitale de ses états.
Il aimait passionnément le jeu des échecs et la poésie provençale. Plusieurs troubadours furent appelés à sa cour
TfiMrs UNTUKMÉDl^lKfiS. 53
«t comblés de largesses : 1*» Rayiuond de Miraval, qui tit uae diaoson «a Thoaneur de )a belle Ëléoaore comtesse de Touloose. Nous avons quaraufte-boit pièces de ce trôubatlour. — 2*» Raymond Jourdain vicomte de Samt-Antoaii), * qui chanta la dame de Peane en Albigeois et AHx de Montfort. — 3* Guillaume Figuère, fils diin laillcui d luibils de Toulouse et tailleur lui-même. Ses poésies ne sont qu une longue învecti^ contre Rome, au sujet de la guerre sanglante des albigeois. Cette satire fut réfutée par une femme troubadour appelée dona Qemonda, de Montpellier. — ¥ Cadenet, qui ftit conduit k Toulouse par un chevalier du pays, Guillaume de Lautar, et qui finit ses jours parmi les chevaliers de Saint-Jean. La plupart de ses pièces,^ au nombre de vingt-quatre, ne sont remplies que de fades galanteries. U chanta aussi la comtesse de Toulouse. — 5*" Hugues de Saint-€yr, né à Tegra eii Quercy. On Tavait d'abord destiné à letat ecclésiastique; mais d céda aux charmes de la poésie, se fit jongleur, et célébra les grâces de Clara dame d*Andnze. — 6* Aymar le Noir, né k Castelviel en Albigeois. Raymoud le vieux lui donna des maisons et des terres à Toulouse. — 7<* Le comte de Foix, qui faisait aussi des chansons. — S'* Savaric de Mauléon et Guillaume de fierguadon.
Peu de temps avant la mort de son père, le jeune Raymond ayant appris qu'Amauri de Montfort cherchait à le rendre odieux auprès du pape et du roi, écrivit à ce dernier la' lettre suivante : « J'ai recours k vous, seigneur, comme » à mon unique refuge, comme à mon seigneur et mon » maftrc, et si je Tosais dire, comme k mon proche parent, » vous suppliant d avoir pitié de moi et de me faire rentrer
a4 TEMPS IMT^EMÉOUlfiES.
» en vue de Dieu dans Tonité de la sainte Eglise, afin » qu'après avoir été délivré de Topprobre d'uue honteuse » exhérédation, je reçoive de vous mon héritage. Sei- » gneur, j'atteste Dieu et les saints que je m'étudierai à » l'aire votre volonté et celle des siens. J aurais été moi- » même me présenter devant vous ; mais ne le pouvant » pour le présent, quoique je le souiiaite avec nideur, je . » prie Votre Majesté d'ajouter foi à ce que diront de ma > part Gui de Cavaillon et Isnard Aldegarius, porteurs des » présentes. « Ce prince était a Avignon à Tépoque de la mort de Raymond VL 11 se hâta de revenir à Toulouse prendre possession sa suuveraineté. 11 était alors âgé de ving^^inq ans. Nous le rencontrons, au mois d'octobre, à Lavaur, où il donne une charte par laquelle il confirme aux hospitaliers de Saint-Gilles le droit de pacage dans ses terres, et donne à ceux d'Orange le pouvoir de £ure de nouvelles acquisitions dans ses fiefs avec exemption de péage.
Les chevaliers de la milice du Temple de Toulouse ûrent aussi un accord par Fentremise d'Arnaud, leur prieur, avec Guillaume de Loret, prévôt de l'église de Saint-Etienne, au sïyet de la quinzième partie des biens qu'ils possédaient dans le Toulousain.
Au mois de mars 1223, les religieuses du monastère de ProuiUe virent terminer un. long différend qui existait entr'elles et les moines de Saint- 11 ilairc au diocèse de Carcassonne. Bérenger, archevêque de ISarbonne, avait depuis longtemps cédé à Prouille Téglise de SaintrMarttn de Iâmoux ; mais les religieux s'étaient opposés à cette donation. Ils ne furent pas heureux dans leur opposition, car leur propre abbaye fut unie à Prouille. ils placèrent alors leurs ^
TEXFS INTBKH&DIÂIRGS. 55
intérêts entre les mains de Thédise, évêque d'Agde, qui •décida que Tabbaye reviendrait aux religieux et que le prieuré de Saint-Martin de Limoux resterait en la possession de Prouilie. Cependant les moines parvinrent à chasser les religieuses du prieuré de Saint-Martin, ce qui détermina févêquc de Carcassonne a les rétablir dans leur prieuré. Enfin, après bien des contestations, le légat Conrad rendit une dernière sentence qui confirmait ProuUle dans la possession du prieuré de Limoux.
