CHAPITRE n
des faits ordinaires, et déconcertait tous les calculs, ^empereur crat defoir s'adresser, pour éclairer sa religion, au patriarche du dësMt, saint Antoine. Quand tes officiers du palais arrivèrent sur la montagne, porteurs du message impérial, les moines ne purent dissimuler la joie qu'ils ressentaient d*un pareil honneur, fait à leur Père. < Ne yous étonnez pas, leur dit le saint, de ce qu'un empèse renr écrit à un homme mortel ; étonnez-vous plutôt de ce que « Dieu ait voulu écrire sa loi pour les hommes, et leur parler par « son propre Fils. » Il répondit à Constantin par des conseils pleins de sagesse, oii il lui rappelait la frivolité des choses de la terre et l'approche des jugements étemels. Il insistait pour prier Tempereur de réviser le procès de saint Athanase, et de mettre fin h un exil, aussi injuste envers un innocent, que nuisible à la réputation du prince qui l'avait ordonné. — Au moment même où cette lettre arrivait à Constantinople, l'empereur venait encore d'accorder l'exil de Paul, patriarche catholique de Constantinople et successeur de saint Alexandre, aux sollicitations intéressées d'Eusëbc de Nicomédie, qui voulait s'asseoir lui-même, par une troisième intrusion, sur un siège qui ne lui appartenait pas. Cependant Constantin approchait du terme de sa vie, et les avis de saint Antoine agissaient sur une conscience qui s'éclairait, aux approches du tombeau. Il forma la résolution de rappeler saint Athanase, mais la mort ne lui en laissa pas le temps. Il demanda le baptême, qui lui fut administré par Eusèbe de Nicomédie, dont l'obséquieuse familiarité poursuivait le moribond jusque s\ïr son lit funèbre. Après qu'il eut reçu ce sacrement, Fempereur quitta la pourpre, et ne voulutplus porter que Thabit blanc des néophytes, jusqu'à sa mort, qui arriva le jour de la Pentecdte (20 mai 337). Héros dans la première moitié de sa vie, politique sage autant qu'heureux guerrier, le premier des empereurs qui ait compris l'influence que le chistianisme devait exercer sur la civilisation, et qui l'ait secondé par des lois et des institutions bienveillantes, Constantin eût été un prince accompli, si la seconde partie de sa vie n'eût été livrée k toutes les intrigues, à tous les artfficee des courtisans. Son nom est resté toutefois un nom cher à l'ÉgUse; sa mémoire y sera toujours en bénédiction, et le bien qu'il a foit ne sera point effacé par le mal qu'il n'a pas toujours empêché..—
Constantin étaitmortsansqu'aucundesestroisâlsfut présent pour lui fermer les yeux ; on déposa son corps dans la grande salle des gardes du palais de Nicomédie, élevé sur des degrés couverts de pourpre, et entouré de flambeaux qui brûlaient sur des chandeliers d'or. Il fut ensuite transporté à Constantinople, et enterré dans Téglise des Apôtres, où il avait choisi sa sépulture. Le partage de Tempire se fit entre ses trois fils : Constantin le jeune eut TEspagne;, la Gau le et en général, toutes les provinces romaines en deçà des Alpes ; Constance, TAsie, rOrient, TÉgypte ; et Constant, l'Italie, TAfrique, la Sicile et rillyrie (338}. Cette division fut bientôt modifiée par le crime de Constant, qui fit assassiner son frère Constantin le jeune, et s'empara de ses États (3i0) ; de sorte que l'empire se réduisit aux deux grandes divisions : l'Orient, où régna Constance» et TOcddent^ gouverné par Constant le fratricide.
