LIVRE XXVI
DEPUIS L*ABS0LI}7I0N DE RAYMOND VII, EN 1238, JIISQD*A LA MOftT Df CE PRINCE, EN 1249.
Nous venons de voir que Raymond VII avait envoyé à Rome une célèbre ambassade. Ces ambassadeurs avaient ordre de demander au pape : l"" Tabsolntion de rexcommu-* nicalion dont il était frappé ; 2'' de permettre d'inliumer en terre sainte lè corps de Rayinond VI ; 3"" d*être dispensé du serment de passer ûiiiic mer. Grégoire IX, sollicité également par le roi de France, envoya l'évêque de PalesUiue avec la commission expresse d*absondre le comte de Toulouse des censures qu'il avait encourues, et de le dispenser du serment de passer outre mer. Cette absolution solennelle fut donnée au comte vers le mois de juin 1238.
Il venait de se réconcilier avec TEglise lorsqu'il eut à terminer ton procès que les capitouls intentèrent à Pierred*Âlbs, prieur de la Daurade, au sujet du passage du pont. Ces magistrats prétendaient avoir droit à une portion des revenus. Le prieur affirmait, au contraire, que tous ces revenus lui appartenaient. Le comte nomma des juges qui décidèrent que les capitottls auraient part aux revenus, à la condition expresse que les réparalions du pont demeureraient à leur charge. Pierre d'Albs dont il est ici question avait un frère, ou du moins un parent du même nom, qui gouvernait
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alors Vabbaye du Mas-d*Âzil, et que nous trouvons sous
Tannée 1258 iurmaiit une alliance avec Févêque de Couserans. Celui de Toulouse, Raymond du Falgar, fit une convention avec Uaymond d'Aragon, prieur du monastère de Montferrat, à laquelle assista en qualité de témoin Guillaume de Sarrenta, abbé de Lézat. Arnaud de Roger succéda, yers la iiu de cette année, à Guillaume de Séguier dans le gouvernement de Tabbaye de Bonnefont. Nous le verrons bientôt élevé sur le siège de Commlnges.
Au commencement de Tannée suivante (1239), les professeurs de rUniversité de Toulouse écrivirent à Gui, év6que de Sora au royaume de Naples, en ces termes : «Maître » Loup» maître Pierre de Montlaudier, maître de Saintes, » agents procureurs et syndics de TUniversité des Maîtres de
• Toulouse; maître Sicard, ciianoine de Narbonne, maître > Amaldi, arcbidiacrede Lantar, professeur en cette univer- 9 versité : à Gui, évèque de Sora, salut et révérence. Nous » vous £aLisons savoir que le comte de Toulouse nous a soldé » Tarriéré de notre salaire jusqu'à la concurrence de cinq » cent sols morlanais, ainsi que lavait ordonné Votre Béati- » tude à Lavaur, en présence des parties intéressées. Ayez » la bonté d'écrire au comte que toute cette affaire est
• réglée.... »
Ces lettres nous apprennent que Gui de Sora était à cette
époque dans la province en qualité de légat du pape, et qu'il avait tenu une assemblée à Lavaur où il avait reçu les plaintes de lUniversité de Toulouse, et que le comte avait, sur la demande du légat, cédé à toutes leurs demandes. Ce légat renouvela en foveur de Raymond la sentence d'absolution relativement à rexcommunication dont il avait été
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frappé au sujet de l'abbaye de Moissac dont il avait usurpé quelques domaipes. Le comte Quêtait pas le seul qui s'emparât des monastères, puisque Raymond du Falgar se vit obligé d'ordonner à tous les archidiacres et archiprètres de sou diocèse de (kire restituer, sous peine de censures, à Tabbaye de Bolbonne tous les biens qu'on lui avait enlevés. La facilité qu'on avait de s'emparer des domaines de 1*Eg1ise engagea Comtors de Palmerio, àbbesse de Saint- Laurent de (ioujon, à demander à Pierre de Bordelles la confirmation de toutes les possessions du monastère situées auprès du château de Saiigède.
