‹ Histoire générale de l'église de Toulouse depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours recueillie des monuments les plus authentiquesChapitre 6 sur 37 · III · texte numérisé non relu

III

98 TUFS nmniiBiAiBis.'

• ment épuisés, voalaDt fovoriser son zèle envers Dieu et

* i'Eglise, nous lui accordons pour le paiemcnl de cette » somme un délai qui durera autant que nous le voudrons. » Quant au terme du passcOge, vous consulterez là-dessus » le roi et la reine de France, et après avoir délibéré avec » les prélats et les barons que vous jugerez à propos, et » avoir considéré toutes choses, vous nous renverrez leur » avis pour nous déterminer ensuite. »

Grégoire IX écrivit cette année plusieurs lettres, soit k divers prélats, soit à son li j^at Pierre de Colmieu, soit enfin à Foulques évéque de Toulouse et à Tabbé de Grand-Selve, au sujet de Raymond VII. Nous apprenons par ces lettres que ce seigneur sétait déjà séparé de Sancie son épouse; que le pape lui accorda la permission de prélever des impôts sur les vassaux des églises pour pouvoir l'aire honneur à ses engagements; que le légat devait évoquer à son tribunal toutes les causes qu*on pourrait intenter au comte sur les matières du for ecclésiastique ; que Raymond avait demandé au pape qu*on donnât la sépulture chrélieniie à son père, et qu'il avait ordonné des informations à ce sujet.

Après son voyage à la cour de France, Raymond se ren-* dit dans ses états. Au mois de septembre, il fit la paix avec r4entulle comte dAstarac, qui lui dcmna en fiefs le château de Saint-Orens et la terre de Firaarcon en Agenais. II reçut aussi Thommage de Roger-Bernard comte de Foi& pour le château de Saverdun et le reste du comté de Fois jusqu'au Pas de la Barre au diocèse de Toulouse.

A la môme époque, T^pereur Frédéric donna en fief à Raymond la terre de Lille, les villes de Garpentras et de

TUFS INtUMÉDUlHBS. 9t)

PieFr6iatte, les comtés de Forcaiquier et de Sisteron : c'est ee qui explique pourquoi le comte de Toulouse prenait dans ses actes le titre de comte de Provence. Ayaut été appelé par les Marseillais cootre Raymond-Bérenger qui assiégeait ville, le 7 de novembre ces peuples lui donnèrent, en reconnaissance de ses bons et loyaux services, toute la ville basse, pour en jouir pendant sa vie. L*intervention du ciunte de Toulouse dans les dlVaires que les Marseillais avaient à démêler avec le cdmie de Provence Raymond-Bérenger, détormina entre ces seigneurs^ une guerre qui dura trois années entières.

Vers la ûn de Tannée, Foulques confirma la relaxation de l'église de Notre-Dame de Fanjaux que les dominicains avaient faite en faveur du monastère de Prouiile. Après avoir assisté à la translation solennelle de ces religieux du couvent de Saint-Rome à celui de la paroisse de la Daurade, il bénit le nouveau cimetière, et, le jour de Noël, Il célébra les saints mystères dans TégUse dont il avait [)osé la première pierre. La pieuse colonie fut conduite au nouveau couvent par Jean de Joannia, prieur de Saint-Rome. Pierre d'Albs était alors prieur de la Daurade.

Condors, comtesse de Comminges, ût hommage à l'abbaye de Nizors d'une terre considérable placée sous le patronage de saint Etienne, premier martyr. Etienne gouvernait cette maison depuis plusieurs années. — L'abbé de Grand-Selve, auquel avait écrit Grégoire IX au sujet du comte de Toulouse, était toujours Hélie Guarin, qui en transigea avec Tabbé du Mas-Gamier, Guillaume Ratier, relativement k tous les doiiniiages que les deux abbayes avaient pu se causer réciproquement. — Les mo*

400 TEMPS INTBBMÉDIàlftBS.

nasières n'étaient pas toujours d'accord entr'eux; ainsi nous trouvons Pierre I*', abbé de Bolbonne, et Maurin, abbé de Pamiers, eu litige au i>ujet du tiers des biens immeubles que les religieux de Bolbonne receiraient de la part de ceux qui choisissaient leur sépulture dans leur monastère, et sur lesquels les moines de Pamiers prétendaient avoir des droits. Les religieux de Bonnelont et de Candeîl fùrent pris pour arbitres. — Le prévôt de Saint-Etienne, Guillaume de Lauret, mourut cette même année 1230 ; il avait gouverné la prévôté pendant neuf ans. Il eut pour successeur dans cette dignité Guillaume des Alains, et fut enseveli dans le cloître.