6, Constantin le jeune avait eu le temps, pendant son règne éphémère, de rétablir les évéques orthodoxes chassés de leurs sièges par les Ariens. Saint Athanase revint donc à Alexandrie (338), où il fut reçu aux acclamations de tout son peuple et avec une pompe digne d'un empereur. Asclépas de Gaza, Marcel d'Ancyre et Paul de Constantinopie reprirent également possession de leurs églises. Ces actes de justice de Constantin le jeune font regretter sa fin prématurée. Constance, qui prenait en main le gouvernement de l'Orient agité par les dissensions des Ariens, avait tous les défauts de son père, sans aucune de ses qualités. Caractère faible, indécis, toujours flottant, conduite sans unité, sans consistance, pleine de contradictions, il régna par ses favoris. On disait de lui : « Il faut avouer que l'em- « pereur a beaucoup de crédit auprès d'Ëusëbe^ chef des eunuques. » Pour comble de malheur, cet eunuque Eusèbe avait été tout d'abord gagné à l'Arianisme, par Eusèbe de Nicomédie. L'impératrice partageait ses opinions, et le prêtre arien, que Constantin P' avait admis & ses bonnes grâces, sur la recommandation de Constantia, sa sœur, et auquel il avait confié, depuis, son propre testament, devint toutpuissant à la nouvelle cour de Constance. Il n'est pas difiicile de prévoir le parti que sut tirer Eusèbe de Nicomédie de coiyectures aussi favorables à son parti. La mort frappait autour de lui les têtes les plus chères^ et venait, dans la même année, d'enlever à ses côtés
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son homonyme, Eudèbe de Césarée, cet aolre lui-même, plus courtisan qu*évéque, plus érudit que profond» plus rhéteur que théologien, toujours plus favorable à Terreur qu'à la vérité. Cet exemple ne fit aucune impression sur Eusèbe de Nicomédie ; et les ambitieux, tant qu'il leur reste des honneurs à conquérir, se croient immortels. Il fit assembler une réunion d*évéques à Gonstantinople. Sur des accusations calomnieuses on déposa le saint patriarche Paul, qui reprit de nouveau le chemin de Texil ; et, cette fois, Eusèbe vit couronner ses intrigaes d'un succès complet ; il s'assit »fin, de sa propre autorité, sur le siège de Gonstantinople qu'il rêvait dqmis tant d'années.
7. Sa haine contre saint Athanase ne fit que s'accroître, avec les moyens de la satisfaire. Un prêtre arien, nommé Piste, de vie et de mœurs décriées, fut sacré évêque par Second de Ptolémaïde, déposé, lui-même, par le concile de Nicée. Piste fut envoyé avec le titre de patriarche à Alexandrie, pendant que saint Athanase, accueilli comme un père par tous les catholiques, rentrait en possession de son autorité légitime. Eusèbe de Nicomédie envoyait en même temps, à Rome, une députation chargée de remettre au pape saint Jules I*' des lettres d'accusation contre saint Athanase, et de recommandation poiiT l^te, le patriarche intrus. — Pour répondre à ces calomnies, saint Athanase réunit à Alexandrie un concile d'environ cent évêques de. l'Egypte, de la Thébaïde, de la Libye et de la Pentapole. On y lut toutes les pièces des procédures précédemment entamées contre le saint patriarche. On y fit ressortir toutes les calomnies, les nullités, les irrégularités dont elles étaient remplies. Les évêques adressèrent ensuite une lettre synodale, au pape saint Jules, et à toutes les églises du monde, pour protester contre tout ce que les ennemis de saint Athanase avaient dit ou fait contre lui. Les députés, porteurs de ces pièces justificatives, arrivèrent h Rome, en même temps que ceux d'Eusèbe de Nicomédie. Ils n'eurent pas de peine à réduire les calomniateurs au silence. Les Eusébiens ne se tinrent pas pour battus. Un concile arien s'assembla à Antioche, sous les yeux mêmes de Constance, à l'occasion de la dédicace de la basilique de cette ville (3i4). Après la rédaction trois fois annulée d'une profession de foi, on convint d'une quatrième formule, où ne I. 25
S86 HISTOIKK tiÈNÉRALB DE L'É(iLI8K.
Be trouvait pas le mot d« eofuubgtaniiel, si redouté de rAiiuniioie. On procéda ensuite à la déposition de saint Athanase, sans atlendn* la sentence de Rome ; at on lui donna pour successeur, non plus Piste, qu'on abandonnait, à cause de sa mauvaise réputation, mais Grégoire de Gappadoce, qui fut sacré en qualité de patriarche d'Alexandrie, et envoyé, avec une escorte de soldats fournie par Constance, prendre, à main armée, possession de son siège. Les canons de discipline furent mis en conformité avec ces actes iniques. « Si un « évéque, disenVils, a été condamné, une fols, par un concile, il ne « pourra plus être jugé par d'autres, et la sentei)ce sortira son « effet. » — « Que s'il continue de troubler l'Église, il sera répriinô « par la puissance extérieure comme séditieux. » — C'était en a|H peler, contre-saint Athanase, au bras séculier, qui se nommait alors Constance, et rejeter l'intervention du Pape. On déposa ensuilc Marcel d'Ancyre, et Asolépas de Gaza; et les Eusébiens purent s-applaudir de leur triomphe.
