‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 134 sur 190 · CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU

« VOUS a rapprochés du Seigneur, offrez-lui, pour moi, vos prières, « afin que nous puissions supporter patiemment les violences dont € on nous menace chaque jour. Suppliez la divine miséricorde pour « que la foi demeure inviolable; pour que VÉglise catholique ne soit € point divisée. Mandez-moi le détail des luttes que vous avez souf- « fertes pour la foi, afin que vos exhortations puissent fortifier mon « courage abattu par diverses maladies, et mon corps même dont les « forces sont exténuées. »

7. Les menaces, dont le Pape se plaint dans cette lettre, ne tardèrent point à se changer en persécutions ouvertes. L*eunuque arien, Eusèbe, dont les manœuvres, toutes-puissantes sur Tesprit du faible Constance, avaient mis TÉglise dans ce triste état, fut envoyé par Fempereur à Rome, pour séduire Libère, et le contraindre à souscrire la condamnation de saint Athanase. Ni les présents, ni les menaces n'ayant réussi à Teunuque, il obtint un rescrit adressé à Léonce, gouverneur de Rome, ordonnant de transférer Libère à Milan, où Constance tenait sa cour. L'entrevue entre le Pape et l'empereur fut ce qu'elle devait être, pleine d'emportements, de récriminations et de violences de la part de Constance ; pleine de dignité, de réserve et de fermeté de la part de Libère. Deux jours après, le Pape était enlevé et conduit en exil à Bérée, en Thrace. L'empereur lui fit offrir cinq cents sous d'or (environ dix mille francs de notre monnaie) pour sa dépense. Libère les renvoya avec ces paroles : « Dites à l'empereur « qu'il garde cet argent pour l'entretien de ses armées. » Une offre semblable de l'impératrice reçut la môme réponse. L'eunuque Eusèbe ayant osé faire lui-même une pareille proposition, le Pape, indigné, lui répondit : « Vous avez rendu désertes toutes les églises du « monde, et vous m'offrez une aumône comme à un criminel I Allez, « commencez d'abord par vous faire chrétien. » A peine Libère était-il sorti d'Italie, que l'empereur faisait sacrer un antipape à Rome par la faction arienne. L'évêque de Centumcelles fut, en cette circonstance^ l'organe des volontés impériales. Il fit tomber le choix sur Félix, archidiacre de l'ÉgUse romaine. Trois eunuques représentèrent l'assemblée du peuple ; trois évêques, dont l'un était Acace de Césarée, le sacrèrent dans le palais de l'empereur. Le peuple romain n'eut aucune part à cette ordination iri'égulière ; il ne voulut jamais I. 27

iiè HISTOIRE gênéàaLb de l*égmse.

entrer en comfnùnîon avec lui, et conserva tout son attachement pîiuf Libère, t^ahtiqfuitê rend toutefois à Félix ce témoignage qu'il conserva toujours là foi de Nicée, et qu'il fut irrépréhensible dans sa conduite, en dehors cfe ses liaisons avec le parti des Ariens.

è(. La causé catholique, poursuivie avec tant de violence, était (f^éndue avec la plus vive énergie par les prélats exilés. De tous les poînfe du ittonde, où les avait relégués l'aveugle obstination de Constance, ils élevaient la voix pour proclamer le dogme de la vraie foî. Éusèbe de Verceîl, Hilaire de Poitiers, dont le nom et Thisloire se retrouveront sous notre plume, saint AHianase, multipliaient fëurs efforts et leur zèle. Le patriarche d'Alexandrie, du fond de sa retraite, adressait aux fidèles de son Eglise, aux cvêques d'Egypte et dû inonde entier, des lettres et des traités complets, où il exposait rènsemble de la doctrine catholique et l'opposait aux erreurs de rÀfiaùîsme. Osius de Cordoue, arrivé à l'âge de plus de cent ans, s'associa,' d'abord, aux travaux de ces éloquents apologistes. Il adressa à fempereur Constance une lettre admirable, où il reprenait foute la suite des intrigues ariennes, et suppliait le prince de faire cesser la persécution contre les catholiques. Cette courageuse protestation d'Osius fut suivie d'un ordre,' donné par Constance, d'amener l'évéque de Cordoue a Sirmium, où les prélats àrîens s''étàient réunis une seconde fois, pour rédiger une septième profession de foi. Ils y rejettent non-seulement le terme de consubstantiel, mais ce(ui ikèemblable en substance, pour y substituer des expressions qui supposent lè Fils d'une autre nature que le Père. ï*otamius, évèque dé Lisbonne, que le don d'une terre domaniale, fait par Constance, a'vait suffi à gagner à l'Arianisme, fut l'auteur de cette nouvelle forlùuTe. Cet indigne prélat ne borna point à cette rédaction impîè son zèî(î de courtisan. Il entoura d'obsessions le centenaire Osius de Cordoue, qu'on tenait, depuis un an, à Sirmium, dans une étroite captivité. Circonvenu par ces intrigues, accablé de mauvais traitements, Osius déshonora sa longue et/ glorieuse carrière, en signant la nouvelle profession de foi. La chute de l'illustre patriarche, dont les Ariens se montraient triomphants, fut un deuil pour toute l'Églue. Saint Phébade, évêque d'Agen, écrivait alors, dans un traité contre TAflànisme : < Je n'ignore pas (Ju'dn nous oppose, comme

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