CHAPITRE PREMIER
exempte de reproches. Aussi la période de son lûstoire, qui touche à ces faits, D*est pas toujours aussi impartiale qu'on le pourrait souhaiter. A part cette tache, Eusëbe a rendu un éminent service en conservant à l'histoire les monuments précieux de TÉglise primitive. Ce travail sur la reMgion chrétienne, dans son passé, peut être regardé comme le complément du grand ouvrage de la Préparation et de la Démonstration évangélique. Eusèbe était un historien infatigable. Pour mieux embrasser les faits de Thumanité tout entière, et les relier au christianisme qui remonte, du Sauveur par les prophètes, Moïse et les patriarches, jusqu'à Adam, qui fut de Dieu\ pour dévoiler le but providentiel des empires terrestres, qui aboutissent tous à Tempire divin et éternel de Jésus-Christ, il composa sa Chronique, ou tables d'histoire universelle, depuis le commencement du monde, année par année, jusqu'à son temps. C'est le plan que, des siècles plus tard, Bossuet développa si magnifiquement dans son immortel chef-d'œuvre : le Discours sur l'histoire universelle. Eusèbe profita, pour l'exécution de sa Chronique, des travaux analogues de Justin de Palestine, Clément d'Alexandrie, Tatien de Babylone, Théophile d'Antioche, Jules Africain, qui avaient traité ce sujet avant lui.
5. Pendant que lés docteurs soutenaient ainsi la foi chrétienne, de leur érudition et de leur éloquence, Dieu multipliait, dans le désert, une génération de pieux solitaires, qui la faisaient respecter davantage encore, par leurs miracles et le spectacle de leurs vertus'. La simplicité de leurs mœurs, leur attachement inviolable aux maxi> mes et aux lois de l'Eglise devaient faire aussi, plus tard, des monastères, un rempart assuré contre les séductions de Thérésie et de l'erreur. Toutes les haltes de saint Antoine, dans les rochers des solUudes, avaient été marquées par la fondation de saintes retraites, que Fardente piété de ces heureux âges avait bientôt remplies. Le saint Patriarche s'était fixé, en dernier lieu, sur le mont Colzim, depuis appelé Mont Saint-Antoine, à une journée de la mer Rouge. Les animaux du désert respectaient ses travaux, et les champs qu'il avait cultivés. Dieu renouvelait pour lui le miracle du rocher de Moïse, et faisait jaillir, sous ses pas, des sources d'eau vive. Les malades accouraient en foule recevoir leur guérison, par le secours de ses
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prières. Des philosophes païens venaient Tinterroger, et remportaient le trésor de la yraie sagesse, qu'ils avaient trouvée dans les réponses de cet ignorant sublime. — D'autres solitudes se peupUûent d'autres saints. Ammon, d'une famille noble et richOi venait de condure, pour plaire à ses parents, une illustre alliance. Le jour même de ses noces, il lut à sa jeune épouse l'éloge que fait saint Paul de la virginité, et lui persuada de vivre, d'un conHnun accord, dans la continence parfaite. Après dix-huit ans de cette vie angélique, la mort de ses parents permit à Ammon de se retirer sur la montagne de Nitrie, oA, sous la direction de saint Antoine, il passa vingt^eux années dans la pratique de toutes les vertus, fonda un grand nombre de monastères et acheva en paix une carrière dont le ciel avait béni tous les jours. — L'attrait delà solitude exerçait son influence dans tous les rangs de la société. — De jeunes soldats enrôlés de force, pendant la guerre de Maxence et de Constantin, débarquaient, un jour, à Thcbes, en Egypte. Ils étaient enfermés comme des prisonniers, et traités avec une rigueur excessive. Des inconnus les abordent, les saluent comme leurs enfants, les consolent et leur procurent tous les secours qui sont en leur pouvoir. Un dfis soldats demanda qui étaient ces hommes bienfaisants. On lui apprit que c'étaient des chrétiens qui vivaient dans la retraUe, la prière. et l'exercice de la charité. Le jeune soldat se nommait Pacome. Ce souvenir fut fécond dans son coeur et y porta des fruits de salut. Sa carrière militaire achevée, il revint aux montagnes de la Thébaîde, frapper à à la porte de la cellule du saint ermite Palémon. « Du pain et du sd « font toute ma nourriture, lui dit le vénérable vieillard, je passe la
< moitié de la nui t à chanter les psaumes ou à méditer les saintes Ém-
< tures. »Pacôme, quoiqu'intérieurement effrayé d'une telle austérité, répondit : « J'espère de Notre-Seigneur Jésus^Christ que, sou- « tenu par vos prières, je persévérerai, jusqu'à la mort, dans ce genre € de vie.» Il tintpafole. Après un noviciat de pluaieurs années, il se rendit, avec Palémon, dans le vaste désert de TabenBe,au diocèse de Tentyra, au Dendérah, b&tit plusieurs monastères auKquds il donna une règle, et où l'on comptait, avant sa mort, jusqu'à sept mille religieux. — Dans le même temps, Hilarion, deGaza en Palestine,, dont la jeunesse studieuse donnait les plus belles espérances, a]^nt entendu