‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 113 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

siarque se contentait donc d^insinuer qu*ily avait des degrés dans la Trinité, et que le Fils, né du Père, était moins grand et moins ancien que le Père.

U. Ces erreurs ne sortirent point d'abord du cercle de quelques entretiens particuliers. Arius y faisait Fessai de son rôle d'hérésiarque. Il déployait toutes les ressources de son imagination et de son éloquence, pour entraîner et séduire ses auditeurs. Enfin, quand il se fut assuré des dispositions du plus grand nombre, qu'il se vit entouré, acclamé, soutenu, il affronta le grand jour de la discussion publique, et prêcha ouvertement, dans les chaires d'Alexandrie, sa nouvelle doctrine. Toute la ville courut entendre ses discours. Les chrétiens apprenaient là que la foi de leurs pères était une fable, que Jésus-Christ n'était Dieu que par participation. Arius voulait bien convenir que le Verbe avait existé avant tous les siècles, parce que la parole de l'Écriture était formelle ; mais il soutenait en même temps qu'il n'était point coéternel à Dieu, et qu'il avait commencé d'exister. Ces erreurs vinrent promptement à la connaissance de saint Alexandre, qui essaya d'abord de ramener l'hérésiarque, par des avertissements charitables. Les moyens de douceur et de conciliation échouèrent, en présence de l'obstination et de la vanité d' Arius. Comme son parti s'accroissait de jour en jour, saint Alexandre, pour arrêter les progrès du mal, réunit son clergé, dans deux conférences solennelles. Arius y parut. La discussion s'engagea sur les points controversés. On opposa à l'erreur la tradition catholique, le témoignage des Écritures et des Pères. Arius ne se rendit point. Enfin le patriarche, ayant épuisé toutes les voies de la modération, convoqua à Alexandrie un concile de près de cent évéques d'Egypte et de Libye. Arius, y ayant renouvelé ses blasphèmes, fut excommunié, avec ses principaux adhérents (320).

45. Le patriarche saint Alexandre avait près de lui, pour l'aider dans sa lutte contre les Ariens, un jeune diacre, dont le nom deviendra bientôt le rempart de la foi, et comme le centre de l'histoire ecclésiastique au quatrième siècle. C'était Athanase, qui commençait ainsi, à côté d'un saint el pieux évéque, sa laborieuse carrière d'apôtre et de docteur. D'une foi profonde et inébranlable, d'une pénétration qui voyait clair dans les affaires les plus embrouillées,2d*une

3i2 UlSTOlMt ÔÉN'èHALK DR L*ÉGLISK.

prudence ()tié les pièges de ses ennemis ne trouveront jainats ëti dê-^ îbut, d*une dialectique qui dissipera, Comme une toile dWignée, les plus astucieux sophismes, d*une éloquence qui meta la portée dés plus simples les questions tés plus a»*dues, d^uné fermeté que le monde entier n'ébranlera point, nous le verrons tour à tour passer du triomphe à Vexil, de la chaire patriarcale d'Alexandrie dans lès dè^ serts de la Thébaïde et sur les montagnes de Nitrie, le modèle dès évoques et l'admiration des anachorètes, aussi étonnant paf sa piété que par sa science, et toujours digne de la haine et des persécution^ des ennetnis de la foi. La première partie de sa vie s'était écoulée dans les exercices ascétiques, sous ta direction de saint Antoine, auquel il demeura uni par les tiens d*une inaltérable amitié. A celte rude école, il puisa Tindomptable courage, la persévérante énergie qu'il déploya contre d'innombrables adversaires sans cesse renaissants, êvêqucs, prêtres, empereurs; triomphant à la fois, dans les discussions, par la clarté et ta précision de sa logique ; dans les luttes de la polémiqué écrite, par la rapidité, la véhémence, l'éloquente et mâle dialectique de sa composition ; dans les persécutions, par son tmlnctble audace et la tranquillité inaltérable de sa grande âme. Tel nous verrons sain* Athanase acheter, par un demi-siècle de travaux, d'exils, de courses fugitives, la gloire d'attacher à jamais son nom au triomphe de lavé* rite catholique sur TArianisme.

1 6. En quittant Alexandrie, après sa condamnation dans le concile, Arius se plaignait déjà qu'il n*avait dû ce traitement qu'à TinBuence du diacrp Athanase. On savait que le saint patriarche Alexandre l'avait investi de toute sa confiance, qu*il l'admettait à tous ses conseils. L*hérésiârque se relira en Palestine, d'où II n'épargna rien pour se faire de nouve<iux partisane, tl eut l'adresse d'attifer à son parti plusieurs évéques. Le plus influent fut Eusèbe de Hicotnédte, son ancien condisciple. Ce prélat était de ceux dont parle l*Évangile, qui n'entrent point dans la bergerie par la véritable porte, et qui, semblables au mercenaire, trahissent les intérêts du troupeau. Il passait pour avoir apostasie durant la persécution. Depuis 11 était devenu, on ne sait comment, évéque de Béryte, en Phénicie. Adroit courtisan, il avait réussi à s'insinuer dans les bonnes grâces de la prince^ Cônslantia, s(Bur de Constantin et épouse de Liccnius.

