‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 139 sur 190 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

évéque d*£lvire, donna, en particulier, l'exemple d'une invincible fermeté, et résista constamment aux sollicitations des Ariens. 45. L'année 364 s'ouvrit encore par un concile; maii», cette fiûs^ ce fut le dernier que réunit Constance. Ce prince, attiré en Orieal par la guerre contre les Perses, assembla k Antioche un nombre considéi-able d'évéques, par lesquels il voulait faire condamner à la fois et la doctrine des catholiques sur le consubstantiel et celle des Anoméens ou Ariens purs, en faveur des Semi-Ariens âont il avait adopté le parti. Ses intentions ne furent point réalisées. Toute l'attention du concile se fixa sur le choix d'un évdque d'Antioche, à substituer à Eudoxe qui, l'année précédante, s'était transféré de son chef sur le siège impérial de Constantinople. Catholiques, Ariens et Semi-Ariens se disputaient l'élection, et prétendaient la faire tomber sur un sujet de leur parti. La Providence se chargea de faire triomjdier la bonne cause. Tous les suffrages s'accordèrent sur saint Mélèce, évéque de Sébaste. Le nouveau patriarche s'était fait, dès sa jeunesse, remarquer par la régularité de sa vie, la douceur de son caractère, et l'austérité de ses mœurs. Il était juste, sincère, simpte et craignant Dieu. Les Ariens le croyaient à eux, et les principaux auteurs de sa promotion à Antioche furent Acace de Césarée et Georges de Laodicée, les chefs les plus avancés du parti anoméen. Le décret d'élection, souscrit de tous les évéques présents, fut remis entre les mains d'Ëusèbe, évéque de Samosate. L'arrivée du patriarche à Antioche y produisit la plus vive sensation. On attendait avec impatience son discours d'entrée^ qui devait ranger saint Mélèce dans l'un des trois partis qui se disputaient l'honneur de le compter pour adfiérent. Constance avait ordonné à des sténographes d'écriée chacune des paroles de l'évèque, à mesure qu'il les prononcerait ; il avait exigé, d'ailleurs, que le texte du discours fût le passage hn meux des Proverbes, sur lequel s'appuyaient princi|)aleraent les Ariens pour nier l'ét^nité du Verbe : Daminus passedit me m initie viarum stiarum K Les Grecs interprétaient ces paroles dans le sens que le Seigneur avait créé le Verke au commence-

« D'après leur interprétation, il suivait de ce texte que le V^be n'était qu'une créature.

iSi UISTOIAË OÉNiltALE D£ L^ÉGLlSE.

ment de êes toitf*. Saint Métèee, saiis se préoccuper des intri* gués qui s'agitaient autour de lai, commença son discours en pr^aeace de Constance, des évêques, de tous les dignitaires de Tempin» 01 d*une foule immense accourue pour l'entendre. Saint Épiphane nous a consenré le texte de cette allocution, toute remplie des paroles mêmes de TÉcrilure. Le patriarche y déclare nettement que le Verbe est Fik de Dieu, Dieu de Dieu, seul d'un seul, semblable au Père et sa vivante Image. Il explique le texte des Prottrles, dans lesen? catholique, par d'autres passages analogues de TÉcriture, et Unît en s'élevanl contre laléméraiiie curiosilédes hérétiques qai veulent scruter les profondeurs de la natuiu divine et rejettent la simplicité de la fol. — • Ce discours si peu attendu fit entrer Constance en fureur. Quelques jours s'étalent à peine écoulés, depuis son arrivée, que le patriarche fut jeté dans une voiture du gouverneur, et condutt en exil. Mais le peuple d'Antioche avait eu le temps de s'affectionner à $dn saint évéque ; la multitude voulait massach^r le gouverneur, qui s*ét&lt assis sur son char à ôdté du prisonnier. Il ne dut la vie qu'à saint Mélèce lui-même, qui le couvrit de son manteau. L'empereur et le» Ariens qui le dirigeaient regrettaient maintenant d'avoir remis à Eusèbe de Samosate l'acte d'élection de Mél6ce. Constance envoya tin officier de son palais le lui demander, avec ordre de couper la main droite de l'évêque s'il refusait. Le courageux prélat ayant pris connaissance de la lettre impériale, présenta les deux mains à Toffîcier, en disant : « Coupez-les-moi toutes deux, car je ne rendrai « jamais ce décret, qui est une pièce de conviction si manifeste de « hi duplicité des Ariens. » Cette réponse intrépide désarma Tempereur, qtii n'Insista plus davantage et ne put refuser son admiration à un* trtte grandeur d'âme. Pbur en inîr avec l'élection d'un érêque d'Antioche, H lit venir EuKoîtts, nn des premiers disciples d'Anus, et déposé du diaconat, à Alexandrie, par le saint évêquè Alexandre. Au mépris de toutes les lois de- l'Église, ce diacre déposé, et non réhabilité, fut sacré par tes Ariens et proclamé patriarche d'Antioche. 46, Pendant que Constance était occupé à lenir des conciles, à changer les formules de foi et à recevoir de ses courtisans le litr»

* Llb. Froterb,, cap. viii, 22.