8. Cependant Grégoire de Cappadoce était arrivé à Aloxandrir, appuyé de l'autorité et des forces militaires de Tapostat Philagie, que Constance, à la sollicitation des Eusébiens, venait de nommer pour la seconde fois, préfet d'Ég^'pte, avec la mission de chasser à tout prix saint Athanase. L'Église fut emportée. d'fissaut, les vierges consacrées à Dieu furent dépouillées et indignement outragées, les religieux, qui demeuraient fidèles à leur patriarche légitime, maltraités, et quelques-uns mis à mort ; les vases sacrés livrés au pilla^; et Grégoire prit ainsi possession du siège où rélevaient les armes de Constance et l'abus de pouvoir des Eusébiens. Saint Atlianase, proscrit, vit sa tète mise à prix par l'ordre du gouverneur; tous ceux qui lui étaient dévoués furent jetés dans les prisons publiques, et lui-même se réfugia dans les monastères voisins d'Alexandrie. Le patriarche intrus entreprit, avec une escorte de soldats, la visite dt* la province. La plupart dos évêques se refusèrent à reconnaître un métropolitain, imposé de force, à l'élection duquel ils n'avaient poipt été appelés. On ne leur répondit, qu'en les chargeant de fers. Sanapammon, évéque de la Haute-Thébaïde, fut banni à cause de sa courageuse résistance; l'illustre vieillard saint Potamon, (lontles deux conciles de Nicée et de Tyr avaient admit^ les vertus^ futfrappt^
CHAMTRR If. 38?
de ^rges, 9i mourut de ses blessures, avec la gloire d'un double martyre» Contre tant de violences, Athanase opposait le calme d'un droit inaliénable et d'Une conscience invincible. Il écrivit à tous les évoques du monde une lettre circulaire, dans laquelle il eiEpesait les faits, et les suppliait de ne point communiquer avec l'intrus. Oé dfitoip rempli, pour ne pas compromettre, par un plus long séjour, les moines qui lui ayaient donné Thospitalité, il partit pour Rome, ot le pape saint Jules P' le reçut comme un héros de la foi. Le souverain Pontife annonça Tintention d*évoquer le jugement de cette affaire à son tribunal. A cet effet, il indiqua, pour Pan 842, un concile & Rome même, et il envoya deux prêtres romains, Elpidius et Bl^ilMène, aux Bqsébiens, pour leur donner Tordre de s*y rendre. Les Eusébiens retinrent les légats plusieurs mois, sous différents prétextes, et finirent par les congédier, en les chargeant d'une lettre, où ils pariaient, en termes équivoques, de leur respect pour le saint Siège, et déclaraient qu'il ne leur était point possible de se trouver âli ooncile de Rome, dont l'époque était trop rapprochée. Oe concile était déjà réuni, quand Blpidius et Philoxène arrivèrent. Il se eemposfiit de cinquante évéques dltalie, d^Afrique et des Gaules, qui admirent unanimement à la communion de l'Église, saint Athanase» Marcel d'Ancyre et A.^^clépas de Oaza, et déclarèrent nulle la nomination des intrus qui les avaient dépouillés de leurs sièges. Saint Jules écrivit alors, de concert avec les Pères du concile, une lettre aux Eusébiens, en réponse h celle que lui avaient remise Blpidius et Philoxène. Le Pape y déclare que la foi du concile de Nicée est la foi catholique; que tout ce qui a été entrepris contre les décisions de ce concile cecuménique est nul et de nul effet. Il justifie saint Atha^ Base, Marcel d'Ancyre et Asclépas de Gaza de toutes les ealomnies MproduttesGontneeux; condamne formellement les intrus qui ont Oié les chasser de leurs églises; s'élève contre l'irrégularité de tout ce qui a été feit sans l'aveu du siège de Rome. « Ne savez-vous pas, « dll-il, que la règle canonique était de recourir d'abord à notre « autorité, et que la décision devait venir d'rfle? Telle est la tradl- « tion que nous avons wçue du bienheureux Apôtre Pierre, et je la « erois si universellement reconnue, que je ne la rappellerais point « id, sans les elrconslances déplorables qui m*y contraifirnent. »
388 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'rGLISE.
Celte lettre du pape saint Jules, admirable de majesté, de douceur et de véritable éloquence, est un des monuments les plus précieux de la 8i^;esse et de la fermeté des Pontifes romains.
