‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 130 sur 190 · CHAPITRE H. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. S

les religieux traqués comme des bétes fauves. Dans la ville de Lubaham, on saisit deux frères chrétiens, Jonas et Birch-Jésus, qui apportaient aux fidèles, emprisonnés pour la foi, les secours de leur charité et de leur dévouement. Jonas fut attaché à un pieu, à demi empalé et fouetté avec des verges, jusqu'à ce qu'on lui eut mis les cotes à nu. Plongé ensuite en cet état dans un étang glacé, il y passa la nuit. Le lendemain, on ramena le martyr devant le tribunal, et on le somma de nouveau d'adorer le soleil et le feu, divinités de la Perse. « La vie, répondit Jonas, est semblable à une semence que « le chrétien répand sur la terre", s'il a la patience d'attendre l'heure « de la moisson, elle produira dans l'avenir une gloire immortelle.» Les juges, à ces paroles, lui font couper, une à une, les articulations des pieds et des mains, phalange par phalange, et les étalent sur le marbre du prétoire, en lui disant : « Tu n'as qu'à attendre « l'heure de la moisson ; tu vois comme nous avons semé tes doigts : « ils te produiront des pieds et des mains au centuple. » — « Dieu < qui les a créés saura bien me les rendre, » dit le saint. Aussitôt on lui arrache la peau de la tête, on lui coupe la langue jusqu'à la racine, et on le jette dans une chaudière de poix bouillante; mais, par une protection visible de Dieu, la poix s'échappe tout à coup du vase sansbiesserle martyr. Les juges le font alors étendre sous une presse de bois, qui lui brise les membres. On le scie ensuite par morceaux, et on le jette dans une citerne desséchée, avec des gardes pour empêcher que les chrétiens ne vinssent enlever ses précieuses reliques. — Son frère, Birch-Jésus, souffrit des tortures non moins atroces. On lui appliqua sur les deux bras des lames de fer rougies an feu. « Si tu fais tomber une de ces lames, lui dirent les juges, « nous affirmerons que tu as renoncé à la foi des chrétiens. — Mi- « nistres d'un roi impie, s'écria le saint, je ne crains pas votre feu, « je ne secouerai point le bi'as, et j'y conserverai toutes les lames « qu'il vous plaira d'y mettre. ^ Aces mots, les juges lui firent verser du plomb fondu dans les narines et dans les yeux, et ordonnèrent dele ramener dans sa prison, et de l'y laisser passer la nuit, suspendu par un pied. Le lendemain, les tourments n'avaient point affaibli laconstance du saint. On le frappad'abord avec des éj^nes» puis on lui enfonça dans la chair des pointesde roseau fort aiguës, et quand

3M HiSTOIAË oiM&lkklJK iM£ i/ÉGUSK.

liiQt son corps en fut couverl, les bourreaux \e lièreat avec dfls onides, ft le roulèrent sur le sol qu'il ensanglantait. Apiés celte homide torture, on lui versa dans la bouche de la poix bouillante el 4u soufre enflammé. !l rendit l'esprit dans ce dernier supplice. Les lestas des deuK illustres frères, raobetés cinq cents dracbmes par Abtusciatas, un de leurs amis, fuiient ensevelis avec honneur par tes chrétiens.

