‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 124 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de Jérusalem, qui avait eu, dans la persécution de Maximin, l'œil droit crevé et Fun des jarrets brûlé, Marcel d'Ancyre, Alexandre de Thessalonique, Asclépas de Gaza, et les deux illustres évêques de la Haute-Thébidde, saint Potamon et saint Paphnuee. Quand saiitt Athaïkase, Tillustre et courageux patriarche d'Alexandrie, se présenta dans le Heu des séances, on le fit demeurer debout comme un accusé devant ses juges. Cette injure indigna saint Potamon, qui en versa des larmes de douleur. S'adressant à Eusëbe de Césarée, avec cet air vénérable qui commandait le respect, et qui donnait à ses pa-rôles une autorité surhumaine, il lui dit : « Eh quoi ! Eusëbe, vous « êtes assis pour juger Athanase , la vertu même I Qui le pourrait « souffrir? Répondez r n'étiez-vous pas en prison avec moi durant « la persécution? Pour moi, j'y perdis un œil. Cependant vous voilà « sain et entier; comment en êtes-vous donc sorti, sans rien faire « contre votre conscience? » A cette interpellation inattendue mais terriUe, Eusëbe, troublé, interdit, se leva et sortit de Tass^nblée. La postérité attend encore la réponse et la justification d'Eosëbe. Saint Paphnuee, s'adressant alors à Maxime de Jérusalem, traversa l'assemblée, le prit par la main et lui dit : « Nous aussi nous avons « souffert ensemble pour le nom de Jésus-Christ ; vous en portez « comme moi les marques. Venez, car je ne puis vous voir assis dans « l'assemblée des méchants. » L'ayant donc pris à part, il l'instruisit de tous les détails du complot formé contre saint Athsmase et le con^ vainquit pleinement de Tionocence du patriarche. Les évéques â*Égypte déposèrent en même temps une protestation, dans laquelle ils récusaient pour juges de leur archevêque ceux qui s'étaient ouvertement déclarés ses ennemis personnels, et nommément les deux Eusëbe, Narcisse, Flaccillus, Théognis, Maris, Théodore, Patropbile, Macédonius, Georges, Ursace et Valons. Ds reprochaient t Eusëbe de Césarée son apostasie, à Georges de Laodicéé d'avoir été juridiquement déposé par le patriarche saint Alexandre. Rien n'était mieux fondé en droit que cette protestation; mais on n'en tint aucun compte : et l'on passaà l'examen de ces terribles accusations qui circnhâent mystérieusement dans le monde arien, depuis cinq ans, contre saint Aâianase. On lui reprochait: 4* d'avoir été ordonné évéque rla deslîAementparcinqou six évéques, contre le vœu etmalgré la réprê^

371 HISTOIRE QÉNBftÂLK Dfi JU'iOLISE.

bfttion univ/eyseUe du clergé et des fidctoi d'Alexandrie; S* d-foroîr ^ Qutrugé uDe vierge consacrée au Seij^eur ; â^'d'avoir tué Aiatoe, évéque d'Hy{isetle,eQ Sgypie, et d*avoir gardé sa oiaîB droite» deaaa^ée, ppur servir k desopératioas magiques; 4* d'avoir, peaâantuaeTifiUe épiscopale, dans m haneau de laMaréotide, brisé le eattœ, ïïwmr^ Faute! etfoulëaux pieds les saints mystères. La gravité ne iiiaj|<iwût pas, 00 lev4^t,aw accusations des enn^uisd'Athanase.— Au premier grief, relatifàrordinatton prétendueclandestine, ksévéques d'Egypte répondirent en racontant les faits dont ils avaient été témoins oci;i« jaires, Après la mortdesaint Alexandre, patriarched'Aleiandrie (326}, les évêques de la province s'étant réunis pour lui donner un succès-^ «eur, la multitude des fidèles s'écria tout d'une voixqu'eUe demandait Athanase pour pasteur. Onlecherchavaînementdansl'assemblée, il s'était enfui au désert pour échapper au fardeau de l'épiscopat. Amené de force, le 27 décembre 3^, il avaùt été ordonné patriarche d'Alexandrie, du consentement de tous les évéques, dont le plus giand nombre assistait personneUement à son sacre, & la vue de toute la ville et de toute la province. Cet exposé historique laissait peu de chose à l'accusation^ on pas^a au second grief. Une jeune personne se présenta, baignée de pleurs, et s*écriant qu'elle était & jamais mat heureuse, parce que l'évAq^e Atbanase, abusant de ^hospitalité qu'elle hji avait donnée, et sans respecter le v<bu de virginité qu'dle avait fait àJOi^u, l'avait indignement outragéd. I#a malhei^reuse n'avait jamais v^ lie vi^spge de saint Atbanase, qu'elle neconnaiswt pas personnellement. Saint Atbanase s'était concerté avec un de ses prêtres, nommé Timothée, qui prenant la parole et se retournant vers laCemme, lui dit: % QuoÂI vous prétendezque j'ailogé che^ vous < et que je vous ai dérimoréel i^ % Oui, reprit-elle, c'est vous-mtaie « qui m'ave? fait cet outmfe, » et elle raconta les circonstances du temps et du lieu dans le plus gnind détail. La plupart des assisitanta ne purent s'empêcher de rire, %a voyant une accusation si maleon* certée et si habilement détruite. Saint Athanase demandait qu'on arrêtât cette malheureuse, pour découvrir les auteurs de la calomnie. Mais les Eu^iens la chassèrent promptement de rassemblée, et ne consentirent pas à pousser plus loin une affaire quHb avaient tout îAtérèt à étouffer. Us s'écrièvent en tumuUe qu'il y avait des crimes