Au uiois de janvier 1251, Grégoire IX écrivit au comte Raymond des lettres pour rengagei" à payer à Tabbaye de CIteaux et aux autres monastères de cet ordre les sommes auxquelles il s était engagé par le traité de Paris, lui déclarant qn*il avait chargé Tévêque de Toumay, son légat, de

l'y contiamdrc par la voie dos censures ecclésiastiques. Co prélat, qui se nommait Gautier de Marnis, cita Raymond à son tribunal, dans Téglise de Pîerre-Âlbe à Castelnau^ dary. Raymond y comparut, et pronut de satisfaire à toutes les plaintes portées contre lui.

Au mois de février, il se rendit à Limoges. L*abbé de Saint-Martial rappela en pariage, avec le consentement dô son chapitre, pour quelques villages du Rouergue. Divers actes nous prouvent qu'il ne quitta pas ie haut Languedoc darant le cours de cette année. Ainsi, il termina plusieurs différends qu'il avait avec plusieurs abbayes , entr*autres avec les abbés de Montauban et de Gaillac. Par Tune de ces transactions, Raymond reconnaît tenir en fief des reli-

TBMPS tMTEMlfiOl AIRES. 101

gieux de Gaillac toul ce qu li possédait dans cette ville ; par Tautre, il cède à Aurioli, abbé de Saînt-Tbéodard, le ({uatrième de la justice et des droits seigneuriaux de celte TîUe. 11 termina encore un différend qui existait entre Uélie

prieur de Saiiit-Caprais et lui, devant Jourdain, abbé de Saint-Saturnin de Toulouse, qui avait été choisi pour médiateur.

Sur ces entrefaites, Grégoire IX écrivit au comte au sujet du meurtre d*un religieux de Fabbaye de Ck}nques. Le pape déclare que Bernard comte de Comminges et ses vassaux ont arraché du saint autel un moine sous-diacre ; qu'ils Tout blessé mortellement pendant qu*il embrassait la sainte eucharistie et le crucifix; qu'ils Tont traîné hors de l'église et pendu à un gibet ; qu'après que ce malheureux a été délivré par on ermite, il a été pendu de nouveau. Il prie le comte de puair sévèrement ce forfait. Raymond VU s'empressa de donner satisfaction aux religieux de Conques : c'est ce que nous apprenons d'une lettre que Vivian leur abbé lui écrivit. Le moine qui fut tué s'appelait Jean. Il paraît que Blanche d^Hunaud de Lantar, comtesse de Comminges, n'était pas étrangère à la perpétration de ce crime. L'abbé de Conques pria Raymond de restituer à Bernard de Comminges les domaines dont il s*était emparé, probablement en punition de ce sacrilège.

A cette époque, Grimoaid, évêque de Comminges, fit consacrer par Aniautius, archevêque d'Auch, la nouvelle église du monastère de la Lumière-Dieu ou de Fahas dans son diocèse. Angélique était alors abbesse de cette maison qu'elle gouvernait depuis seize ans. Sous celte abbesse, Guillaume de Toges et Bernard de Montant devinrent les

402 TntS INTBUliDIàlilS.

bienfaiteurs de Fabas. Peu de jours après, Grimoald fit consacrer Téglise de son monastère de Sauve-Majeure par Malemort, archevêque de Bordeaux, eu préseuce d^s èsèques d*Ângoulême, d*À§en, de Saintes, et d*un grand nombre d'autres prélats.

L'abbaye de Fréd^as était toujours gouvernée par Maurin, qui acheta de Bérenger, abbé de Lagrasse, la terre de Juillac au diocèse de Toulouse.

