CHAPITRE III
« Embrasé du zèle de la foi orthodoxe, il protégea le grand Atha* « nase, persécuté par les hérétiques et chassé d'Alexandrie parce « qu'il défendait hardiment la vérité. Tant que vécurent Constantin « et Constant, la foi orthodoxe fut maintenue; mais Constance étant « resté seul maître, comme il était arien, les hérétiques prévalurent. « Libère, ayant censuré avec force leur impiété, fut rélégué à Bérée, « en Thrace. Mais les Romains, qui lui étaient restés fidèles, al- « lèrent trouver l'empereur et le lui redemandèrent. Il fut donc ren- « voyé à Rome pour cette cause, et y termina sa vie, après avoir « saintement gouverné son troupeau ^ »
En présence des faits et des preuves à l'appui, exposés des deux parts avec une égale impartialité, il ne sera pas difficile de se former une opinion consciencieuse. Nous ne voulons ni la solliciter, ni la préjuger. Il nous suffira de terminer cette discussion par les paroles solennelles de Bossuet, dont nous aimons d'autant plus à citer ici le nom, que son autorité a été plus souvent invoquée dans un sens opposé aux prérogatives du saint Siège : « Que, contre la coutume de € tous leurs prédécesseurs, dit cet illustre prélat, un ou deux sou- « verains Pontifes, ou par violence, ou par surprise, n'aient pas assex « constamment soutenu ou assez pleinement expliqué la doctrine de € la foi, — des fautes particulières n'ont pu faire aucune impression « dans la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend les eaux n'y « laisse pas moins de traces de son passage '. »
40. L'attention publique, constamment excitée par les questions dogmatiques, soulevées dans les querelles de l'Arianisme, n'avait pas tardé à se diviser en fractions dissidentes. L'hérésie ne peut échapper à sa loi fondamentale; il est dans sa nature de varier sans cesse. L'Arianisme présentait dès lors ce spectacle de transformations diverses. Il se partageait en SemirAriens et en Anoméens ( M/tùtoç, dissemblable) . Les Semi-Ariens, dont le parti était le plus nombreux, niaient la consubstantialité du Verbe et rejetaient l'expression de consubstantiel, admise dans le symbole de Nicée. Cependant ils attribuaient au Fils de Dieu une ressemblance en toutes choses avec
« Ibidem, p. 374.
* BossuBT. Sermon 9wr l'unité de l'Église,
fS6 UlSTOlllË UÉNÉRALB ÛB L*ËGL1SE.
le Père. La grande majorité des év^ues orieataux avai( wi))rasâé cette doctrine; et l'on s'explique aiaément com))ien leqrs professions de foi pouvaient être captieuses etamp)iibologiques, puisque, comme la première de Sirmium, elles pouvaient paraître complétemeQt orthodoxes, àlaseuleexceptionprèsderomission du mot consubstaf\r ^ie2.LeSi4f»om^0n«,aûcontraire,non'Seulement n'admettaient pasla consubstantialité du Verbe, mais ils enseignaient que Dieu le Piis était dissemblable («y($/u><o«) à son Père, en essence et dans tout le reste. Ces sectaires reconnaissaient pour chefs Aétius et Itunomius : ce qui leur fit donner aussi le nom ^'Aétiens ou i'Etmomiens. l^étius, aventurier syrien, était sorti d'AntiocJie, son pays, pour courir le mondé, à la suite de marchands, et plus tard 4'histrions (347). Lassç dé cette vie nomade, il revint dans sa patrie, et s'y fit remarquer par l'ardeur avec laquelle il professait l'Arianisme. Ses liaisons avec Léonce, qui devint plus tard évéque arien d'Antioche, et avec Eusèbe, évéque arien de Sébaste, lui inspirèrent le désir 4*étudier la dialectique, pour mieux se mettreen état de soutenir ses erreurs. Un voyage à Alexandrie, entrepris dans ce but, lui donna bientôt la triste facilité des sophistes, de tout réduire en arguments et en syllogismes. A son retour, il se mita disserter avec une telle hardiesse sur la nature de Dieu, que le peuple épouvanté lui donna le surnom d'Athée : ce qui n'empêcha pas Léonce d'Antioche de l'ordonner diacre, et les purs Ariens de le reconnaître pour leur chef. — Ëunomius, d'abord disciple d'Aétius, puis, en 360, sacré par les ^^riens évoque deÇysique, ajouta aux erreurs de son maître et devint, & son tour, chef départi. Il soutenait qu'il connaissait Dieu aussi parfaitement que Dieu se connaît lui-même; que le Fils de Dieu n'était pas véritablement Dieu, et ne s'était uni à l'humanité que par sa vertu et ses opérations; que la foi seule peut sauver, malgré les plus grands crimes et même l'impénitence. Il refusait à Jésus-Christ la connaissance du jour et de l'heure du jugement dernier. Il rebaptjsait tous ceux qui avaient reçu le baptême de l'Église, au nom delà sainte Trinité. Il rejetait la triple immersion, alors en usage pour le baptême, le culte des martyrs, et l'honneur rendu aux reliques des saints. — Ses sectateurs, qui s'appelaient Eunomiens, de son nom, se subdivisireot bientôt en Eunomio'Eupsy chiens, qui soutinrent que le Sauveur ooafïais-
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sait le jour et Theure du jijtgemen^ deriûer : vérité que les Emomien$ De voulaientpâs admettre, le chef (je cette nouvejle ^le se nommaH Ettpsyc^s et donna ainsi Jiieu à la dénomination ^E%momio- Eup^chiêns.