46. Ces cruautés, qui s'oKerçaient dans toute l'élendue de la Perse, par les ordres de Sapor, ne firent que redoubler, à la suite d*im premier échec, que les armes de ce prince éprouvèrent, sous les murs de la ville de Nisibe, en Hésopot«imie. f.a mort de Constantintorûiand avait paru à Sapor une occasion favorable pour faifp une irruption dans Tempire roipain. Il vint donc. Tan 338, assiéger Nisibe, doqt saint Jacques était évéque. L'armée des Perses était innombrable en cavalerie et en infanterie; elle amenait avec eUa des régim^ts entiers d'éléphants surmontés de hautes tours, et des; lUIcbines de guerre de toute espèce. Mais, après soixante^rois jours de siège, Sa[)or fut obligé de se retirer ignominieusement, et de retourner dans ses États. Son armée, hareelée par les troupes romaines, épuisée de fatigue, décimée par les maladies, la peste et la famine, périt presque tout entière. Au retour, il vengea sur les chrétiens la honte de sa. défaite. Des cavaliers furent envoyés dans toutes les provinces, avec ordre d'amener prisonniers, à la capitale, tous les adorateurs de Jés Js-Christ. On craignait d'accroiUe Thorraur des exécutions en les multipliant dans ohaque localité, et Ton voulait centraliser, en quelque sorte, la persécution. L'histoire a OOtmervé les noms des plus illustres martyrs, qui donnèrent, en c0tte circonstance, leur sang en témoignage de leur foi (339). (W furent Sapor, évéque de Betii^Nictor; Isaac, évéque de Séleucie; Abraham, Mahanès et Siméon. Mahauès fut écorché vif ; SiméoM fut enterré jusqu*à la poitrine et percé de flèches ; Abraham eut le^ yeux percés avec un fer rouge, et mourut deux jours après ; Isaac fut lapidé ; révoque Sapor fut frappé au visage ave tant de violence qu'on lui fit sauter toutes les dents ; on le fit*ensuite qoQrîr ^us les coups (le bftton. — Tant de cruautés ne faisaient qu'augmenter en Perse le nombre des fidèles. Nous avons toujours vu tes persr-

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cittioiig pfediùM pet effet, m seio de l^âglise. i année sm ivraie (3éQ), le roi Sapor publia, contre les cbrétieu&, un Amvi général qui conâamnait leurs personnes àFesclavage, et confiaquait l^ul*$ biens. Sifiiéon, évoque de Séleucie, était un vieillard vénérable dont §appr lui-même disait : « J'ai parcouru les nations loint£Mnas, ^t je p*ai € jamais rien vu qu'on puisse comparer ù Taiigii^t^ majesté d^ son € visage.>II se refusa à livrer les vases sacrés et les autres ricbasfkss de sask église, et répondit au l't» qui Ten pressait : « C'est le patri- « moine des pauvres. Je mourrai plutôt que de livrer ce dépôt ^ré. » Sur cette réponse, on emmena le saint évêque ppur le jeter dans un cacbût. Barmi la foule assemblée h la porte du palais, pour le voir sortirv se trouvait un vieil eunuque, nommé Gubsçiatade, qui £^v^it été le gouverneur de Sapor, et qui jouissait d'un^ baute considération à la cour. Il avait précédemment embrassé la foi chrétienne, mais (a crainte de la persécution Tavait fail apostasier. A 1^ vue ()u saint évêque, il se jeta à genoux pour lui demander sa bénédiction. Sioiéoa passa, en détoui*nant les yeux, pour lui marquer l'borr^ur que lui inspirait son apostasie. Gub^qis^tade comprit l'élpqMenpe Buiette de ce reprocbe. Il alla sur-le-cbamp quitter les habits pompeux qu'il portait, en sa qualité de grand chambellan di) roi, se couvrit de vêtements de deuii, et revint au palais se présenter à S^por : « Faites-moi exécuter, lui dit-il, j'ai mérité Je dernier sHp- « piice en trahissant moi^ Dieu, et en violant la foi que je lui ftvais c promise. — Quoi ! sécria Sapor furieux, telle e^t la cause de ta « douleur i 6uéri&-toi de cette manie insensée, od je te forcenii c bien àm'obéir. — Je n'obéirai plus désormais qu'au vrai Piep, « et je n'adorerai plus des créatures. — J'adore donc des créatures, „ « misérable 1— Oui, et ce qu'il y a de plus déplorable, des créatures « inanimées.— Meurs donc, > dit Sapor ; et il fit conduira spn vieux gouverneur au supplice. Pour dernière grftae, Gubaciatade lui demanda de foire publier, qu'il était mis à mort pour sa Qdélité au Dieu des chrétiens, afin de réparer, autant qu'il était en Ih|, le scandale de son apostasie. — La nouvelle de ce martyre combla de joie le saint évêque, d%ns sa prison. Le lendemain, il fu( de nouveau 9a\esÊé en présence de Sapor, dont les meoaoe^ le trpuvèrcKUt eniHHre inflexible. Le roi fit alors exécuter, devant lui, cent prisopqiars

MÉ HI8T01IIE uèurteALE DE l'ÉGUHK.