CHAntAfe m. 435

à*Éiemèl, la fin de soA règne et de sa vie était arrivée. Le César JnHmi, ioiî fie?©», qu'il avait envoyé gouverner les Oaiiles, venait de se faife pt*oclamef empereur dans la ville de Lutèce (Pbrls). Il maih' (juait à Constance^ selon Libanius, le coeur d*un prince et ta tètê d'an capitaine. Cette nouvelle le trouva sans courage et sans pré-^ voyance. Après s'être abandonné d*abord à une colère stérile, et en^ sttite k un tftche désespoir, il se résolut cependatit h ttiarcher à li tète de ses troupes contre le rebelle \ mais la mort le surprît en che^ min. Il expira à Mopsucrène, en Cilicie, après avoir eu le temps d*dtre baptidé par cet Euzoïus dont il venait de faire un patriarche intrus. La mort dé Constance sauvait l'Église. H est vrai qu'elle aUftit subir la dédaigneuse et ironique persécution d'un apostat ; mais te foi n*avait donc rien k craindre des efforts du paganisme ; elle avait tout à perdre quand elle était livrée aux caprices d'une cour d'eunuques et d'un théologien couronné. *

47. Avant de commencer le récit des luttes nouvelles que l'Église eut à soutenir, sous le règne d'un empereur apostat, pendant toute une reslauration pair^ne, nous sommes obligé de revenir sur flot pas, pour étudier les grandes figures historiques qui surgissaient^ en Orietit 6l en Occident, pendant les querelles théelogiques de Conststtce. Entraîné par la suite, déjà si compliquée^ des discussions ariennes, nous n'avons pas voulu la couper par dès biographies paf« tlcullèrcKf que nous plaçons ici. Les deux noms qn) se renooiytreni lea premiers, dans l'ordre chronologique, sont ceux de deux sainte doctMTs et de deux illustres amis, Grégoire de Nazianze et Basile de Céearée. Rapproebés par les lieux de leur naissance, leurs cœurs s'unirent, dans une communauté de doctes études et d'exercices pieux. Onigoire) né en 31l(, à Nazianze, eut pour mère sainte Nom^, pour frire saîDl Césaire, et pour sœur sainte Gorgonie. A l'époque de te iMîsMmee de Grégoire, son père, dont on lui donna le nom, était eooofe païen, de ta secte des HypH^aires (adorateurs du Dieli trèshaut, fi>iatùi). Hais le chef d'une tamille de saints ne tarda pas à ouvrir lea yeux à la lumière de la foi. Depuis sa conversion, il ntontra une telle ferveur,ét fit de si grands progfès dans les vertus chrMiennés, que, quatre ans après, à l'ftge de oinquante-clnq ans, il fut éte évêque de Nasianze, et parvînt, dans l'exercice d'un sarntet labeirieuit

pontificat, à la plus heureuse viaillesse, car il mourut presque ceD* tenaire. Grégoire son fils, dès les jours de son enfonce, fut prévenu des grâces et des bénédictions célestes. A Tàge où les notions du vice et de la vertu commencent à se développer dans la conscience, il eut une vision merveilleuse : il apetçut à ses cotés deux vierges, vêtues de blanc, d'une majesté surhumaine et d'une modestie angélique, qui se penchaient sur son front pour le baiser. Grégoire leur demanda qui elles étaient. Elles répondirent qu'elles se nommaient: l'une la Chasteté^ l'autre la Tempérance ; qu'elles assistaient au trône du Roi des cieux, et se délectaient en la beauté des âmes vierges. Elles l'engagèrent àleur donner son cœur, pour qu'un jour elles pussent le présenter à la suite des vierges qui suivent l'Agneau. Cette vision enflamma le jeune Grégoire d'amour pour la vertu. Avec un cœur pur, il avait reçu une noble et vaste intelligence. Sa piété se développa à régal (ie sa science. Après avoir épuisé le cours ordinaire d'études qu'on faisait suivre aux jeunes gens de cette époque, il se rendit à Gésarée de Palestine, où se trouvait l'école fondée par Ori- | gène, et la fameuse bibliottièque de son disciple, le martyr saint Pamphile, augmentée par le savant Eusèbe. — Saint Césaire, son frère, était allé suivre, à Alexandrie, les leçons d'un docte aveugle, nommé Didymc, qui avait hérité de la chaire et de la science d'Ori- I gène. A cinq ans, Didyme avait perdu la vue. Il se fit graver les let- ! très de l'alphabet sur du bois, et réussit à lire par le tact : il prit ainsi les le^ns des meilleurs maîtres, et à quarante-cinq ans, sa science | égalait celle des plus grands docteurs. Sa réputation d'éloquence et l'élévation de sa doctrine le firent choisir pour dief de l'école d'Alexandrie. Mais ni sa gloire ni sa vertu même ne réussirent à le consoler entièrement de la privation des yeux. Un jour, il l'avouait ingénument à saint Antoine, qui l'était venu voir : « Je m'étonne, lui dit n le saint patriarche, qu'un homme sage s'afiSige d'avoir perdu ce « que possèdent une fourmi et un moucheron, au lieu de se réjouir « d'avoir ce qu'ont eu les saints et les apôtres. Il vaut mieux voir de « l'œil de rintelligence que des yeux du corps, dont un seul regard « peut perdre l'homme éternellement. » Grégoire de Nazianze vint i^indre à Alexandrie son frère Césaire, et fut quelque temps avec hii te disciple de l'illustre aveugle. Ils se séparèrent ensuite, saint

Page 1