L'évéque Foulques toucbait au terme de sa course. Peu

de jours avant sa mort, il remit quelques charges à sou chapitre. Sa fin fut assez agitée. Plusieurs gentilshommes de son diocèse refusèrent de se dessaisir des dimes inféodées, et les anciens seigueurs du château de Verfeil ne cessaient de lui foire la guerre. Le jour de Neël 1^1, il rendit son âme à Dieu, après vingt-sept ans d'épiscopat. Guillaume de Puylaurens exalte son zèle à s acquitter de tous les devoirs de sa charge : il reconstitua, dît-il, Févôché de Toulouse, en faisant rentrer des mains des laïques les dîmes qui devaient enrichir ses successeurs ; car, lorsqu'il prit possession de cet évéché, îl ne trouva pour vivre que 100 sols toulousains. Son corps fut transporté en grande pompe au monastère de Grand-Selve et inhumé près du grand autel , à côté de Guillaume de Montpellier. Il fut honoré à Grand-Selve comme un bienheureux. La plupart des auteurs modernes le dépeignent au contraire comme un homme de sang, d'un caractère fourbe et sans loyauté. — Foulques fut un homme profondément habile, et d'une très haute intelligence. Il se déclara l'ennemi des albigeois et de le^rs fauteurs, et les poursuivit à outrance : de là, sa haine contre certains de ses propres diocésains

qa'il supposait entachés d*hérésie et coDtre la maison comtale de Toulouse qu'il regardait comme le soutien de Terreur. Guidé par on zèle trop ardent, il a pu sans doute eommeltre des fkutes, se jeter dans des entreprises qu*tfne âme moins passionnée aurait évitées ; mais on ne peut, sans injustice, lui refiiser un dévouement sans bornes à la sainte cause de la religion, un courage, une intrépidité qu aucune considération humaine ne faisait fléchir, une étonnante activité pour corriger les abus, sauvegarder la discipline et faire rentrer son Eglise dans ses droits.

Nous possédons phisieurs ouvrages de Foulques ; ils se divisent en trois classes : les chants d'amour et les chante patriotiques, qui appartiennent à sa vie de troubadour, et ^poelques chants mystiques qn*it composa vers la fin de sa carrière (1). Nous possédons encore un curieux inventaire de tous les ornements pontiâcaui de Foulqueà, où sont mentionnés les objets suivants : des tuniques, des dalmati» ques, des chasubles, des chapes d or et de diverses cou-

(4) Nous citerons jci une strophe de ces derniers chants :

Senber Biens que nasqueti de la Yerge Maria Per ïïM guérir de nior, e per restaurar via, B per destmir Bfer qod diable ténia ;

E foe en crots tevata '

Vfl^inas oorooats

E de fid abearatz.

Seoberl œeroe voa cria ÂquetE pobles onratz ; Quel vosira pietatz Lot perdon loi» peeate.

Amen, INeus aissi ml

lUi TBMPS LNTERMÉDIMBES.

leurs, de riches coussins poar supporter le missel, des mauuteiges de couleur, des pales revêtues d etolîes d or, des cordoDs de soie, des peignes d'i?oire, des cliandeliers de cristal, des bassins de porcelaine, des riiariches d'éventail, des coffres de parfums, des essuie-maiDs d'étoffe floche, des crosses et des hâtons divoire, des candélahres d*or et d'ivoire, des croix d'ivoire dans Tune desquelles est incluse line relique de la vraie croix, des encensoirs d*argent, des calices d'argent, des bassins d'argent, des chrêmières, des mitres, des crosses d'argent, etc.

A Foulques succéda frère Raymond du Falgar, provincial des dominicains, né au château de Miramont au diocèse de Toulouse. 11 fut élu le SI mars lâ32, et prit possession de son évéché le vingt-huitième jour du même mois. Son élêctioa fut contirmée par l'évéque de Tournay , légat du sainUiégé. Peu de jours après sa consécration, il opéra une transaction avec Duiand, évètiue d*Albi, au sujet des dîmes qu*ils avaient acquises sur les limites de leurs diocèses ; il s*accorda ensuite avec le chapitre de Saint-Etienne relativement à deux prébend<;s sur lesquelles il réclamait ses droits. Guillaume des Alains était encore prévôt de ce chapitre, et nous le trouvons mentionné dans une sentence qui fut portée entre les chanoines de Saint-Ëtienne et Jourdain abhé de Saint-Saturnin, au sujet des églises de Saint- Georges, de Pins et Justaret dans le Toulousain. C'est ici le dernier acte où il soit question de Jourdain, qui mourut à cette époque avec une grande réputation de piété et de doctrine. 11 eut pour successeur Pierre de Malasaire, inquisiteur de la foi, qui ne garda Tabhaye que deux années.

