CHAPITRE n
dûque. Sur ces entrefaites, Siias et Timothée, de retour de la Xaoédoine, avaient apporté à saint Paul des nouvelles consolantes sur réiat des églises de cette contrée. Ceci fut ToGcasion de la première, et bientôt après <jte la deuxième Épître de saint Paul aux Tha<^saIoDicieDs. L*Apâtre retourna ensuite en Syrie, et, après un court séjour à Jérusalem, revint à Antioche, ayant ainsi accompli sa seconde mission (56).
40. Il la fit bientôt suivre d*nne troisième qu'il commença encore dans l'Asie-Mineure; Il s'arrêta pendant trois ans à Éphèse, prédianl I^Évangtle aux haibitants de la ville et aux nombreux étrangers, attirés dans cette opulente cité, par des relations commerciales, et la magnificence du temple de Diane, une des merveilles du monde. Là, s'éveilla le premier soupçon que le règne du Christ menaçait le coHe jusqu'alors tout-puissant des idoles, et que la grande Diane des Éphésiens allait tomber dans la poussière devant le crucifié. Une émeute excitée par l'orfèvre Démétrius, dont les modèles en réduction du temple de la grande Déesse trouvaient moins de débit, mit en danger la vie de l'Apôtre; toutefois, un des magistrats de la ville parvint à apaiser le peuple. Pendant son séjour à Éphèse, saint Paul écrivit aux chrétiens de la Galatie pour les prémunir contre de faux docteurs judaïsants qui prêchaient l'obligation absolue de la loi Mosaïque. Ce fut dans le même intervalle qu'il envoya Tite, avec sa première Épître à l'église de Corinthe, menacée de dissensions intérieures. Plein d'un ardent désir de revoir les fidèles de Philippe, de Thessalonique et de Béroe, il se rendit, dans Tannée 59, par .la Troade, en Macédoine, d'où il écrivit sa seconde Épître aux Corinthiens. On y voit que, pour l'accomplissenkent de sa mission, il avait souffert, surtout de la part des Juifs, les traitements les plus barbares, et couru des dangers sur lesquels saint Luc garde le silence. C'est vraisemblablement à la même ^oque qu'il cnvo^-a h son disciple Timothée, laissé par lui à la tête de l'église d'Éphèse, une première lettre contenant des instructions sur ses de* Toirs d*é véque. Ayant ensuite tourné son zèle apostolique vers les égli* ses de Grèce, il remit, à la diaconesse Phœbé qui allait à Rome, son admirable Épître aux fidèles de cette ville, qui comm^çaient à former une Église. L'an 60, il s'empressa de se rendre en Syrie,
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avec plusieurs envoyés des Églises d'Achaïe et de Macédoine, pour aller à Jérusalem, célébier la fête de la Pentecôte. A Milet» ayant réuni les évoques et les prêtres d'Éphèse et des églises voisines, il les coiyura, dans une touchante allocution, de prendre grand soin des troupeaux confiés à leur garde, les prémunit contre les.faux docteurs qui devaient bientôt paraître, et après avoir prié en çonunun avec eux, les quitta avec le pressentiment des périls qui l'attendaient. Il vit & Césarée le diacre Philippe et ses quatre filles, douées du don de propliétie. Arrivé à Jérusalem, il n'y trouva phis aucun des Apôtres, & Texc^tion de saint Jacques, évftque de cette ville. La nombreuse église de Jérusalem, toute composée de Juib convertis, tenait encoie fèrtement à la loi Mosaïque. Plusieurs d'entre eux, animés de sentiments hostiles contre saint Paul, Taccusërent faussement d'avoir poussé les Juifs de la Diaspora à mettre de côté la loi et la circoncîsion «. Saint Jacques lui conseilla d'écarter ce soup^n, en se chargeant d'une satisfaction judaïque, pour quatre fidèles qui accomplissaient, dans le temple, les cérémonies du vœu de Nazaréat. Saint Paul y consentit, mais ayant été reconnu dans le temple même par quelques Juifs del'Asie^Mineure, ceux-ci le désignèrent, comme Gootempteur de la loi et profanateur du temple, à la fureur fanatique du peuple, qui l'eût massacré, sans l'intervention du tribun romain Lysias. Conduit par Lysias lui-même devant le sanhédrin, à la tète duquel siégeait le grand prêtre Ananias, ennemi acharné de la foi nouvelle, d^ la sentence de mort était prête, lorsque Paul rappela aux Pharisiens, présents dans l'assemblée^ que c'était pour avoir soutenu la doctrine de ki résurrection qu'il était l'objet de la haine des Sadducéens. L'eçprit de parti, rallumé tout k coup au fond de rame des Pharisiens, leur faisant oublier, un instant, leur vieille animosité contre celui qui avait déserté leur secte, ils déclarèrent ne rien trouver en lui (|ui fût digue de châtiment Lysias profila de cette déclaration pour le soustraire à la rage des Sadducéens ; mais ayant su que quarante Zélotes (juifs fanatiques), avaient juré sa mort, il le fit conduire à Césarée, devant le procureur Félix, avec un
^ On appelait Juifs de la Di^upora ceux qui étaient dispersés dans les provinces romaines, des deux roots grecs: àtàel^ntip^.