Raymond VU se trouvait, au mois de février 1259, aux environs du Rhône, puisqu'il y reçut Aymar II duc de Valentinois en qualité de vassal pour plusieurs châteaux du Vivarals. 11 était à Orange au mois de mai: il reçut là l'hommage et le serment de fidélité de Guillaume évèque de Carpeutras pour cette ville et le château de Malamorl. Nous le trouvons ensuite à Rhodez, où Vévêque et le chapitre lui cédèrent quelques châteaux; plus tard, àMillaud, où il confirma les coutumes de cette ville ; enfin à Gastelsarrasin, oii il reçut Fhommage de Bernard de Durfort pour certains domaines du Querci. On assure qu'il réveilla alors les droits de ses ancêtres sur le diocèse de Lodève, et qu'il fit occuper en son nom une partie du domaine de Tevéque.
Âu mois d'octobre, Raymond VU se rendit à Montpellier où se trouvait Jacques^ roid*Âragon, qui y fit un assez long séjour. Ce tut dans cette entrevue qu'il renonça à toutes ses prétentions sur laseigneurie de Montpellier. D'un autre côté, Vempereur Frédéric, qui était très irrité contre Raymond Bérenger comte de Provence, disposa d'une partie de ses
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£Ut8, 6l entr autres du comté do i orcalquier, en faveur dd eomte de Toulouse et de ses héritiers. Par^ce diplôme qui porte la date du mois d6 décembre 1239, il lui ordonna de continuer la guerre contre Bérenger.
L'abbaye d'Eaunes était alors gouvernée par Guarin qui avait succédé à Hugues II. Cet abbé fut choisi pour arbitre par Pierre de la Bénédiction-Dieu on Nizors pour terminer un différend qui s'était élevé entre l'abbé de Galers et de Bolbonne. ,
Obéissant aux ordres de Fempereur, Raymond VII . partit de Toulouse dans les premiers jours de l'année 1240, et déclara en partant quil tenait quitte Roger-Bernard comte de Foix des engagements quMl avait contractés vis-à-vis de labbé de Saint-Autouin de Pamiers. Ce dermer seigneur se présenta devant les inquisiteurs au mois de mars, et obtint l'absolution des censures donl i avait fr*appé l'évêque d'UrgeL Le passage du comte de Toulouse en Provence fut marqué par d'éclatantes victoires ; il s'empara du pont de Bonpas sui* la Durance, prit une vingtaine de places tant en deca qu*au delà du Rhône, et entr*autres le château de Trinquetaille situe dans l'île de Camargue, assiégea Arles, et battit complètement les Français qui étaient venus au secours du comte de Provence. Après avoir levé le siège d^Arles par l'intervention du roi de France, il se rendit dans le Venaissin , accepta la dignité de podestat ou de premier magistrat d'Avignon, et la céda à Gautier, vicaire-général de • Tempereur pour la province d'Arles. D'Avignon, Raymond VII arriva à Penautier, près de Carcassonne. Guillaume d*(Ilmeio, sénéchal de cette ville, vint l'y joindre et lui fit part d*une révolution qui venait d'éclater dans le pays.
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Cette révolution, dont le but avoué était de soustraire les peuples à Tobéissance du roi, avait à sa tête Trencavel, fils de feu Raymond-Roger, vicomte de Béziers. Après avoir traversé les Pyrénées, il forma une ligue avec les principaux seigneurs du pays et parut en armes dans les diocèses de Carcassonne et de Narboone, où il s'empara de plusieurs places importantes. Les prélats et les seigneurs se retirèrent à son approche dans la cité de Carcassomie. Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, s'y rendit aussi avec rarcbevêque de Narbonne. Du Falgar, (|ui était doué d*une rare éloquence, se rendait de temps à autre dans le bourg pour exhorter les peuples à se soumettre au roi. Quant au comte de Toulouse, il prit, comme on Ta dit, la route de sa capitale, où il se trouvait au mois d'août puisqu'il y reçut rhommage de Bernard et de Fortanier de Gomminges.
Ces deux seigneurs étaient tiis de Bernard de Comminges et de Blanche d*Hunaud de Lantar. Bernard eut cinq fils : Bernard, Fortanier, Ayraeri, Roger et Gaillard. Roger devint chanoine de Sainl-Eiieune, el Gaillard chanoine de Saint- Antonio de P^ers. n eut deux fiUes, Braïde et Navarre. Il choisit sa sépulture parmi les hospitaliers de Saint-Jean de Toulouse et leur légua son cheval de bataille et son armure.
