LIVRE XXV
DEPUIS LA GI EIUIE DE LOUIS YUI COiNTHË UAVMOND Vil EN 1226, JU9QU A L ABSOLUTION DE CE SEIGNEUR EN 1238.
Bien des motifs auraient dû détourner le roi de France
d'entreprendre la guerre contre Raymond VII : ce seigneur était son proche parent et l'un des premiers pairs do royaume ; il protestait en toutes manières de son inviolable attachement k la loi catholique; les promesses les plus sincères venaient garantir sa foi. Rien ne put arrêter le . roi : aiis.Ni croit-oii que le désir d'ajoviler a sa couronne les vastes domaines de la maison de Toulouse dicta sa résolution.
Le 28 janvier 1226, il convoqua à Paris une assemblée nombreuse dans laquelle il ût part de ses projets, qui furent approuvés. Dans ce même temps le légat excommuniait, par autorité du pape, Raymond et ses associés, et conûrmait au roi de France la possession des domaines de ce seigneur. De son côté, Amauri céda aussi au roi tous les • droits qu'il avait sur ses domaines. Le 30 janvier, Louis VIII et ses barons prirent la croix des mains du légat, qui envoya des prédicateurs prêcher partout la nouvelle croisade. On accorda à tous ceux qui se croiseraient contre le comte de Toulouse toutes les indulgences possibleSj et Ton mit k la disposition du roi tous les trésors de TEglise. .
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Le 29 mars, une nonvdte assemblée fut réunie à Paris ; le roi donna Tordre h ses vassauK de sa trouver à Bourges le quatrième dimanche après Pâques. Alarmé de ces préparaliis, Raymond VII >aUacha à gagner de plus en plus raffecUon de ses peuples : le 10 mai, il octroya une charte aux habitaots de Toulouse pour la confirmation de leurs privilèges ; huit jours après, il donna en tief à Roger-Bernard comte de Foix le château de Saint-Félix dans le ToulousaÎD avec une quinzaine de villages qui en dépendaient.
Sur ces enUe)ai(^ mourut Bernard V comte de Cornminges» qui avait secouru les Raymond dans toutes leurs guerres. On croit qu'après avoii lail profession de la vie monastique à Bolbonne, il fut inhumé à Monsavés. 11 laissa plusieurs enfonts de ses trois femmes. Contors de la Barthe lui dooDa Bernard VI, qui lui succéda. On lui attribue une quatrième femme dont on prétend qu'il eut Arnaud-Roger, religieux de Oteaux à Bonnefont et ensuite évéque de Cumniioges. Bernard V fut le principal bieniaiteur de rabbaye de Feuillants située dans son comté. H donna des loarques éclatantes de sa pieuse libéralité a deux autres monastères, celui de Notre-Dame de Goujon ou de Saint- Laurent, qui avait été cédé aux Cisterciennes par les religieux de Prémontré ; et celui de TOraison-Dieu, qui avait été fondé par les rehgieuses de la Lumière-Dieu ou de Favas Ters la fin du onzième siècle.
Louis VlU partit de Bourges au temps marqué. Son année se composait de cinquante mille cavaliers et d*un plu5 îj'iaiid nombre de fantassins. Il passe à Lyon et continue sa marche vers Avignon. La plupart des villes se soumettent à son autorité. Le lendemain de la Pentecôte, il
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dresse son camp devant Avignon. Le podestat et les notables s'étaient déjà rendus auprès de lui à Montélimar pour offrir le passage des troupes sur leur pont, et le légat lançait une nouvelle excommunication contre le comte de Toulouse et jetait Finterdit sur toutes ses terrés. Le roi désira faire passer une partie de ses soldats au milieu de la ville, comme on en était convenu ; mais les Avignonnais, craignant qu*il ne s^emparàt de leur Tîlle, refusèrent ce passage : de là, le siège de la place par le roi de France. Pendant qu'il était devant Avignon, plusieurs villes se rendirent: Carcassonne et Albi reconnurent sa souveraineté. Bernard VI comte de Comminges abandonna le parti de Raymond VIL Celui-ci se tenait aux environs d*Avignon, dressant des embûches aux troupes royales, tandis que les assiégés Msaient de leur côté de vigoureuses .sorties. Mais Vattaque devint si viye qu'ils furent obligés de capituler.
Après la prise d'Avignon, le roi s'avança dans la province. Foulques, évéque de Toulouse, s'était depuis longtemps rendu auprès du roi ; il l'accompagna à Beziers et à Carcassonne, et Ton afârme qu'il le défraya à ses propres dépens pendant tout le cours de Fexpédition : ce qui prouve son extrême opulence. L'abbé de Feuillants, Hoger 11, se donna beaucoup de mouvement en fàveur du roi Qt reçut le sèrment de fidélité de plusieurs seigneurs du pays, Guillaume de Maurens, Odon de Pressac, Bernard de Marquelkve, Bertrand-Jourdain et Bernard-Jourdain de Tille.
Le roi se rendit de Carcassonne a raniicrs au mois d'octobre ; il y tint une assemblée où se trouvèrent les évéques et les barons de sa suite ; Foulques y assista aussi. On y fit des règlements touchant l'excommunication lancée par
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le légat, à laquelle on ajouta une amende de neui livres €t un denier pour celui qui se laisserait eieommuuier après la troisième monition, et la confiscation des biens s'il demeurait contumace pendant un an.
Le 30 septembre i226, Roger-Bernard se trouvait à Toulouse avec Uaymond VII. Ils formèrent entr eux. une ligue ou traité dont le principal article était de ne conclure ni paix ni trêve avec TEglise ou le roi de France et leurs alliés sans leur consetitenient mutuel. Arnaud de Montfort était à Pamiers avec le roi de France, et ce fut sans doute , pour atténuer les effets de la ligue dont nous venons de parler qu il céda alors à Louis tous les droits qu il avait sur la ville et le château de Pamiers. Le roi, après rassemblée tenue en cette ville, reprit la route de France; mais il mourut le 8 novembre à Monpensier, sans avoir conduit au terme la gnerre qa*il avait entreprise contre' Raymond VII. Il laissa de Blanche de Castillo plusieurs fils dont l'aîné, âgé de douze ans, lui succéda sous le nom de Louis IX.
L'abbaye de BoUionne regut vers la fin de cette année, dans^ la personne de Robert ou Robin, son abbé, plusieurs domaines de la générosité du comte de Foix, de Sicard de Goncian et de Raymond de Pastapung, seigneurs toulousains.
