‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 103 sur 190 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

pleine ne sont que des enchantements et des prestiges sans réalité. Sa doctrine, mélange absurde des vieilles traditions judaïques, jointes à quelques préceptes moraux professés depuis longtemps par les philosophes grecs, ne supporte pas Texamen des esprits éclairés et sérieux. Les adeptes de cette doctrine nouvelle se recrutent dans les rangs les plus infimes, et parmi la classe la plus ignorante de la société. « On voit, dit-il, dans les maisons particulières , des hommes « grossiers et ignorants, des ouvriers en laine, des tisserands , qui se « taisent devant les vieillards et les pères de famille. Mais rencon- « trent-ils à Técart quelques enfants, quelques femmes, ils les endoc- « trinent ; ils leur disent qu*il ne faut écouter ni leurs pères ni leurs « instituteurs ; que ceux-ci sont des esprits étroits, incapables de « goûter la vérité. Ils excitent ainsi les enfants à secouer le joug ; ils « les engagent à se rendre dans quelque souterrain , ou peut-être « dans la boutique d'un foulon ou d'un cordonnier, pour y entendre « les docteurs de la science nouvelle, et apprendre ce qui est parfait. « A leurs autres folies, ajoute-t-il, ils joignent la prétention absurde « de voir leur superstition devenir, un jour, la foi générale du < monde. Mais quel homme de bon sens regardera comme possible « que tous les peuples de la terre, grecs et barbares, se soumettent « jamais à une seule et même croyance» à un seul et même culte? » Ce qui paraissait impossible au philosophe paien, n'en devint pas moins le fait plus éclatant et le plus avéré. Et son témoignage fait ressortir davantage le miracle du triomphe de TÉvangile, à travers toutes les impossibilités et tous les obstacles. — Porphyre, né à Batanée, en Syrie, Tan 233, disciple de Plotin, et sans contredit le premier philosophe païen de son temps, marcha sur les traces de Celse. Il écrivit en Sicile quinze livres contre le christianisme, qui furent «ouronnés par les païens du surnom de Divins. Les évêques et les docteurs les plus considérés, Méthodius, ÂpolUnaire, Ëusèbe, lui opposèi'ent leurs réponses. Ces réfutations sont malheureusement toutes perdues, comme l'ouvrage lui-même, dont on peut néanmoins reconnaître, en partie, la marche, par les passages que les Pères en citent à l'occasion. Porphyre s'attaque surtout aux livres de l'ancien et du nouveau Testament, dans lesquels il veut trouver des contradictions, des absurdités, des invraisemblances ou des impossibilités.

Il s'applique avec un soin particulier à combattre les prophéties de Daniel, qu*il prétend n'avoir été écrites qu'après les événements qu'elles annoncent. Voici quelques-unes de ses autres objections : Jésus-Christ se disait fils de Dieu, cependant il a détruit les sacrifices de Tancienne loi, qui avaient été établis par Dieu. Dieu ne peut pas ainsi se condamner lui-même. — Il n'y a aucune proportion entre le péché, commis dans le temps, et un châtiment éternel. La loi chrétienne, qui a pour sanction des peines sans fin, est donc une loi monstrueuse. — Si le Christ est l'unique voie du salut, comme le prétendent les fidèles, pourquoi est-il venu si tard? — Les miracles opérés au tombeau des martyrs ne sont, aux yeux de Porphyre, que des enchantements magiques ou des illusions des démons. — La question des miracles était celle qui embarrassait le plus l'argumentation hostile des philosophes. C'est une chose remarquable qu'aucun d^eux ne cherche à les nier. Tous leurs efforts tendent à les expliquer, d'une manière plus ou moins ingénieuse, jamais à les révoquer en doute. Jamblique, né àChalcis, en Célésyrie, vers la fin du troisième siècle, philosophe néoplatonicien de l'école de Porphyre, tourna toutes les ressources de son esprit à découvrir une solution satisfaisante à cette difficulté. Il nous reste de lui une Vie de Pythagore , dans laquelle il enseigne les moyens de communiquer avec la divinité ou avec les démons, et prétend avoir trouvé le secret de faire des miracles. Pythagore est présenté, dans cet ouvrage, comme un thaumaturge aussi puissant que Jésus-Christ, et arrivé parla connaissance des mystères théurgiques, à ce merveilleux résultat. Mais la tentative la plus audacieuse, en ce genre, fut hasardée par le rhéteur de Lemnos, Philostrate, sous le règne de Septime-Sévère (496-244), dans sa BtojrrapAte d'Apollonius de Thyane. On conçoit,jusqu'à un certain point, que le nom de Pythagore, déjà environné, dans l'ombre des âges , d'une auréole mythique, ait pu être jeté par Jamblique à l'admiration d'un siècle éloigné, où il n'était guère possible de vérifier les fables dont on entourait cette mémoire. Mais Apollonius de Thyane était mort, l'an 97 de l'ère chrétienne, et le souvenir de ses impostures était encore récent dans une génération presque contemporaine. Quoi qu'il en soit, le héros de Philostrate apparaît, dans cette apothéose, comme une manifes-