44 . Dans cette conQagration générale des esprits, pendapt que la plupart des évéques légitimes étalent en exil,- que des fiérétiques intrus occupaient leurs sièges, et que le monde entjer, suivant Texpression énergique de saint Jérçme, semblait s^être révemé 4rien, Constance ne songeait qu'à multiplier les formules (}e foi, qu'à rassembler des conciles, et passait le temps à faire de la théologie arienne au milieu des prélats courtisans. Dieu seuji povLi[a|t sauver son JÈglise du péril où la mettaient à la fois l'empereur, et les évéques grec9,qui semblaient attendre de |la cour de Constantinople les décisions delà foi. Cette délivrance ne pouvait se faire attendre longtenaps; mais l'heure n'était pas encore venue, ^n ^57, un concile, asseraJblé à Çésarée, métropole de Palestine, par Acace, éyêgue arien de cette ville, déposait, contre toutes les règles canoniques, saint Cyrille, ^êqne de Jérusalepi, qui se rendit en exi} à ^arse, o;^ l'évoque le reçut avec honneur, malgré la défense plusieurs fois rçi^irçe d' Acace. — t^n ?5Ç, autre concile, assemblé à Antioche, par Ëudoxe, évoque arien de cette vil)e,oùron s'e^Torce de justifier Aétius de toutes les erreurs qu'on )ui reproc)iait à si juste titre, jlfais le peuple, p|us sincèrement' attaché à la foi que tant d'évêques qui la trahissaient, repousse énergiquement l'hérésiarque et s'oppose à ce qu'il soit ac|mis à la communion. La tentative échoua; mais les évoques présepts condamnèrent les termes de consubstantiei et de semblable en substance, et adressèrent des félicitations à Ursaceet à Yalens pour leur zèle à propagerl'Arianisme. — Dans le même temps, les Semi- Ariens réunissaient un concile àAncyre, sous la présidence de Ba* sile, évéque de cette ville. Ils y anathématisèrent Aétii|s e| les Anoméens, qui niaient que le Fils fût semblable à son Père, et envoyèrent à toutes les Églises leur profession de foi, conçue en fériées d|aUleurs irréprochables, et qui n'avait pour défaut que l'opijsi^iq^ calculée du terme de eonsubstantiei Trois députés, Basile d'^nçyre, Çustat^ de Sébaste, ]^eusius d^ Çysique, vont por^r à Ve^lpe^e^r, qui se trouvait alors à Sjrmiun, CQt^ nouvelle pro|e§si99 di^fpi^ ^^ 4 W^l
arrivée, autre concile à Sirmium, où Basile d*Ancyre fait adopter sa formule, et condamner la seconde de Sirmium, qu'avait souscrite Osius de Cordoue. Valens et Ursac^, les auteurs de la formule anathématisée, furent les premiers à l'abandonner parce que Constance, qui présidait tous ces conciliabules, parut le désirer. — Aétius et Eunomius furent relégués en Phrygie, avec soixante-dix de leurs sectateurs. — La manie des conciles ne faisait, chez l'empereur, que croître avec les années. Il en indiqua un général, pour l'année suivante, à Nicomédie. Malheureusement, le 24 août 358, un treoiblement de terre détruisit cette ville jusqu'aux fondements, et força à songer à un autre lieu de réunion. Ce fut l'objet de longues et sérieuses délibérations, au concile qui siégeait, pour ainsi dire, en permanence, à la cour que Constance tenait à Sirmium. Le 22 mai 359, on y signa une dixième profession de foi, « exposée, disent les « évêques, en présence denotre seigneur le très-pieux etmctarieux « empereur Constance^ auguste, éternel^ vénérable, sous le eon- « sulat de Flavius Eusèbe et d'Hypatius, à Sirmium, le i^ des « calendes de juin. » Le nouveau symbole, qui rejetait le mot de substance, comme inconnu au peuple et occasion de scandale, fut souscrit par tous les évêques présents à Sirmium, et rendu profession de foi obligatoire pour les deux futurs conciles. Car, dans l'esprit versatile de Constance, l'idée primitive d'un concile oecuménique, rassemblé pour donner plus d'éclat à la condamnation des Anoméens, venait de se métamorphoser en celle de deux conciles simultanés pour l'Orient et l'Occident, dont l'un se tiendrait à Rimint, en Italie, pour l'Occident, et l'autre k Séleucie, en Isaurie, pour l'Orient.
12. Le concile de Rimini s'assembla donc au mois de juin 359, sans autre convocation que celle de l'empereur ; le pape Libère ne fut ni consulté, ni même invité, et cette circonstance est remarquable : car, dans le cas d'une chute récente, on ne voit point comment l'empereur n'en aurait pas profité pour montrer à l'univers le spectacle d'un Pontife romain pactisant avec l' Arianisme. Quoi qu'il en soit. Libère protesta plus tard contre la convocation irrégulière du concile de Rimini, en ces termes : < Les Ariens, ces hommes impies « et sacrilèges, sont venus à bout de rassembler les évêques d'Occi- « dent à Rimini, dans le dessein de les séduire par des discours