Pendant l'hiver de 1227, le comte Raymond se mit en campagne et assiégea le château d'Hauterive sur TÂriége. La garnison fut obligée de se rendre, et le comte y perdît Etienne de Ferriui, du diocèse d'Agen, l'un de ses meilleurs chevaliers. Après avoir renforcé la garnison du château de Bécède dans le Lauraguais, il en confia la défense k Pons
72 TUirs mTËttMÉDUiitË&
de Villeneuve et k Olivier de Termes. Ses armes étaient couroimées tous les jours d'un pleiix succès ; cest ce qui noas explique le 17* canon du concile qoi fut tenu k Narbonne, dans le carèrae ; « Nous statuons et oi duimuns très » expressément, disent les pères, de dénoncer excommunié, » tous les dimanches et fêtes, au son des cloches et à * cierges éteints, Raymond iiis de Raymond autrefois comte > de Toulouse, le comte de Foix et Trencavel, les Too- » lousalns h«'' rétiques, leurs croyants, fauteurs, défense ui s « et receleurs... » Les esprits, comme on le voit, étaient très peu disposés en faveur du comte de Toulouse. Grégoire IX, qui avait succédé k Honorius, permit au roi de lever les décimes contre les albigeois, et ce prince envoya des troupcîs dans le Toulousain pour y continuer la guerre que son père n'avait pu terminer.
Humbert de Beanjeu était à la tète de ces troupes. Ayant mis le siège devant le château de Décède, il vit arriver dans son camp Tarchevèque de Narbonne et Foulques de Toulouse qui vinrent lui prêter main forte. L*assaut ayant été donné, la plus grande partie des assiégés pnt la fuite pendant la nuit. Ceux qui restèrent furent passés au fil de l'épée ou assommés k coups de pierres. Foulques intercéda pour que I on conservât la vie aux lemmes et aux eniants. Gérard de Lamotte, diacre hérétique, et ses compagnons fuient brûlés vifs par les Français. On ignore la suite des expéditions d'Humbert et du comte de Toulouse pendant la campagne de 1927 ; on sait seulement qu'au mois d*août, il se trouvait à Gaillac en Albigeois et qu'il exempta les habitants de cette ville de tout droit de leude ou de péage dans ses terres.
Foiil(jm;^, assista au siège du château de Bécède, employa son autorité pour termioer d'uoe manière définitiye la cession qui avait été faite, par Pierre abbé deCuxa, de l'église de Trémesaïgiies (inter ambas aquas) au monastère de Bolbonne. Cette union lut conclue en présence de Févêque de Toulouse, le jour de la fête de saint Thomas, en 1227, sous le gouyernemeut de Hobert. — Marie, cinquième abbesse de Saint-Laurent de Goujon, ât quelques accords avec Geraud de Polastron, abbé de Simorre.
Uélie Guarin gouvernait alors la célè|}re abbaye 4& Grand-Selve. €et abbé joua ui) rôle assez important à cette époque, puisqq'il fut choisi de part du cardinal Saint- Ange pour foire des proposijions de paix à Raymond Vil et aux fauteurs des albigeois; Plein de zèle pour les intérêts da sa maison, il reçut de Garsias de Sabolène une terre et un honneur que celui-ci possédait auprès d'une ferme nommée de Lescolt. INous le renconliuus terminant un différend qu'il avait avec Âuriol abbé de GimoAt, en présence de Vital abbé de Berdonne, et acceptant d'être, avec Jourdan abbé de Saint-Saturnin, l'un des exécuteurs testan^entaires de Pierre de Gapdenier.
Uabbaye de Camon avsnt à cette époque pour huitième abbé Palassin. Son nom se trouve dans un acte où d déclare agir en qualité de prieur de cette maison et des frères qui y étaiciiL reunis. — Uayinond V, abbé de Dunnefont, mourut cette même année, après avoir reçu plusieurs domaines des mains du chevatier Bernard de Pas. H eut pour successeur Gudlaume lY.
Au commencement de Tannée 1228, Baymond Vil recommença ses expéditions; il prit d*abord le château de
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Saint-Paul sur TAgout, puis la ville de Castclsai rasin, et se fortifia dans son camp de manière à le rendre imprenable. A cette nouTelle, Hombert de Beanjen accourt avec des troupes et accompagné de quelques évêques, parmi lesquels étaient Foulques de Toulouse. Ce prélat» qui commandait un corps de réserve, s'était retranché dans un camp près de la commanderie de Ville-Dieu, de l'ordre des Templiers. Les habitants refosèrent de la recevoir, et on assure que déjeunes geotilshonimes avaient lormé le projet de s'emparer de sa personne et de la livrer au comte de Toulouse; mais ce complot fint découvert. On dit encore . qu'un combat aurait été livré contre les Français par iiaymond après la prise de Gastelsarrasin, combat dans lequel ceux-ci auraient laissé (luinze cents chevaliers et deux uiille sergents armés qui lurent laits prisonniers et sur lesquels le comte de Toulouse aurait exercé des cruautés inouïes. (Matthieu Paris, qui rapporte ce fait, est un auteur très suspect).
Humbert de Beaujeu, n'ayant pu empêcher la prise de Gastelsarrasin, s avança jusqu'à Toulouse, campa dans un lieu appelé Pech amalriy situé au levant de la ville, et passa do lu à Munlaudran. PendauL trois mois, ses troupes portèrent la désolation aux environs de cette capitale, fourrageant les moissons, détruisant toutes les maisons dans la campagne et arrachant toutes les vignes. L'évèque Foulques se trouvait au milieu de ces dévastateurs. L*armée de Beaujeu se retira ensuite à Pamiers, pendant que Raymond Vil recevait à Gaillac et à Rabastens l'hommage des habitants du pays.
Giégoire IX, fatigué sans doute du désolant spectacle
TEMPS IKTBBIIÉDIÂIBES. 75
que donnait au monde entier Tinterminabie guerre des albigeois, chercha le moyen d'y mettre fin en proposant la paix entre le roi de France et le comte de Toulouse. Dans i idée du pontife, une alliance entre la ûUe de Raymond et Fun des frères du monarque devait en préparer et eu hâter la cuni Il cuiiiia la négociation de ce
traité au cardinal Saint-Ange, qui lui-même en donna la commission à Tabbé de Grand-Selve, Hélie Guarin, dont nuus avons déjà parle. Cet abbé se rendit à Baziége, où se trouvait Raymond ; ils conférèrent ensemble. Après que ce prince eut écouté les propositioiis qui lui éfsûent foites, on convuit qu'on se rendiait à Meaux en Brie. Le comte donna plein pouvoir à Tabbé de Grand-Selve de traiter en son nom avec son cousin Thibaud conite de Champagne.
