‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 141 sur 190 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

point de violer en sa personne le droit des gens, et d'exiler le sain dans une tle déserte.

20. Pendant que TOrient voyait se lever, sur son sol fécond, cette moisson de grands hommes, TÉglise d'Occident comptait aussi dans son sein d'iDustres défenseurs de la foi. Les Gaules retentissaient alors du nom d'Hilaire de Poitiers. D'une des plus illustres familles du pays, Hilaire avait été élevé dans le paganisme. II étudia avec succès les sciences profanes, et cultiva particulièrement Téloquence. Tous les dons avaient été prodigués à cette intelligence d'élite. La grâce de Dieu vint le chercher au milieu de ses préoccupations littéraires, et de sa prédilection pour Quintilien, qu'il avait pris pour modèle et pour maître. Voici comme il raconte lui-même sa conversion : « Je considérais que l'état le plus désirable, selon la nature, « est le repos dans l'abondance; mais que ce bonheur nous est « commun avec les animaux privés de raison. Je compris donc que € ta félicité de l'homme devait être d'un ordre plus élevé. La vie pré- « sente n'étant qu'un tissu de misères et de peines, il me parut que « nous l'avions reçue pour exercer les vertus de patience, de modé- € ration, de douceur, et que le Dieu des miséricordes ne nous l'avait € pu donner, pour nous rendre plus misérables en nous l'ôtant. Mon € âme se portait alors avec enthousiasme à connaître ce Dieu, auteur « de tout bien ; je voyais clairement l'absurdité de tout ce que les « païens enseignaient touchant la Divinité, la partageant entre plu- « sieurs personnes de l'un et de Taulxe sexe, l'attribuant à des ani- « maux, à des plantes, à des statues, à des objets insensibles. Je « reconnus qu'il n'y avait qu'un seul Dieu éternel, tout-puissant, « immuable. Plein de ces pensées , je lus avec admiration ces pa- « rôles, dans les livres de Moïse : « Je suis celui qui suis. » Et dans Isaïe : « Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. — Il c tient le ciel dans sa main et y renferme la terre. » Et dans les Psaumes : « Où irai-je pour me dérober à votre esprit? Où m'enfui- « rai-je pour échapper à votre regard? » < Ces paroles me firent « connaître que tout est soumis à Dieu, qu'il est au-delà de tout, en « tout et partout; qu'il est la source de toute la beauté, le beau « infini. En^un mot, je compris que je devais le croire incompréhen- « sible. Je portais plus loin, mes désirs, et je sentais le besoin d'une

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« immortalité qui fût la récompense d'une via entière de bornes « œuvres; mais la faiblesse de mon intelligence me {Songeait dans « d*étranges perplexités, quand les écrits des Évangélistes et des « Apôtres me révélèrent un monde nouveau. En lisant les premières < pages de TÉvangile de saint Jean, j'appris gué Dieu avait un FiU « coétarnel et copsubstantiel à son Père; que ee Fils, le Verbe de « Dieu, s'était faitchair, afin que Thomme pût devenir à son tour fils « de Dieu. » Dès ce moment, sa conversion fut complète. Sa femme embrassa, h son exemple, la foi de Jésus-Christ, et leur fille» sainte Aspra, engagea au Dieu, qui venait de se révélera sa famille, sa virginité perpétuelle. Le nouveau converti devint le modèle des fidèles de Poitiers, et, à la mort de leur évèque Maxence, frère de saint Blaximin de Trêves, Hilaire fut élu, d*une commune, voix pour lai succéder (353). Le nouveau pasteur était prêt k dérendre la foi au péril de s^ vie. Vers Tan 3S6, il adressait à Tempereur Constance une requête hardie, au nom de tous les évéques des Gaules, contre la violence des Ariens. Ses conclusions étaient exprimées avec une indépendance de caractère et de langage vraiment apostolique : « Que « les Églises catholiques, disait-il, ne soient plus en butte à de si «c intolérables persécutions, de la part de leurs frères; que les ma- « gistrats séculiers ne jugent plus les affaires ecclésiastiques, et ces- € sent de favoriser les partisans de Thérésie ; que les peuples, au lieu « d'être forcés de se soumettre à ceux qui corrompent là sainte doc- « trine, soient libres d'écouter leurs pasteurs légitimas; que les « évêques bannis soient rappelés dans leurs Eglises, entre autres Eu- « sèbe de Verceil, Denys de Milan, Athanase d'Alexandrie, contre « lequel on a violé toutes les formes de la justice. La funeste cause « de tout le mal est cette peste nouvelle, Timposture arienne, procia- « mée récemment par les deux Eusèbe, Narcisse de Néroniad^, « Théodore d*Héraclée, Etienne d*Antioche, Acace de Césarée, Mé- « nophante d'Éphèse, et deux jeunes présomptueux dont rignoranGe « égale la méchanceté, Ursace et Valons. » Cette fermeté d'Hilaire lui mérita toute la haine des Ariens. Saturnin , évéque d'Arles, leur partisan, de concert avec Ursace et Valons, si énergiqueinent flétris dans la requête h l'empereur, ouvrit un concile h Béziers (356) , ail Ililaire sut rendre inutiles tous leurs artifices. Ils s'en ven-