Ce monastère rentra aussi en possession dé plusieurs biens quMl possédait à Limoux et à Fanjaux, biens qui lu! lurent restitués par Raymond-Roger comte de Foix. Ce seigneur, après avoir recouvré la plupart de ses domaines et repris le château de Mirepoix qu il laissa aux anciens possesseurs, mourut par suite des fatigues du siège et d'un ulcère dont il était depuis longtemps attaqué. Le comte de Foix ne fut jamais hérétique ; la seule chose qu'on puisse lui reprocher, c*est d'avoir toléré ces sectaires dans ses domaines, et d*avoir souffert que quelques-uns de ses proches les &vorisassent. Le comte Raymond- Roger fut un des plus grands capitaines de son temps, et dans la guerre contre les albigeois il donna des preuves éclalanlus tic sa valeur. Nous trouvons aussi son nom parmi les troubadours, il avait épousé Philippe, qui mourut avant lui. Celte comtesse eut le malheur d'embrasser l'hérésie, qu'elle abjura avant sa mort. R eut plusieurs en£mts de cette princesse : 1* Rogep^mard, qui lui succéda ; 2' Âmauri, qui hérita des domaines situés dans les diocèses de Narbonne et de Carcassonne; -S** Cécile, qui M mariée à Bernard, fils du comte de Comminges.
On doDDe à Raymond-Roger quelques enfents naturels : 1" Loup, qui devxQl la souche des seigneurs dç Rabat;
Ësclannonde, qui épousa plus tard Bernard d Alion sei* gneur de Quérigiit ; 3" Rajrmond, qui embrassa la vie religieuse à Boibouue. Raymond-Roger choisit sa sépulture dans cette dernière abbaye, "à laquelle il laissa 1500 sots de rente annuelle pour la nourriture des pauvres.
Le premier soin de Raymond Vil en prenant les rênes de son gouvernement, fut de chasser Amauri de Montfort du pays. Dans ce but, il atta([ua vers la fin de l'hiver le château de Penne en Albigeois et celui de Verdun sur Garonne. A cette nouvelle, Ainaiii i, >uivi du iogai, de révêque de Limoges et de quelques autres prélats, s'avança vers Penne pour en foire lever le siège; mais il s'aperçut bientôt qu'il ferait d'inutiles eitorts : c es( 1 1 qui l'engagea à conclure une trêve avec le comte de Toulouse. l\ fut convenu qu'ils se réuniraient à Saint-Flour en Auvergne. Cette conférence n'ayant eu aucun résultat, ils en indiquèrent une autre à Sens, où le légat Conrad devait assembler un concile.
Raymond quitta SaintrFlour et se rendit à Toulouse, où il reçut, le 26 juin 1325, pour le château d* Albin en Rouergue, l'hommage de Deodat d Estaïug, qui promit que si on venait à découvrir des mines d*argent dans le territoire de ce château, il céderait la moitié du prolit à ce prince. Cette dernière condition a sans doute servi de fondement à la prétendue découverte de plusieurs titres enfouis dans le château d'Estaing et par lesquels ou prétendait attribuer à cette maison une origine commune avec la maison de Toulouse.
TKMFâ INTK&HÉUlAlUEii. ^1
Les albigeois, que n^avaient pu réduire m les armes des croisés ni les foudres des conciles, quittèrent en partie le midi de la France pour se porter vers le Nord, du c6té de la liulgarie et de la Hongrie. Ils y élurent un pape, qu'on allait coQSultar de toutes parts. Celui-ci institua pour la France nn vicaire général nommé Bartbélemi natif de Carcassunue. Bartbélemi institua à son tour un évêque nommé Vigoureux de Bathone, qu'il plaça à Perles (aa comté de Foix), et se transporta dans le Toulousain où il s efforça de reconstituer la secte. U se faisait appeler vUeur des sarvUeurs de la iomie foi.
