‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 114 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

€ réitérées. » Arius ne tarda pas à aller rejoindre à Nicomédie un protecteur aussi dévoué. Il y fut accueilli avec les plus grands honneurs. Four mieux répandre le venin de Thérésie, et dans le dessein de la populariser autant qu*il était en leur pouvoir, ils composèrent ensemble un recueil de chants qui renfermaient toute leur doctrine. Ils le nommèrent Thalie. La mesure et les airs étaient les mêmes que ceux des chansons obscènes alors en vogue parmi la populace. Il y en avait pour les voyageurs, les matelots, les ouvriers, les gens qui tournaient la meule. Nous avons déjà vu le même moyen employé par Valentin et Harmonius, son disciple, pour populariser le Gnostiticisme. L'instinct de l'hérésie est toujours le même : elle fait bon marché de la dignité des dogmes, de la moralité et de la convenance de sa propagande; elle ne s'inquiète que du succès.

17. Contre tant d'efforts si habilement combinés, la vérité catholique avait pour défenseur un vieillard, l'illustre patriarche d'Alexandrie. Mais ce vieillard retrouvait dans l'ardeur de sa foi l'activité de la jeunesse. De plus, il avait pour le seconder le diacre Athanase. Saint Alexandre écrivit à tous les évoques d'Orient et au pape saint Sylvestre, pour les informer des intrigues d' Arius et flétrir son hérésie. Il leur envoya un mémoire, ou profession de foi, les priant de le souscrire, pour étouffer l'erreur sous le poids et l'unanimité de leurs témoignages. Saint Épiphane connaissait soixante-dix de ces lettres, adressées à divers prélats. Comme la nouvelle secte s'appuyait particulièrement sur le crédit dont Eusèbe de Nicomédie, son protecteur avoué, jouissait & la cour , saint Alexandre n'hésita pas à attaquer en face cet évéque intrus. Il le fit dans une lettre circulaire adressée à toutes les Églises du monde. « J'avais cru devoir d'abord garder le « silence, dit le saint patriarche, pour étouffer le mal en la personne « des apostats, et ne pas souiller par le récit de leurs blasphèmes, les € oreilles des pieux fidèles. Mais puisqu'Eusèbe se croit le droit de « disposer des affaires de l'Église , parce qu'il a quitté Béryte, et « usurpé l'église de Nicomédie, sans qu'on en ait fait justice ; puis- « qu'il se met à la tête de ces hérétiques, et écrit de tous cotés en leur « faveur, je suis obligé d'élever la voix pour vous faire connaître à « tous, et les personnes des apostats, et la nature de leur hérésie, « afin que vous vous teniez en garde contre leurs téméraires ten-

« tatives. » Avant d*expédier ces lettres dans louleâ les parties du monde, saint Alexandre réunit son clergé, lui en donna connaissance et les lui fit souscrire. De leur cèté Eusèbe et Arius convoquèrent, à Nicomédie, une assemblée des évoques leurs partisans. L'erreur y fut solennellement approuvée, et Ton écrivit à toutes les Églises de communiquer avec les Ariens. Le trouble ne fit que croître au sein de ce conflit. Ce n'étaient plus seulement les évoques elles prêtres qui discutaient et prenaient parti pour ou contre la vérité; les peuples entiers se divisèrent. Toutes les têtes fermentaient, le nom d^Arius occupait le monde ; la Thalie avait obtenu sOn résultat.

18. Telle était la situation de rOricnl, quand les victoires d*Andrinople, de Byzance et de Chalcédoine, sur Licinius, y amenèrent Constantin. Ce prince, circonvenu par les menées d'Eusèbe de Nicomédie, ne vit d'abord, dans tous ces débats, qu'une logomachie oiseuse. Il pensa tout concilier en écrivant aux deux partis de cesser la guerre. Mais les choses n'en étaient plus au point où une lettre impériale pouvait les apaiser. Il s'agissait de savoir si Jésus-Christ était Dieu. Les évoques catholiques ne pouvaient pas laisser un instant cette question douteuse. Les Arîens, de leur côté, avalant engagé leur vanité et leurs intérêts personnels dans la lutte; ils ne voulaient pas reculer. Osius de Cordoue et saint Alexandre conseillèrent à Constantin d'assembler un concile œcuménique [éiMv/min yii«), c'està-dire de toute la terre. L'empereur comprit que c'était Tunique moyen de terminer une querelle qui s'envenimait chaque jour davantage. De concert avec le pape saint Sylvestre, il convoqua en assemblée générale tous les évoques du monde, à Nicée, en Blthynie, pour le mois de juin 3SI5.