9. Quand eUe arriva à Constantinople, Busèbe, Tévéque intnis, le prélat courtisan, fauteur de TArianisme, dont les intrigues avaient ftiit naître et perpétuer, au sein de TÉglise, tant d'agitations et de troubles, venait de mourir sur son siège usurpé (342). Les catholiques de Constantinople, affranchis de son joug tyrannique, se hâtèrent, avant le retour de Constance qui était encore à Antioche, de rappeler leur patriarche légitime, saint Paul, de son injuste exil. L*aUégressc publique éclata, en longues acclamations, quand le vé^ nérable vieillard débarqua sur la rive du Bosphore: et Ton put croire, un instant, que tes jours d*union et de paix étaient revenus \}cnT cette église désolée. Mais Fesprit d'Ëusèbe lui avait survécu dans son parti. Les évéques ariens, Théognis de Nicée et Théodore d'Hélaclée, protestèrent contre la restauration du véritable patriarche : à un intrus ils voulurent donner un intrus pour successeur, et sacrèrent, en qualité d*archevéque de Constantinople, Mardonius, prêtre indigne, qui ajouta plus tard son nom à la liste des hérésiarques. Cette élection sacrilège fut le signal d'une guerre civile et d'une sédition effroyable à Constantinople. L'empereur Constance, averti par les Ariens, envoie le préfet de ses gardes, Hermogène, avec l'ordre d'enlever saint Paul et de le conduire en exil. Les catholiques veulent défendre leur évéque, toutes les passions sont agitées, on ne connaît plus de bornes; la multitude se saisit d'Hermogëne, brûle son palais, le massacre lui-même, et tratne par la ville ses membres épars (342). Constance, à cette nouvelle, quitte Antioche, franchit à cheval, malgré les pUiies et les neiges de l'hiver, toute l'Asie-Hineure, et arrive aux portes de Constantinople, décidé à y mettre tout 4 feu et à sang. Le peuple en larmes, le sénat suppliant, tous les ordres de l'état en deuil vinrent à sa rencontre; il se laissa fléchir à leurs prières, fit grAcc à tous les rebelles, à la condition qu'on lui aisserait exiler saint Paul. Le patriarche quitta donc une troisième fois son église, en la laissant aux mains d'un usurpateur.
40. Cependant le pape saint Jules avait député à Trêves, près de l'empereur Constant, des légats chargés de lui remettre la lettre
I]HAPITRE n. 3^
synodale du concile de Rome, et de l'informer du bannissement des patriarches d'Alexandrie et de Gonstantinople. Constuice, de son côté, fit partir pour Trêves quatre évêques ariens qui devaient expliquer à Constant toute la suite do Tafliaire dans le sein du concile d'Antioche. Saint Maximin, évéque de Trêves , se refusa à communiquer avec eux ; il accueillit au contraire les délégués du souverain Pontife avec des marques publiques de sa vénération, et déclara qu'il n'aurait jamais d'autre foi que celle de Rome. Constant fut de son avis. Les prélats ariens repartirent donc pour l'Orient, oti l'on ne vit d'autre parti à prendre que de réunir un nouveau concile à Antioche. Il se tint l'année suivante (345). Le ban et l'arrière-ban du parti arien y furent convoqués. On y rejeta absolument le terme de con^ubstantiel, et, après d'omf^euses discussions, on convint d'une longue formule de foi, composée presque tout entière avec des p»rolesde l'Écriture, qui devûtêtre lesymbolenouveauderArianisme. 44. Les Orientaux l'envoyèrent, l'année suivante (346), au concile de Milan, que le pape saint Jules venait de convoquer. Elle fut unanimement rejetée, et les Ariens irrités en appelèrent à un concile plus n<Mnbreux , ou l'on réunirait les évêques d'Orient et d'Occident. — Le pape consentit à leur accorder encore cette demande. De concert avec les empereurs Constance et Constant , on assembla le concile k Sardique (347). Trois cents évéques catholiques, ayant à leur tête Osius de Cordoue, répondirent à l'appel du souverain Pontife. Les Ariens vinrent en moins j^rand nombre, mais se firent accompagner par le comte Musonien, et Hésychlus, général des armées impériales, espérant que le poids des armes pourrait faire pencher la décision en leur faveur. Osius de Cordoue fut désigné par saint Jules, comme scm légat; et le concile procéda à ses délibérations, sans vouloir y achnettre ni comté ni général, résolu de porter une décision complétement indépendante des influences de la politique et du manège des cours. Saint Athanase se présenta muni de toutes les. pièces qui prouviûent son innocence et la fausseté des accusations de ses ennemis. Les évêques bannis de leur siège par Grégoire, le patriarche intrus d'Alexandrie, paraissaient avec les chaînes dont on les avait chargés; des témoins oculaires vinrent déposer au sujet des violences qu'ils avaiem vu commettre. Des églises entières avaient envoyé des