chrétiens, parmi lesquels se trouraient des évoques, des prêtres et des diacres. SiméoB les encourageait à souffrir courageusement la mort pour le nom de Jésus-Christ. Il eut lui-même la tête tranehée, le dernier de cette glorieuse phalange de héros. Les deux pKtres qui raccompagnaient, Abdaïcia et Hananias, eurentleméme sort.Peiidan( qu*Hananias ôtàit ses habits pour se livrer aux mains de l'exécuteur, il fut saisi d'un tremblement involontaire. Phusikius, surintendant des travaux du roi, qui assistait à Texécution, le remarqua. « Rassurez-vous, Hananias, dit41 au confesseur, fermez les ymx^el « dans un moment vous verrez la divine lumière du Christ. » Ces quelques paroles, rapportées à Sapor, valurent à Phusikius la couronne du martyre. Sapor voulut que son supplice fût accompagné de cruautés extraordinaires. Il n'était pas facile d'imaginer des ter* tures nouvelles. Les bourreaux lui percèrent le cou, et, par l'ouverture, lui arrachèrent la langue. Il expira dans cet horrible tourment. Ces diverses exécutions avaient lieu les 46 et 47 avril 344. SqM>r, exaspéré, lança ce jour môme, 47 avril, un édit qui condamnait à mort tous les chrétiens dont les juges n'obtiendraient pas une renonciation explicite au nom de Jésus-Christ. On ne vit bientftt plus, dans toute la Perse, que des instruments de supplices. Les fidèles, loin de trahir leur foi, volaient généreusement à la mort, et les bourreaux, fatigués de tuer, s'avouèrent plus d'une fois vaincus par la patience de leursvictimes. « La croix, dit saint Maruthas, évégue « de Mésopotamie, témoin oculaire de cette horrible boucherie, < germait sur des ruisseaux de sang. » Les noms de tous ces martyrs, glorieux devant Dieu, sont pour la plupart restés inconnus aux hommes. On a conservé toutefois celui de la vierge Tharba, qui fut prise avec sa sœur et sa servante. Les mages firent scier leurs corps par le milieu. On coupa ensuite chaque moitié en six, et l'on jeta tous les morceaux dans autant de paniers, qui furent suspendus à des pieux sur deux lignes. La reine, qui se trouvait alors malade, et dont les mages attribuaient la mauvaise santé aux enchantements des chrétiens, passa au milieu de ces lambeaux sanglants, dans l'espoir de recouvrer ses forces, à la vue des restes mutilés de ses victimes (5 mai 344). Quelques mois après, le gouverneur de ht province de Chaldée, Hormisdas,et Narsès, son frère, percèrent eux-

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mêmes, à coups de poignards, Tévéque de Saze, saint Milles. Le vieillard, en eiipirant, leur prédit que le lendemain ils se tueraient eux-mêmes l'un et Tautre. Les meurtriers ne firent que rire de la prédictiDn. Le lendemain, dans une grande chasse, les deux frères poursuivaient, de deux côtés opposéi, un cerf qui venait d'échapper à lamente. Ils lui décochèrent en même temps leurs flèches^ qui les atteignirent eux-mêmes, et les tuèrent tous les deux, à Theure même où ils avaient massacré saint Milles. — Vers le même temps, on arrêta Barsabias, abbé d'un monastère en Perse, avec les dix moines qu'il gouvernait. Le juge leur fit écraser les genoux, casser les jambes, couper les bras, les côtés et les oreilles. On les frappa ensuite, avec des roseaux épineux, sur les yeux et le visage. Enfin le gouverneur les condamna à être décapités. Barsabias fut réservé pour le dernier. Pendant l'exécution, un mage, accompagné de sa femme, de ses deux enfants et de plusieurs domestiques, vint h passer. Touché de la grâce, à la vue de la joie qui rayonnait sur le visage des martyrs, il change d'habits avec l'un de ses domestiques, court se jeter aux pieds de Barsabias, et le supplie de l'admettre au nombre de ses disciples et de lui procurer la gloire du martyre. L'abbé y consent, le présente au bourreau qui lui coupe la tête sans le connaître. Barsabias, le père de tous ces martyrs, fut enfin décapité le dernier [3 juin 342). La même année, saint Sadoth, successeur de saint Siméon sur le siège de Séleucie, fut mis à mort avec cent vingt-huit autres chrétiens, dans la ville même de Séleucie, où Sapor se trouvait. Deux ans après, le prêtre Daniel, et la vierge Verda {Rose en persan) , furent arrêtés, par l'ordre du gouverneur de la province des Razichéens. Ils souffrirent pendant trois mois les tortures les plus cruelles. Entreautres supplices, on leur perça les pieds, qu'on tint cinq jours de suite dans de l'eau gelée. Rien n'étant capable d'ébranler leur constance, le gouverneur les condamna à perdre la tête (21 février 344). Cette même année, cent vingt chrétiens arrêtés par ordre de Sapor, dans la province de l'Adiabène, eurent le même sort. Une pieuse veuve recueillit leurs corps, qui furent enterrés, cinq à cinq, dans la campagne voisine de Séleucie (21 avril 344). Barbascemin avait remplacé saint Sadoth sur le siège métropolitain de Séleucie. Sapor le fit renfermer dans une prison I. 36

