‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 101 sur 190 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Scytbie et la Mésie inférieure avaient, sur les rives de la Médilerranée, des chrétientés florissantes comme celles de la Grande-Bretagne. En Macédoine, Thessalonique, Philippe, Beroë, églises apostoliques, n'avaient p^ dégénéré, au troisième siècle, de leur ferveur primitive. Athènes, cette capitale de l'ancienne civilisation grecque, Byzance, destinée à devenir la reine d'un empire nouveau, étaient depuis longtemps conquises à la foi.

3. L'Orient offrait le même spectacle de foi et de fécondité religieuse. De Jérusalem, berceau du christianisme, la doctrine de l'Évangile s'était répandue dans toutes les villes de la Palestine, de la Phénicie et de la Syrie. Les noms de Césarée de Palestine, de Tyr, de Sidon, dePtolémaïs, de Béryte, de Tripoli, de Bibles, de Séleucie, d'Apamée, d'Hiérapolis, de Samosate et, par-dessus tous, celui d'Antioche, rappellent autant d'illustres et grandes églises. Dans l'Arabie romaine, Bosra, dans l'Osroène, Édesse, la capitale, avaient de bonne heure reçu l'Evangile. Dans la Mésopotamie et la Chaldée, les chrétientés d'Amide, de Nisibe,de Séleucie et de Ctésiphon étaient célèbres. L'Asie-Mineure, évangélisée par saint Paul, avait ses sièges illustres d'Éphèse, de Laodicée, de Pergame, de Philadelphie, de Thyatire, de Tarse, de Mopsueste, de Smyme, d'Iconium, de Myre, de Hilet, d'Antioche de Pisidie, de Corinthe, de Nicée, de Chalcédoine, etc. Les îles de Crète, de Chypre et de l'Archipel étaient remplies de chrétiens. L'Arménie, la Perse elle-même, malgré les persécutions fréquentes qui s'y élevaient contre le christianisme, comptaient de nombreuses et florissantes chrétientés. L'Egypte, évangélisée par saint Marc, qui y fonda le siège patriarcal d'Alexandrie, envoyait au concile de Nicée les évéques de Naucratis, de Phténote, de Pélusium, de Panéphyse, de Memphis et d'Héraclée. La Thébaide, qui devait être si féconde en exemples de sainteté, comptait, au troisième siècle, pour églises épiscopales, Antinoé, Hermopolis et Lycopolis. Ptolémais était la métropole de la province de laPentapole, qui comptait de nombreux évéchés.

4. On le voit, le tableau des conquêtes du christianisme, au troisième siècle, embrasse toutes les contrées du monde connu. Une extension si rapide a frappé les historiens les plus hostiles à l'Église. Ils ont cherché à expliquer le fait par des causes purement naturelles.

310 HISTOIRE GÉNËllALË DU l' ÉGLISE.

Us ont prétendu que les persécutions, suscitées, dans les trois premiers siècles, contre les fldëies, étaient loin d'avoir i^s c^ractèr^ç d'universalité, de persévérance et de cruauté que nous leur attribuons. Cette dernière objection, devenue le mot d'ordre de la philosophie du dix-huitième siècle, ne trouverait plus aujourd'hui de croyance chez un esprit éclairé, Les faits sont trop éçlaUints, trop nombreux, trop avérés pour qu'on puisse les contredire d'une manière aussi flagrante. Aux jeux d'un observateurde bonne foi, la propagation du christianisme, au sein d'une société, où, pendant trois cents ans, le nom de chrétien fut un crime capital, ne peut s'expliquer, qu'en admettant la divinité de sa doctrine et de sa mission. On l'a vu, en effet, tout était obstacle à sa diffusiop. Le polythéisme, eiu-aciné dans les mœurs, les habitudes, les croyt^nces, la littérature, la législation, la vie privée et publique, disposait de toutes les forces, ralliait toutes les sympathies, commandait le respect et imposait la soumission. Malgré son impuissance morale, malgré l'incrédulité des classes éclairées, ce n'eu est pas moins un fait, qu'aux premiers temps de l'Église, la grande masse des peuples se trouvait liée, par un vieil attachement héréditaire, au culte des idoles. L'Ëvangiie n'avait pas seulement à combattre les impressions si fortes du premier âge, l'éducation §t les préjugés polythéistes sucés avecle lait: le polythéisme lui-même était regardé comme la religion primitive, dont la nuit des temps cachait l'origine, et sous l'influence protectrice de laquelle s'étaient formées les familles et fondés les empires. Dans le monde romain, le culte des Dieux et les institutions qui eu faisaient partie étaient liés au système de l'état, de la manière la plus étroite, et portaient, au premier degré, une empreinte politique. Le centre de l'empire, la ville aux sept collines, était elle-même l'objet d'un cuite religieux. La croyance aux divinités de l'empire était tellement iden- ViiïéQ aux sentiments du patriotisme, qu'il semblait qu'on ne pût abandonner l'une sans violer les autres. Attaquer des traditions affermies par les lois de plusieurs siècles, confirmées par la majesté victo* rieuse et par l'unlverselh domination de Rome, c'était se rendre coupable de haute trahison, ébranler l'état jusque dans ses fondements, et se déclarer l'ennemi de la chose publique. Telle était la manière de penser, profpndéiQent enracinée e-t généralement répan-

