‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 138 sur 190 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« trompeurs, et de les forcer, par l'autorité impériale, ou à retrancher « un terme qui avait été mis avec beaucoup de sagesse dans la pro-

< fession de foi, ou à le condamner absolument. Mais cet artifice ne « leur a servi de rien. » Quatre cents évêques dlllyrie, dltalie, d'Afrique, d'Espagne, des Gaules, de la Grande-Bretagne, parmi lesquels quatre-vingts seulement Ariens, se trouvaient à Rimini. Les catholiques tinrent leurs sessions dans la grande église de la ville; et les Ariens, qui se refusaient à prier avec eux, se retirèrent dans un petit oratoire voisin. Ursace et Valens se présentèrent d*abord devant les évéques catholiques, et y lurent la dernière profession de foi qu'ils avaient fait adopter à l'empereur, à Sirmium. Mais tous les Pères la repoussèrent avec indignation. « Nous ne sommes pas « assemblés, disaient-ils, pour apprendre ce que nous devons croire ; « nous tenons notre foi de nos pères, les martyrs et les confesseurs, « à qui nous avons succédé, de tant de saints qui se sont assemblés € à Nicée et dont plusieurs vivent encore. Que veut dire votre for- « mule datée d'hier ? N'y avait-il pas de chrétiens avant cette date ? Et « tant de saints, qui, avant ce jour, se sont endormis dans le Sei- « gneur, ou qui ont donné leur sang pour la foi, ne savaient-ils pas

< ce qu'ils devaient croire? » Le concile procéda ensuite à l'examen des autres formules de foi que les Ariens avaient rédigées depuis vingt-cinq ans, et qui étaient au nombre de près de cinquante. Elles furent toutes successivement rejetées. Le symbole de Nicée, lu ensuite, fut adopté comme l'expression légitime, entière, complète de la foi catholique. Un décret fut rédigé en ce sens, et souscrit par tous les évéques orthodoxes, sans en excepter un seul. Valeas, Ursace, Caîus, Germinius et les autres Ariens, furent condamnés et déposés de leurs sièges par un acte que nous avons encore. — Jusqu'ici, la conduite du concile de Rimini est irréprochable : c'est que ses délibérations n'avaient pas encore été entravées par la violence, et le véritable esprit de l'Église s'y développait en liberté. Constance avait cependant, dès l'origine, envoyé à Rimini, Taurus, préfet du prétoire, pour surveiller les opérations du concile. Mais le lieutenant impérial avait reculé devant l'exécution des mesures de rigueur, en présence de l'imposante majorité des évéques catlioliques. Les choses ne tardèrent pas à changer de face. Dix députés catlioliques

étaient peiîih de Bimini, chargés de remettre à Constance la décision du concile. Les Ariens, <de leur côté, en avaient envoyé dix autres de leur faction, cfui^ à force de diligence, arrivèrent les premiers à Andrinople; o4 était la cour. Ils prévinrent facilement l'esprit da prince en faveur de leur cause, et quand les députés catholiques se présentèrent à leur tour, on leur fit l'accueil le plus froid et le phis dédaigneux. Bientôt, ils se virent circonvenus par les intrigues des évoques ariens ; et, après des négociations où Ton avait employé successivement les promesses et les menaces, ils eurent la faiblesse de souscrire la profession de foi arienne, rédigée à Sirmium le 2S mai 359. Constance dépôclie alors sur-le-champ à Taunis, son lieutenant impérial, l'ordre de la faire signer par tous les évoques dé Bimini, et de commencer par exiler les quinze plus opiniâtres, pour épouTanter les autres par ce coup de vigueur. Malheureusement, il ne fut pas besoin d'y recourir : découragés par un long séjour dans un pays étranger, épouvantés des menaces de l'empereur, le plus grand nombre céda et souscrivit ce qu'on voulut. Vingt seulement, parmi lesquels étaient saint Phébade, évêque d'Agen, et saint Servais, évêque de Tongres, résistaient encore. Ursace et Valons leur prolestèrent alors que la formule de Sirmium condamnait explicitement l'erreur arienne ; qu'on y avait omis le mot de comubstantitl, seulement pour enlever une occasion d'interminables débats ; mais que, d'ailleurs, la doctrine de Nicée y était professée en termes équivalents. Hs répétèrent ces assertions devant une assemblée générale du clergé et des fidèles. Ursace et Valons y lurent publiquement les anathèmes suivants :

« Si quelqu'un dit que Jésus-Christ n'est pas Dieu, Fils de Dieu, « engendré du Père, avant les siècles, qu'il soit anathème !