TEÏP5 INTEaMbUllIEES. 40Ô

Raymond du Falgar se montra aussi zélé que son prédécesseur contre les hérétiques ; il lit tous ses efforts pour engager le comte de Toulouse à les poursuiire avec yigueur. Dans une seule nuit, ils prirent dix-neuf de ces sectaires tant hommes que femmes qui s*étaient cachés dans les montagnes. On distinguait parmi eux Payen, seigneur de la Bécëde dans le Lauraguais. Quoique le comte fit tout ce qui dépendait de lui pour donner pleine saUsfaction à l'Eglise, quelques prélats lancèrent contre lui, sous divers prétextes, plusieurs sentences d'excommunication. Raymond s*en plaignit an pape, qui écrivit k févéque de Tournay, son légat, pour l'engager à traiter Raymond VU avec douceur et charité, et à empêcher les évéques de rien entreprendre contre lui. « 11 faut, disait le pape,

* Tarroser comme nue jeune plante et le nourrir du lait

• de TEglise. » Cétait dans des termes aussi affectueux qu'il parlait de Raymond VII dans une lettre qu il adressa à Louis IX et à la reine Blanche. Ceux-ci, de concert avec Tempereur Frédéric, avaient sollicité le pape de restituer au comte de Toulouse les terres situées k la gauche du Rhône, c*6st-à-dire le marquisat de Provence. Le pape proteste dans sa lettre de son affection toute paternelle pour Raymond,, déclarant qu'il en référera sur Tohjet de leur demande à son légat et à une assemblée d*évêques. 11 écrit dans ce même sens au comte, lui disant que s'il avait usé à son égard de quelque sévérité, c'était pour le gagner comme un fils.

Pendant une grande partie de l'année 1252, ce seigneur fit séjour à Toulouse ; il y reçut le chapitre et quelques habitants de Montauban, auxquels il accorda quelques pri-

406 TENPS UmiMiDlAlKHR.

Yîléges. Arnaud de fiaziége, fils <)e Bertrand de Varagne,

et Bei iiand de Baziége son fils Ini donnèrent une partie du lieu de ce nom, et reçurent en échange ce ga*il possédait au château de Gardouch dans le Lauraguais. Cest ici Tun des plus anciens monuments qui attestent la noblesse de la maison des Varagne^îardouch. Raymond passa eusuite en Albigeois, et fit un accord avec l'évéque d'Albi au sijyet de quelques domaines du pays. Au mois de septmbre, il alla du cAté de Bordeaux et eut une entrevue avec Henri 111, roi d'Angleterre, qui avait passé la mer pour réprimer quelques infractions qu*il prétendait que Louis IX avait faites à la trêve conclue entr*eux. C'est ce que nous apprenons d'une lettre qu'Henri écfivit à l'empereur Frédéric.

Grégoire IX, qui s'occupait activement à cette époque de la canonisation de saint Dominique, nomma commissaires pour procéder aux înfôrniatlons taticrède archidiacre de Bologne, Thomas pneui' de Sainte-Marie de Benn, frère Parlmaire chanoine de la Trinité. Arrivés à Toulouse pour commencer le procès en cette ville, ils adressèrent leurs lettres à Pierre abbé de Saint-Saturnin, à Raymond-Donat archidiacre de Saint-Etienne, et à P(ms archidiacre de Saint- Saturnin. Ceux-ci leur répondirent en ces termes : « Itay- » mond Catalani prieur de ProuiUe, Pierre Ageon firère » prêcheur, Raymond d'Aure prieur de Saint-Antonin, et » Raymond de Villars cellerier du même monastère, nom» » ont remis les lettres apostoliques par lesquelles il nous » est ordonné de procéder à des recherches exactes sur la » vie de Dominique d'Osma. Nous avons pris toutes les » informations nécessaires en appelant les témoin» el les

TBMPS IWTBUIÉDUIIBS. 407

» kismX déposer jttridiqoemeQt, et nous tous adresserons

» ce procès. »

L'abbaye de Grandrâelve était alor» gouTeroée par Arnaiild Gailterd, qui avait succédé à Hélie. Ce fnt entre ses mains que Tabbâ de boibonna et Bertaud de Belpecli passèrent nn coiQpromis. L^abbaye de Calers perdit, à cette époque, son abbé, Guillaume II, qui l'avait dirigée pendant dîK-s^t a»^, dei^uis la mort de Jean 1^. — Maurin, abbé de Frédelas, commit cette même année la garde dn cbâteau de Pamiers à Roger-Bernard coiuic de Fuix, et, de concert avec ce s^gneur, accorda plusieurs privilèges à la ville de Pamiers et confirma ses coutumes.

