CHAPITRE ni
Gésaire pour revenir dan& sa patrie, Grégoire pour aller à Athènes, qui était toujours regardée comme la métropole des sciences et des lettres. Là, il rencontra un jeune homme que la main de Dieu conduisait aussi à de grandes choses : c'était saint Basile. Il était né à Césarée, en Gappadoce, à la même époque que saint Grégoire, vers Fan 347. La sainteté était aussi comme héréditaire dans sa famille. Son père Basile et sa mère Emmelie, Macrine sa sœur, Grégoire, évéque de Nysse, et Pierre, évoque de Sébaste, ses frères, ont été mis au nombre des saints. Le jeune Basile, envoyé d'abord à Técole publique de Césarée, en Palestine, puis k Constantinople, se distingua au-dessus de tous ses condisciples par la rapidité de ses progrès, la vivacité de son intelligence, et la soHde piété qui vivifiait ses belles dispositions. Dans cette dernière ville, il prit des leçons d'éloquence du fameux Libanius, qui professait alors avec un applaudissement universel. Libanius, quoique païen, ne pouvait se lasser d*admirer les talents extraordinaires de son jeune élève, joints à une modestie rare et à une vertu extraordinaire. H dit, dans ses Épitres, qu'il se sentait comme ravi hors de lui-ménie, toutes les fois qu*il entendait Basile parler en public. Il entretint toujours, depuis, avec lui, un commerce de lettres, et ne cessa de lui donner des marques de la haute estime et de la vénération profonde qu'il avait conçues pour son mérite. De Constantinople, Basile se rendit enfin à Athènes, où Grégoire Tavait devancé. Ces deux âmes, si dignes l'une de l'autre, se joignirent bientôt par les liens d'une affectioD immortelle. Ils se communiquèrent leurs pensées les plus intimes, le désir qu'ils avaient également de la perfection chrétienne. Ils demeurèrent ensemble dans une studieuse retraite , eurent la même table et partagèrent leur temps entre des travaux et des prières conununes. « Nous avions tous deux le même but, dit lui-même « saint Grégoire, nous cherchions le même trésor, la vertu; nous « songions à rendre notre union étemelle, en nous préparant à la « bienheureuse immortalité ; nous nous servions à nous-mêmes de « maîtres et de surveillants, en nous exhortant mutuellement à la' « piété; nous n'avions aucun commerce avec ceux de noscompa- « gnons qui étaient déréglés dans leurs mœurs, et nous ne fréquen- « tions que ceux qui, parleur modestie, leur retenue et leur sagesse,
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« pouvtiieni nous »outanir 4ans la pratique du bien. Nou^ necon*
< misgioufl h AthëDes que deux chemins : celui de régUse et ct4tti € des éeoles publiques; pour ceux qui conduisent aux fêtes moQ«-
< daine», aux spectacles, aux assemblées, nous les ignorions abso^ « lument. » Les premiers dans le chemin de la sagesse, les deux amis le furent aussi dans la carrière des sciences et des lettra. A la rhétorique, la poésie, la philosophie, la dialectique, Basile joignit h • connaissance de la géométrie et de Tastroncmiie, autant qu'il fallut pour ne pas être inférieur aux plus habiles. Les maladies auxquellas sa vie austère et mortifiée le rendait sujet, lui donnèrent ToccBsiop d*y ajouter Tétude de la médecine, du moins dans ce qu^elLe a de plus philosophique. Tant de sciences et de vertus excitèrent l'admi* ration k tel point, que partout où Ton parlait d'Athènes et de ses maîtres habiles, on parlait du merveilleux couple d'amis, Baaile M Grégeire. Athènes renfermait alors, parmi >a population d'écoliers qui vivaient dans son sein» un jeune homme d'une vingtaine d*ai^r nées, de médiocre taille, le cou épais, les yeux vifs, mais égarés et tournoyants, la barbe négligée, les épaules larges qu'il haussait et rmnuait souvent : c'était le César Julien, neveu de l'empereur Con* stanee, qui avait massacré toute sa famille, et n'avait fait grâce qu*à cet adolescent. Julien voulut s'insinuer dans l'amitié si étroite de Basile et de Grégoire ; mais Dieu avait donné aux deux amis, dans cet ftge si tendre, la qualité trop rare de la connaissance des hoiih mes. Ils rejetèrent les avances de Julien, et Orégoine disait en le voyant affecter des mœurs austères et une piété trompeuse : < OuttUa
« peete nourrit l'empire romain ; Dieu veuille que je sois ftiux pnn « pbète I » Ces sinistres prévisions ne devaient que trop se réaliser : l'hypocrite adolescent fut plus tard un empereur apostat. Cependant, les études des deux amis étaient complètement terminées. Baaîle e Grégoire allaient quitter Athènes, et se séparer l'un dv l'autre. Toute la ville s'en émut; professeurs et élèves les entourent et les tfoignront de rester encore. Basile s'arrache enfin à tant de regrets. Pour Oré^ goire, on le force h accepter une chaire d*éloquenee \ mais peu après, il se dérobe sans bruit à ses disciples, et va rejoindre sob ami daiM sa solitude de Cappadoce. Là, au bcîb d'une pieuse et féconde re^^tei ils attendent l'heure de la Providence, et se (Mnépareat aux grandes choses que Qieu voulait faire par eux.