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owtîficat d'innoceace. Ses enBemi& et le gmnd prêtre avec eux le poursuivirent jusque daos cette ville. Félix n'osant pas s'attaquer u an citoyen romain, et, de plus, espérant que saint Paul achèterait m liberté, le fit metti'e dans une prison assez douce, où il passa deux ans. Les implacables persécuteurs de l'Apôtre le représentérent devant Porcius Festus, successeur de Félix, et ne négligèrent rien pour obtenir une condamnatiân. Saint Paul en appela à l'empereur, et Porcius reçut l'appel. Quelques jours-après, le jeune t(A Agrippa S avec sa soeur Béréaice, femme d'abord d'HéiDde, roi de Chahâde, et ensuitedePolémon, roi de Pont, étant venu visiter le noi»» veau gouverneur, Festus voulut leur faire connaître ce prisonnier célèbre dont toute la Judée parlait; et saint Paul fut introduit devant eux. L'Apôtre saisit cette occasion de prêcher rSvangile devant loB puissances de la terre. Le i-oi Agrippa était juif. « Croyez-vous taux prophéties? lui demanda saint Paul. Je sais que vous y « croyez. *-*Peu s'enfaut, répondit Agrippa, que vous ne mepersua- € dies de me faire chrétien 1 — Plût à Dieu, reprit saint Paul, non- « seulement qu'il ne s'en fallût guère, mais qu'il ne s'en fallût df t rien du tout que vous, et tous ceux qui m'écoutent, soyez tels que € je suis moi-même, à l'exception de ces chaînes. » Quand il eut prononcé ces paroles, le roi, Bérénice et le gouverneur se levèrent^ en disant: « Cet homme n'a rien fait qui mérite la mort ni la pri- « son. On pourrait le mettre en liberté, s'il n*en avait appelé lui- € même & César. » L'an 62, saint Paul partit, comme prisonnier, pour Rome, accompagné de saint Luc et d'Aristarque. Par suite d'un naufrage sur la côte de Malte, il resta trois mois dans cette île. £n abordant à Puteoli (Pouzzoles), il reçut le fraternel accueil d'uoc église qui y était déjà formée, et enûn, l'année 6S, la huitième du règne de Néron, il lit son entrée dans la capitale de l'empire, au milieu de frères chrétiens accourus au devant de lui. Il resta deux ans i Rome, sous une surveillance peu rigoureuse, jouissant de la
* Cet Agrippa éMi m fils d'eéraâe*AgrHN>a» mort an 43 ou 4ir U ae trouva, soua Titus, au siège de Jérusalem, et fut le dernier roi dos luiiis. On igiAore ce qu'U devint après la dispersion, Il doit avoir cessé de vivre seasltomitieii.
^i lIISTOinE GÉNÉRALE 1>E L'ÉGLISE.
permission (l*babiter un logement particulier avec le soldat auquel il était enchaîné, et de recevoir ceux qui se prosentaient en sa maison, pouvant, par conséquent, annoncer librement l*Évangile. Ici s*arrête le récit des A^rte^ des Apôtres, par saint Luc. Ce monument de la pri ni itiv'e Église est le plus précieux de son histoire. Le spectacle d.s premières conquêtes de l*évangile, au milieu du monde païen, n'est pas seulement un fait passager, dont la signification soit circonscrite aux temps qui Tont vu se produire. L'attitude de rÉgUse est restée la même dans tous les siècles ; elle a toujours eu des ennemis acharnés à combattre^ Juifs ou Gentils, hérétiques ou incrédules, philosophes ou bourreaux. Saint Paul, ce gublime fogi^ tif, qui subjugue, en passant, des villes et des royaumes, c'est le modèle par excellence de tous les prédicateurs et de tous les minis* très de Jésus-Christ. Pour eux comme pour lui, leur force est dans leur propre faiblesse, ils triomphent alors qu'ils sont vaincus.
1 4 . Pendant sa captivité de deux années à Rome, indépendamment de la CDurte lettre portée à Philémon par Onésime, esclave fugitif et désormais converti, qu'il lui renvoyait, saint Paul écrivit les trois Épîtres aux Éphésiens, véritable encyclique adressée aux fidèles de l'Asie-Mineure ; TÉpître aux Colossiens et celle aux Philippiens, dans lesquelles il développait les principes de la foi sur la glorification de Jésus-Christ^ la rédemption de l'humanité déchue et la vocation des Gentils. Dans le même temps, selon toute apparence, a été écrite TÉpître aux Hébreux, c'est-à-dire aux Juifs vivant dans la Judée et à Jérusalem. C'est là que l'Apôtre explique comment le christianisme est sorti de la religion juive, et par quels avantages éminents la nouvelle loi est supérieure à l'ancienne. Le zèle apostolique de saint Pierre et de saint Paul, réunis dans la même cité, fit faire de rapides progrès à l'Église de Rome. La doctrine chrétienne pénétra jusque dans la cour impériale, de sorte que saint Paul pouvait écrire aux Philippiens : < Tous les fidèles < vous saluent, particulièrement ceux de la maison de César. » C'est à cette époque que se place le récit apocryphe de l'entrevue de saint Paul avec Sénèque. Les maximes, pi^ue chrétienttes, répandues dans les ouvrages du philosophe, ne laissent pas de doute quMI n'ait du moins connu la morale de l'Évangile. Ce fnt vraisembla-