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gèrent en le foisaot QiUer en Pbrygia; mais s<n) peuple de Poitiers lui demaura fidèle» et du fond d^ TAsie, Bilairo gouvernait encore son Bgli«e. J.e bannissmnent ne ralentit point Tardeur du confesseur de la foi. Il écrivit alors ^s douze livres de la Trinité, Le premier à dév^pper se» mystères, parmi les Occidentaux, dont le langage à cet égard n'était pas encore bien fixée, saint Hilaire a quelques expressions impropres, qu'il faut expliquer pai* tout l'ensemble de sa docr trine. Lui-même déplora plus d'une fois la pauvreté et Tinsuffisance du langage humain pour parler de Dieu. Après avoir rappelé l'incohérence et l'incertitude de la philosophie humaine, il lui oppose la certitude et le concert de renseignement chrétien, dans les deui^ Testements. Dan/s TAncien, Dieu se définit lui-même : « Je suis celui € qui suis, » expression surhumaine, dont Hilaire développe toute la force. Dans le Nouveau, un pécheur de Galilée, ^'élevant audeMUS mémo de toutes les créatures, semble pénétrer jusque dans le sfiin do la Divinité. Saint Qilaire commente alors le début de révangile de «aint Jean, et en fait ressortir la sublimité et la profon^ deur. Le but principal de l'ouvrage est de prouver, par TAncieu et le Nouveau Teelament, la Trinité et la Con$ubst<mtialité ^t% Personne^ divines, et en p^ticulier la divinité de Jésus-Christ , et de réfuter les objectons de Sabellius et d'Arius. On y sent comme une émanation de cette fontaine d'eaux vives, qui rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. C'^st partout une plénitude infinie de foi et de vigueur, qui déoayontre à elle seule que l'Église catholique, si vivement persécutée^ n'était paa près de sa niine. Sfunt Hilaire pose, comme une vérité incoBteetable, que , chaque fois que Dieu apparaît dans l'Ancien Testament, ^us une figure humainOt aux patriarohes et aux prophètes, iï'est le Verbe qui se manifestait ainsi, voulant, en quelque sortp, nous habituer d'avf^nce à l'incarnation réelle. Il ne fait en eela qœ reproduire la doctrine des premiers Pères, saint Juitin, saint Irénée, Origèn^ Théopkile d'Antioche, Clément d'Ale^fUtudriOt Ter** . tuUien, saint Cyprien. Les Ariens eux-mêmes on convenaient; Eusèbe de Césarée renseigne, dans^sa Dévi0Mtr9,tim éimgéliqw; et le coneile de l^rmium, tenu contre Photin, prononce anatbème contée ceux qui ^utieudmeot le contraire» Qatl» traditiqnt continuée dipuid par saint Ambroise, saint Augustin , saint Léon le Grandet

les plus illustres docteurs, a été dignement reprise et résumée, chez les modernes, par Bossuet. C'est une des vues les plus profondes et les plus lumineuses, pour bien saisir l'ensemble et la merveilleuse beauté des deux alliances. — Nous avons vu que la Providence conduisit saint Hilaire au concile de rOrient, réuni à Séleucie (360 . Après la dissolution de ce concile, Tévéque de Poitiers se rendit à Constantinople et présenta une requête à l'empereur, dans laquelle il lui demandait deux choses : V d'être confronté avec Saturnin d'Arles, Ursace et Valons, pour confondre publiquement leurs er reurs ; ST* d'être admis à une audience impériale, pour traiter, deyant Constance, la matière de la foi, selon le sens catholique. «Vous « cherchez la vérité, prince, lui disait-il, apprenez-la, non d'apri-s « de nouvelles formules rédigées hier, mars d'après les livres de « Dieu. Rappelez-vous que ce n'est pas une question de philosophie, « mais la doctrine de l'Évangile. » Constance ne tint aucun compte de cette communication secrète ; il continuait de pousser son despotisme doctrinal aux derniers excès. Saint Hilaire publia alors un nouvel écrit, qu'il adresse, non plus à l'empereur, mais aux fidèles catholiques. Le débutest d'une véhémence digne d'unapêtre: < Atten- « dons le Christ, dit-il^ puisque l'Antéchrist domine. Que les pas- « teurs crient, puisque les mercenaires ont pris la fuite. Sacrifions « nos vies pour nos ouailles, parce que les loups sont entrés, et que <( le lion furieux cherche à les dévorer. Courons au martyre, car « l'ange de Satan s'est transformé en ange de lumière. Prince impie, « tu accueilles les évêques avec le même bafeer par lequel Judas a « trahi le Christ; tu inclines la tête pour recevoir leur bénédiction, « et en même temps tu lèves le pied pour écraser leur foi !» I^ évêques orientaux, épouvantés de la sainte hardiesse de ce langage' engagèrent Constance à se débarrasser d'Hilaire, en le renvoyantdans les Gaules. Son retour à Poitiers fut un triomphe universel, n devint bientôt comme le centre des évêques de la Gaule, qui se pressaient autour de lui comme autour de la règle vivante de la foi. Nou^ avons vu saint Phébade d'Agen se placer aussi courageusement sur la brèche, pour combattre l'hérésie arienne. Saint Hilaire se vit revivre dans un illustre disciple, qui lui vint, un jour, d'une compagnie ^^ vétérans impériaux, sortie du fond delà Pannonie (la Hongrie af-

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