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talion de la divinité sur la terre, semant les prodiges sur ses pas, commandant aux éléments, voyant à travers les espaces , conversant avec les esprits, pr^îsant l'avenir et le racontant avec les détails d'un historien, et non plus avec la concision d'un prophète. Après ses nombreuses aventures, et des pérégrinations dignes de l'Odyssée, il est accusé, près de Domitien, par un de ses disciples, le cupide Euphrates. Sans s'émouvoir du péril qui l'attend, il se rend à Rome, prédit sa mort, est abandonné par les siens à l'heure du danger. Horriblement torturé par ordre de Domitien, il est laissé pour mort; et, plus tard, apparaissant à un de ses amis, il le somme de le toucher pour le convaincre qu'il vit encore, et qu'il n'est point une ombre sortie des enfers. Tel est l'évangile de ce Messie de Philostrate. Les philosophes du xvtii* siècle ont cherché, à leur tour, à exhumer sa mémoire, pour l'opposer à la divinité de Jésus- Christ. Mais, ou Philostrate dit vrai, et alors pourquoi le monde n'adore-t-il pas Apollonius de Thyane? ou Philostrate n'a écrit que des fables, et alors pourquoi réveiller du sommeil des siècles le nom d'un imposteur, qui n'a pas eu le talent de se survivre dans un seul disciple? Hiéroclès^ ce gouverneur de Bithynie sous Dioctétien, dont nous avons vu l'acharnement à poursuivre les fidèles, dans la dixième persécution, n'omet point l'objection d'Apollonius de Thyane, dans ses hypocrites Discours de vérité , adressés aux disciples de Jésus-Christ : « Les chrétiens , dit-il , « vantent toujours leur Jésus d'avoir rendu la vue à quelques aveu- « gles, et d'avoir opéré d'autres choses semblables ; mais nous pos- « sédons plusieurs hommes distingués, auxquels nous attribuons,, « avec beaucoup plus de droit, de pareils prodiges et de plus grands « encore; ainsi, outre Aristée et Pythagore, Apollonius de Thyane a « spécialement accompli de grandes et merveilleuses choses. Ajoutez « que les faits de Jésus ont été racontés par Pierre et par Paul, et « par d'autres hommes de cette espèce, des jongleurs et des impos- « teurs grossiers, tandis que les motifs les plus purs ont porté des « hommes très-éclairéset amis de la vérité, tels que Maxime, Damis « et Philostrate, à signaler les actions d'Apollonius. » On ne songerait qu'à l'ineptie de telles paroles, si l'histoire ne nous montrait la main qui les traçait, couverte du sang de' tant de nobles victimes,

dont Hiéroclès insultait la foi, en même temps qu*il tenait le glaire levé sur leurs télés,

7. Daiis le temps même où parurent les premiers édits des païens contre les chrétiens, ceux-ci commencèrent, de leur côté, à publier dos apologies destinées, soit à inspirer aux empereurs et aux gouverneurs des procédés plus doux à Tégard des fidèles, soit h faire pénétrer, dans les esprits cultivés, de meilleures notions du christianisme méprisé et méconnu, soit enfin à dévoiler les parties vulnérables du polythéisme, et îi justifier, chez les disciples de la religion nouvelle, leur éloignement de la religion de TÉtat. Les premiers écrits de ce genre, pi*ésentés, l*an 131, à Tempereiir Adrien par Quadrat et Aristide, sont perdus, de même que Ceux de Miltiade, d'Apollinaire d*Hiêrapolis et de Méîiton de Sardes. Nous avons parlé, à leur date, des apologies de saint Justin, de Tatien, de ïertullien, de Clément d'Alexandrie, d'Origène. 'foutes les objections de la philosophie, tous les sophismes et les préjugés du polythéisme, sont complètement réfutés, dans les ou\Tages de ces apologistes. La vérilé y est vengée de toutes hîs calomnies, exposée de bonne foi, appuyée sur des faits, dégagée des nuages, dont la passion et Tignorance cherchaient à l'obscurcir.

8. Ce n'était pas seulement contre les atlaques du dehors que l'Église avait à se défendre. A peine constituée, elle avait vu naître, dans son sein, des adversaires , d'autant plus dangereux, qu'ils se servaient, contre elle, d'armes qu'ils lui avaient en quelque sorte empruntées. Nous avons fait remarquer, en parlant des hérésies, leur nature diverse. Nées d'abord de l'esprit judaïque, qui voulait s*implanter dans la doctrine de l'Évangile, et survivre à sa défaite en s*i;nposant h son vainqueur, elles ne soulevèrent, à l'origine, que des quoî^tions cérémonielles. Telles furent les erreurs deCérinthe et d'Ebion. Le paganisme, à son tour, voulut faire irruption dans l'ÉiïUse. tl enfanta les diverses sectes gnostiques, qui, de Simon le Magicien à Valentin, se multiplièrent sous tant de formes, et dont nous avons donné un résumé assscz explicite pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir ici. L'âge de la force et de la floraison du gnosticisme ne dura guère plus de cent ans. Vers la fin du troisième siècle, il était en pleine dissolution. Le manichéisme, qui renouvelait