49. Les évoques vinrent donc, des extrémités de la terre, au nombre de trois cent dix-huit, sans compter les prêtres, les diacres et les acolytes. On leur fournit, à eux et à leur suite, toutes les choses nécessaires à ce voyage, aux frais de l'État. Jamais spectacle plus imposant n'avait été donné au monde. L'élite de Thumanité se réunissait, non point pour traiter des questions frivoles et passagères de la politique, de divisions de territoires, de constitutions d'empire. Il s'agissait des intérêts immortels, des principes mêmes de la foi et de la vie religieuses. Tous ces restes vénérables, échappés aux

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priions et àui ^tijypiicfeâ âes persécuteurs, ôes vieillattls couronnés de vertuÉ plus cucorc que d'iatinées, (Jui portaient les glorieuses marques des toui-mcïits (fuMIs avaient eftdurés pour le Christ^ veualeûl appuyer, de teur témôii^age, la divinité de celui qu'ils bvatMit confessé en présence deâ bourreaux. Écho vivant de la tradition catholique, ils apportaient à cette auguste assemblée les enseignements des siècles passés; Us renouaient le temps présent aux temps apostoliques, el léguaient atix âges futurs la vérité qu'ils avalent puisée presque à sa source. Parmi ces grandes lumières de l'Église, on remarquait principalement Osius de Cofdoue, qui remplissait les fohctions de légat du pape saint Sylvestre, et dont le nom était célèbre, par tout l'univers, pour sa science, sa piété et sa prudence consommée; les saints vieillards, Paphnuce, évéque de la haute Thébaïde, et Potamon, évoque d'Héraclée, auxquels la cruauté des persécuteurs avait arraché l'œil droit; saint Paul, évêque de Néocésarée sur l'Buphrate, à qui on avait brûlé les nerfs avec un fer chaud, durant la persécution de Licinius; Saint Jacques de Nisibe, dahs la Mésopotamie, et saint Nicolas, évêqUe de Myre, tous deux illustres par de nombreux miracles; Saint Amphion, évéque d'Epiphanie, qui avait souffert la torture, pour le nom de Ïésus-Christ, sous Dioclctien; saint Basile, évé(}be d'Amasée; saint Mélèce de SébastopôHs; Saint Hypace de Gangres, en Paphlagonie ; saint Mtoiire, patriarche de Jérusalem; saint Bustathe d'Antioche, et Cet illustre évéque d'Alexan^ drie, saint Alexandre, qui avait le premier signalé aux anathèmes de rÉglise Terreur d'Arius. B s'était fait accompagner de son diacre Athanase, qui devait être à son toUf l'àine de tant de conciles. — A côte de ces prélats, glofieUx défenseurs de la toi catholique, Tarianisme avait réuni à Nicée tous ses adhérents, dont les principaux étaient : les deux Eusèbe de Nicomédle et de Césarée, Théognis de Nicée, Patrophile de Scythopolis, Maris de Chalcédbifte et Narcisse de Néroniade. Outre Osius de Cordoue, légat du pape, saint Sylvestre avait envoyé , pour le représenter , les prêtres romains Viton el Vincent, qui souscrivirent, avant tous les évéques, les acteâ du concile.

io. Avant le Jour de la séance publique, les évêque s'assemblèrent dans une Église a^sèz ghmde pdur leè contenif tous. Ce sont les

expressions même d'Eusèbe de Césarée. Us y tinrent plusieurs conférences particulières auxquelles Arius fut appelé. Il développa toute la série de ses erreurs. Il soutint : que Dieu n*avait pas toujours été père ; qu'il y eut un temps où le Fils n'était pas : que le Verbe a été tiré du néant, créature et ouvrage de Dieu, mais plus parfait que les autres. En conséquence Jésus-Christ n'était point Dieu par nature, mais seulement par une sorte de participation. Il ajoutait « qu^il « n'était pas le Verbe substantiel du Père, ni sa propre sagesse, par < qui tout a été fait ; mais qu'il a été créé lui-même par la sagesse « étemelle;qu'ilestétrangerentoutàlasubstanceduPëre; qu'iln'est « point la production propre et naturelle du Père, la vertu naturelle « de Dieu, comme parle l'Écriture, mais un efTet de sa libre volonté. Il 4c ajoutait que le Fils ne peut connaître parfaitement le Père, et qu'il € n'a cette connaissance, que dans les limites de sa nature finie et bor- « née. > A l'exposé de ces odieux blasphèmes, les Pères du concile se bouchaient les oreilles d'horreur, et protestaient par leur indignation contre une doctrine opposée à la foi de l'Église. La plupart voulaient condamner sans examen ces nouveaux impies, pour se tenir à la foi qu'ils avaient re^ue par la tradition des Apôtres. Mais les évêques ariens soutinrent qu'il ne fallait point suivre une opinion, par le seul fait qu'elle était ancienne, et réclamèrent un examen plus approfondi. La discussion s'engagea donc sur chacune des propositions avancées par Arius. Les évoques orthodoxes pressèrent d'abord les Ariens de définir nettement ce qu'ils entendaient par le nom de Fils, que rÉcriture donne au Verbe. « Car si le Christ n'est pas lils de Dieu par na- « ture, mais seulement par une sorte de pailicipationaux perfections « divines, qu'aura-t-il de plus que les Anges et les Saints; et pour- « quoi est-il appelé le Fils unique de Dieu?— Il est appelé le Fils uni- « que de Dieu, répondaient les Ariens, parce que, seul, il a été fait « par Dieu seul; tandis que, toutes les autres créatures, Dieu « les a faites par son Fils. — Nouveauté insensée et impie, répli- « quaient les orthodoxes, puisqu'elle suppose deux choses absurdes € et sacrilèges : ou que, par impuissance, Dieu n'a pu faire seul les « autres créatures; ou que, par orgueil, le pouvant, il ne l'a pas « voulu. Nouveauté d'ailleurs contraire au texte même de l'Écri- € ture. C'est Dieu lui-même gui nous a faits. Ipse fecit nos. Il

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