CHAPITRE II
Mementpar rentremised'amiset de disciples influants, que TApôtre obtint d'être délivre de ses fers, au commencement de Taniiée 65. Il profila aussitôt de sa liberté, pour entreprendre de nouvelles missions, sur lesquelles malheureusement nous n'avons pas de renseignements précis. On peut croire toutefois qu'il mit alors à exécution le projet de visiter TEspagne, dont il avait déjà parlé dans son Épître aux Romains. Cette opinion est confirmée par le témoignage d'un auteur contemporain , Clément de Rome , qui dit : < que Paul fut le héraut de la foi chrétienne dans le monde entier « et qu'il pénétra jusqu'aux limites de TOccident. » L'Apôtre alla aussi dans l'île de Crète, accompagné de son disciple Tite» qu'il y laissa en qualité d'inspecteur des églises nouvellement fondées, avec le pouvoir d'instituer des évêques et des prêtres. Ensuite il lui envoya, de Nicopolis (Épire) , une instruction sur la manière de diriger le troupeau confié à sa garde. C'est l'Épître à Tite, qui s^ trouve dans le canon des Écritures. De Nicopolis> saint Paul se rendit à Corinthe, visita encore une fois les églises de Troade et de Milet^ puis revint à Rome vers la fin de l'année 66.
42. La première persécution générale contre l'Église venait d'y éclater par les ordres de Néron. Le prétexte en fut digne d'un tyran. Dégoûté de la simplicité des anciens édifices de Rome, ou plutôt, par un caprice barbare, voulant se donner le spectacle à. un incendie qui lui rappelât la prise de Troie, Néron fit mettre le feu aux quatre coins de la ville. Des quatorze quartiers qui la composaient alors, quatre seulement échappèrent aux flammes. L'empereur, pour se disculper d'une telle infamie, essaya d'en rejeter l'odieux sur les chrétiens. Il les fit arrêter et les condamna tous aux plus horribles tourments. Les uns, couverts de peaux de bêtes, étaient déchirés et dévorés par les chiens, dans des simulacres de chasse barbare; d'autres mis en croix. Quelques-uns étaient enveloppés de résine et d'autres matières combustibles. On les attachait à des poteaux le long des rues, ou dans les allées des jardins impériaux. Le soir on y mettait le feu comme à des torches destinées à éclairer pendant la nuit. Cependant, Néron se promenait dans ses jardins, ou conduisait luimôme des chars, à ces lueurs homicides. Saint Paul fut arrêté, et comparut au tribunal de ce monstre couronné. Mais il parla avec I, 3
3i HISVOIRE GÉNÉRALE DE L*ÉGUSE«
tant d'éloquence et de courage « qu'il échappa, comme il le dit lui- « même, à la fureur du lion farouche '. » Néron se contenta de le faire emprisonner. Dans le môme temps, saint Pierre pouvait en liberté, au milieu de Rome, se livrer à Tardeur deson zèle, affermir rÉglisc, étendre l'empire de la foi, et, en présence même de Néron, confondre Faudace sacrilège de Simon le Magicien. Il célébrait les divins mystères dans la maison d'un chrétien nommé Pudens. La tradition a regardé cette maison comme la première église de Rome, consacrée au culte divin par le prince des Apôtres. Cependant saint Paul, retenu dans une étroite captivité, et dans l'attente prochaine du martyre, adressait une lettre d'adieux à Timothée, son disciple bien-aimé (67). Il l'avertit de se mettre en garde contre les hérétiques, et, sous ce nom, il semble désigner plus spécialement les sectateurs de Simon le Magicien et les Nicolaites. Ces derniers, abusant d'une expression équivoque du saint diacre Nicolas, prétendirent appuyer de son autorité une secte débauchée, qui admettait la promiscuité et les excès les plus révoltants. Nous ne savons point sur quel prétexte ils mêlaient le nom de Nicolas à de tels scandales. Quoi qu'il en soit, saint Irénée nous apprend que ces hérétiques enseignaient les mêmes erreurs que les Cérinthiens dont nous parierons plus tard, et que saint Jean les a réfutés, les uns et les autres, au commencement de son Évangile.— Cependant la conversion d'une des concubines de Néron, opérée par saint Pierre, attira sur le chef des Apôtres la colère du tyran. Saint Pierre fut arrêté et détenu dans la prison Mamertinc, où il convertit à la foi ses deux gardes. Processe et Martinien. Enfin, saint Pierre et saint Paul rx)mparurent devant le tribunal du gouverneur de Rome. Ils confessèrent ensemble la foi à laquelle ils avaient consacré leur vie, et furent tous deux condamnés au dernier supplice. D'après une tradition conservée de toute antiquité dans l'Église, les deux Apôtres annoncèrent, avant de mourir, la ruine prochaine de Jérusalem. Saint Pierre, après avoir été battu de verges, fut crucifié, la tête en bas, dans le quartier des Juifs, sur le mont Janicule, et enterré le long de la voie Aurélia, près du temple d'Apollon, au lieu même
« fL Ep. ad Timoth., iv, 16.