Cii lut pour tâcher d'apporter remède a ces maux que le concile de Sens s'assembla dans les premiers jours de juillet, n s'y trouva six archevêques et vingt évêques, parmi lesquels on remarque Foulques de Toulouse, le seul de la province. Peu de jours après, mourut à Mante le vainqueur de Bouvines, Philippe-Auguste, l'un de nos plus grands rois. U ne voulut jamais se mêler directement de la guerre contre les albigeois, et se contenta de fournir de son argent aux trais de l'expédition et d'envoyer son fils à la croisade. 11 fut inhumé à Saint-Denis^ et les évêques du concile de Sens (transféré à Paris) assistèrent à ses royales funérailles. *
Depuis la mort de Philippe-Auguste, Amaun'n*éprouva que des revers. Après la trêve, les deux comtes de Toulouse et de Foix assiégèrent Carcassonne, où Amauri se vit abandonné de ses troupes. Celui-ci perdit encore quelques places pendant que Raymond V U s'empaïait du comté de MelgueiL £n vain le pape écrivit-il à Louis VIU pour l'engager à continuer Texpédition contre les albigeois, tout fut
I>8 ' TEMPS INTERML1)1AIKI£S.
inutiie : Âmauri se tU forcé de céder à la force des événements.
Après les fonérailles de Philippe^Àiigaste, Foulques rentra
dans son diocèse. Il ne fut pas étranger à une démarche que fit le comte de Toulouse auprès du chapitre général de Gteaux : il était question, pour établir une plus grande régulanié dans les monastères de religieuses, de les incorporer à cet ordre. Une ancienne abliaye appelée de Ponts (de Pontium) dont nous i^niorons et le lieu et la fondation, existait dans le Toulousain, (^tte maison, qui peutrétre était occupée par des chanoinesses, fot donc placée, vers la lin do Tannée 1223, sous la dépendance de Citeaux et devint régulière, de séculière qu'elle était.
On ne saurait douter qu'il n'y eut, à cette époque, des chanoinesses de Saint-Etienne puisqu'on voyait dans le cloître de cette église une inscription tumulaire qui portait que dans fannéo 1223 daiiic Akuuanda de ('.asleliiau, veuve du chevalier Guillaume de Castelnau, était morte chanoinesse de la cathédrale. L'écu qui accompagnait rinscription paraissait indiquer que cette illustre dame appai teuait k la maison comtale de Toulouse.
L'église de S*-Etienne fut alors souillée \m un sacrilège commis par un albigeois. L'action à laquelle il se livra sur l'autel même est si dégoûtante qu'il est impossible de la rai>p(jrlei dan.-, cette histoire, quoique des annalistes moins délicats nous Talent racontée dans tous ses détails. Cette action n'avait aucun trait aux bonnes mceurs.
Il ne restait plus d autres ressource à Amanri que de traiter avec les comtes de Toulouse et de Foix. Ceux-ci se rendirent devant Caicassonne le 14 janvier 1224, et là il
TBHPS IMTEftMÉDUiaSS. $9
fat passé des accords toucbant la possession de certaines villes. Après ce traité, il lut facile à Aiuauri de reconnaître qo*il ne lui était plus possible de rester dans la province et de garder les places qui avaient été cuuquises par les croisés ; c'est ce qui le détermina à revenir en France et à abandonner le pays, après quatorze ans de possession par la couquéte. Le 15 janvier, il sortit de la ville de Carcassonne, qui se soumit au comte de Toulouse, et que celui-ci rendit au jeune Trencavel. Albi fit aussi sa soumission, de même que le Quercy. v
Le premier soin d^Amauri en arrivant à la cour de France, fut de céder à Louis VIII tous les domaines que son père avait possédés dans la province. Cette cession ne déplut pas au roi. En même temps les députés du pape, qui étaient Tarcbevêque de Bourges et les évêques de Langres et de Senlis, le pressèrent de la part du pape de se charger d'une nouvelle expédition contre le comte de Toulouse et ses alliés. Avant de répondre aux désirs du pontife, Louis fit dresser quelques articles dont il demandait au pape rexécutioii préalable. Ces articles étaient au nombre de neuf. Le roi demandait pour ceux qui s'engageraient dans cette expédition les mêmes indulgences que pour la terre sainte; il exigeait que les archevêques de Bourges, de Reims et de Sens eussent le pouvoir de lancer des excominunications d'une manière illimitée ; il voulait que le pape accordât une bulle par laquelle il déclarât que les Raymond père et fils et tous leurs héritiers avaient été et fussent exclus de la possession du comté de Toulouse, de ses dépendances, et de tous leurs autres domaines situés dans le royaume.
60 TBMPS LNTtlllIKOl&IRKS.
Louis ne mit aucun doute ;i Varceptation de ses articles, et se prépara à re&péditioQ. 11 aanouça son projet aux habitants de Narbonne par nue lettre qo*il leur écrivit et qui porte la date de février 1224.