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18. Un autre Père do TÉglise grecque illustrait alors la ville de Jérusalem, sa patrie. Saint Cyrille, d^abord simple prêtre, fut chargé par Maxime, évèqiie de Jérusalem, de prêcher tous les dimanches dans rassemblée des fidèles, et en même temps d'instruire les caté* chumènes. U nous reste de lui vingt-trois Cathéchèses, ou instrue^ tions familières et orales, dont les dix-huit premières expliquent le symbole, et les ciqq autres les sacrements de baptême , de confirmation et d^eucbaristie, que les néophytes recevaient le même jour. C'est un monument d'un prix inestimable, par la clarté et la suite avec les*» quelles la doctrine chrétienne y est exposée et défendue, contre les païens et les héréUques. Ces catéchèses, qui duraient une heure, se faisaient sous les portiques de Téglise, et non dans Téglise même, oà les auditeurs qui n'étaient pas encore baptisés n'avaient pas le droit d'entrer. Saint Cyrille y donne le nom de fidèles k ceux qui, même avant d'avoir regu le baptême, croientde cœuret professent de boucha tout ce que TÉglise croit et enseigne. Le talent et l'éloquence que Cyrille déploya, dans cette série d'instructions, le désignèrent naturellement aux suffrages du clergé et du peuple, quand la mort de Maxime rendit vacant le siège de Jérusalem. L'illustre prêtre devint doRC, aux applaudissements de tous, évêque de sa ville natale. L'apparition de la croix miraculeuse, en 351 , vint confirmer d'une manière éclatante les faveurs dont Dieu se plaisait à récompenser les travaux du saint prélat. Son attachement à la foi de Nicée ne tarda pas à lui attirer la persécution deB Ariens. Acace de Césarce le fit déposer en 3i>7, sous de faux prétextes. On accusait saint Cyrille d'avoir dissipé les trésors do l'Église. Il est vrai que le territoire de Jérusalem étant affligé d'une famine, le peuple, qui manquait de pain, s'adressa à son cvêq4i£. Comme Cyrille n'avait plus d'argent, il vendit des vases dV et des étoffes précieuses, pour nourrir les membres souflFrants de Jésus*Christ, C'était sur de pareilles accusations que le concile de Césarée condamnait un évêquecatholique ! Rétabli, en 359, au concile de Séieucie, saint Cyrille fut encore une fois déposé au concile de Constantinople (360) , et ne put rentrer k Jérusalem qu'après la mort de Constance, qui rouvrit à tant d'exilés le chemin de la patrie. De nouveaux combats l'y attendaient encore.
19. Au fond fie l'Orient, rArménie admirait un nouvel apôtre, daps
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son patriarche Nersto 1", surnommé le Grand. Il était de la royale famille des Arsacides, et avait été élevé dans sa jeunesse à Césarée de Cappadoce, et ensuite à Constantinoide, où il s*était instruit dans les lettres grecques. Dans cette dernière ville, il avait épousé la fille d*un personnage distingué. Veuf après trois ans de mariage, Ner^ès, de retour dans sa patrie, y avait embrassé la profession des armes. Revêtu de plusieurs dignités militaires, il y joignait celle de chambellan du roi Arsace. Jeune encore , ses vertus éclatantes et sa valeur lui avaient concilié Testime générale. Sa taille imposante, son air majestueux inspiraient le respect, à son approche. En 340, le trône patriarcal d'Arménie était vacant. Depuis saint Grégoire rilluroinateur, il y avait eu quelques patriarches scandaleux; la religion en avait beaucoup souffert ; deux de leurs successeurs, avec de la vertu, n'avaient pas eu assez d'énergie pour remédier à de si grands maux : il aurait fallu un autre Grégoire rilluminateur. Une grande assemblée se tenait à ce sujet. Tout à coup, le bruit se répand qu'il existe un parent du saint patriarche, digne de son aïeul par ses vertus. On prononce le nom de Nersès ; tous les suffrages s'accordent, et, avec un concert unanime de louanges, on lui décerne le sceptre patriarcal. « Lui seul sera notre pasteur! s'écrie-t-on de « toutes parts; nul autre ne s'asseoiera sur le trône épiscopal. » Étranger à ce grand mouvement, saisi & Timproviste, Na*sès veut se i^oustraire aux honneurs qu'on lui impose. Il essaie de fuir; mais le roi lui-même le retient, et, lui arrachant l'épée royale qu'il portait comme une marque distinctive de sa dignité, il ordonne de le revêtir sur-le-champ des habits pontificaux. L'attente des catholiques arméniens ne fut pas trompée. Sous les efforts du nouveau patriarche, la foi ne tarda pas à refleurir en Arménie : les églises, les autels renversés furent rétablis; de nouveaux temples, dédiés sm vi-aiDieu, s'élevèrent sur les débris des édifices idolâtres; des hôpitaux, des monastères fissent fondés; les mœurs s'adoucirent, l'instruction se répandit de toutes parts. Vers l'an 355, à l'époque où Constance persécutait avec le plus de violence les évt^ques catholiques, le roi d'Arménie lui envoya une ambassade, à la tête de laquelle se trouvait le patriarche Nersès. L'empereur entreprit de le gagner k l'Arianisme. N'ayant pu y réussir, il s'emporta jusqu'à la fureur, et s'oublia au