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députés, qui i*eddfuaadaieQt au concile de Saràique leurs iiâsltuf» légitimes^ baonis, outragés, persécutés par les Arieos) ils raoeutaieut les affreux traitements endurés par les vierges consacrées au Sagneur, par de vénérables et saints pontifes, par des rdigieux, dea anachorètes; L'original du fameux, procès-verbal de Tenquête faite au sujet de Faffaire d'Ischyras, dans la province de Btaréotide, fui déposé par saint Atbanase entre les mains des Pères ; rianocedGedu saint patriarche y était confirmée par le témoignage de sea ennemis eux-mêmes. Les évoques d'Orient ne pouvaient.approuver des déli:bérationaoù Ton tenait si peu de cotnpte de la force matérielle dont Us disposaient. Ils se retirèrent bnisquedient du concile et rejetènont les ouvertures que les catholiques leur firent pour les ramener* Osiua de Gordoue aUa même jusqu'à leur soumettre cette proposition : < Si la suite des procédures établit la culpabilité d'Athanaae» « vous pouvez vous tenir assurés de la rigueur de sa condamnation. « Et, dans le cas où il réussirait à prouver sdh innocence, si vohs « persistez à ne le pas recevoir à votre communion, je m'engage à « l'emmener avec moi en Espagne. » Saint Atbanase lui-même souscrivit à oes conditions; mais ses ennemis se défiaient leUeAeBt de la justice de leur cause, qu'ils refusèrent de rien ei>tendre et repartirent immédiatement pour leurs églises, sous le prétexte frivole que l'empereur leur écrivait d'y rendre les actions de grâces à DiêUr à l'occasion de sa récente victoire sur les Perses. La retraite dea Ariens n'entrava en rien la marche do concile. Trois objets étaient soumis à son examen : V Une déclaration de foi catholique suf la question soulevée par l'Arianisme ; J» La cause dfe& év«iues chassés de leur siège et accusé» par les Ariens; 3*» Les plaintes formées ««lire les Ariea3 eux-mêmes par leurs victtmfeé. Sur lé premier points il fol décidé à une immense majorité, qu'on se liendrail au symbole db Nioée, comme définissant, d'une mamère expBoite et précise, la foi catholique sur h divinité du Fils de l>ièu. - Q»pas^ dOM immédiatement à l'appel des causes de saint Atbanase, Biarcd d'Ancyreet Asclépas de Gaza, chassés de leurs sièges par les Ariens. Toutes les accusations d^ soumises au concile de Tyr contre le patriarche d'AlexMMbfie furent reprises, examinéeâ de novreaùi et rcyelécë unanimement, comme dlnfàmes calomnies. Marce» ffAnoyre et
Aaelépaâ de Oazu furenl aussi reconnus innoceots. En conséquence, les trois prélats furl^at solennellement, admis à la communion de rÉglise, leur autorité légitime sur les sièges dont ils avaient été dépouillés fdt confirmée, et les usurpateurs frappés d'anathème. — Restait à apprécier la conduite des évêques d^Orient qui n'avaient cessé, malgré la décision du concile oseuménique de Nicée, de cornmuniqiier avec les Ariens, de les soutenir de leur crédit à la cour de Gonstailtinople, et de les imposer par la violence sur les sièges des principales églises. Les chefs de cette faction, jusque-là tolérée, furelit nommément déposés de Tépiscopat et excommuniés. Us étaient au nombre de huit, savoir : Théodore d'Héraclée, Narcisse de Néronîadei Etienne d'Antioche, Georges de Laodicée, Acace de Césarée en Palestine, Ménophante d'Ëphèse; Ursace de Singidon et Valons de Mlirse. Ces deux derniers avaient déjà été frappés d'anathème par le concile de Nicée^ Les Pères s'occupèrent ensuite de la rédaction de canons de discipline, oà ils reeonns^issent et expliquent catégoriqoemêût le droit d'appel au Pape, la juridiction du siège de Rome stir les eaUses ecclésiastiques, Tobligation de se soumettre à son ju* gement ou à celui des Légats commis par le souverain Pontife à lexaihon des faits sur les lieux mêmes. Ce sont ces délégués qu*on îi -nommés depuis, Légats a latere. D'autres canons défendent les trànslatidns arbitraires d'un évéché à un autie, les nominations d'évêques à des sièges dont les titulaires ont appelé au Pape, avant le jugemelit définitif du souverain Pontife. — Les actes du concile furent ensuite envoyés au Pape saint Jules^ et aux deux empereurs Constance et Constant» à Trêves et à Antioche. Ainsi se terminèrent les i)acifiqueB séances du concile de Sardique. Il n*a point été mis au rung des conciles œcuméniques, quoiqu'il ait réuni des évéques de toutes les provinces du monde. Mais il n'eut pointa formuler d'artiblet dé fw, il se borna à reconnaître le symbole dû concile de Nicée, dont cm peut le considérer comme la suite et le corollaire.
