‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 112 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

onze ans. Eusèbe de Césarée, panégyriste exagéré de Fempereur, ne croit pas devoir mentionner ces détails. Mais l'histoire ne peut pas plus être une satire qu'un éloge à jpriori; avant tout, et autant que la faiblesse des jugements humains le peut permettre, elle doit être et rester la vérité. Sur l'accusation calomnieuse de Fausta, sa seconde femme, et sans se donner le temps d'examiner mûrement les faits, Constantin fit mourir l'aîné de ses propres enfants, le digne élève de Lactance, le César Crispus, ftgé à peine de vingt-cinq ans, dont Eusèbe lui-même fait l'éloge, et qui venait de s'illustrer par une victoire navale. Peu après, il découvrit que le j^ine prince était innocent, et qu'il avait été victime des artifices de sa marâtre. Fausta fut alors, par son ordre, étouffée dans un bain de vapeur. Sans doute, dans cette déplorable circonstance, Constantin fut encore plus malheureux que coupable. La loi romaine qui mettait les enfants, la femme, la famille tout entière à la discrétion de son chef, absolvait sa conduite au point de vue du droit alors en vigueur, mais la loi des décemvirs n'était point la loi de Jésus-Christ, ni même celle de rhumanité. — Les titres d'Éternité, d'adoration, introduits dans rétiquette de la cour impériale, par l'orgueil des princes idolâtres et l'adulation impie des courtisans, ne furent point abolis par Constantin. La vanité est le dernier sentiment qui meurt au cœur de l'homme, et il faut toute la puissance des sacrements et l'eflScacité de la grâce, pour la combattre victorieusement. Ces faits, tout regrettables qu'ils soient dans la vie de Constantin, ne peuvent cependant faire oublier la gloire dont il se couvrit, parles sages et chrétiennes institutions dont il dota l'empire; et les écrivains qui ont pris à tâche de faire rejaillir sur tout son règne l'odieux de ces faits particuliers, ont trop obéi à la passion du dénigrement, non moins iigusteet plus odieuse que celle du panégyriste outré. Ils poursuivaient surtout, dans Constantin, l'empereur qui avait fait le premier monter le christianisme sur le trône.

1 0. Le mouvement religieux, favorisé par Constantin, blessait tirop d'intérêts et de préjugés, pour qu'il ne donnât pas lieu à une réaction de la part du paganisme expiVant. Licinius, empereur d'Orient, se fit le chef de ce mouvement rétrograde. Après, avoir publié quelques édils où D attaquait, mais avec une certaine me^sure, la religion de I. 22

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lésus-Chrial» il en viat à une persécutioo ouverte (319), chassa tous lee cbrétieos de son palaii» et eu envoya plusieurs en exil II ordonna •Dsaite que tous les fonctionnaires publics fussent obligés, sous peine de destitution, de sacrifler aux idoles. Sa cruauté s*étendit particulièrement sur les évoques qu*il avait pris en baine, précisément à cause de Faffeetion que leur portait Constantin, Op compte, parmi ses viotiiiits, saint Basile, évêque d'Ànoasée, dans le Pont, qui fut mia à la torture. Les autres évêques de cette province ne furent pas plus ^rgnés. Il y en eut dont les corps, coupés en morceaux, furent jetés à la mer, pour être la pftture des poissons. Saint Biaise, évë<iue de Sébaste, en Arménie, aprèa avoir eu les cotés déchirés par des peignes de fer, eut la tête tranchée avec deux jeunes enfants chrétiens. On fit aussi mourir sept femmes que l'on vit recueillir les gouttes de son aang. Dans la même ville, quarante soldats chrétiens furent exposés, la nuit, sur un étang glacé. On avait préparé un bain chaud, près de là, pour ceux qui auraient la ffublesse d*apostasier. Un seul, renonçant à la gloire du martyre, vint se jeter dans l'eau ehaude, 06 il expira auasittt. Cependai)t, Iq garde qui yçill^it, au lieu du supplice, vit un ange descendre du ciel, tenant à. sa main qua* rente couronnes, mais il ne trouvait à eu distribuer que trente-neuf. Vrappé de cette vision céleste, )e garde appela le commandant du poste, se dédara chrétien, ôta ses vêtements et se joignit aux trente^ neuf martyrs, pour obtenir la quarantième couronne. I^ lendemain, on mit les corps sur un chariot pour les porter au bûcher. Un d'eux, le plus jeune, respirait encore. liCs bourreaux le lassèrent, dans Tespérenoe qu'on pourrait le faire changer de résolution. Mais m mère le prit dans ses bras, et le plaça elle-même sur la voiture en lui disant : « Va, mon fils, achever avec tes compagnons cet heureux « voyage, afin que tu ne te présentes pas à Dieu le dernier. »

4 4 . Cette persécution, jointe à quelques incidents politiques, occasionna une guerre décisive entre Licinius et Constantin. Des deux cotés les préparatifs furent immenses. Constantin avait cent trente mille hommes, tant sur terre que sur mer ; son fils Crispus commandait la flotte. Les forces de Licinius montaient à près de cent soixante^^Ux mille hommes. Constantin faisait marcher ^ la tête de ses troupes le Labarum. On le gardait dans une tente, séparée du caipp, qù Temp^

