‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 136 sur 190 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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suit la même opinion et s'exprime ainsi : « Le pape Libère avait été « deux ans en exil, et la rigueur en augmentait, jusques à lui ôter « un diacre nommé Urbicus qu'il avait auprès de lui. Fortunatien, € évéque d'Aquilée, fut le premier à le solliciter de se rendre aux « volontés de l'empereur, et il ne le laissa point en repos qu'il n'eût « souscrit. Démophile, évéque de Bérée, o4 Libère était en exil , lui « présenta la profession de foi deSirmium, c'est-à-dire, suivant « l'opinion la plus probable, la première composée contre Photin, au « concile tenu l'an 351 , où Démophile même avait assisté, qui sup- « primait facilement les termes de consubstantiel et de gemblable en « substance ; mais qui, au reste, pouvait être défendue, comme elle « l'a été par saint Hilaire. Libère l'approuva et la souscrivit comme

< catholique, il renonça à la communion de saint Athanase, et em- « brassa celle des Orientaux, c'est-à-dire des Ariens *. »

Voici maintenant comment M. l'abbé Rohrbacher, dans son Mistoire universelle de l'Église catholique, expose les faits relatifs au retour de Libère à Rome, et réfute les raisons de ceux qui admettent la chute de ce Pape : « L'empereur Constance, qui n'avait pas encore € VU Rome, y fit son entrée, vers la fin d'avril 357, comme triompha-

< teur de Magnence, vaincu six ans auparavant. Les dames romaines € prièrent leurs maris de demander à l'empereur le retour du Pape, « exilé depuis environ deux ans. Ils répondirent qu'il craignaient la

critique et historique sur le pape Libère, dans laqueUe on fait voir qu'il n'est jamais tombé ; par Tabbé Gorgne» Paris, 1736; — et multo fusius, Commentar. critico-histor, de saneto Libéria papa, a P. Stiltingo, inter Àcta sanctorum septembris, ad diem xxiii, tom. VUp.573.) lUud interea constat, multa hic afferri adjuncta, aut plane incerta, aut omnino supposita ; et plura taceri, quœ minime omitti debuissent Gerte vix intelligo quomodo ea cohaereant cum iis qusB ipse illustrissimusauc^ tor dixit (ii« Instruction sur les promesses de l'Église, numéros 105 et 106). Caterum ex diario D. Ledieu (secrétaire de Bossuet) colligltur voluisse Bossuetium ea delere qu» hic scripsit de Liberio, tanquam ad suum scopum non satis pemitentià. (Vide Hist. de Bossuet; Pièces justificatives du liv. VI, p. 396. — Edit. Versai.)

« L'abbé Flbuet. Histoire ecclésiastique, liv. xiii, tome III ;éd in-12, p. 408.

92 HISTOIRE tigiNÉRALE DE L*ÉGLISE.

colère de Temperear; que peut-être il ne pardonaerait pas à des bommes, quMl aurait plus d*égard pour elles ; que s*il ne leur ac« cof^sût pas ce qu*elles demandaient, du moins ne leur en arrive* raitrH aucun ma). Ces dames se présentèrent donc devantremperelir, et le supplièrent d'avoir pitié de cette grande ville/ privée de son pasteur. (Constance répondit que Rome avait un pasteur capable de )a gouverner, sans qu'il en fût besoin d'autre : il entendait F^Ui. 'Les ^ames romaines répartirent que peftonne n'entrait dans régUse quand F^Ux y était, parce que, encore qu'il gardât ia foi de ^ieçe, il copimuniquaif avec ceux qui la corrompaient. L'empereur leur promit sans deute d'avoir égard à leur demande; car, quelque tçmpsftpr^, il envoya deslettresè Romequi annonçaient que (.ibère serait rappelé et gouvernerait l'Église en commun avec Félix. Mais quapd on |ut ses lettres dans le Cirque, le peuple s'écria ironiquement : CeU est pute / Comme il y a dan$ le Cirque deux factions distinguées par leurs couleurs; chacune aura son épique. Après s'être ainsi moqués des lettres impériales, ils s'écrièrent tout d'une voix : Un Dieu, u/n Christ, un étéque /, {iOS e|)pses allèrent plus loin encore. Il y eut, à ce sujet, des séditions à'gome et même des meurtres. Ce qui fut cause que l'empcyreur consentit, malgré lui, dit l'historien Socrate, ^ ce que Libère retournât à Rome et y reprît son siège. L'admirable Libère, dit Théodoret, revint donc de sa ville bien-aimée. D'autres anciens Bons apprennent qu'il rentra dans Rome en vainqueur, que tout teçéOpleallë au-devant de lui, plèiA de jolé, et expuha FflftJ*'**^ ^ Ob*s'étOtïnérîl ékris dbdte* qtie noii^ ne pàrlrôris-pas'de'là fliute Au |)ape Eibèrfe,* cliûte feim^us^qùé Boèsuet, ëïilrê -alilrésj^ voàW proliVer fort au long.' Nous savons' que; dans sa JJëfeîisédeHh %fctaraiioh du clergé de France^ Bossuef met tou^en œuvre 'pour établir que le pape Libère est tombé, en souscrivant à rÀrianism'é; mais nous savons aussi, par le témoignage de son secrétaire, que dans une dernière révision de cet ouvrage, Bossuet raya tout l'endroit qui regarde le pape Libère, comme ne proiévant pas bien ce qu'il veut établir en ce lieu >. Ce que Bossuetaoru devtoir rayei'