102 HISTOIRE dÉXÉftALft DE L*ÉtiUSE.

infecte, oh Ton avait jeté des cadavres d*anitnftUK en putréfartkHi. Le saint martyr y souffrit pendant onze moiâ les riguetirs de la faim et de la soif. Il fut enfin décapité avec ses compagnons, le 14 janvier 346, à Lédan, dans la province des Husites. — Une épouvantable apostasie affligea vers le même ten^s cette Église désolée. On dénonça au gouverneur de Lédan un prêtre, nommé Paul, qui jouissait d'immenses richesses. On l'arrêta, avec cinq vierges consacrées à Dieu, Thède, Marie, Marthe, une autre Marie et Anna. Le gouver* neur avait commencé par confisquer à son profit les biens de Paul. Il le fit venir devantson tribunal, et le somma de renoncer à Jésus-Christ et d'adorer le Soleil. « Tu recouvreras ainsi, lui dStr-îl, l'argent qui « t'a été enlevé, v Le malheureux, qui aimait ses richesses plus que son âme, consentit à abjurer. Cette faiblesse contrariait les vues du gouverneur, qui avait le désir de conserveries biens confisqués. Il dit fi Tnpostat: «Si tu veux nous prouver la sincérité de ta rétractation, « il Àut tuer de ta main les cinq vierges auxquelles tu as inculqué € tes croyances, et qui ont été arrêtées avec toi. » Le malheureux souscrivit à cette condition infftme, et, saisissant un glaive mi, il s'élance contre ces généreuses martyres. « Eh quoi! lui direntrriles, « lâche pasteur , est-ce ainsi que vous vous jetez sur votre trou- « peau et que vous égorgez vos brebis ! » Paul ne tint aucun compte de leurs reproches. Au milieu d'une foule de monde, qui le traitait d'exécrable bourreau, il accomplit son horrible mission, et trancha la tête des cinq vierges (6 juin 346). Il ne put, même àoeprix, rentrer en possession de ses biens : le gouverneur le fit étrangler, la nuit suivante, pour s'assurer l'argent sur lequel il avait mis la main *. — La persécution continua, avec la même fureur, jusqu'à la fin du règne de Sapor H, qui ne mourut qu'en 380, après soixante-dix ans de barbarie et de cruautés.

* I^ actes authentiques de la persécution de Sapor II, en Perse, n'ont é^ connus en Europe que depuis le pontificaldeClémentXï (1700-1721), qui les fil copier moyennant d'énormes dépenses, sur les manuscrits conservés dans les monastères de Nilrie, et que les moines égyptiens ne voulurent jamais céder, même en les payant au poids de l'or. L'importance que ce grand Pape attachait à ces monuments, est la meilleure garantie de 1f»ur authentîf Hé.

