‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 14 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

OÙ s'élèvent aujourd'hui le palais du Vatican et Téglise de saint Pierre, dont la grandeur ne le cède en rien aux plus imposantes ruines de la Rome des Césars [29 juin 67]. Le même jour, saint Paul, comme citoyen Romain, eut la tête tranchée, près des eaux Fulviennes, dans uo lieu aujourd hui désert, à quelque distance de Iabasili(}ue appelée: Saint Paul hors des murs. Le pontificat de saint Pierre avait duré trente-trois ans dont vingt-cinq passés à Rome. Aucun de ses successeurs ne régna aussi longtemps sur le siège de Rome. C'est à cette durée exceptionnelle que doit son origine le mot célèbre-prononcé à chaque exaltation des pontifes ro* mains : Annos Pétri non videbis, souvenir de la brièveté des choses de ce monde à côté des plus sublimes grandeurs d'ici-bas'.

g f • PoBllfleat de saint Lis. (67-7&)

43. Saint Lin, né à Volaterra, en Toscane, Tun des disciples dont il est parlé dans la seconde Épitre à Timoihée*, fut le successeur immédiat de saint Pierre. Du vivant même du prince des Apôtres, il avait été désigné pour Taider dans le gouvernement de l'Église. Soussoa pontificat s'accomplit un événement préparé par la justice divine, et prédit quarante ans auparavant par Jésus-Christ. Jérusalem avait à expier un déicide, son châtiment fut le plus épouvantable dont l'histoire ait gardé le souvenir. Par un dessein providentid, cette ville fut épargnée tant qu'elle demeura comme le berceau du christianisme; mais quand la foi eut étendu ses conquêtes; que, loin d'être utile à la propagation de l'Évangile, l'existence de Jérusalem nuisit plutôt à ses progrès, par l'attachement des Juifs convertis aux cérémonies mosaïques qu'ils voyaient pratiquer dans le temple; alors la vengeance de Dieu appela les légions romaines autour des murs de la ville sainte. La génération qui avait entendu les menaces de Jésu»-Christ n'était point passée; saint Pierre et

* l^oyez, pour tout ^ qui regarde le pontificat de saint Pierre, Origine$ du Christianisme, par le docteur Dœilinger, auquel nous avons emprunté le fond de ce chapitre.

« 2 Timoth,, iv, 21.

3G HISTOIRE GÉNÉnALE DE L*£GLISE.

saint Paul avaient annoncé rinimincnt accomplissement des prophéties ; en sorte que la ruine de Jérusalem fut à la fois, la punition du plus horrible des forfaits, une preuve éclatante de la divinité de Jésus-Christ et de la religion qu'il avait fondée, la séparation définitive du christianisme d'avec la loi de Moïse, et le sceau (le la réprobation imprimé en caractères sanglants sur la nation juive. Dès l'année 66, le parti des Zélotes, ou Zélateurs, avait pris les armes à Jérusalem pour secouer la domination romaine. Quelques légers succès remportés contre Cestius Gallus, proconsul de Syrie, exaltèrent les espérances de ces fanatiques. Les chrétiens, au contraire, pénétrés de la vérité des prédictions du Sauveur, se retirèrent à Pella, en Pérée, pour éviter les désastres imminents de la guerre. En effet, Néron, à la nouvelle de hi défaite de Cestius Gallus, remit la conduite delà guerre contre les Juifs àVespasien qui, avec son fils Titus, s'empara d'abord des forteresses de la Palestine, et ensuite s'approcha peu à peu du territoire de Jérusalem, comptant, pour atteindre son but, sur les divisions intestines de Tennenii. Jean appelé Guiscala, du nom de la forteresse qu'il commandait dans la Galilée, s'en échappa et alla, suivi d'une bande assez nombreuse, se jeter dans Jérusalem oii il prit en main le gouvernement et maltraita ceux qui voulaient la paix. C'était organiser le désordre intérieur^ en face de l'ennemi. Cependant, comme pour prolonger l'agonie de Jérusalem, Vespasien ayant appris que les légions de la Gaule Belgique venaient de se révolter contre Néron et de proclamer Galba empereur, résolut d'abandonner pour un temps la guerre juive, et fit voile avec son armée vers les côtes dltalie, pour se tenir à la portée des événements. L'interruption de la guerre ne fît qu'augmenter les maux de Jérusalem et de toute la Judée. Les partis de Simon et de Jean Guiscala en vinrent aux armes, dans Tintérieur même de la ville. La famine, des tremblements de terre, les sinistres lamentations de Jésus fils d'Ananus, des voix mystérieuses qui sortaient de Tintérieur du temple présagèrent la ruine de ce. peuple. Vespasien, devenu empereur luimême, après les règnes passagers de Galba^ Othon et Vitellius [68], donna à son fils Titus Tordre de poursuivre vigoureusement le siège de Jérusalem. Une innombrable multitude de Juifs se trouvait

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