* Histoire de Bossuet, liv. vi , Pièces justifie, p. 396. ^Ëdit de Lebel.

ciiANYfUi; ai. 423

« de soQ Traité de lapuiësance ecclésiastique, nous croy9n§ devoir € le r9.Yeî de V Histoire de VÉglii^; ce que Bo$suet, après vinçt ans « de recherches et de méiUtations, n'a pu se démontrer à lui-giÇme, « nous croyons qu'il ne peut se déo^ontrer par personne. Qg en « peut voir les raisons détaillées dans la pissertation d'un fjoçtçur « de Paris, publiée peu d'années après la mort de BoS|Sue(; 4^ns « une autre, plus récente, ^m savant i^accaria; dan^ je (}oct^ « Galland, de Yeafee, au tome Y de sa Bibliot^hèque dçs an- « ciefis Pères; enfin, et surtout, dans Vlfistoire critique iiu pape € saint Libère, insérée au 23 septembre ()es Acta Sancifqr\im '. t — Nous remarquerons seulement ici, d.'après ce que nousy^i}(|n| « de voir , que le peuple romain ne put souffrir Félix , parce « que^ tout en professant la foi 4e ï^icée , il comipunigus^i^ • ^veç « les Ariens; que le pape Libère rentra à Rome, en yaingjijj^pr j < que le peuple le reçut en triomphe, et chassa Félix. Â\ec cette « «conduite du peuple romain, comment supposer que ce même p^pe € Libère venait de se déshonorer publiquement, en condamnant « saint Athana'se, en souscrivant à l'arianisme, et en adressant aux « pi^incipaux ariens des lettres de communion, aussi pitoyables pour « le style qu'abjectes pour le sentiment ? — Qn a vu le scandale que « bause la chute d'Osius, l'avantage qu'en tirent tes Ariens, et la « tn'aiiièrè frappante dont y répond saint Phébade d'Agen. Si .ii])^re « était lombé pareillement, le scandale eût été bien plus horrible, « le^ Ariens 'en eussent bien plus triomphé; saint. Phébade eût été i bien plus pressé d'y répondre. Le silence, de part et d!autre, est « une preuve qu'il n'en fut rien; — On objectera que saint Atlianase « parlede la chute de Libère, et dans son Apologie contre les Ariens € et dans son Histoire des Ariens, adressée aux solitaires; mais « tout le monde convient que ï Apologie contre Us Ariens a été « Sbriteau plus tard en 350, c'est-à-dii*e deux ans avant que Libère « fût pape. L'endroit où il y est parié de sa chute est donc ^vîdem-

« Dissert, sur te pape Libère, par l'abbé Corgne.— Paris, HiQ; in-13. — Fr.-Anl. Zachàrie Dissert, de commenlitio Liberii lapsu/m Thés, tôeot. Venet., 1762; in-4% tom. , p. îï 580. — Gillahh, BibHothec. téter, PP., tome V. — Acta «anctor., tome VI (seplembr.)

«c ment une addition postérieure, faite par une main étrangère et « malhabile; car, bien loin de donner delà force kV Apologie, elle « la rend inepte et ridicule. VHistoire des Ariens a été éga- « lement écrite avant Tépoque où Ton suppose la chute du pape « Libère. Le passage où il en est parlé est donc encore une ad- « dition faite après coup, et qui ne jure pas moins avec ce qui pré- « cède qu'avec ce qui suit. Mais par qui ces interpolations ont- « elles pu se faire? Nous avons vu que, dès son vivant, les Ariens « supposèrent à saint Athanase une lettre à Constance. Ce qu'ils « ont pu pendant sa vie, ils l'ont pu encore plus aisément après sa € mort. Les Donatistes n'ont-ils pas fabriqué, sur le compte du pape « saint Marcellin, l'histoire d'une chute semblable, qui a trouvé « crédit longtemps, mais dont tous les critiques reconnaissent au- € jourd'hui la fausseté? D'ailleurs, les Ariens n'étaient pas les seuls « ennemis de Libère : les Lucifériens schismatiques ne chercheront « pas moins k le calomnier. On voit poindre, pour ainsi dire, les « premiers nuages de la calomnie dans ce que dit Rufln, environ « cinquante ans après l'époque : Libère, évoque de Rome, était « rentré, du vivant de Constance; mais je ne sais au juste si l'em- « pereur le lui accorda, ou parce qu'il avait consenti à souscrire, ou « pour faire plaisir au peuple romain, qui l'en avait prié à son dé- « part. — Rufin était prêtre d'Aquilée; il avait pu connaître Libère « dans sa jeunesse; il avait certainement connu Fortunatien, évéque « d'Aquilée, à qui l'on attribue la chute de Libère. Et cependant, « Rufln ne sait ce qu'il en est : c'est que la calomnie commençait « seulement à se répandre; car si Libère avait réellement souscrit « une formule arienne, s'il avait réellement écrit les pitoyables lettres « de défection qu'on lui suppose, les Ariens, qui étaient tout-puis- < sants, ne les auraient laissé ignorer à personne. Il eût été impos- « sible à Rufin de conserver aucun doute à cet égard *. — Le Mé- « nologe des Grecs raconte les faits de la même manière que nous. « Voici comment il s'exprime : Le bienheureux Libère, défenseur « de la vérité, était évéque de Rome sous l'empire de Constance.

« M. l'abbé RoHRBÀCHBR. Hist.univ. deVÉgliseeatholique,2^éâ\t., tom. XI, p. 430, 431,432.

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