H, La déeisicm du concile de Sardique fut accueillie par les applÂudisseinents du monde chrétien. Vainement les évêques ariens essayèrent tine calomnie odieuse contre les deux évêques, Vincent, deGApoue, et Euphratas, deCx>logne, chargés de remettre à l'empcrenr Cotistanfie la leUre synodale du concile. A leur arrivée à An-
39i HISTOiKi: GÉNÉRALE DE l'ÉQLISE.
tioche, l*évéque de cetle ville, Etienne, avait gagné, à prix d'argent, un domestique des deux légats, qui introduisit, la nuit, dans leur appartement, une femme de mauvaise vie. Cette malheureuse, troublée à la vue des deux vénérables Prélats, s'était enfuie, divulguant par toute la ville Fodieuse trahison, dont on avait voulu 4a rendre com^ plice. Cet intident servit à dessiller les yeux du trop faible Constance. Après une information juridique, où TArien Ëtioine fut convaincu d'avoir ourdi cette infâme machination, l'empereur le remit au jugement des évéques, présents alors à Antioche, qui le déposèrent de l'épiscopat et l'excommunièrent. Constance admit alors les envoyés du concile en sa présence, reçut favorablement leur message, et ordonna le rappel des prélats exilés. Il manifesta même le désir de voir saint Athanase, et lui écrivit trois lettres, de sa propre main, pour le prier de se rendre à la cour. Le saint patriarche se trouvait, en ce moment, à Rome, près du pape Jules P', que ces nouvelles comblèrent de joie. Avant de se séparer de saint Athanase, le souverain pontife voulut écrire au clergé et aux fidèles d'Alexandrie une lettre de félicitation. « Enfin, bien-aimés frères, leur dit-il, tous vos « vœux sont comblés; votre évoque Athanase va vous être rendu. « Accueillez avec toute sorte d'honneurs cet illustre témoin de no- « tre sainte foi. Vous avez été sa consolation parmi les nations « étrangères; votre fidélité l'a soutenu au milieu des périls et des « persécutions. Notre c<Bur tressaille d'allégresse, quand nous nous « représentons, par la pensée, le retour denotre vénérable frère au « milieu de vous, la joie qui éclate sur son passage, la piélé du peu- « pie allant à sa rencontre, les transports de la multitude qui acte court de toutes parts : quel jour ce sera pour vous ! Le passé sen « fini. Ce retour tant désiré unira désormais tous les esprits et tous « les cœurs. Nous nous associons d'autant plus à votre joie que « Dieu nous a fait la gr&cede connaître personndlement un si grand « homme. » Tels étaient les sentiments d'universelle charité qui embrasaient l'âme des Pontifes romains : telle était aussi la vénération qu'inspiraient les vertus et le génie d' Athanase le Grand. Saint Jules I*' le laissa partir, comblé de bénédictions, pour Antioche oii était Constance. L'empereur reçut le saint patriarche, avec une bienveillance à laquelle ni l'un ni l'autre n'étaient accoutumés. Il fit effii-
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cerdes actes publics, renfermés dans les archives de l'empire, tout ce qui avait été écrit contre Athanase, et lui jura sol^nellement de ne jamais prêter Voreille à ses calomniateurs. Il fit écrire aux égli-* ses d*Égypte, pour les informer « qu*être uni de communion avec le « vénérable Athanase, sera une preuve suffisante des bonnes dispo- « sitions de chacun. » Enfin il mandait aux magistrats et au peuple d'Alexandrie de recevoir le saint patriarche avec les honneurs qu'ils rendraient à la personne même de leur souverain. Précédé de ces éclatants témoignages de la faveur impériale, saint AUianase parut en vue d'Alexandrie (347) . Tous les évAques d'Egypte et des deux Lihyes s'y étaient rendus pour le recevoir ; les magistrats, le peuple Tattendaient en habits de fête ; la ville était tendue de tapisseries, de guirlandes de fleurs; la multitude agitait des rameaux de verdure, sur le passage de l'illustre exilé ; aucune trace des anciennes discordes ne troublait ce jour d'allégresse universelle. Grégoire de Cappadoce, l'intrus, avait péri quelques mois auparavant dans une émeute populaire. La joie que le retour du patriarche légitime répandait à Alexandrie, se traduisit dans les œuvres, par un redoublement de fer^ veur et de piété chrétiennes. La charité des peuples s'appliquait à nourrir, à vêtir les pauvres et les orphelins, et chaque maison semblait êtra devenue une église destinée à la prière et à la pratique des vertus. Ceux qui s'étai^t montrés, jusque-là, les plus ardents persécuteurs de saint Athanase, s'empressaient de lui écrire pour rentrer dans sa communion. Ursace et Valons eux-mêmes présentèrent au pape saint Jules I«, une rétractation formelle de leur conduite, c Tout ce que nous avons précédemment écrit contre Athanase, di* c saient-ils, toutes les accusations formulées contre lui et reprodui- « les par nous, nous^les déclarons d'affreuses calomnies : nous en de-
< mandons pardon à Votre Sainteté et à lui. De plus, nous anathé- « matisons l'hérétique Arius et ses sectateurs, et vous supplions de
< nous recevoir à la communion de l'Église. » — Les autres prélats exilés remontaient en même temps sur leur siège: saint Paul, à Constantinople ; Asclépas, à Gaza; Marcel, à Ancyre; et l'on put croire, un instant, que l'Arianisme était à jamais vaincu.