Toulouse possédait alors un opulent personnage, Pierre
. de Capdenier, qui devint le fondateur de plusieurs établissements religieux. Ayant voulu, en 12^, faire son testament, il choisit, comme nous Favons observé, pour les exécuteurs de ses volontés dermeres 1 abbé de Grand-Selve et celui de Saint-Saturnin. H possédait une vaste maison derrière cette dernière église, et voulut qu'on y établît un hôpital (hospitiolum) pour les rehgieux. de Citeaux, et en particulier pour ceux de Grand-Selve. Cet hôpital fut placé sous rinvocation du saml Bernard; plus tard, l'abbaye de Grand-Selve érigea dans cette maison une chaire de théologie.
Le cardinal Saint- Ange se rendit à Meaux au jour marqué, dans le mois de février 1229. Raymond VU s'y trouva
aussi , avec la plus grande partie des prélats de la province
tLU.fS LSTEBUÉDIAIEES.
6t les dépotés de Toulouse. On s'occopa de traiter d*abord
des articles de la paix. Lorsque ces articles fuient stipulés, rassemblée se transpérta à Paris. Le jour du Jeudi-Saiut, 12 avili, le roi, le cumtc de Toulouse, le légat et les évèques, parmi lesquels se trouvait Foulques de Toulouse, se rendirent devant le grand portail de Notre-Dame de Paris; là. on lit la lecture solennelle du traité, et le comte jura de.l'observer dans tous ses points. Nous rapportais ici les principaux articles de cet acte si fameux dans notre histmre.
l*" Le comte s engage à combattre les bérétiques et à les cbasser de ses états ; S** à &ire une imimpte justice des bérétiques manifestes et de leurs fautiurs ; 5" à gardci la paix dans ses domaines, à protéger les églises en conservant leurs droits, à observer fidëleibent toutes les règles prescrites pour rexcommunication, à exclure les juifs et ceux qui étaient notés d*bérésie des cbarges publiques ; 4*" k restituer les biens qui avaient été usurpés ; 5" à payer exactement les dîmes, à donner dix mille marcs d'argent pour réparer les dommages qui avaient été causés par rusurpatiou de ces dîmes ; G° à payer deux mille marcs d'argent à Tabbaye de Citeaux, cinq cents à Clairvaux, ii^ille à Grand-Selve, trois cents à Bellepercbe et autant à Gandeil, six mille pour les lorlilications et la garde du château i\arbonnais, que le roi retiendra pendant dix ans ; 7<* à payer quatre mille marcs d'ai^ent pour entretenir pendant dix ans quatre maîtres de tbéoiugie, deux en droit canonique, six maîtres ès-arts et deux régents de grammaire ; S"" à prendre la croix des mains du prélat après son absolution et aller servir en Palestine pendant cinq ans ; 9*" à traiter en amis tous ceux qui avaient pris part à la croisade.
TEMPS ].NTËEMÉUiAlUBS.
Le iO* article est le plus important de tous : le comte donnera sa fille en mariage à l'un des ti èi es du roi ; il gardera pour lui tout le diocèse de Toulouse, mms après sa mort ce diocèse appartiendra à son gendre et à sa postérité. S'il n'y a pas d'enfants de ce mariage, ou si sa iille meurt sans entots, ce diocèse appartâeudra au roi, à Tex- ' clusion des antres enfants du comte. 11" L'Ageriais, le Rouergue, une partie de TAlbigeois demeurent en la possession dé Raymond. Tous ces pays doivent, après sa mort, appartenir k sa tille s'il meurt sans enfants mâles légitimes. i^" Il laisse Verfieil et Las Bordes à Févôque de Toulouse et au fils d*Ôdôn de Lyllers, à condition que Févêque lui rendra ses devoirs comme a son seigneur. Toutes les donations Êdtes par le roi ou les croisés dans les domaines du comte sont aniiulces. 15" 11 prêtera serment do fidélité au roi et lui cédera tous les domaines situés en deçà du Rhône ; cetai qui soiît an delà seront donnés à VEglise romiaine. 14** Les habitants du pays qui ont été chassés ou spoliés dans la croisande seront rétidilis dans tous leurs biens. 15* Les murs &è Toulouse seront détruits et les fossés comblés. 16* Trente villes ou châteaux désignés dans le traité doivent aussi perdre leurs muraiHes. — Les articles suivants jusqu'au vingtième ont rapport au serment qui doit être prêté par Raymond VU et ses vassaux. — Le vingtième t&dêrtâff le nôlli des divers châleau^ que le roi doit garder pendant dix aus ; les premiers cinq ans, aux dépens du cofiitie', M ciûq derniers aux dépens du roi. 21** Les habitants de f oulbusé et les peuples des pays laissés k Raymond sont déchargés de tout engagement contracté antérieuremént ettVers le roi, ou son pète, ou le comte de Montfort.
7S TEMPS INTBBMtDIÂtlBS.
Il fut enfin stipulé que vingt citoyens de Toulouse demeu-
iciaicut eu ùtagc aupi us du roi jusqu'à ce qu ou eût démoli cinq cents toises des murs de Toulouse.
Raymond ayant juré d*observer fidèlement tous ces articles, le légat le conduisit, uu-pieds, eu chemise et en haut-de-cbausses, devant Tautel où il reçut rabsolutton* Le légat lui fit expédier un acte de cette sentence dans lequel il déclare, « que le noble homme Raymond, fils de » Raymond autrefois comte de Toulouse, ayant été long- » temps rebelle à l'Eglise et au roi, s était eutiu reudu à » leurs ordres et aux siens ; qu'il était venu humblement » et dévotement demander son absolation, et implorer leur
• clémence et non leur jugement ; qu'il avait juré solen- » nellement en sa présence devant la porte de l'église de » Paris, le jour du Jeudi-Saint, d'obéir absolument aux » ordres de l'Eglise et aux siens, dans tous les points pour » lesquels il avait été excommunié. Ayant égard, poursuit
• le légat, k son humilité et à sa dévotion, nous avons eu » soin de lui donner l absolution, suivant la forme accou-
• tnmée dans TEglise, et nous Favons aussitôt déclaré ex- » communié de son cousentemeut s il contrevient k quel- » qu'un des articles qu'il a promis d'observer, et qui sont » contenus dans le traité de paix, et s'il ne les exécute pas :
• nous le réduisons en ce cas au même état qu'il était
• avant son absolution, quant à Texcommunication, et » nous le soumettons aux peines qui ont été décernées » contre lui et contre son père, soit dans le concile gé- » néral, soit depuis. Donné à Paris le 12 d*avril de Tan » 1228. (1229). «
C est ainsi que Raymond VU abandonna une grande par-
TBHM INnkMAOl&tBBS. 79
lie de ses doioaines à la coaronne de FraDce. Cet abandon, qui paraît au premier abord Teffet de la faiblesse, fut cependant imposé à ce prince par la nécessité des circonstances. 11 avait osé sa valenr à défendre ses droits ; la plupart de ses grands vassaux avaient déserté son parti ; ses sujets étaient découragés, ses ressources épuisées, ses adversaires redoutables ; sa foi de catbolique sincère se trouvait blessée de la sentence d'excommunication lancée contre lui : tels furent les motifs qui déterminèrent son assentiment aux articles de la paix conclue. Cet acte est placé dans Thisloire comme un monument indestructible qui nous donne une véritable idée de la guerre des albigeois. Ën effet, de deux choses l'une : ou Raymond VII était hérétique, ou il ne 1 était pas ; s'il l'était , pourquoi lui laisser une partie de ses domaines ; et s'il ne Tétait pas, pourquoi le dépouiller?