Mais les choses allaient prendre une face nouvelle. Raymond, averti des desfieins du roi, chercha de son côté à se rendre le pape favorable. Ayant confié ses intérêts au roi d'Angleterre, son eousîn, ce roi députa aussitôt à Rome l'évéque de Lichfield pour y soutenir la cause de Raymond. En même temps, ce seigneur écrivit à Honorius des lettres respectueuses dans lesquelles 11 lui annonçait qu'il lui enverrait des ambassadeurs et qu il était disposé à exécuter en tout ses volontés suprêmes. L'ambassade de Raymond VII * partit en effet pour Rome ; à sa tête se trouvait le vicomte de Gavaillon. Honorius écrivit alors au comte de Toulouse la lettre suivante :
« Au très noble seigneur. Ray nioiid, l esprit d'un conseil » salutaire. Nous avons reçu vos députés avec une extrême » joie et les avons écoutés, en admirant leur sagacité et » leur prudence. Apres avoir examiné avec soin tout ce » quil nous ont dit de vive voix et ce que renferment vos » lettres, nous envoyons dans la province le cardinal Saint- » Ange, homme illustre par sa naissance, son savoir et » Thonnéteté de ses mœurs , pour qu'il mette un terme à » tout ce qui est encore eu litige. Recevez-le avec respect, » et fasse le ciel que vous obtempériez à ses ordres! »
A peine les députés de Raymond eurent-ils quitté Rome, que ceux de Tempereur y arrivèrent pour demander de prompts secours pour la terre sainte. Cet incident fit abandonner les affaires des albigeois. Le pape écrivit au loi de
TEMPS LNTB&MEOlAI&fiS. 61
France peur Ten informer, et le pressa en même temps d'agir avec vigueur pour obliger le comte de Toulouse, par la seule terreiur é» ses armes, à'obèii au saint-siége.
En attendant, Raymond s'empara de la ville d'Agde le 7 avril, reçut le serment de lidélité de habitants, et lit arbover son drapeau aux cris dfe TmaUmae/ Touiomf Sur ces entrefaites, Conrad arrive à la cour de France et remet au roi des lettres du pape dans lesquelles il déclarait qae Rajumond était bon catbolique. Louis , surpris* et irrité de ce qu'Hununus avait changé de sentiment au sujet de l'af- Mte des albigeois, fait assembler un parlement au mois de mai et y déclare qu'il ne se mêlera plus à l'avenir de l'expédition qail avait projetée, et que c'est à l Egiise romaine à traiter des articles de foi avec Raymond VH.
Ce seigneur profita de ces circonstances pour poursuivre la conclusion de la paix avec l'Eglise. 11 se rendit à Montpellier aux fêtes de la Pentecôte, et entra en conférence avec l'archevêque de ^arbonne. Après avoir consenti à garder la foi catholique, à chasser les hérétiques de ses domaines ainsi que les routiers, à rendre aux églises tous leurs droits et privilèges, à payer vingt mille marcs d'argot en réparation des dommages quil avait pu causer, il demanda que le pape engageât Amauri à renoncer k toutes les demandes quil pourrait faire sur ses domaines. Après cette première conférence , et pour- garantir la fidélité de ses promesses, le comte restitua la ville d'Agde à l'évêque; il se rendit ensuite dans son comté de Rouergne, où il reçut quelques hommages, et do là en O^^rcy, où Etienne de Montpezat lui donna, en présence de Sicard de Lautrec, tout ce qu'il possédait à Montpezat et à Beaufort.
