‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 15 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

réunie dans les murs de celte ville pour les fêtes de Pâques, lorsque Titus l'investit d'un mur de circonvallation, qui rendit toutes les communications avec l'extérieur impossibles. La ville était environnée d'une triple ceinture de murailles et protégée par des vallées profondes. Cependant les soldats romains, animés par la présence du Ois de leur empereur, parvinrent a escalader les premiers remparts. Cinq jours après le commencement du siège, la seconde enceinte croula sous leurs efforts. Un écrivain juif, Flavius Josèphe, qui se trouvait dans l'armée de Titus, fut envoyé aux assiégée, et leur dit tout ce qui pouvait les porter à se rendre. On le renvoya couvert de reproches et d'outrages. Cependant la famine était devenue si horrible, dans cette malheureuse ville, que les habitants eurent recours aux expédients les plus affreux pour se procurer quelque nourriture. On arracha les morts de leurs tombeaux, pour y trouver un épouvantable aliment. Une femme, une mère, égorge son propre enfant, le fait rôtir, en mange la moitié, et présente le reste à des soldats affamés que l'odeur de ce mets exécrable avait attirés. « C'est mon fils, leur dit-elle, ne soyez pas plus tendres € qu'une femme, ni plus compatissants qu'une mère. » A cette nouvelle, Titus déclara que les ruines de Jérusalem enseveliraient le souvenir d'un pareil forfait. Parmi ceux qui avaient réussi à sortir de la ville, il s'en trouva un qui avait avalé plusieurs petites pièces d'or. Le bruit s'en répandit dans tout le camp, et on trouva deux mille fugitifs, auxquels les soldats avaient arraché les entrailles, pour s'approprier leurs trésors. Enfin, le 5 juillet 70, la troisième enceinte fut emportée d'assaut ; mais les assiégés, toujours plus obstinés, refusèrent encore de se rendre, et se réfugièrent dans le temple. Ce magnifique édifice était bâti comme une véritable forteresse, et défendu tout entier par une enceinte carrée de murs impénétrables. Titus avait ordonné d'épargner à tout prix ce monument. Hais un soldat, porté sur les épaules de ses camarades, et poussé, dit Josèphe, par un mouvement surnaturel, jeta dans l'intérieur un tison embrasé qui alluma l'incendie. Tous les efforts de Titus pour 1 éteindre furent inutiles. Les Juifs qui étaient renfermés dans le temple furent tous brûlés, ou passés au fll de Tépée. Le vainqueur fit promener la charrue sur les ruines de Jérusalem, n'y laissant

debout que les trois tours, Phasaël, Hippique et Marianne. Onze cent mille Juifs, au rapport de Josèphe, avaient péri pendant le siège, quatre-vingt-dix-sept mille furent vendus comme esclaves. Jean de Guiscala fut condamné à une prison perpétuelle, Simon amené à Rome, chargé de chaînes, servit au triomphe de Titus et fut ensuite exécuté. Telle fut la fin du peuple Hébreu. Temple, sacrifices, sacerdoce légat, distinction des tribus, tout a disparu devant répée de Titus, qui se proclamait lui-même Tinstrument des vengeances divines (20 août 70). Les chrétiens, sous la conduite de leur évêque, saint Siméon, successeur de saint Jacques, revinrent habiter les ruines de Jérusalem. Un grand nombre de Juifs, éclairés enfin par Taccomplissement terrible des prophéties, ouvrirent les yeux à la lumière de la foi.

14. Cependant saint Lin, après un pontificat de douze ans, mourait à Rome (78). Les monuments les plus anciens lui donnent le titre de martyr. Nous avons déjà fait la remarque que l'usage des premiers siècles était d'accorder ce nom à ceux qui avaient souffert pour Jésus-Christ, quand môme la persécution n'aurait pas été jusqu'à la mort. Le Liber Poniificalis attribue à saint Lin une ordonnance qui défend aux femmes d'entrer, sans voile, dans l'assemblée des fidèles.

S S/Pôntlflest de saint Clet ou Anaelel. (78*91.)

15. La succession des Papes présente ici une difficulté historique qui a donné lieu à de nombreuses controverses. Saint Clet est-il différent de saint Anaclet? Les critiques se sont partagés sur cette question. Les savantes recherches des PP. LazzarietPapebrock l'ont enfin résolue, en adoptant le système d'identité de ces deux noms, dans la personne d'un même pontife. D'après leur opinion qui est maintenant généralement suivie, Clet, élu pour succéder à saint Lin, l'an 78, se trouva compris dans un ordre d'exil contre les chrétiens, rendu, sousVespasien.parle gouverneur de Rome. Sous le règne de Titus, le pontife, de retour dans sa ville épiscopalc, prit le nom d' Anaclet ou iterum Clctits. Ainsi se concilie l'autorité des anciens Pères et des anciens catalogues qui nomment ce pape tantôt Clet, tantôt Anaclet.