« Si quelqu'un dit que le Fils de Dieu n'est pas étemel avec le « Père, qu'il soit anathème I

« Si quelqu'un dit : Il y avait un temps où le Fils n'était pas, < qu'il soit anathème 1

« Si quelqu'un dit que le Fils est créature comme sont les autres « créatures, qu'il soit anathème I »

Tous acclamèrent cette dernière proposition, sans s'apercevoir du venin qui y était caché : car les catholiques entendaient par là qv'il

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xCéimi pas du tout créature, et Valens entendait qu'il était créature, mais plus parfaite que les autres. Au fond, ce fut à cette misérable é(fuiToque, inaperçue dans le moment, que se réduisit le triomphe des Ariens ; mais ils avaient tout gagné, en faisant signer un symbole où le mot de consubstarUiel n'était pas : aussi le pape Libère se crut obligé de casser les actes du concile de Rimini, et Thisloire fera toujours un reproche aux évoques qui y assistaient d'avoir abandonné légèrement, quoique peut-être de bonne foi, le symbole de Nîcée. Hs reprirent le chemin de leurs diocèses respectifs sans plus être inquiétés. Ursace et Valens allèrent, de leur côté, se glorifier auprès de Constance du succès de leurs intrigues.

43. En arrivant à la cour, ils y trouvèrent des députés du concile de Séleucie, réuni depuis le mois de septembre 359. Il s'y trouvait environ cent soixante évêques d'Orient, répartis, selon leur croyance de cette sorte : dix-neuf Anoméens, ou Ariens purs ; cent cinq Semi- Ariens, admettant le semblable en substance; les autres, qui étaient tous d'Egypte, catholiques zélés, tenant pour le terme de consubstantiel et la foi de Nicée. Cette proportion nous est attestée par un témoin oculaire, saint Hilaire de Poitiers, qui, exilé en Phrygie, assista à ce concile. Deux commissaires de l'empereur, avec des troupes sons leurs ordres,^y assistaient. Il n'était pas facile de faire adopter une profession de foi qui convînt également aux ti*ois opinions opposées. Acace, évêqne de Césarée, chef du parti des Anoméens, en proposa une qui fut rejetée. Les Semi-Ariens firent adopter cdledu concile d'Antioche, tenu en 34-1, qui consacrait leur doctrine. Ils rétablirent ensuite saint Cyrille, injustement banni de Jérusalem depuis deux ans, et déposèrent nommément, comme hérétiques, Acace de Césarée, Georges d'Alexandrie, Eudoxe d'Antioche, Patrophile de Scythopolis, et quelques autres chefs du parti anoméen. Les actes du concile, et la profession de foi qu'on y avait signée, furent apportés à l'empereur en même temps que ceux de Rimini. Constance, de sa propre autorité, décida que la formule de Rimini était seule obligatoire, força les députés de Séleucie à la souscrire, exila Aétius en Phrygie, et acheva dans ces négociations l'année 359.

14. Un concile ne se terminait que pour en voir ouvrir d'autres.

432 HISTOIRE GÉNÉRAtB DE L*ÉGL1SE.

Au commencement de Tan 360, Constance fit célébrer à Constantinopie, avec une pompe inouïe, la dédicace de la basilique de Sainte- Sophie, qu^on venait d'achever. Il profita de la présence des évèques d'Orient, qu'il avait appelés à c«tte cérémonie, pour leur faire tenir un concile où il voulait voir confirmer la profession de foi de Rimini, dont il venait de s'engouer. On lui accorda tout ce qu'il voulut. Aétiusfut anathématisé, comme l'auteur du scandale et de la division des Églises, par des évéques qui pensaient exactement comme lui. Saint Cyrille de Jérusalem fut une seconde fois déposé; Eudoxe se transféra lui-même d'Antioche à Constantinople, dont il fit déposer l'évéque intrus Macédonius, et un usurpatear nouveau succéda de la sorte à un usurpateur ancien, dans cette Église désolée. L'empereur, après le résultat du concile de Constantinople, envoya immédiatement des ordres par tout l'empire, pour faire souscrire la formule de Rimini, avec menace d'exil contre tous les opposants. La crainte fit tomber dans l'hérésie un grand nombre d'évôques orientaux. Le pape Libère et Vincent de Capoue résistèrent avec courage aux sollicitations et aux menaces : leur fermeté consola les catholiques, et les soutint dans leur attachement à la vraie foi. Les évéques des Gaules tinrent un concile, qui est compté pour le premier de Paris, dans lequel ils annulent tout ce qui avait été fait mal à propos, ou par ignorance, relativement à la suppression du mot de substance. — Parmi les évéques orientaux eux-mêmes, un grand nombre de ceux qui souscrivirent les formules des Ariens n'abandonnaient que le terme de consubstantiely et en gardaient le sens, comme exprimant la foi de l'Église. Plusieurs d'entre eux réparèrent bientôt la faute qu'ils avaient commise, et se déclarèrent hautement pour la doctrine de la consubstantialité, dont ils avaient toujours conservé la foi dans le cœur. Leur signature, favorable à TArianisme, démentie par l'enseignement qu'ils continuèrent de faire du dogme catholique, n'empêchait donc pas que, dans le fond, ils ne fussent beaucoup plus d'accord avec les fidèles défenseurs de la vérité qu'avec les Ariens, dont la majorité n'était ainsi qu'apparente. — L'Église d'Espagne montra le même attachement à la foi que celle des Gaules. La défection d'Osius de Cordoue y fut un sujet de profonde douleur, mais n'entraîna aucune autre désertion. Grégoire,

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