62 TBMPS INTBRMÉOIAIRBS.
Noos apprenons d*!ine lettre que le pape écriyit a Tar* chevêque de Narbomie qu'une seconde conférence devait se tenir à Montpellier, après TAssomption de Notre-Dame. Amauri de MoDlfort lit tout ce (ju il put pour on empêcher le succès. Malgré tous, ses elforts, la conférence eut lieu le 25 août. Tons les prélats de la Provence y assistèrent, ainsi que les abbés de Graud-Selve, de Belleperche et de Saint- Saturnin de Toulouse. Raymond Vil, Roger-Bernard de Foîx, Trencavel de Beziers s'y trouvèrent aussi. Ces puissants seigneurs y prêtèrent le serment suivant :
« ÂQ nom de notre Seigneur J.-€., Tan de son incama- » lioii Mccxxxiv, le Î2.'> cl août, Nous Raymond, par la grâce
> de Dieu duc de Narbonnne, comte de Toulouse, marquis » de Provence, désirant ardemment de foire la paix avec » la sainte Eglise romaine, à Thonneur de Dieu, de la » môme Eglise et de notre très-saint père en J.-G. Honoré » souverain pontife : nous vous offrons d'un cœur pieux et » avec une véritable dévotion, tant pour nous que pour nos » vassaux et nos alliés, seigneur Arnaud arohevéque de » Narbonne, et par vous à la sainte Eglise romaine et au
> pape, tout ce que nous avons offert et promis à la sainte » Eglise romaine dans Tautre conférence, savoir : que nons » garderons la foi catholique, etc. Cependant, personne ne • s'étant présenté ni dans cette conférence ni dans Tautre » pour le comte de Montfort, avec lequel nous n'avons pu » traiter, ainsi que notre saint père le pape Honoré Tavait » ordonné, nous ne pouvons rien répondre présentement » là-dessus ; mais comme nous allons envoyer une ambas-
> sade solennelle au pape, on pourra traiter pleinement » avec nos ambassadeurs tant sur cet article que sur tous
TËMPb liNTEBMÉOUiaES. 63
» les autres qui regardent notre réconeiliatiou, et conduire » le tout, avec la grâce de Dieu, à une heureuse ûn : ac- » cordant et promettant de ratifier à jamais et d'observer » fidèlement tout ce qui sera fait at ordonné par la volonté » du pape avec nos ambassadeurs au sujet de notre affaire. » Et quoique nous croyons avoir foit restitution, pour la ^ » plus graude partie, aux églises et aux ecclésiastiques, » ainsi que nous l'avions promis dans l'autre conférence, » nous promettons néanmoins maintenant de leur restituer » entièrement tout ce qui peut rester, suivant le jugement » du pape ou de Tarchevéque de Narbonne, ou enfin de » chaque évêque dans son diocèse. Quant a nos sujets de » Toulouse qui ont été chassés, nous les rappellerons et » les rétablirons dans leurs biens de la manière que le pape » le jugera à propos. Enfin , si tout ce que nous avons » offert au pape ne suffit pas, comme c'est régner que do » servir la sainte Eglise, nous exécuterons humblement et » fidèlement tout ce qu il voudra nous ordonner, sauf la
> domination de notre très-sérénissime seigneur roi de » France et du seigneur empereur ; et nous donneions des » cautions suffisantes, au jugement du pape, pour le par- • Êùt accomplissement de toutes ces choses. Et nous Roger- » Bernard, par la grâce de Dieu comte de Foix, et Treu- » cavel, par la même grâce vicomte de Beziers, promettons » de les exécuter de la même manière dans nos domaines
> et de les garder à perpétuité, comme notre seigneur le » comte de Toulouse a promis de les observer k jamais, » tant pour lui que pour nous et pour ses autres confé- » dérés. — Donné à Montpellier, le jour et l an marqués. »
Pour assurer la fidélité de ses promesses, Raymond TU
64 TKHPS INTERMÉDIAIRES.
s'empressa de restituer à diverses églises plusieurs doman
nés: 1» Agen, à levêque de cette ville; 2** Millaud, à VéTéque de Nimes ; les châteaux de Baux et de MaUmort, à l'évêque de Carpentras. Il envoya ensuite en ambassade à Rome plusieurs évêques et abbés, parmi lesquels se trouvait Fabbé de Saint-Saturnin de Toulouse, et revint après en cette ville. Vers la fin de l'année, Raymond se rendit au chàteaa de Sahragnac eu Albigeois pour y conclure le mariage de BeTtrandr son frère naturel , avêc Comtoresse, fille de Mainfro! de Rabastens , et lui donna les châteaux de BruniqueU de Monclar en Quercy et celui de Salvagnac. Sicard de Lautrec, Pons d'Olargues, Pilefort de Rabastens assistèrent à cette donation.
Le vicomte de Trincavel se retira alors dans ses domaines, ainsi que Roger-Remard. Nous pensons que ce dernier seigneur était déjà rendu à Foix loi^ue le pape Hpnorîus publia une bulle très étendue- en favrar de Tabbaye de Saint- Yolusien de cette ville, et par laquelle il confirmait tous les biens qui avaient été cédés à cette maison depuis les temps les plus reculés. Celte iiiiile nous apprend encore que cette abbaye relevait immédiatement du saintsiége et qu*elte était alors occupée par des chanoines réguliers qui y vivaient sous la règle de saint Augustin. La bulle porte la date du. mois de décembre 1224.
