‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 121 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

c Dieu très-saint. C'est par son assistance qae, sorti des extrémités « de rOoéan, }*ai délivré toute la terre des tyrans qui ropprîmaient« c Mon année, qui lui est consacrée, porte son étendard, en signe de € victoire. Jugez donc quelle a été notre joie d'apprendre que les c principales villes de la Perse ont Tavanlage de posséder deséglises € chrétiennes. C*est un bonheur pour votre empire, je les recom- € mande spécialement à votre bienveillance. En les protégeant, vous « vous ferez à vous-même, ainsi qu*à nous, une grâce infinie. » Dans le même temps, les Ibériens, peuple barbare, campé dans le voisinage du Pont-Euxin, convertis par les exemples et les miracles d*une pauvre captive chrétienne, envoyaient demander à Constantin des évéques, pour les instruire dans la foi. Les habitants des Grandes-Indes embrassaient aussi la religion de Jésus-Christ, par les soins de Frumence, enfant chrétien, jeté sur leurs rivages inhos^ pitaliers, et qui, plus tard, ordonné évêque, établissait chez eux des églises, et bâtissait des temples au vrai Dieu.

36. Cependant un événement, qui allait changer les destinées du monde, 8*accompUssait en cette même année 327. Rome était devenue comme étrangère à ses maîtres. Galérius n'en avait vu que les murailles, et n*y entra jamais. Dioclétien lui préférait Nicomédie. Constantin, né dans Tandenne Mésie, élevé à la cour de Nicomédie, proclamé empereur en Bretagne, n'avait pour Rome aucune sympathie. Déjà Jules César avait formé le projet de rebâtir Troie, d'où les Romains prétendaient tirer leur origine, et d'y transporter le siège de Fempire. Constantin reprit ce plan, en le modifiant, et phiça la nouvelle capitale du monde à Byzance. Cette situation était incomparable. Assise, ainsi que Rome, sur sept collines, mais sous un climat sain et tempéré, dans une contrée naturellement fertile; ai>puyée sur deux mers, la Propontide et le Pont-Euxin, Byzance domine à la fois les rivages de l'Europe et de l'Asie. Le canal du Bosphore, qui sépare les deux continents, lui forme un port vaste et sûr; et les navires des deux mondes apportent à ses pieds les richesses ôê l'univers. Constantin y fonda la nouvelle cité, qu'il appela de son nom : Constantinople, Il déclara que « c'était par Tordre de Dieu qu'il entreprenait ce travail gigantesque. » Il racontait qu'endormi sous les murs de Byzance, il avait vu en songe une femme accablée

36S HISTOIRE aifiiKRALE DE L'ÉGLISB.

d'an» et d^infirmités, se changer eD une jeune fiUe iurillante de santé et de grtce, laqueUe ilhii semblait revêtir desorœmeptslai^Fiaiix. Cnastantîn, interfNrélantee songe, obéitàcequ^ilcruiravertissenient du ciel; armé d'une lancc^ il conduisit lui*même les ouvriers qni tra* paient Fenceinte da la ville. On lui fit observer que Teqiace déjà parcouru était immense. « Je suis, répondit-il, le guide invisible c qui marche devant moi; je ne m'arrêterai que quand il s'arrêtera.» La cité naissante fut embellie des dépouilles de la Grèce et de TAsie; on y transporta les idoles des dieux morts, et les statues des grands hMnmes. La vieille métropole paya surtout son tribut à sa jeune ri-* vaie; ce qui fait dire k saint Jérôme que Constantinople s'était parée de la nudité dés autres villes. Les familles sénatoriales et équestres fiifent appelées des rivages du Tibre à ceux du Bosphore, pour y toouver des palais semblables à ceux qu'elles abandonnaient. Constantinéleva l'église des Apdlres, qui, vingt ans après sa dédicace, était tombante, et Constance bâtit sur l'emplacement la basilique de Sainte-Sophie, dédiée à la sagesse étemelle, plus célèbre par son nom que par sa beauté. — Il y a des jugements que les historiens répèlent sans examen. On a souvent dit que Constantin avait hftté la chute de la puissance des Césars, en détruisant l'unité de leur siège; c'est au contraire la fondation de Constantinople qui a prolongé, jusque dans les siècles modei'nes, la puissance romaine. Rome, demeurée seule nécropole, n'en eut pas été mieux défendue. L'empire se serait écriHilé avec elle, lorsqu'elle succomba sous Alaric, si la nouvelte capitale n'eut formé une seconde tête & cet empire, tête qui n'a élé abattue que, plus de mille ans après la première, par le glaive de Maliomet II. Mais ce qui fut favorable à la durée du pouvoir temporel^ tel que le créa Constantin, devint contraire au pouvoir spirituel de PÉglise, dont il se déclara le protecteur. Fixés dans l'Occident, sous influence de la gravité latine et du bon sens des races germaniques, les empereurs ne seraient point entrés dans les subtilités de Tesprit grec: moins d'hérésies auraient ravagé le monde et l'Église. Constan- Ihiople naquit chrétienne, et n'eut point,comme Rome,à œnier un an* oienculte, mais elle défigura l'autel que Constantin luiavait donné* .

< M. de GHATBAuiRiAiin. Études historiques^ p. 226.

Page 1