Une baute et puissante dame du pays toulousain, Hiscende de Serrane, donna tons ses biens à Tabbaye de Lézat el se

dévoua II Dieu daus celle abbaye, eiiLre les mains de Bernard de Sarranta qui eu était abbé. Ce fait nous montre qne les femmes se donnaient aux abbayes, vivant, soit dans un lieu séparé du monastère, soit dans leur propre maison, observant mctement toutes les règles, et portant sans doute quelque habit particulier. On voit ici l'origine ou du moins le développ^ent de cette institution connue sous le nom de Tien^Ordre.

Les hospitaliers de Saint- Jean de Toulouse virent étendre leurs domaines : en 1232, Vidal Robert leur céda tout ce qn*ii possédait dans Vhmnmr et la seigneurie de Guaridech . Ou suppose que ce personnage était seigneur de ce lieu qui est situé an nord-est de Toulouse, et qui depuis cette époque appartint à Tordre de Malte. C'est ici le titre le plus ancien que nous possédions sur cette commanderie.

Pendant qn*on procédait à Toulouse aux informations

4 os TEMPS lNT£RMéOUIEBS.

sur la sainteté de Dominique, le tribunal de riiKjuisition prenait une forme nouvelle. Grégoire IX ayant appris que les hérétiques qui ayaient abjuré leurs erreurs, y étalent de nouveau tombés, écrivit au roi pour qu'il avertît le comte de Toulouse de se tenir sur ses gardes. Considérant ensuite que les évéques étaient beaucoup trop occupés pour donner assez de temps à la recherche des hérétiques, il résolut de confier cette recherche aux firèr«s dominicains de Toulouse. 11 leur écrivit, au mois d avril 1233, pour les nommer inquisùeurs du royaume de France, les recommanda en cette qualité li tous les prélats du royaume, et principalement aux archevêques de Bourges, de Bordeaux, de Narbonne, d'Âuch, de Vienne, d*Arles, d*Âix et Embrun, et à ieurs suffragants. Il adressa de semblables lettres auiL comtes de Toulouse, de Fçix, et à tous les vicomtes, barons, sénéchaux de France, ainsi qu'aux capitouls de Toulouse, les conjurant de favoriser par tous les moyens possibles la sainte inqumtion.

Conformément aux lettres pontificales, Tévéque de Tournay se rendit à Toulouse, y érigea ce tribunal, et nomma grands inquisiteurs deux religieux de Tordre de saint Dominique, frère l^ierre Cellaui et frère Guillaume Arnaldi. Nous croyons nécessaire de reproduire ici un mémoire touchant les erreurs des albigeois, les pénitences qu*ou leur imposait, et la manière dont les inquisiteurs procédaient à leur interrogatoire.

Artides sur ksquds irreni les hérétiques modernes.

« l*" Ils disent que le corps de Jésus-Christ n*est pas au

» sacrement de l'autel, et qu il n'y a que du pain. 2^ ^out

TEMPS INTfiaMÉDUlEBS. 409

» prêtre qui est en état de péché mortel ne peut pas con- » sacrer. 3° L'âme de Thomme a est autre chose que le

> sang. ¥ La fornication n*est pas un péché. 5« Tous les« » hommes seront sauvés. 6° Personne n entrera au paradis

• avant le jugement. 7<> A cause du délai du payement, » Tusure n*est point un mal. 8^ L*excommunication est » uue chimère. 9"* Autant vaut se conièâser à un laïque » qu*à un prêtre. 10* La loi judaïque est meilleure que la » loi cliréticniie. 11° Ce n'est pas Dieu qia lait ce qui croît » sur la terre, c'est la nature, l^"* Le Fils de Dieu n a pris

> en la Vierge qu*une chair fantastique. IS*" Les pâques, » îa pénitence et les confessions n'ont été insiiluees par

• relise que pour obtenir de l'argent des laïques. W Le » prêtre qui est en état de péché mortel ne peut absoudre » personne, l^"" Aucun, évéque ne peut accorder des indul- 9 gences. 16** Tous ceux qui sont nés d'un légitime mariage » seront sauvés. »

Pèlerinages majeurs.