Après la conclusion de la paix, Amauri de Montfort céda à Louis tous les droits qu'il pouvait avoir sur le comté de Toulouse, la vicomté de Beziers et le pays conquis dans l'Albigeois. Les domaines cédés au roi de France se composaient 1<* du duché de Narbonne; des comtés particuliers de Narbonne, Beziers, Agde, Maguelonne ou Melgueil, Nîmes, Uzès et Viviers ; des droits que la maison de Toulouse avait sur le Velay, le Gevaudan et le Lodevois ; 4** de la partie du Toulon sain t^ui comprenait une portion des diocèses modernes de Mirepoix et de Pamiers ; 5*" de la moitié de FAlbigeois. Les domaines laissés au comte de Toulouse furent : IMe comté de Toulouse, qui comprenait Toulouse, Pamiers, Montauban, Lavaur, S(-Papoul, Rieux, Lombez , une partie de Mirei)oix, et le comté de Foix ; 2« la partie septentrionale du diocèse d*Albi ; 3" le comté du
sa TBMTS IKTBMliOIAIMS.
Rouergae comprenaDt les diocèses de Rodez et de Vabres ;
4» le Quercy, k l'exception de la tille de Cahors; 5* tout TAgenais.
Par ce traité, le marquisat de Pro?ence, situé entre le
Htiùiic, risère el !a Duiaiice, fut cédé à l'Eglise romaine, n parait que le pape ne- garda que ce qui forma le comtat Venaissin, disposant de tout le reste eu faiveur d'Aymar de Poitiers comte de Valentinois» à condition quil servirait rfiglise romaine.
Nous venons de voir qu'il est question dans le traité de paix d'honoraires qui doivent être payés par Raymond à quelques professeurs. On a cru trouver dans cet article Torîginc de l'Université de Toulouse. Il est certain qu k cette époque un grand nombre d'écoliers et plusieurs maîtres quittèrent l'Université de Paris k cause des troubles qui s*y étaient élevés et rendirent k Toulouse. Cependant, avant même l'arrivée de saint Dominique, nous connaissons un professeur de théologie nommé Alexandre qui enseignait , dans cette ville. Nous croyons toutefois que les études ne furent organisées qu*en 4229. On institua donc quatre professeurs de théologie qui devaient être pris dans les chapitres de Saint-Etienne, de Saint-Sernin, de la Daurade et dans le clergé séculier, deux de droit 'canonique, six pour les arts, et deux pour la grammaire.
Après avoir reçu Vabsolution dans l'église de .Paris, Raymond VII se constitua prisonnici au Louvre, et lit hommage au roi pour tous les domaines qui étaient restés en sa puissance. R devait demeurer à Paris jusqu'à ce qu'il eût fait remettre sa fille, a Carcassonne, entre les mains des commissaires du roi, et qu'il eût remis cinq de
TEMPS IMTBMÉDIAIU». 81
ses châteaux, savoir : le ehâteau Narbonnais, ceux de
Penne en Agenais, de Laroqiie, de Pe) russe, de Cordes et de Verdun, et quon eût rasé 500 toises des murailles de Toulouse. Cherchant à exhorter le comte de Foix à faire sa paix, il s'empressa de lui écrire, le 25 avril, la lettre suivante :
< Raymond, par la grâce de Dieu comte de Toulouse^ » à noble homme Roger-Bernard comte de Foix. Jouissons
• des biens temporels, en telle sorte que nous ne perdions » pas les éternels. Kianl \mn en France pour conférer » avec le cardinal roqiain, légat du saint-siége, et notre » très cher seigneur le roi de France, nous nous sommes » écartés, par le conseil du comte de Champagne et de » nos autres amis, des articles que nous vous avions mon- » très ; nous soumettant absolument aux volontés du roi » et du cardinal. Ët certes nous avons obtenu, par la grâce » de Dieu, des conditions bien plus avantageuses que » nous ne Tauiions osé espérer autrement. Nous avons » beaucoup parié avec eux de votre allaire, et nous y » avons travaillé avec toute Fardeur possible, comme le » sait très bien le comte de Comminges votre beau-frère ;
> mais nous n*âvons pu terminer entièrement cette négo- » ciation k votre avantage. Néanmoins le cardinal envoie » sur les lieux, à nos instances, et principalement pour
* votre al^re, notre vénérable et cher père Pierre de » (]oimieu, avec un plein pouvoir. C'est un homme dont
> nous avons éprouvé la sagacité» la droiture, la religion, » la douceur et la bonté dans toutes les occasions ; c*est » pourquoi nous vous conseillons de iaiie tout votre pos- » sible pour le voir et de déférer à ses avis. Si vous le
IIL 6
88 TESF8 INTtaJUtDlAlftES.
» faites de bonne grâce, nous ne doutons pas que votre
» affaire ne parvienne à une bonne Un. »
Pierre de Golmieu dont il est ici question était chapelain du pape et vice-légat. Le roi venait de le nommer son lieutenant dans le pays d'Albigeois, en lui donnant pour assesseur Matthieu de Marli. Colmîeu devait recevoir le serment des barons, des chevaliers et des peuples pour Texécution de la nouvelle ordonnance que Louis IX venait de rendre contre les hérétiques de son royaume. Cette ordonnance nous indique d'une manière claire et précise les moyens à employer contr*eux : 1*" le roi ordonne aux barons du pays, à ses baillis, et à tous ses sujets, de rechercher les hérétiques et de les dénoncer aux ecclésias' iiques qui ont pouvoir de les juger, 2* Il veut qu'ils soient punis dès quils auront été condamnés par Févèque diocésain ou ses ecclésiastiques. 11 importe d'observer que ce mot condamnés ne doH pas s'entendre de rappllcation de la peine à subir, mais seulement de Tacte par lequel ce ' tribunal déclareradt que tel ou tel individu est réeUement hérétique. 3" Dès que les hérétiques auioiii été condamnés, c'est-à-dire convaincus, on en fera prompte justice. — il est manifeste, d'après cette célèbre ordonnance, 1*" qu'if existait alors dans le pays d'Albigeois un tribunal, composé de l'évêque diocésain et d'autres ecclésiastiques, spéciale- , ment destiné non à la recherche, mais à la simple convie* tion des hérétiques (c'est ce tribunal connu sous le nom si &ussement redoutable de l'Inquisition); 2* qu'à cause de la perturbation générale que l'hérésie causait dans la société, soit en prêchant la révolte contre l'autorité des gouvernements, soit en répandant des maximes contraires au
TEMPS INTBftaiÊVUlRKS. 83
droit sacré de propriété, cotte hérésie lut classée au nombre des crimes qdi devaient être punis par les lois civiles.