13. La joie fut grande dans les solitudes de Nitrie et de la Thébaide , au retour de saint Athanase dans sa ville patriarcale
394 HiSTOlAE GÉNÉKALK DB l'ÉGLISE.
d* Alexandrie. Hais aucuD des religieux ne la ressentit plus vivement qde saint Anieide, dont Fâtne avait partagé toutes les tribulations dé rillustre pro^rit. L'année précédente^ saint Antoine^ guidé par résprit de Dieuj s'était enfoncé; seul, appuyé sur le b&ton qui soutenait sa vieiUesÈej dans les profondeurs du désert. Une grotte fermée par une pierre; que la main de rhoi&me avait dû apporter, s'offrit à ses regards. « Ouvrez, dit le patriarche en heurtant à la pierre, vous c savez qtii je suis^ d'où je viens et pourquoi. Je ne suis pas digne t de contempler votre face ; mais, pour l'amour de Jésus-Christ, « ouvrez-moi» ou je mourrai à votre porté. » Un vieillard, dont les cheveux blancs enveloppaient le corps amaigri par l'âge et les austérités de la pénitence, ressemblant plutôt à un squelette qu'à un homme, cduvertde feuilles de palmier tressées en natte, vint ouvrir à cette voix. C'était saint Paul, le premier des imites, qui vivait, depuis Tan 150, inconnu à tous les hommes, nourri par la moitié d'un fOin, qu'un corbeau déposait chaque matin à sa porte. Les deux saints se saluèrent par leur nom, sans avoir jamais entendu parler l'un de l'autre. S'étant assis, sur un rocher, au bord de la fontaine qui donnait depuis près de cent ans son eau limpide à ce vétéran de ta solitude, Paul dit à son hôte : « Que font en ce moment les hon^ « mes ? Construisent-ils encore de nouvelles demeures dans leurs « vieilles dtés? A quel maître obéissent-ils, et perséeutent-ils tou- « jours les ehréttens ? > — Antoine répondit à toutes ces questioiis, et quitta l'ermite pour alla* à son monastère chercher le manteau que saint Atlianase lui avait donnée et dans lequel saint Paul désirait être enseveli. SfûntAntoine mit ace trajet toute la diligence que lui permettaient ses forces épuisées. Mais, au retour, il ne trouva plus que les restes inanimés du saint vieillard, il l'ensevelit avee respect. Un lion vint creuser à seà pieds, dans le sable; une fosse oii le «orps de saint Paul fut déposé, dans Fattente de la bienheureuse résurrection.— Ces touchants détails^ racontés par saint Athanase lui-même, dans la Vie de saint Àntmne, qu'il écrivit pour les frères de laThébaide, allaient au loin rév^ller, dans les âmes, l'amour de la solitude, la sainte ardeur de ia perfection érémitique. Séduite par l'attrait puissant de cette vie, m^stéfieusetnent écoulée dans la eontemplatiou etht prière, une feule de jeunes hommes, de vierges pieuses, s'arni-
ohaiwt au tumnltè du moQde» peur confier au cloitre le secret d» leitn espérances et île leurs destioée^^ Rome Voyait se former dans son sein des motiastôres, qui rivalisaient de zèle et de fenreur avec les florissatits déserts de Nitrie: et la vie religieuse s'inaugurait aîMl, dans FBglise) à Taspect d'illustres et saints ei^mples.