GHAPITRB II. 3.9

Dès la première aimée de son pontiQcat, une peste violente ravagea la ville de Rooie (78). Les chrétiens signalèrent leur charité et leur de* Youemaaty en prenant soin des pestiférés que les païens abandonnaient au milieu dés rues. H n*y avait point alors de persécution ouverte con* tre les fidèles^ mais les magistrats savaient, à leur gré, faire naître des occasions et des prétextes pour les exiler, ou même les livrer au supplice. Cest ainsi que saint Apollinaire, premier évêque de Ravenne, souffrit le martyre [23 janvier 79). Yespasien n*aurait pas voulu attacher son nom à des édits de proscription sanglante. D*un caractère mir séricordieux et clément, il se montrait médiocrement épris des char-mesde l'idolâtrie : sa dernière parole, en sentant les approches de la mort, fut une raillerie contre les apothéoses. € Void, dit-il, que je de- « viens Dieu.» (24 juin 79.) Titus, son fils, le vainqueur de Jérusalem, lui succéda» et dans un règne trop court pour le bonheur du monde, mérita d*être appelé : « Les délices du genre humain. »

46. Cependant la parole évangélique se faisait entendre dang toutes les contrées du monde. Les Gaules, cette terre que les armes de César avaient ouverte aux Apôtres, virent arriver dans leurs priivclpaks cités des messagers de la bonne nouvelle : saint Catien à Tours, saint Tropbime à Arles, saint Paul à Narbonne, saint Saturma à Toulouse, saint Denis à Paris, saint Austremoine à Clermont eo Auvergne, saint Martial à Limoges, etc. Quoique les origines de ces chrétieotés naissantes soient enveloppées d*obscnrité, toutefois les souvenirs traditionnels des peuples, et les témoignages formels de gaint Iréaée et de Tertullien, qui parlent des Églises de Gaule, existant de leur temps, c'est-à-dire dès le second siècle, ne permelr tent pas de reculer jusqu'au troisième siècle la naissance du ehristianisme dans les Gaules >. La Germanie voyait, dans le même temps, saint Materne fonder TÉglise de Strasbourg et peut-être cell&de Cologne, saint Clément celle de Metz, saint Eucber celle de Trêves, saint Crescent celle de Mayence. L*£spagne comptait aussi, d'après Tertullien, des chrétientés déjà florissantes. Ainsi l'Église,

' Baronius» llabillon, PagI, Noël Alexandre, Mamachi et les plus savants critiques modernes ont réfuté sur ce point l'opinion des historiens des XVII* etxviii* siècles.

nn demi-siècle après rAscension du Sauveur, avait déjà conquis son titre de catholique et avait des représentants dans tout l'univers. Cependant Domitien venait de succéder à son frère Titus (13 septembre 81). Domitien eût presque fait regretter Néron. Il en avait la cruauté, qu'il joignit à des accès de rage voisins de la démence. Son premier acte fut de bannir les Philosophes de toute l'Italie. Sous ce nom, les chrétiens furent aussi persécutés, et le pape saint Anaclet souffrit le martyre à Rome l'an 91 . Il avait établi vingt-cinq prêtres pour remplir le ministère pastoral dans les différents quartiers de Rome.

S 4. Pontlfleal de saint Clément premier. (91«100.)

17. Saint Clément I«', successeur d'Anaclet, était Romain et disciple de saint Pierre. Saint Paul en parle avec éloge dans son Épître aux Philippiens ' : « Je vous prie, vous qui avez été le fidèle corn- « pagnon de mes travaux, d'assister celles qui ont travaillé avec « moi à rétablissement de l'Évangile, ainsi que Clément et les au- € très par qui je me suis vu aidé dans mon ministère, et dont les « noms sont écrits au livre de vie. » Le premier soin du nouveau Pontife fut d'instituer à Rome sept notaires, chargés de recueillir les actes des martyrs, et de les enregistrer dans les fastes de l'Église. C'est de là qu*est venue l'institution des protonotaires apostoliques participants, qui furent portés au nombre de douze par Sixte-Quint. L'Église de Corinthe était alors troublée par un petit nombre de fidèles, jaloux de la réputation de quelques prêtres vertueux qu'ils étaient parvenus à faire déposer de leur dignité. L'affaire fut portée à la décision de saint Clément P^ qui écrivit à ce sujet deux lettres aux Corinthiens, que toute l'antiquité chrétienne a louées, et qu'on lisait encore publiquement, un siècle plus tard, dans les assemblées des fidèles. Il ne nous reste qu'un fragment de la seconde. La première, que les érudits croyaient perdue, fut publiée presque tout entière au siècle dernier, à Oxford, par Patricius Junius, Écossais, sur un ancien manuscrit delà bibliolhèquô du roi d'Angleterre, qui

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