Le jour de la Pentecôte, 5 juin 1221), le roi créa chevalier Raymond Vll> qui quitta alors le palais du Louvre. Ce s^gneur siiîvit là cour à Meret en Gatinois et à Loris au diocèse d'Orléans. Pendant que Raymond était k Moret, Jeanne sa fille y arriva, et le cardinal légat, ayant accordé la dispense du degré de parenté (fan était entre cette princesse et Alphonse frère du roi, célébra les liançailles entre ces enfants qui n'étaient alors âgés que de neuf ans. Lé mariage fut célébré huit ans [jIus tard. Le roi ordonna à divers seigneurs du Rouergue de prêter serment de iidélité au comté de Toulouse, auquel il rendît la vicomté de< MiUaud. En échange, Raymond céda à Louis IX la ville de Saint-Antonin.
Pierre de Golmîeu et Matthieu de Marli se rendirent ensuite au pays de Foix. Roger-Bernard vint les joindre à Saint-Jean des Verges. Il se tint là une grande assemblée, le IG juin; un y comptait raichevèque de Narhonne, les évêques de Tournay, de Toulouse, de Carcassonne et de Gouserans ; les abbés de Lagrasse; de Bolbonne, de Foix et de Combelongue; le maréchal de Levis, et plusieurs autres chevaliers français» Cédant adx cohseils du comté de Toulouse, Aoger-Bétnard pTohût dans cette assemblée de chasser les hérétiques de ses états, d'observer les règlements qui avaient été dressés siat ce point, et de resti* tuer les biens usurpes aux églises. Il remit au roi les châteaux de Lordat et de Montgrenier pour la sûreté de ses promesses.
Au mois de juillet, Pierre de (iOhnieu se rendit a Tou-
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louse et réconcilia cette ville. Il y fat bientôt suivi dn cardinal Saint-Ange et de ilaymond VII qui arriva vers le mois de septembre. Le cardinal ordonna au comte d*exécutèr tous les articles du traité de paix : ce qu'il fit. Les com-^ missaires du roi reçurent ensuite le serment de lidélité de Raymond, et le remirent en possession des pays qui lui avaient été laissés.
Âu mois de novembre, le légat assembla un concile à Toulouse dont les canons sont venus jusqu'à nous. Les archevêques de Narbonne, de Bordeaux, d'Auch. un grand nombre d'évêques et de prélats, le comte de Toulouse, les autres comtes et barons du pays, le sénéchal de Carcassonne, deux, consuls de Toulouse, Tun du bourg, Tautre de la cité, y assistèrent. Le cardinal légat ouvrit le concile par ces paroles :
« Quoique divers légats du saint-siége aient foit plusieurs » statuts contre les hérétiques, leurs fauteurs ou lece- » leurs; pour conserver la paix dans le diocèse de Tou- » louse, la province de Narbonne, les diocèses et les pays » voisins, et pour- le bien du pays ; faisant cependant » attention que ces provinces, après avoir été longtemps » désolées, sont actuellement pacifiées comme par miracle > par le consenterueut et la volonté des grands, nous avons
• jugé à propos d*ordonner, du conseil des archevêques, » des évéques, des prélats, des barons et des chevaliers, » ce que nous avons Jugé nécessaire pour purger du venin
• de Thérésie un pays qui est comme néophyte, et pour y » conserver la paix. »
On dressa ensuite les canons suivants :
1"* Les archevêques et les évéques choisiront dans chaque
TEMN tNTBiHÉDUiaBS.
paroisse, et dans chaque ville ou faubourg, un .prêtre et deux on trois laïques de bonne renommée, ou un plus grand nombre s'il est nécessaire, qui prêteront serment de rechercher avec soin, fidèlement et fréquemment les hérétiques, faisant des visites domiciliaires dans les maisons, les souterrains, les caves, les greniers ou autres dépendances, et dénonceront ces hérétiques, leurs fauteurs, leurs adhérents, receleurs et défenseurs à Vévêque, aux seigneurs des heux, ou à leurs baillis, pour qu'ils soient punis d'après les lois.
"2 Les abbés exempts qui ne sont point sujets à la juridiction ordinaire en feront de même.
Les seigneurs des lieux porteront le plus grand soin à l'inquisition des hérétiques dans les villages, les maisons et les forets de leurs domaines, détruisant leurs retraites les plus cachées.
Tout seigneur qui, par l'appât de l'or ou pour toute autre cause, permettra à un hérétique de demeurer dans ses terres, perdra tous sus Liens, et sera remis à rautontc dont il dépend pour qu'il soit statué sur son sort.
Si on seigneur, sans être convaincu d*avoir toléré sciemment des héreliques, est cependant suupçonné de négligence, ou qu'on trouve souvent des sectaires dans ses domaines, il sera sévèrement puni.
G'' Toute maison dans laquelle on aura trouvé un hérétique sera détruite, et le lieu de la retraite confisqué.
7" Le bailli exerçant sa charge dans des lieux suspects d'hérésie, qui ne se montrera pas très diligent à la recherche des hérétiques, perdra ses biens et ne pourra être constitué ailleurs dans sa charge.
S(i TKJIFS IMTEaMKUlÀlUtS.
8* Dans la erainte que les innocents ne soient confondus
avec les coupables et que quelqu'un ne soit calomnieusement regardé comme hérétique, on ne pmnlra jamais personne qu*fl n*ait etè juge id par Tévêque ou un ecclésiastique compétent.
9^ Il ^ra permis de rechercher et prendre les hérétiques
dans les domaines d'autrui : les baillis prêteront secours à tout inquisilaor : les baillis du roi dans les terres du coia^ de Toulouse, et les baillis do comte dans les terres du roi.
iù^ Si quelques hérétiques induis, ahmdomsdïi spontanément lliérésie, se couTertisseot à la foi calboliqiie, reconnaissent leur erreur, ils ne deuieurcroiit poiiU au lieu où ils ont habité, si ce heu est suspect, n^s bien dans un lieu cathopque exempt de tout soupçon. En haine de leurs anciennes erreurs, ils porteront deux croix d'une couleur différente de leurs habits, Tune à droite et Tautre à gauche sur leur poitrine. Ces croix ne pourront, du reste, les justifier, à moins qu'ils ne portent avec euiL des lettres authentiques de leur évêque qui attestent leur réconciliation. Ds ne pourront exercer des emi)loiï> publics ni dresser aucun acte légal s'ils n'ont été réhabihtés par le pape ou son légat après qu'ils auront accompli la pénitence imposée.