CHAmi^K II. M9

47. âapor n pourBwvit constamment, pendant son règne, l'un des plus longs dont parie l'histoire, le double projet é^anéantir le Chris* tianisme dans ses États , et d'agrandir le royaume de 9ene, aux dé« pens des proYinces limitrophes de Tempire romain. En 3(0, Constance, qui s'était avancé du c6té de la Perse pour garder sea frontières, se trouva tout à- coup rappelé par des événements d'une haute gravité, en Occident. Sapor II profita de cetéloignenent inespéré pour renouveler, sur la ville de Nisibe, l'entreprise qui lui avait si mal réussi en 338. Il revint donc une seconde fois, avec des forces considérables , une multitude d'éléphants et de machines de guerre. Les rois de l'Inde l'accompagnaient avec des troupes auxiliaires. Sûr de la victoire, il somma les habitants de se rendre , sous peine de voir leur ville détruite de fond en comble. Encouragés par saint Jacques, leur évéque, ils se préparèrent à une vigoureuse résistance. Pendant soixante-dix jours, Sapor met en œuvre toutes ses machines; une partie du fossé est comblée, on bat les murailles à coups de bélier, on creuse des souterrains, on détourne le fleuve Mygdonius, afin de réduire les habitants par la soif . Leur oourage rend tous ces travaux inutiles : les puits et les sources leur fournissent de l'eau en abondance. Sapor recourt à un moyen incroyable. Il arrête le fleuve au-dessus de la ville, par une digue entre deux montagnes. Au-dessous de la ville, 11 élève une seconde digue plus considérable encore. Il ouvre alors la digue supérieure, les eaux s'éhincent avec fureur, contre les murs de la ville assiégée, et les ébranlent, mais sans les abattre. Retenues par la digue inférieure, elles forment bientôt une mer, au milieu de laquelle Nisibe s'élève toujours invincible. Les Perses profitent de cette situation, qu*lls avalent prévue, et attaquent les assiégés sur une multitude de barques. Les habitants ne se déconcertent pas, ils enlèvent, avec des harpons, les barques qui s*approchent trop des murs, brisent ou coulent à fond les autres, en y lançant d'énormes blocs de pierre. Au milieu de cet étrange combat, la digue inférieure se rompt; les eaux, longtemps contenues, se précipitent par l'ouverture, entraînait avec elles les barques des assiégeants, malgré les efforts des rameurs, et abattent en même temps deux pans de muraille. Sapor se croit enfin maître de la ville. H ordonne à son armée de se préparer pour le

Ididemam à monter à la brèche. L'assaut fui livré avec un acharnement furieux. Les Perses s'avancent sur un terrain humide et fangeux. On les laisse approeher jusque sur le bord du fossé, qui était très-large, et où le séjour des eaux avait formé une vase profonde. Là, pendant qu'ils cherchent les moyens de passer, ils sont assaillis d'une grêle de pitres, de feux et de dards. Les uns sont renversés, les autres veulent fuir ; mais ceux qui venaient derrière les poussent en avant : hommes, chevaux, machines, éléphants, s'enfoncent et périssent dans la vase. Sapor, forcé de sonner la retraite, suspendit Tattaque pendant un jour, pour laisser au terrain le temps de se raffermir. Il revint à la charge le surlendemain, et fut bien surpris de trouver, derrière la brèche, un nouveau rempart que les assiégés avaient élevé avec une activité inouïe. Dans sa fureur, il lança une flèche contre le ciel, et fit mourir plusieurs satrapes qui lui avaient prédit le plus magnifique triomphe. Cette belle défense était commandée par le beau-père de Jovien, dont nous verrons le gendre ceindre plus tard la i)Ourpre impériale. îx ciel se chargea de la couronner par un succès miraculeux. Le diacre saint Éphrem conduisit sur le rempart le vénéi'able évéque de Nisibe, saint Jacques, pour qu'il élev&t, comme Moïse, les mains vers le Seigneur, et en obtint la victoire. Â la vue de la multitude infinie des Perses, dont les tentes couvraient toute la plaine, saint Jacques pria Dieu de confondre leur orgueil. Tout à coup, une nuée de moucherons, comme on en voit quelquefois en Orient, vint fondre sur l'armée de Sapor. Ces insectes entraient dans la trompe des éléphants, dans les naseaux et les oreilles des chevaux et des bétes de somme, qui entraient en fureur, renversaient les cavaliers, rompaient les rangs des escadrons, et fuyaient, emportant toujours leur insaisissable ennemi avec eux. Sapor II, forcé de reconnaître la puissance de Dieu, leva le siège, après trois mois d'inutiles efforts, et se retira honteusement. Saint Jacques mourut quelques jours après, laissant le souvenir d*une vie sainte et d'un nombre infini de prodiges opérés par son intercession. Saint Éphrem, son disciple et son diacre, embrassa la vie monastique , dans les environs d'Édesse. Issu d'une famille païenne, la gr&ce avait prévenu son cœur; il vint se jeter aux pieds de saint Jacques de Nisibe, qui Téleva comme un fils, l'ordonna diacre et le

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