L'évêché de Comminges était toujours gouverné par Grimoald, Tancien religieux de Sauve-Majeure. Nous trouvons son nom dans un acte qui, cette année, fut. passé dans ce monastère par Raymond de Donzac, évêque de Rayonne, au sujet du rachat de quelque rente. Donzac avait été aussi moine de Sauve-Majeure.
TEHPb INTE&MÉDUlttiB. bo
Les ambassadeurs que Raymond VII avaient envoyés an pape après le coûcile de Montpellier ne purent rien obtenir pour termiDer la réconciliation du comte avec TEglise et conclure une paix si désirable. Le cumtc venait de restituer les bieos au& églises, et cependant, sous préle&te qu'il en retenait encore quelques-uns, on refusa d*accéder à ses désirs. D'indignes calomnies sur sa catholicité furent lépaadues de toutes parts ; on alla même jusqu'à dire qu'il avait demandé là liberté de conscience dans le Languedoc. Le pape, peu favorable à Raymond, envoya le cardinal de Saint- Ange dans la province, au mois de février i3S5, avec des insti actions très étendues, toutes dirigées coalie le comte de Toulouse et favorables à Amauri de Montfort. Le légat devait surtout s'attacher à engager le roi de France à foire une trêve avec le, roi d'Angleterre, atin de pouvoir tourner toutes ses armes contre les hérétiques. Le cardinal arriva à Paris, et lîit appelé à faire partie d*une assemblée qui se tint le jour de l'octaye de l'Ascension, et dans laquelle on délibéra sur l'affaire des albigeois. Il se fendit ensuite à Tours, et de la à Chinon, où se trouvait le roi. Il y fut décidé qu'on tiendrait un concile à Bourges, au mois de novembre, et qu^Amauri de Montfort et le comte deToulouse y seraient appelés.
Raymond se hâta de se iiûre des alliés et forma une ligue avec le roi d'Angleterre, son cousin ; les accords, une tois dressés, ils furent mis en dépôt dans une maison religieuse. Le roi y engageait le comte à iaire tons ses efforts pour se réconcilier avec l'Eglise, lui promettant de s'armer pour sa défense et de se battre pour son honneur. Après cette ligue, Raymond se trouva à Touverture du
TEMPS LNIEBMEUIAIRES.
eoneile de Bourges qui eut lieu le 29 novembre. On y
comptait quatorze archevêques, cent treize évêques, et cent cinquante abbés qui s'y étaient rendus de toutes les pro- * vinces des Gaules. Raymond VII parut dans l'assemblée, demanda d'être reçu dans le sein de. l Ëgiise, promettant d'accomplir en tout la Tolonté des pères du concile. Amauri l>arut il son tour et sollicita son rétablissement dans la possession des domaines du comte Raymond. Cekii-ci repoussa avec énergie ses prétentions. — « Alors, lui dît » Amauri, voulez-vous en référer au jugement des douze
pairs? — Que le roi reçoive mon hommage, répondît
Raymond ; je suis prêt à m'en rapporter à ce jugement, » parce qu'autiement ils ne voudraient pas me reconnaître * pour pair. » Nous concluons deux choses de ces paroles : •la première, que Raymond Ml était du nombre des douze 'pairs de France ; la seconde, qu'en demandant que Raymond fût jugé parles pairs, Amauri reconnaissait indirectement que 1 Eglise n avait aucun droit sur le temporel des rois, et conséquemment que la donation faite par Innocent III et le concile de Latran des domaines de la maison de Toulouse était nulle de plein droit.
Le concile de Bourges se sépara sans n^n conclure. Nous supposons (jue Foulques assistait à cette assemblée, car il était alors absent de son diocèse. S'étant rendu dans celui de Reims, à Tabbaye de Saint-Thierry, il y consacra nn autel dans la chapelle de Milon,qui en était abbé.
L'abbaye de Galers dans le Toulousain reçut, a cette époque, plusieurs biens de la libéialUé d'Arnaud de Aura, les uns situés au dixmaire de Saint-Pierre de Cantés, et les autres au dixmaire de Saint-Maran de Pierrelate.
TEMPS IHTEMIÉDIilBBS. &7
Le légat de Saint-Ange toui lui ses vues, après le concile de Bourges, du côté da roi de France. (Tétait un homme profondément habile, et qui agit avec tant d'activité sur l'esprit du monarque qu'il le détermina à entreprendre la guerre contre le comte de Toulouse.