M'' Si un hérétique est convaincu de notre reveau à la foi catholique que par la crainte de la mort ou tout autre motif humain, il seia en prison pour > lauc la pénitence imposée par révêque, de telle manière qu'il ne puisse corrompre les autres. 11 y sera nourri par ceux qui possèdent son t}ieu, et sil n'a pas de bien par l'évéque luimême.
<2* Tous les hommes au-dessus de quatorze ans, et
TEMPS INTKEMÉOUiaES. 87
toutes les femmes aa-dessos de douze, abjureront toute hérésie coDtraire à la saiûte et cath(^ue KgUse romaine et à ia foi orthodoxe, sous quelque nom que cette hérésie smt énoncée. Ils prêteront serment de garder cette même fui, de poursuivre les hérétiques et de les dénoncer. A cet efiét« on tiendra dans chaque paroisse une liste exacte de tous les habitants des deux sexes. Ou prêtera le serment précité devant l'évéque ou les hommes à ce députés. Si quelqu'un est absent, et que dans les quinze jours qui suivront son retour» il n*a point prêté ce serment, ce qui sera tirés CaKùle à connaître, il sera* déclaré suspect d'hérésie. Ce serment doit être prêté tous les deux ans,
13. Tout fidèle de Tun et de 1 autre sexe parvenu à l'âge de discrétion sera tenu de se confesser au propre prêtre, ou à tout autre avec sa permission, trois fois Tannée, et de communier aus^ trois fois, à Noël, à Pâques, etkh Pentecôte. La confession doit toujours précéder la communion, à moins que, par le conseil du prêtre, il ne difilere Taccomplissement de ce devoir pour quelque juste cause. Que les pasteurs soient tics exacts à lechercher si quelqu'un manque à ce devoir ; car si quelqu'un le transgresse sans la permission du propre prêtre, il sera regardé comme suspect d'hérésie.
On défend à tout laïque d*avoir les livres de Tancien et du nouveau Testament, à rexception du Psautier, du Bréviaire, ou de rofûce de la bienheureuse Vierge. 11 est également défendu d*avoir ces Uvres en langue vulgaire.
15* Ceux qui seront dénoucés comme hérétiques ou suspects d'hérésie ne pourront avoir recours au médecin. Lorsqu'un malade aura reçu la sacrée communion des
88 miFS WTBIMÉDUIBn.
mâins de son pasteur, il sera gardé jiisqu au jour de sa mori ou de sa gQénson, afin ([u*aucan hérétique n'ait accès auprès de lui, Texpérience ayant appris que d'irréparables maux provenaient d'un semblable accès. ^
IS*" Tout testament doit être fait en présence du propre prêtre, ou , à son défaut , eu présence d'un ecclésiastique assisté de discrètes personnes; sans cela, le testament doit être regardé comme nul.
17" Déleuse est faite aux prélats, barons, chevaliers et autres seigneurs, de confier jamais aucun bailliage ou administration des terres à un hérétique ou à ses fauteurs. Il doit être également exclu ue tout conseil ou affaire de famille.
18 ' Ctiux-là sont regardés suspects d'hérésie qui en sont accusés par le bruit public ou légitimement soupçonnés par des personnes graves devant révéque.
iO*" On gardera ûdèlemeot la liberté des églises et des monastères. Ces églises percevront la dîme et les prémices sur les biens des particuliers avant toute déduction de dépense et nonobstant toute coutume contraire. Qu'aucun laïque n*ait la témérité de faire peser des exactions sur les églises.
W Aucun clerc ne payera la taille, même par suite d'héritage, s'il n'est commerçant ou marié. Si. par 1 elTet d'hérédité, ils acquièrent quelque fief ou quelque fonds grevé de rentes, ils se contenteront d'acquitter ces chaires sans être tenus à aucune taille ou exaction.
Les clercs, les religieux, les voyageurs et chevaUers seront exempts de péage, à moins qu^ils ne soient marchands. Qu'aucun nouveau péage ne soit établi par les laï-
niIPS IHTBBMÉOlilEBS. 89
ques, à l'exception de ceux qu^ sont autorisés par une immémoriale coutume ou des ordonnances des princes.
Ceux qui violeront ce statut seront punis par les censures épiscopales.
^ Cem qui ont droit de péage procureront la sécurité des routes de manière à ce qu'aucun dommage ne soit porté aux voyageurs. Les cas de guerre et de voyage de jour exceptés, tout dommage sera réparé, et exigé même avec rigueur si Ton opposait quelque résistance à la réparation.
23° Qu'aucun laïque no s'avise d'imposer des tailles ou exactions aux personnes ecclésiastiques, à moins que cellesci ne possèdent de leur part quelque bien particulier. Dans ce cas même, les laïques useront avec modération de ce droit, qu'à leur tour les ecclésiastiques pourront exercer sur les laïques.
li" Si quelqu'un s'empare d'un clerc, même simplement tonsuré, pour quelque crime ou toute autre cause, il en donnera avis aussitôt au prêtre du lieu, cl par lui à l'évêque. Sur la demande ou l'ordre de l'évéque et de l'archidiacre, le captif sera livré pour qu'il soit jugé d*après les lois. En cas de refus, il sera excommunié et forcé à le remettre par Tautorité supérieure.
â5<> Les paroissiens, le seigneur et la dame du lieu devront se rendre à l'église aux jours de féte où le travail est prohibé; ils entendront la prédication, assisteront à l'office, et ne sortiront qu'après la messe. Si , dans la famille, Fun ne peut venir pour cause d'absence ou autre cause légitime, Fautre se rendra toujours. Si ceux qui sont présents ne viennent pas sans avoir de légitime excuse, ils payeront
90 TEXFS lNTËttMBUlAlll£S.
12 lîTres tournois, dont la moitié appartiendra an seigneur et Tautre moitié au prêtre du lieu. Le samedi k vêpres, à cause de la dévotion à la Sainte- Vierge, on se rendra h
Féglise.
â6<' Les jours de fête sont ainsi fixés : la Noël , saint Etienne, saint Jean TErangéliste, les .SS. Innocents, saint
Sylvestre, la Circoncision, l Epiphanie, la Purification, l'Annonciation, FAssomption, la Nativité de la bienheureuse vierge Marie, la Pàque et les trois jours suivants, les trois jours des Rogations, la Pentecôte et les deux, jours suivants, saint Jean-Baptiste, Tiuvention et Texaltatlon de la sainte Croix, les douze Apùtres, sainte Marie-Madeleine, saint Laurent, saint Martin, saint Nicolas, saint Michel, la Dédicace, le jour de la fête patronsde^ tous les dimanches de Tanoée.