« Le tombeau des SS. Apôtres, Saint-Jacques en Galice, » Saint-Thomas de Cantorbéry, les Trois Rois à tk)logae. »

Pâerinages mineurs.

« Plusieurs sanctuaires de la Vierge, parmi lesciuels on » distingue Boulogne-sui^Mer, Roc-Amadour, Le Puy; Char- » très, Paris, Sainte-Madeleine en Provence, Saint-Gilles en » Provence, Saint^Guilhem du Désert, Saint-Antoine de

• Vienne, Saint-Martial, Saint-Léonard du Limousin, Saint* » Denis, Saint-Louis de Fiance, Saint- Vincent de Castres.

TBHrS IMTEUlÉDlàtlIES.

Interrogatoire des hérétiques,

« n faut d'abord avertir celui qui doit être examiné ^e*

» s*il se repent, il sera traité avec douceur. Sait-il quel est

• Tobjet de riuquisitioD. — A-t-il entendu parier des bé- » rétiques ou a-t-il assisté à leurs précbes. — A-t-il ajouté » foi k leurs discours ; a-t-il, avec réllexion, cru à leur euj> seignement — A-t-il avoué ses premières faiblesses. — » A-t-il connu les monitions que nous adressons aux héré- » tiques. — Croit-il qu il y a des bérétiques dans son pays«

> Connaît-il quelqu'un suspect d*hérésie. — Gonnaft-il quel- » qu'un dans son pays ou dans son village qui ait offert » asile aui bérétiques. — A-t-il reçu ou défendu un béré- » tique, et comment a-t-il appris qu'il Tétait. — Connatt-il

• quelque lieu de réunion des bérétiques ; y a-t-on prêcbé ;

> qui a assisté à ces prêches ; de quoi a-t-on parlé. — Ces » réunions ont-elles eu lieu de jour ou de nuit. — Qui cst- » ce qui a prêcbé. — A-t-on pris quelque repas, et quV » 1-0» mangé. — A-t-il mangé du pain béni par les béré- » tiques. — Qu'a-t-on apporté à ceux qui ^t^^ienl présents. » S*esMl confessé à un vaudois et a-t-il donné quelque cbose ■ pour cette confession. — A-t-il eiiibiassé un hérétique » en signe d'union. — A-t-il dit, en le saluant, BenedicUe.

> Lui a-t-il fait des salutations profondes. — L'hérétique » lui a-t-il imposé quelque pénitence. — A-t-il lait quelque

> legs ou donation aux bérétiques. — Saithil si on a iait » une collecte pour les hérétiques; a-t-îl participé à cette » collecte ; sait-il ce qu'il a donné, — A-t-il été appelé à

> rendre compte de sa foi. — A-t-il abjuré ou connaît-il

TBMtS limklitDUlUS. 444

» que quelqu'un l'ait fait. — A-t-il eu foi aux hérétiques,

• leur a-t-U servi de messager. — Qa*a-t-il choisi, la sus- » pension ou le feu. — S'il a choisi le feu, pourquoi. — » A4-ii cru que les hérétiques fussent de bons hommes, — » Artr\\ entendu quelqu*un nier un article de foi.— Estce » la crainte de la mort, ou celle des gens de bien, ou la » persuasion qu*il a eue qu'un autre révélerait ou ne révé- » lerait pas qui Ta porté k ces aveui. — Combla d'an- » nées a-t-il demeuré hcrélique. — Qui lui a enseigné m rhérésie et qui Ta apprise avec lui. — Â-t-il conduit les » hérétiques d'un lieu à un autre, a-t-il couché avec eux. » S'il a déjà prêté serment. — Savait-il que ceux qui cé- » laîent les hérétiques étaient excommuniés. — Â-t-il caché » des hérétiques. — Nous a-t-il dit la vérité. — A-t-il appris » à quelqu'un à nous répondre, et lui-même l'a-t-il appris s de quelqu'autre. — A-t-il pris la fuite pour cause d*hé- 1» résie, ou a-t-il engage les autres à la prendre. — S' est-il

• engagé avec les hérétiques à'ne rien révéler. (Il iàudra » rinterroger article par article.) — A-t-il rendu visite aux » hérétiques, et qui avait41 avec eux. (Il faut l'interroger » sur ce qui a été dit touchant les sacrements, les serments, » les divins offices, les prières pour les morts, le sacrifice » de la messe et les confréries.)