4 4. Pendant que les grandes quelques de Tarianisme avaient agile totitrOneUt, et que la vertu sefdblait s'être retirée au désert^ avec les Paul, leè Antoine, les Hilarion et leurs disciplesi l'église de Gartbfige n'avait cessé d'être désolée par le scbisme des Donatistes. Deux Donatê avaient succédé au fameux Donat de Casis-Nigrû^ dont nous avons réjcanté les intrigues ; l'un s'était fait évéque schis-' luallque de Carthage mèuie^ l'autre atait usurpé le siège épiscopal de Bagale. Ledrs partisans, répandus dans les campagnes, autour des tAaumièreft des paysans, cirtum eellas^ avaient pris le nom de cireo^icellions, et donnaient au monde le spectacle d'un nouvel et étrange fonatisme. Ils inspiraient à la multitude le désir de la moi*t|. poor arriver plus tôt au ciel^ et Ton voyait des bandes de furieux se préeiptter dans les gorges des montagnes, dans les eaux profondes des torrents, du dans d'immenses bûchers qu'ils allumaient pour y trouver uh martyre dont ils élaient eux-mêmes les auteurs et les vietinies. Quelquefois, dédaignant de se tuer de leurs propres mains, ils forfaient tes ))assaHts à leur rendre ce serviee. Un jeune homme rencontra un Jour une troupe de ces frénétiques, qui lui présentent urie épée nue^ avec ordre de tes en percer tous, s'il ne voulait être immolé lui-même. L'étranger feint de se prêter de bonne grâce à leur fantaisie, mais il leur déclare, qu'il tient auparavant à les lier totts, de crainte de représailles* (les inswsés y consentent. Quand ils furent garrMtés, le jeune liomme les fouetta vigoureusement, et leur souhaitant meilleure chance^ continua sa route. -— Les cir- GOAceUioBs, datis leur ardeur pour le martyre, se croyaient en droit de le fairt) stibir aux autres. Ils prétendaient faire une cetivre de miséricorde en assommant les voyageurs inoffensifS) pour les envoyêdr au ciel par le plus court chemin. Leurs désordre» en vinrent bientôt au point de nécessiter l'interveiitioil de Fautorité impériale poar les rëprimer. Constant envoya deux peisonnages considérables de sa c^r; Paul et Maean*e^ à Oarthage, avec la mission de mettre
:^% HI8rOIRK GÉNÉRALE DE T.*ÉGM8E.
un terme à leurs excès. Les moyens de conciliation, qu'essayèrent les deux lieutenants de Tempereur, furent impuissants contre des furieux qui voulaient mourir. On dut recourir k la force armée» qui les dispersa, après une résistance opiniâtre. Donat, Tévéque intrus de Carthage, s'enfuit avec tout son clergé : son homonyme de Bagaie se jeta dans un puits; Maculus, qui s'était mis à la tète des révoltés, se précipita, la tète la première, du haut d'un rocher. Les débris de cette secte frénétique se cachèrent dans les solitudes, et disparurent peu à peu : avec eux s'éteignit le schisme des Don»tistes, qui, depuis l'an 344, se perpétuait dans l'Église deOarthage. Gratus, évêque catholique de cette ville, y assembla un concile, sur la fin de Tannée 348, pour achever de pacifier ce malheureux pays, et régler les mesures à prendre par rapport aux schismatiques de bonne foi, qui demandaient, en foule, à rentrer dans la communion de leur pasteur légitime. Les quatorze canons qu'on y formula, sont empreints de l'esprit de miséricordieuse charité qui sait conserver la discipline, sans compromettre l'union par des rigueurs excèssives> On y défend d'administrer de nouveau le sacrement de ba^ téme à c«ux qui l'ont reçu des hérétiques, ou de ministres indignes» pourvu qu'il ait été donné au nom du Père, du Fils et du Sainte Esprit. On sait que la pratique contraire était précismeot l'erreur eapitale des Donatistes. On déclare que le titre et les honneurs du martyre ne peuvent être attribués à ceux qui se sont eux-inômes donné la mort, en vue du ciel, comme le faisaient les circoncellions. Enfin on trace des règles de conduite aux clercs et aux fidèles.
45. La paix dont jouissait l'Église catholique, après la réunion de l'Orient et de l'Occident au concile de Sardique et la dispersion des circoncellions, n'était troublée que par la persécution que Sapor II, roi de Perse, exerçait contre les chrétiens dans ses États, depuis l'an S9n. Les relations que ce prince avait d'abord entretenues avec l'empereur Constantin-le*6rand s'étaient prompteme&t changées en hostilités ouvertes. Sapor inventa contre les fidèles, nombreux encore dans les églises de Perse, des tortures qui avaient échappé fr l'ingénieuse oniauté des proconsuls romains. Toutes les églises et les autels furent renversés, les monastères incendiés, et