27* Ces jours de tète, d après les canons et l'antique coutume, on s'abstiendra d'ceuvres serviles. Ainsi qu'aux autres fêtes qui [juurront être désignées par l'évéque, tous les dimanches on avertira le peuple de la célébration de ces solennités.
28° Toutes les personnes âgées de 14 ans et au dessus seront tenues de prêter le serment de la paix* Si quelcju'un averti par son évêque, ou par lettre, ou par courrier, refuse de se rendre dans la quinzaine, il y sera forcé par les ' censures, n sera mis, lui et les siens, au ban de la paix ; personne nu bcra teau de lui répondre et il sera tenu de répondre à tous. Ce serment de la paix doit être renouvelé tous les trois ans.
Les canons suivants jusqu au regardent les peines qui doivent être infligées aux violateurs de la paix.
37*^ Si quelqu'un commence la guerre, on fera séhnent
T£MPS UlTERMÉbUlliEâ. 94
contre loi ; celui qui ne favorisera pas ce serment sera réputé iûiracteur de la paix. Ou prêtera généralement serment contre tous les ennemis de la foi et de la paix, spécialement contre Guillaume seigneur de Picnc-Peituse, Gausserand seigneur de Puylaurenâ, et âajinond de Mort, qui sont excoinmoniés, déshérités, et ne peuTont êire absous que par sentence apostolique.
38<» 11 est défendu à tons barons» châtelains, chevaliers, habitants des villes on des campagnes, de former entr*eux aucune espèce (ie Ugue, réunion ou frérie, ou de s'engager sons la foi du serment à quoi que ce soit. Les réfractaire$ seront condamnés, savoir : les barons, à cent livres de monnaie courante, les châtelains à soixante» les chevaliers à quarante, tous les autres à cent sols. Toute ligne ou frérie est dissoute.
39*» Que personne n*ait la témérité de s*emparer d'aucun château ou village du domaine de 1*Eglise ou de la Cmronnc. Si q^jelqu un se rend coupable de cet attentat, ses biens seront vendus, il sera excommunié à perpétuité, et ne pourra être absous que par le pape ou son légat ; de plus, il sera exilé au-delà des mers et ne rentrera jamais dan^ ses terres.
Le 40*" canon n est qu une exieusioa du précédent.
^l"" Pour une plus grande consmation de la paix, on n'élèvera de nouveaux châteaux sous aucun prétexte : les fortifications détiuites ne seront pas rebâties.
Les veuves ou les femmes nobles qui possèdent des châteaux iic cuiitracteront aucune alliance avec les ennemis de la foi. Si elles contractent mariage, leurs châteaux appartiendront aux seigneurs des lieux, de manière cependant
9S ' TBHPS INTEBMÉDIAIEBS.
que ces châteaux puissent être rendus à leurs légitimes
descendants.
43" Qu'aucun juge n'accepte jamais rien, à quelque titre que ce soit, de ses parties ; que Texercice de la justice soit gratuit, laissant de côté la &?eur, la haine ou la crainte.
H" Les pauvres auront un avocat nonuné d'ofiice, si leur cause en a besoin.
45'' Les statuts de ce concile seront publiés quatre fois Tannée par les pasteurs, les dimanches qui suivront les Quatre-Temps. Tel fut le célèbre concile de Toulouse dans lequel on établit d'une manière fixe le tribunal de l'Inquisitim, 11 est très important d'observer que tous les canons qui ont rapport à ce tribunal furent dressés en présence de Raymond VU, des autres seigneurs du pays et des consuls de Toulouse, et accepté par eux ; conséquemment, ce ftit l'autorité civile, d'accord avec l'Eglise, qui dressa toutes les procédures, car on regardait les hérétiques comme des ennemis et de la foi et de la société. Nous ferons remarquer ensuite que la recherche des hérétiques était particulièrement déTolue aux laïques (can. 1), qui étaient nommés inquisiteurs; que, d'après le canon 8% personne ne devait être puni avant d'avoir été jugé comme hérétique par 1 evéque ou quelque ecclésiastique compétent : ce qui paraît iiidiquer que cette pujiidon n'était infligée que par le bras séculier. 11 est évident que tout châtiment infligé aux hérétiques en dehors des pénitences canoniques, telles que l'excommunication, les jeùues, les aumônes, les disciphnes volontaires, les pèlerinages, ne pouvait être subi qu'avec la force matérielle appliquée par l'autorité des souverains ; que, par voie de conséquence, les peines . alflictives ou m-
TEMPS IMTBlMtolAIBIS. 93
fàmantes, telles qae la prison, les fustigations forcées, la
confiscation des biens, certaines tortures, et la mort, étaient du ressort de rautorité civile, et que TEglise était complètement étrangère à Tapplication de ces peines.
Le 11* canon du concile de Toulouse présente une équivoque difficile à détruire : il y est question des hérétiques qui ne sont point réntrés avec bonne foi dans le giron de l'Eglise. Il y est dit : Ad agendam pœnitentiam per épiscopum kd in muro indudantur. Le sens naturel serait qn 'ûs devaient être condamnés à la prison par Icvèque lui-même ; cependant on pourrait absolument expliquer ce passage en disant qu'ils devaient être condamnés à la prison par les. procédures acceptées, pour y faire la pénitence imposée par révéque du lieu. Du reste, si l'évéque condamnait dans ce cas exceptionnel à la prison (in mura), ce ne pouvait être qu'en vertu d'une jurisprudeuce instituée par rautorité du souverain.
Le nouveau tribunal commença k fonctionner pendant la durée du conciie. Il existait alors à Toulouse un ancien hérétique, nommé Guillaume Solier, qui s*était converti volontairement; on espéra qu'avec son secours on pourrait connaître beaucoup de sectaires. Il fut donc réhabilité. Sur les indîdaitions de Solier, Foulques fit alors approcher les témoins , qui furent interrogés avec soin par les évêques. Parmi ces témoins , quelques-uns étaient un peu suspects dans la fui ; ils ne voului eiit rien révéler : ce qui rendit £ette partie de la procédure inutile. Un certain nombre d'hérétiques vinrent s*avouer coupables, et furent pardonnés. Il y en eut qui demandèrent les noms de ceux qui avaient déposé contre eux; mais le légat
94 TËMPà IMËaMiUUlRES.
n'aj^ant point voulu accéder k leur demande , ils n'insistèrent pas.