Interrogations pour ks sartiléges.

» Combien de sortilèges connaît-il touchant les choses » ou les animaux perdus, le recel des voleurs, les maléfi- » ces la manière de contracter mariage

» l'état des ames des morts reuchautemeut des

U% TEUPS mTE&MÉDUlRKS.

» fruits, des herbes, des laaières des habits, le traitement » des maladies, la cueillette des herbes le visage tourné » vers rorienl, les pèlerinages et les messes. (II faut sur- » tout l'interroger sur les superstitions qui pourraient s'être » glissées au sojet des sacrements, du culte divin, des tem- » [)lcs, des offrandes déposées sur Faute! pendant la lecture » de TEvangile, onze jours durant ; sur Teucbaristie gardée, » le chrême et Thciile volés, le baptême des images, la » bénédiction du pain et de Teau et les bénédictions nup- » tiales ; qui lui a appris toutes ces choses ; à qui a-t-il » appris à deviner, à enchanter, et cfMubien de fois

Interrrogatùm aux juifs.

» Gomment Vappelles-tu, où es-tu né, où as-tu vécu. — » Tes parents sont-ils ou ont-ils été juifs. — Quels sont » leurs noms, prénoms et domicile. — As-tu des frères ou

> des soeurs; quels sont leurs noms, prénoms et domicile. • Quels sont les alliés et leui's enfants. — Quelqu'un de ta » iamille est-il baptisé. — £s-tu juif ou chrétien. — Quelle » est la meilleure loi , et dans laquelle veux-tu mourir. — » Te crois-tu obligé de garder le serment fait sur la loi de » Moïse par la voix on le pied de Dieu. — Quelle peine

> inflige-t-on aux parjures. — Ta femme et tes enfants soiit- » ils baptisés, l'es-tu toi-même ^ quel nom t'as-t-on donné. » A-t-on baptisé d'autres personnes avec toi , quels sont » leurs ooms et où sont-elles. — Es-tu revenu au judaïsme,

« où, et par qui. — Quand as-tu rejudaïsé, et où

» Combien de temps es -tu demeuré chrétien. — Tes-tu » confessé, as-tu communié. — As-tu admis tout le sym-

TBMFS INTBBMÉDIAIBES. 113

» bele. — Tes-tu marié depuis que tu es chrétien. — Corn-

» ment s'appelle Ui femme. — As-Ui des enfants , sont- ils » ttapiisés. — Conoais-tu quelque chrétien qui judaïse^ et où. » Âs-ttt engagé quelque chrétien à judaïser »

Telle est la longue série des questions qui fut dressée

, par les inquisiteurs de Toulouse immédiatement après lérection du tribunal. Le respect que nous devons à nos lecteurs ne nous a pas permis de traduire ici certaines questions qui nous découvrent Vexcès des désordres auxquels s'abandonnaient les albigeois. 11 est certain que, dans leurs assemblées, ils se livraient k d'indignes parodies des plus augustes mystères et à d'ineptes monstruosités. On soumettadt ceux qui devaient être admis à des épreuves, telles que la suspension et le feu, et ces épreuves offensaient à la fois la raison, la religion et la morale. Gomme on le voit, Faction de Finquisition s*exerçaitnon seulement sur l'hérésie, mais encore sur la magie, sur les chrétiens qui judaïsaient, ou sur les juifs qui, après avoir embrassé ie christianisme, revenaient au judaïsme. La seule peine qu'infligeaient les inquisiteurs, en dehors des pénitences canoniques, était la prison perpétuelle, ainsi qu'il conste d'une lettre qu'écrivit Grégoire IX à tous les suffragants de la province de Narbonne ; in perpétua carcere detrudatis. Cette peine avait été établie contre les hérétiques par Tautorité des souverains et était devenue d'un usage universel. .

Après la nomination des inquisiteurs, plusieurs hérétiques furent recherchés et pris à Toulouse ; on se saisit de leur chef nommé Vigoureux de Bouconne (Yigorosus de Bacooia), qui fut brûlé vif. Ces terribles exécutions parais-

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