CHAPITHË PHEMIER. 343

L'évêchè métropolitain de Nicomédie étant venu à raquer, Eusëbe qui mesurait la dignité épiscopale à la grandeur des filles, quitta, sans aucune autorisation canonique, la petite yille de Béryle pour la cité impériale de Nicomédie. Lorsque Licinius, fixé dans cette dernière ville, faisait la guerre tout à la fois aux dirétiens et & Constantin, Eusëbe était le confident et l'ami de Licinius. Gonstantià Tainqueur, il fut des premiers à capter la faveur dé Constantin. C'étftit une de ces natures serviles, qu'on rencontre attelées à tous les chars de triomphe, et que tous les vainqueurs trouvent parmi leurs bagages; triste butin, dont le premier soin devrait être de se débarmsser; mais de tels hommes savent se rendre nécessaires, en flattant la vanité di) nouveau maître, et en mettant à son service un dévouement qui sera le lendemain acquis, au même titre, à leur successeur. Eusèbe était donc digne de patronner un hérésiarque. Voici la lettre qu'Arius lui écrivit de sa retraite de Palestine, et que nous transcrivons, parce qu'elle explique clairement son hérésie:

« Au très-désiré seigneur, à Thomme de Dieu, au fidèle, à Tor- « Ihodoxe, à Eusèbe, Arius injustement persécuté par le patriarche

< Alexandre, pour la vérité victorieuse que vous défendez tous-même, 4 salut dans le Seigneur.

« Mon père Ammonius partant pour Nioomédie, j^ai cru qu'il était « de mon devoir de saisir celte occasion pour vous saluer, et en même « temps pour informer votre charité de la persécution que l'évêquc « nous fait injustement souffrir. Il a tout soulevé contre nous, et « nous a chassés de sa ville épiscopale comme des impies. Tout notre

< crime est de refuser d'adhérer à sa doctrine erronée et dédire avec € (ui : Dieu est éternel; le Fils est éternel. JLe Père et le Fils ont € toujoitfs coexisté; le Fils a été toujours, toujours engendré. Le « Fère ne praoède poiat te Fils d'un momeat, pofiioéiae de la pea- 4 «éd. Toujours Dieu, toujours le Fils; le Fils procède de Dieu 4 même. Gomme Sasèbe de Césarée, votre fnàre, Théodoie, PautiB» « Athanase, Orégmre, Aétius, selon la foi de tous les Orientaux, di* € saient que Dieu est avant son Fils, ils ont été frappés d'anathème. « On n'a excepté de cette excommunication que Philogone, Hellani- « eus et Macaire ', trois hérétiques ignorants qui prétendent que le

« Les évèques que, dans cette lettre, Arius donne comme ses partisans,

« Fils est, les uns une expiration, les autres une projection du « Père. Ce sont autant d'impiétés que nous ne pouvons même en- « tendre, quand même ces hérétiques nous menaceraient de mille « morts. Pour nous, ce que nous disons et ce que nous croyons, nous « rayons enseigné et nous l'enseignons encore. Par la volonté et le « conseil du Père, le Verbe a subsisté, avant les temps et avant les « siècles, pleinement Dieu, Fils unique, inaltérable. Mais avant d*6tre 4c engendré ou créé, il n'existait pas. Nous sommes persécutés pour « avoir dit : Le Fils a un commencement, et Dieu n'en a point. On « exerce contre nous des violences pour avoir dit que le Verbe est tiré 4c du néant : ce que nous avons dit, parce qu'il n'est ni une portion « de Dieu, ni tiré d'une créature quelconque. Voilà la cause de nos « souffrances : vous savez le reste. Je vous souhaite toutes sortes de « prospérités, dans le Seigneur. Souvenez-vous de nos afflictions. > Eusèbe de Nicomédie répondit à cette lettre par l'assurance de son entière adhésion aux principes qui y étaient exposés. « Vos senti- « ments sont fort bons, et vous devez désirer de les voir universelle- « ment adoptés. Qui peut croire que ce qui a été fait pût avoir « l'existence avant de l'avoir reçue? Ne faut-il pas d'abord qu'il ait « commencé d'être? » Non content d^encourager ainsi l'hérésiarque, il écrivit aux évéques ses partisans pour stimuler leur zèle en faveur de la nouvelle doctrine. Dans sa lettre & Paulin, évêque arien deTyr, il loue l'ardeur qu'Ëusèbe de Césarée mettait à défendre leur erreur commune. Il presse tous ses adhérents d'écrire au patriarche Alexandre, « persuadé, dit-il, qu'il se laissera gagner & leurs instances

sont Eusèbe de Césarée en Palestine, l'historien, Théodote de Laodioée, en Syrie, Paulin de Tyr, Athanase d'Anazarbe, en Cilicie, Grégoire deBéryte, Aétins de Lydda ou Diospolis. Quand il ajoute qu'ils ont élé firappés d'à na thème, c'est une calomnie, puisque leurs noms ne furent point prononcés au concile d'Alexandrie. Les trois évéques qu'il traite d'ignorants, parce qu'ils lu sont défavorables, sont saint Philogone^ évoque d'Anlioche, que son mérite avait fait élire sur ce siège apostolique, pour succédera Tyrannus, qui Pavait occupé depuis l'an 299 jusqu'en 312 ; Hellanicus, évèque de Tripoli, eu Phénicie, et saint Macaire, évéque de Jérusalem, qui avait succédé à Hermon en 314. Saint Athanase le compte parmi les plus grands é\éques de son siècle.

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