Il est iacile de voir qae dans le concile de Toulouse où
l'inquisition fut établie, il n'est nullcincut question des religieux de saint Dominique. Cest à tort que quelques historiens, même parmi ceux de cet ordre, ont avancé que ce saint patriarche a exercé l'office d'inquisiteur général dans le midi de la France. H làut ici s*entendre sur les termes. Le titre d"iiu|uisiteur , dans le principe, était attaché au ministère de tous ceux qui étaient envoyés par le pape pour convertir les albigeois par la prédication. Cette charge consistait k exciter le zèle des princes contre les hérétiques, à s*enquénr du nom et de la qualité des sectaires, k diriger les travaux des évêques pour l'extirpation des fausses doctrines, et à correspondre directement avec Rome sur tous ces points. Si saint Dominique a exercé l'office d'inquisiteur, ce ne peut être que de la manière dont nous venons de l'expliquer. Il reçut aussi de la part des légats le mandat d*imposer aux hérétiques convertis les pénitences canoniques, et il était mort depuis longtemps lots(]ue Finquisition fut établie sous des formes nouvelles. Notre intention nest pas de justifier ici ce tribunal des excès qu'il a pu commettre, surtout en Ëspagne, des abus qui ont pu s'introduire dans les procédures, des usurpations même de la puissance ; mais nous sommes bien loin de traiter ce tribunal comme Tout fait et le protestant Philippe de Limborch et le chanoine de Tolède Antoine Llorente. Quand on juge les faits à distance, on les juge presque toujours mal; Quand on voit des papes tels qu'Innocent Ht et Honorius et un souverain tel que Louis tX établir ce
TEMPS U4TfiAMÉ01AlRES. 95
tribunal, îl faut conclure que le mal était bien grand ponr
avoir recours à un aussi redoutable remède.
Raymond VU s*empressa d^exécuter les décrets du ccmcile de Toulouse. Ayant fait dans ses étals une recliciche exacte de tous les hérétiques, Guillaume, surnommé le pape des aUngeoiSs fut pris et brûlé Tif. Ce supplice, qui ne nous inspire aujourd'hui que de l'horreur, n'inspirait pas le même sentiment dans les temps anciens ; il n était pas seu- , lement réservé aux hérétiques, beaucoup d'autres criminels avaient à le subir.
Au commencement de décembre, le cardinal de Saint- Ange quitta Toulouse, après avoir donné à labbé de Saint-Saturnin et à celui de Grand-Selve la commission de feire une enquête spéciale sur les prétentions que Raymond VU et l'abbé de Moissac avaient sur la seigneurie de cette dernière ville. 11 parait que le comte était alors en guerre non seulement avec Tabbé de Moissac, mais encore avec ceux de Gaillac et de Montauban , puisque Grimoaid évéque de Gomminges le cita à son tribunal pour répondre sur ces différends. Plusieurs années après, Ru} mond, ayant refusé de se rendre à cette citation, fut excommunié par Févèque, qui fit connaître cette sentence aux évéques d*Albi et de Rodez.
Le légat, qui se trouvait à Mcnroac près d*Orange à la fin
de l anuée, adressa de ce château un décret en forme de lettre à Foulques, évéque de Toulouse. 11 y annule tous les actes qui avaient été &its pendant la guerre, comme étant contraires aux lois des églises, et impose ensuite des pénitences à tous ceux quTl avait trouvés suspects d'bérésie à Touloij^. Foulques puMia ces lettres dans Téglise de .
96 TBHFS iKTBUitouim.
Saiut-Jacqaes, que oous croyons être la même que celle de Saiût-Etiemie, en présence de tous ceux que ces lettres regardaient et qu li y avait a[) pelés. Toutes les informations que le légat avaient faites dans la province forent tenues très secrètes. 11 était à craindre que si les personnes intérestées en avaient eu connaissance, le sentiment de la vengeance ne les eût portées à de déplorables excès contre les délateurs.
A cette époque, Pons de Capdenier, de concert avec Raymonde sa femme et Ëtiennette sa fille, acheta pour la somme de 1200 sois, de Bernard-Raymond Fusler, un immense jardin situé près de la place des Bretonnières, au lieu appelé des Gmrrigues (de garrigiis). On ne doit pas être étonné que Pons ait acheté ce jardin pour en laire hommage aux religieux de saint Dominique, puisque ce riche citoyen s'était enrôlé sous la bannière du tiers-ordre du saint patriarche. 11 fit aussi Tacquisition, de Pierre de Gelmo, d*une maison contiguê au jardin des Guarrigues et au mur de la ville. Raymond du Falgar était alors provincial des^ dominicains et Bernard de Garrigues prieur de Saint-Rome.
L'établissement de rinquisition à Toulouse devint la source d*une yéritahle guerre civile. Ceux qui avaient été
cités comme hérétiques ou suspects d'hérésie cherchèrent leurs délateurs et en tuèrent un grand nombre; André de Chalvet, brave chevalier et sénécVial du roi, fut pris et massacré dans une forêt; on refusa de payer la dime à Foulques, et ses terres furent ravagées par des hommes qui ne vivaient que de brigandages. Ce dernier, soupçonnant le comte de Toulouse de ces vexations, s'en plaignit à lui
én ces tenooies : « Je sais que par la grâce de Dien et la
» vôtre j ai recueilli mes dîmes assez tranquillement i an- » née dernière; maintenani, cest à tous que je m'en prends » du trouble que je soufire, et ne croyez pas que je puisse » le supporter patiemment. Je suis dispose à être exilé de • nouveau, n*ayant jamais été mieux que dans mon exil. » D'un autre côté, le roi de France délendit à Uaymond de rien aliéner des domaines du diocèse de Toulouse, lui ordonnant de révoquer toutes les donations qu'il aurait faites. Raymond avait à se plaindre de plusieurs ecclésiastiques de ses états qui, contrairement aux traités de Paris, nV valent pas restitué lés biens usurpés par les croisés. On croit que le comte de Toulouse se rendit alors à la cour de France pour obtenir une pleine satisfaction sur ce point important.
Les évèques de la province, désirant soutenir les droits des églises, députèrent à Rome, en 1250, Qarin évêque de Carcassonne, pour y perler leurs plaintes contre le comte dé Toulouse. Gelaî-ci avait envoyé auprès de Grégoire IX des aniluissadeurs qui plaidèrent sa causcî ; aussi, le pape écriyit-il, au mois de juillet, à: Pierre de Colmieu son légat : « Les ambassadeurs du noble homme Raymond comte » de Toulouse nous ayant supplié de lui accorder un délai » tant pour son passage à la terre sainte que pour le paie- » ment de dix mille marcs d'argent qu'il doit aux églises » en réparation des dommages qu'il a causés, attendu qu*é- » tant réconcilié depuis peu à TEglise , il ne peiit disposer » de son domaine comme il faudrait, et qu'il ne saurait » fournir aux frais de son passage d'outre-mer pour la fête » de Pâques prochaine à cause que ses états sont entière-