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une partie ùe ses erreurs, lui succéda. Le dualisme des pHncipes, rantagonisme ehtré la matièi^ et l'esprit, forment la base de la doctK&e de Manès, qui se résout au fond dans le vaste abîme du pan- • théisme. Pour que cette importation du système religieux de l'Inde s'accoitamodàt mieux au génie occidental, Manès essaya d'y rattacher uhe série d'éttiaiialions , qui reliait son hérésie au gnosticisme. L'Afrique fut la première infestée par les erreurs de Manès, qui se rét^atldirent, avecutte grande rapidité, dans toute l'étendue de l'empire. Ifotis avons vu, qu*en 296, l'empereur Diocléti^ porta contre les ttiatiiché^s une loi très-sévère. Cotnme ils venaient dé la Perse, ennemie de Rome, et qu'ils formaient une secte dangereuse, qui devait faire craindre l'introduction dans Teinpire des abominables Usages et des lois incestueuses des Perses, la loi statuait que leurs chefs seraient brûlés, les autres dé<;apitcs, et ceux d'uti rang plus distingué transportés dans les mines, après avoir été dépouillés de lears biens. Sous le coup de ces terribles édits, le manichéisme ne lârdâ pas à s'éteindre, et ne conserva plus que des secMres isolés, sans union, sans corps de doctrine et sans communication entre êax. Il n'est donné qu'& la vérité de triompher, à ciel ouvert, dans l'arène des persécutions sanglantes. Dioclétien publia, contre la i-eligion catholique, de^ édits plus cruels encore que contre les manichéens. Le catholicisme sortit vainqueur d'une lutte oà le manichéisme succomba sans retour.

Outre les grands systèmes d'hérésie dont nous venons de parler, la première époque de l'Église vit s'élever des sectes qui ne s'attaquaient point à tout l'ensemble de la doctrine, mais seulement h quelques dogmes particuliers. Ceux de la Trinité, de l'Incarnation, de la Réflemption, se trouvèrent le plus souvent mis en question par les hérésiarques des premiers siècles, sous des formes et à des titres di\'ers. Les uns, animés de dispositions radicalement antichrétiennes, niaient directement la divihité du Rédempteur, et, par là, la Rédemption elle-même. Contre eux, l'Église dut défendre la divinité de Jésna-Christ, comme elle avait défendu son humanité contre les Gnostiquee. D'autres enseignaient, à la vérité, une union de la divinitf avec Jésus-Christ; mais, rejetant ladistinètioh dés pérsohnes, et ne voulaBt voir dans les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit, que

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les divers aspects d'une seule personne divine, ils disaient (pie le Verbey qui s*était uni au Christ, était ce Dieu unique lui-même, ou le Père. Nous avons signalé dans leur temps les noms et les tendances de chacun de ces hérétiques, dont la génération, commençant à Praxéas,et aboutissant,au quatrième siècle, à Ârius, ne fit, dans Tintervalle, que renouveler des attaques diverses, qui toutes aboutissaient, en dernière analyse, au même point, la négation de la divinité de Jésus-Christ. Comme si aucun genre d'attaques n'avait dû manquer à l'Église naissante, pour qu'en résistant à toutes elle donnât mieux la mesure de la force divine qui la soutenait, les schismes longs et opiniâtres de Félicissime, Novat, Novatien, etc., lui suscitèrent de nouveauxembarraset de nouveaux périls. Dans la lutte engagée avec tant d'ennemis, les Pères et les docteurs en appelaient sans cesse à la tradition, comme règle infaillible de la foi. La doctrine catholique étant une doctrine révélée, il n'appartient à aucun esprit humain de la refaire dans le sens de ses propres inspirations. Elle est et doit rester ce qu'elle a été toujours. Chaque homme, à chaque instant, sans descendre dans les détails de la controverse, peut discerner la vraie foi d'avec les systèmes faux et arbitraires des hérétiques, en interrogeant cette règle générale et infailUble de la tradition catholique, qui condamne, d'avance, tout système nouveau, et portant le nom d'un homrile. Tous les Pères en appelaient à cette tradition, évangile vivant complétant l'Évangile écrit. Ils montraient la nécessité de croire à l'Église, et à elle seule, sous peine de flotter au hasard des opinions humaines, à tout vent de doctrine. Et cette démonstration suffisait pour prémunir les fidèles contre les dangers d'une propagande dissidente. Mais ils ne se bornaient pas à cette réfutation générale, et nous avons vu chaqueerreur particulière trouver, dans les écrits des docteurs catholiques, de savants et courageux adversaires. 9. Le gouvernement de l'ÉgUse, fondé sur le principe d'unité, dans la suprématie des Pontifes romains, se perpétuant dans une hiérarchie toujours vivante, présentait un obstacle invincible à l'envahissement de l'erreur. Nous avons montré, dès la fin du premier siècle, l'action incessante et souveraine de cette autorité visible, véritable pierre contre laquelle les portes deVenfer ne prévaudront jamais. Pour consacrer la succession des Pontifes par des monu-

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