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reur se velmW couvent pour prier. Ucjnips s'étiût eQtQuréde devips d'Éj[ypte, de sacrificateurs et d^s^rûspices, qui lui pi^otmettai^t la y^ (pire, en vers ipagnifiques. Le çoifi^at se doiips^, le 3 jyjllef a^f ^ pr^ ^*Apdrippplê. Liciaius, coipplétement déffiit, s^erifif it, laissant )re()tequatre mille mortf sur )e phifQip de t)a^ille. S^ flottç fi)f (jétr^^te dans les eaux du Bospt^ore par Crispus. Un sèqpnd eng^ifeipeQt eqt ijeu soflji ^s ipurs de Chftlcé4oinp. Ucjf^ius y vit le ^^estç 4^ ^qi^ vmée taillée en pièces; à peine écbappa-t-il trois mille bon)ix|€;ç i^ \ér pée du yainqueur. Licipius courut ^'enfermer à Nicoiqédie, où Êpnstaptinalla ras^iéfer, et le réduit t ^ venir ei) sup|diant implorer sop pardon, Constantin lui promit la vie, (pais, la même année, il )e faisait me^re à ipdrt avec son fils, le jeune l^icipius, au mépris de^n serufêpt et 4^s traité^ solennels. Cet évéuemept laissait Coqst^qtiD seul p^altre dH ïponde, e(, par lui, la religion chrétienne triomphapte dans Teiupire romain

1 î, L'Orieut voyait à peine tomber, avec l^idjpius, Ips dernières eç- ^rances du paganis{pç, abattues sous tes armes viptorieuses de Coqstantiu, qu*un nouvel ennemi, pon moins funeste, surgissait, du se|Q de l*ÉgUse, coptre rÉgUi^ elle-même. Une erreuf, qui r^{nçpfit Hdol&trie sous un autre nom, et sapait le christianisme par ^a])a^^ se répandait dans le$ grandes cités de rOrient, toujours avides de ppu* yeauté^, et passionnées pour toutes les discussions et les luttes d'idées, ta nouvelle hérésie portait le nom d'Arius son auteur, et devait sôp origine, comme la plupart des erreurs qui désolèrent relise dauç tous les siècles, à Torgueil blessé et à une ambition trompée dans ses espérances. Arius, prêtre d'Alexandrie, était né dans la tybie Çyrçoajque, comme Sabellius. D*une taille élevée, d'une figure impofapff, d'un maintien grave et sérieux, il avait Tabord atïable, \a conversation douce et agréable. Ses mœurs austères, son ei^térieur pénitent, un zèle apparent pour la religion, un rare talent pour la dialectique, des copnaissances assez étepdues, mais superficielles, dap^l^ sciences profanes et ecclésiastiques, lui servaient à cacher ui^ foud d'inquiétude secrète et une ambition démesurée. Lors du schisme (jp Mélèce, Arius, qui n'était pas encore dans les ordres, s'y était jeté des premiers. Mais il le quitta })ipntât, fut reçu à la CQmmu.uiûi)L 4p rJ^lise, et or4onné prêtre, par le saint patriarche Àchillas, qui Ipi

confia le gouvernement d'une des principales églises d'Alexandrie, et même renseignement public des Saintes Lettres. La vanité d*Arius ne connut plus de bornes ; il aspirait au siège patriarcal d'Alexandrie. Quand, à la mort d'Achillas, Télection de saint Alexandre au pontificat lui eut fait perdre tout espoir, il ne garda plus de mesures. Les mœurs du nouveau patriarche étant inattaquables, il chercha à calomnier sa doctrine, et n*hésita pas à professer ouvertement l'hérésie pour y réussir.

43. Saint Alexandre, suivant la doctrine de TÉvangile et des Apôtres, enseignait que le Fils de Dieu est égal à son Père, et de la même substance. Le mot grec é/unoinua^ consubstantiel, qui exprime catégoriquement la vérité du dogme chrétien, avait été employé par les deux saints Denys de Rome et d'Alexandrie, et était déjà devenu, à cette époque, une expression vulgaire. Arius prétendit que c'était là la doctrine erronée de Sabellius ; qu'on anéantissait ainsi la personnalité du Verbe, et qu'on le confondait avec le Père. Sous le prétexte de mieux distinguer les personnes, Arius soutint que le Fils avait été créé, qu'il n'est point étemel; qu'il a été tiré du néant; que, par son libre arbitre, il a été capable de vice et de vertu, de même que les autres hommes. Philosophiquement^ le caractère de FArianisme était la séparation du monde d'avec Dieu. Il posait, pour premier principe, que Dieu est trop grand pour que la créature puisse soutenir son action immédiate; trop grand pour qu'il puisse être en relation directe avec ce qui est fini. En conséquence, lorsque Dieu voulut créer le monde, il fit d'abord le Verbe, pour créer par lui tout le reste. Dans ce système, on le voit, le Verbe n'est qu'une créature plus distinguée, d'une nature plus sublime que les autres. Il n'est point éternel, quoiqu'il soit antérieur au monde ; il n*est même plus Dieu, quoique les Ariens lui en conservent le nom. Le cultequ'on lui rend n'est qu'une idolâtrie sous une autre forme. Toutes les hérésies, poussées ainsi à leurs dernières limites, aboutissent à l'absurde. Arius se gardait bien de laisser apercevoir à ses sectateurs les conséquences logiques de sa doctrine : elles eussent révolté les esprits les plus simples. Quand trois siècles venaient de protester, par des milliers de martyrs, de la divinité du Fils de Dieu, un chrétien, un prédicateur, un prêtre, eût été mal venu à contester directement cette foi. L'héré-

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