4yet cpoto^ l^tfuell^i g^imae contre up mur d*airain. semblaient devoir 8e briser tous Iqs eSoT\^ de^ ipessagers de TEvangile. Â ces 0b6t^|eS| eUrinsèQueâ à la religipi) chrétienne, se joignaient ceux qui Qai96aiant intrinsèqif^iQept de la sévérité de sa morale, de l'austérité de ses dogmes, et du mystère qui enveloppait son culte. Cdui qui» à cette éppque, embrassait sjncèrement la foi de J^us- Christ, oe bannissait en quelgiie spf tp 4^ 1& ^^^ civile, du monde tout entier, tel que rayait façonné le paganisme. U ne pouvait plus prendre part aqx pérémonies publiqMeç» placées toutes sous TinvocatioB des Dieux, aia spectacles, aux jeqx favoris de la foule, aux combats sanglants des gladiateurs. Il était exclu des fêtes et des réjouissances solennelles, où le^ empereurs faisaient distribuer la chair des victimes; ils étai^nt exclus dps repas de famille pu de corps, tous précédés de Ubatipps aux idoles. }^ vie chrétienne apparaissi^it ainsi aux païens, comme un farouche esprit d'isolement, portant à la haine de la société. Pour peu qu*on se rappelle Fespèce de frénésie avec laquelle la masse du peuple courait aux rep(*ésentations du cirque et aux luttes de Tarène, on n'aura pas de peiiie à coipprendre )a parole de Tertullien : « L'idée d'être pbligé de re- € nonper aux plaisirs, aux sensualités, aux passions du siècle, < éloigne plus du christianisme que la crainte d'être condamné à € mort pqur l'avoir embrassé, » — I^e dogme de l'unité de Die^i ouvertement professé par les fidèles, et faussaneptiiaterprété par les païens, feisaii tenir les chrétiens pour contempteurs de tpiite re^igiop et même pour athées. Les païens adoptèrent d'autant plu^ volontieirg cette accusation, que les chrétiens ne déguis^ent nuUemppt ]e^T mépris pour tofit ce qui, selon les idéps idplâtriques, éta|^ upe expression du culte, et qu'on ne remarquait che^ eux rieo d*analogue. L'appaiition du christianisme soulevait donc la haine popula^r/s conte une s&ote ûnpi^ , sons Dioux, sans temples et sans autels* Imbue de l'opinion que les chrétiens étaient des ati^ées, (st que ce|; hommes, sur lesquels planait la colère du ciel, devaient être exterminés, la mpUi4ud0 priait» tout d'upe voix, aux «magistrats et apx gouverneurs : liptrwèJkmjçl (Extermine!: les athées). F)us les chrétiens étaient obligés de tenir leurs léunions en secret et pendant L| nuit, plus les païens accueillaient avec facilité la calomnie, d^#

très-bonne heure répandue, qu*il se commettait, dans ces assemblées, des crimes horribles et contre nature. Un enfant, couvert de farine, disait-on, est présenté au néophyte que Ton va initier; cehiici, sans savoir ce qu*il fait, le perce à coups de couteau; ensuite on se passe, dans une coupe, le sang de Tenfant égorgé; on se partage ses membres comme nourriture, et Ton se lie ainsi par un commun sacrifice. Cet horrible festin était suivi de scènes d*orgies et d'inceste indescriptibles. L'accusation d'anthropophagie avait pris naissance, nous l'avons déjà fait observer, dans les idées défigurées que les païens s'étaient faites de l'Eucharistie '. Le buser de paix que les chrétiens se donnaient avant la fraction du pain; le nom A'agapes (dilection), consacré pour les repas communs qui suivaient les assemblées, furent l'innocente origine des affreuses calomnies d'incestes et de crimes contre nature. Plus tard, nous l'avons remarqué, l'affreuse dissolution des Gnostiques sembla autoriser les païens à étendre à la religion chrétienne, dans son ensemble, les griefs qui ne tombaient que sur des sectes répudiées par tous les fidèles. £n réunissant ainsi, comme en un faisceau, tous les motifs de haine du paganisme contre l'Église, on se rend facilement compte de l'explosion générale de vengeances, de persécutions, de cruautés, qui ensanglantèrent les trois premiers siècles. Ce que les empereurs proscrivaient par politique était l'objet de l'exécration populaire : et jamais un sentiment d'indignation contre tant de flots de sang, de tortures gratuites, de supplices inouïs, n'éclata parmi la multitude qui se rejouissait au contraire de voir mettre à mort les ennemis des Dieux et des hommes.

5. Pour lutter contre tous les obstacles que lui opposaient les intérêts, les passions, les préjugés, les habitudes et les sup^^titions réunis, l'Église n'employa jamais d'autres armes que la puissance même de sa doctrine, qui se ralliait des sectateurs dans le sein même de ses bourreaux. La vie exemplaire des chrétiens, le calme de leur

« Qu'on nous permette, à ce sujet, de remarquer que ces calomnies sont une preuve irréfragable de la foi des premiers chrétiens à la pré' sence réelle et à la transsubstantiation, niées de nos jours par les sectes protestantes,

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