Cependant Trencavel se ménageait des intelligences dans le bourg de Carcassonne. Du Falgar, qui observait avec soin toutes les menées secrètes du vicomte, assembla les bourgeois dans relise de Notre-Dame, et ayant exposé le saint'Sacrement et les saintes reliques, il les exhorta à demeurer fidèles au roi et leur lit prêter serment de fidélité à relise, ainsi quli ceux qui étaient dans la cité*
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Le 8 septembre, on reçut des lettres de Louis IX qui aiinoDçaieat des secours ; mais, dans la nuit, ceux qui étaient dMntelligence avec Trencavel Tintroduisirent dans le bourg. Il se préparait à donner Tassaut à la cité, lorsque Tarrivée de Tannée française le força à une prompte retraite vers le château de Montréal. Assiégé bientôt dans ce château, il ne dut qu'à ia médiation du comte de Toulouse et de celui de Foix de pouvoir sortir avec armes et bagages. Il repassa alors en Catalogue, ou il iixa son séjour.
Après 1 expédition de Trencavel, Raymond du Falgar, qui s*étaît montré plein de zèle pour les intérêts du roi de France, se rendit de la part du pape et de F archevêque de Vienne, son légat, à Fabbaye de Lézat, L'objet de cette mission était de redresser et de corriger les désordres qui s'étaient introduits dans cette abbaye par la mauvaise administration de son abbé, Bernard de Sarrenta. Peut-être le siège apostolique avait-il été informé de ces désordres par Piei i e d*Alb8,.prieur de la Daurade, qui à cette époque se trouvait à Rome.
Ce prieur s'y était rendu pour faire conârmer par le pape les privilèges de son église. Grégoire IX adressa d'abord une charte à labbé et aux religieux de Moissac, dans laquelle il déclarait que le village de Saint-Michel du Château, près de Toulouse, et Féglise qui y était attachée avaient été cédés par l'abbé de Cluni au monastère de la Daurade pour rétablir le culte divin. Le pape confirma cette dernière maison dans la possession de ce lieu connu aujourd'hui sous le nom de Château Saint-Michely et situé sur la rive gauche de la Garonne.
Dans une seconde charte, le pape ooniirma tous les pri-
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Viiége$ qui avaient été accordés et les donations faites k
ce monastère. On trouve dans cette charte la nuuieucialure de tous les biens de la Daurade, qui sont : la juridiction temporelle sur le bourg de Saint-C> pi ien et le cloître de Sainte-Marie ; les chapelles de Saint-Michel, de Sainte- Marie de la Daltuule, de Saint-Nicolas, de Saint-Pierre et Saint-Martin, de Sainte-Marie de Baragnon et de Saint- Jacques; les hospices de Sainte-Marie de la Grave, de Bernard Novail, de Saint-Jacques et de Barag[non avec toutes leurs dîmes et dépendances, ainsi que divers clos désignés par le pape; les églises de Sainte-Marie du port de Blagnac et de Saînt'^Michel de la Cour-Severin. Grégoire désigne ensuite les biens situés dans le diocèse de Toulouse, savoir : Saint-Àmans sur Muret, Saint-Saturnin de BelberauU, SainL-Eleuthère ou Lothier de MuuLlaur, Saint-Loup, Sainte-Livrade, Saint-Julien de Villaudric, Saint-Sulpioe de la Celle, Saint-Salvi près d*Âl2onne, le monastère et le domaine du château Saint-Michel, Fraissinet près de Cornebarrieu, Saint-Avit de Fronton, Labége, et quelques autres. Le pape entre ensuite dans le détail de toutes les exemptions qu'il accorde au monastère touchant la profession religieqse et les sépultures. Cette charte porte la date de 1240, et est signée par huit cardinaux de la sainte Eglise romaine.
L*abbaye de Grand-Selve reçut à la n^me époque des biens considérables, soit eu leudes, soit en péages, de la libéralité d*un seigneur do pays, Âmanieu de Libret. Raymond Bertier goUvernaiL œ monastère. H mourut peu de t(;mps après, puisque dans le chapitre générai de Citeaux qui fut tenu cette année, Fabbé de Fontfroide fut élu pour Grand-'