CIUPITRE PREmER. 375

plus importants à examiner, et qu'on ne s!en josttflemit point par d'ingénieuses subtilités, qu*il suffisait d'avoir des yeux pour être convaincu. Ils ouvrirent alors une botte précieusement scellée, qui renfermait une main .d'b<»nnie, desséehée. « Atbanase, dirent-ils» « yoUà votre accusateur I Voilà la main droite d'Arsèûe, Tévéque « d*HypseUel C'est à vous à nous dite comment et pourquoi vous « l'avez coupée. » Un murmure d'indignation s'éleva dans l'asseiO* blée : quand le silence se fut rétabli, saint Atbanase demanda s'il y avait quelques-uns des évéques présents qui connut personnellement Arsèoe. Plusieurs se levèrent, en disa&tqu'ils l'avaient connu parti* ciilièrement. Alors Atbanase fit signe àun de ses prêtres qui revint bioitôt accompagné d'un homme que le patriarche montra à l'as*semblée : « B»trce là, dît-il, cet Arsèneque j'ai tué, et dont j*ai coupé « temain droite? » C'était, en effet, Arsène lui-même, que les Eusébiens avaient &it cacher au désert. En apprenant la manière dont ils înleqNrétaient son absence, et le danger qâe courait saint Atbanase, il éHmi venu s'offrir àlui^ et le palriarohe le jn^oduisait à ses enneStfs, Ml Bomenl où ils se croyaient sûr» de la victoire. Arsène se tenait ddwot, enveloppé de son maaiead. Saint Atbanase, en écartant un c6té» découvrit d'abord une main, puis Tautre; et s'adressant aux Pères : « Veià, dii-il, Arsène avec ses deux mains. Dieu ne nous en « a pas donné davantage. Qne mes accusateurs cherchent la place « de la troisième, et toqs dis^t d'où peut v€»iir celle qn'on vous p nantie. » <— A crtle victorieuse réfutation, la rage des Ariens ne connut plue de b<Nmes. Us se jetèrent sur Athanase, en criant que c'était im magicien, qni trompait les yeux par des prestiges. Les officiers de FEmpereur ftarent obligés d'intervenir, pour les empè» cher de massacrer le saint patriarche, qui fut embarqué, la nuit suivante, sur un vaissoau de Tétat. -*- On laissait ainsi pendante la discussion du quatrième grief, nrtatif à une visite épiscopale de saint Atbanase, dans laqodlo cm l'accusait d*avofar brisé le calice d'un prêtre qui célébrait la messe, et d'avoir foulé aux pieds les saints i^fêlèses. Void le fait qui aurait donné lieu k cette calomnie. Dans la pcQvîBcede Maréetide, un certain Ischyias, qui n'avait jamais reçu les ordres sacrés, s'était luî-mêroe, de sa propre autorité, arrogé lea tattctians sacerdotales, dans un p6til hameau qu'il habitait. Pendant

876 HISTOIRE GlÈNÉRALE DE l'ÉGLISE.

sa visite ordinaire dans la province, saint Athanase avait envoyé un prêtre qui raccompagnait, nommé Macaire, avec ordre d'enjoindre à Ischyras de mettre fin au scandale et de cesser une intrusion sacrilège. Macaire trouva Ischyras dangereusement malade : il fit part h son père de la défense expresse du patriarche, le chargeant d'en informer son fils, après sa guérison, et revint près d*Athanase, ayant ainsi accompli, de la manière la plus pacifique, la mission qui lui avait été confiée. Tel était l'acte que les Eusébiens avaient trouvé moyen d'envenimer ainsi, avec leur droiture et leur bonne foi ordinaires. Ils envoyèrent, du concile de Tyr, une députation charge d'examiner sur les lieux les faits de la plainte. QueHes que fussent les mauvaises intentions des commissaires , il résulta, de leurs informations mêmes, qulschyras était dans son lit^ malade, lors de la visite de Macaire : que conséquemment il ne célébrait pas les saints mystères : que le jour de la visite n'était point un dimanche, seul jour où, dans ces petites bourgades , on offrît le saint sacrifice : qu'enfin il n'y avait eu ni autel renversé, ni livres brûlés, ni calice brisé. Les commissaires, de retour à Tyr, remirent le procës-verbal de leur enquête aux Ariens, qui le firent disparaître, déclarèrent Athanase convaincu de tous les crimes qui lui étaient imputés, le déposèrent del'épiscopat, avec défense de demeurer à Alexandrie, de f)eur que sa présence n'y excitât de nouveaux troubles. Tous les évoques catholiques se refusèrent à souscrire une aussi monstrueuse sentence. Ce qu'il y eut de plus pitMligieux, c'est que le nom d* Arstee, évêque d'Hypselle, y figura parmi les signataires du jugement; en sorte qu'Arsène vivant souscrivait à la sentence qui déposait Athanase pour l'avoir mis à mort. C'est la réflexion de l'historien Soerate.

40. Les rapports qui arrivaient chaque jour à Constantin sur les opérations du concile de Tyr, étaient tous rédigés parli^j^ffiriens, qiirn'avaient rien omis pour perdre saint Athanase dans l'esprit de l'empereur. Le saint patriarche s'était fait transporter par le vaisseau de l'État, sur lequel on l'avait embarqué, à Constanlinople même, ou il espérait dissiper, par sa présence et ses explications, les fausses idées que le prince avait reçues à son sujet. Au moment où l'empereur entrait à cheval dans la ville, saint Athanase se pré*

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