CHAPITRE lU
tuelle). Martin, c'était son bobq, fils d*un tribun militaire, chrétien malgré ses parents, soldat de Jésus-Christ avant d'être soldat de r^npire, coupant, aux portes d'Amiens, son manteau en deux pour en donner la moitié à un pauvre à demi nu, demandant son congé le lendemain d'une bataille où il avait déployé la valeur la plus héroïque, vint se jeter aux pieds de l'évéque de Poitiers, et apprendre de lui les vertus qui devai^t éclater plus tard dans la personne du grand saint Martin, évêque de Tours. — Dans le même temps, saint EusèbedeVerceil, saint Paulin de Trêves, défendaient la vraie foi, par de courageux efforts et d'éloquents écrits. Lucifer de Cagliari écrivait, du fond de son exil, une série d'ouvrages qu'il adressait à Constance. Lsl Défense de saint Athanase, le Uvre des Rois apostats, deux traités : Qu'il ne faut pas ménager ceux qui résistent à Dieu; — Qu'il faut mourir pour le Fils de Dieu; se distinguent par la pureté de la foi , et l'énergie avec laquelle Lucifer reproche à Constance son attachement à l'Arianisme. — L'Occident, comme on le voit, était noblement représenté dans le mouvement intellectuel qui se manifestait au sein de l'Église catholique, au quatrième siècle. La liste de ses grands docteurs était loin d'être fermée; car, à cette même époque, saint Ambroise, le futur évêque de Milan, faisait ses {premières études à Rome ; saint Jérôme naissait en Dalmatie(354), et saint Augustin à Tagaste (354). Quelle gloire ces trois nomsn'étaient-iis pas destinés à faire rejaillir sur l'Église latine !
24. Constance avait ruiné le trésor impérial, en frais de voitures publiques, pour transp0rter les évêques à ses conciles. Julien, son successeur, acheva de l'épuiser, pour rétablir les temples d'idoles détruits par Constantin» et pour acheter les troupeaux de bœufs nécessaires à ses hécatombes ; au point qu'un satirique lui adressa ce billet : « Les bœufs blancs au César Julien, salut. C'est fait de nous « si vous triomphez. » L'adolescent qui sollicitait à Athènes la faveur d'être admis dans l'intimité de saint Grégoire et de saint Basile, qui avait poussé la ferveur jusqu'à se faire lecteur dans l'église de Nicoraédie, et dont la piété juvénile était allée jusqu'à la superstition, ne sévit pas plus tôt revêtu de la pourpre impériale, qu'il écrivait dans iles manifestes publiés par tout l'univers : « Nous servons les dieux « ouvertement, et la multitude des troupes qui me suivent est pieuse.
€ Nous sacrifions des bœufs aux divttiités tutélaireâ dé Timipire, et « nous leur avons offert, en actions de grâces de notre nctoire, plih € sieurs hécatombes » (364). La piété des troupes, dont Joliense vante ici, n'était autre chose que Tempressement fort naturel de» soldats gaulois et germains à prendre leur part de la viande et da i1n de ces impériales boucheries. Leur dévotion, à cet égard, allait 9ik»n, (ïu'au rapport d*Ammien Marcellin, « les passants étaient obligés de € les rapporter sur leurs épaules dans les casernes. » Un édît parut aussitôt, pour rétablir le culte des idoles, les dignités de sacrificateurs, d*aru8pices et d'augures, dans fouies les villes de l'empire. Tous les temples détruits par Constantin devaient être relevés de leurs ruines, dotés de leurs anciens revenus; les dirétiens étaient tenus de restaurer à leurs frais ceux qu'Us avai^t abattus eux-^émes, de leur rendre toutes les dotations que Constantin avait attribuées m églises. tJn bouleversement si inattendu dans les intérôts acquis mit tout en conflagration dans l'empire. Marc, évêque d'Aréthuse, à h tête de son troupeau, avait renversé, tes années précédentes, un temple d'idoles. Trop pauvre pour en restituer la valeur, on saisit le prélat, en vertu de la loi romaine qui livrait aut créanciers la personne du débiteur insolvaMe. Battu de verges, la barbe aff«*ée, le corps nu et frotté de miel, le saint vieillard, suspendu dansunfiW, fut exposé, sous les rayons d'un soleil ardent, à la piqûre des mouches. Marc avait dérobé Julien enfant au massacre desd *wn»ll^ et aux fureurs de Constance : c'était toute la reconnaissance de l'Apostat I — Cruel, par exception, dans cette circonstance oà tout Ifti faisait un devoir de la générosité, Julien ne prétendait pas éerawî les Gatiléens, c'était ainsi qu'il les âppeïàit, sous les coups d'tffte per^ cution sanglante. 11 connaissait trop l'histoire de la religion fltfH proscrivait, pour essayer de nouveau nn rMe qui avaH si peu réussi aux empereurs, depuis Néron jusqu'à Dioclétien. L'ironie, le m*P"'^ public, la dérision et la satire, lui semblaient capables d'ébranler une Église que des flots de sang n'avaient pu submerger. L'arme do sarcasme se brisa dans les mains de Julien, et les philosophes do dix-huitième siècle, qui en recueillirent les débris h leur w«r, n'eurent pas plus de succès qoe l'Apostat. Ih se cruneflt iftterteurs d'un nouveau système, et leur génie se trouva le plagiaire d'un j^'
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sécuteurdu Ba^-Empire. L'hypocrisie ne manqua point à Tapostasie de Julien. Les soldats gaulois gui le suivirent, de Lutëee, oit il s'était fait proclamer, à Rome, où le sénat reconnut wn a?énement, aralenl juré, en brandissant leurs épées au-dessus de leurs tStes, de mourir pour lui. Cependant, plusieurs d'entre eux étaient chrétiens; mais Julien les avait trompés. Avant de quitter les Gaules, il était entré, le jour de TÉpiphanie, dans l'église de Vienne, et y avait fait sa prière. Ammien Marcellin affirme qu'en ce moment même, il professait secrètement le paganisme ; on avait donc le droit de s'indigner contre la duplicité de ce César imposteur. Un jour qu'il offrait un sacrifice, dans un temple de la Fortune, Maris, évêquede Chalcédoine, lui reprocha vivement son apostasie. Julien lui dit : « Vieillard, le Galiléen « ne te rendra pas la vue. » Maris était aveugle. « Je le remercie, ré-
< pondit l'évéque, de m'épargner la douleur de voir un apostat id € que vous. » -^ Aussitôt que Julien eut publié son édit pour le ré-^ « tablissement de l'idolâtrie, dit saint Chrysostome S on vit accourir,
< détentes les parties du monde, les magiciens, les enchanteurs, les € devins, les augures et tous ceax qui faisaient métier d'imposture « et d'illusion : de sorte que le palais se trouvait plein de gens sans « bonneuretdevagabonds. Ceux qui depuis longtemps étaient réduit!) € à la dernière misère, ceux qui, pour leurs sorcelleiles et maléfices, « avaient langui dans les prisons et les mines, oeun qui tratnaiefit fi « peine une misérable vie dans les emplois les plus vils et les plus € honteux, tous ces gens, érigés en prêtres et en pontifes, se trou- € valent en un instant comblés d'honneurs. L'empereur, laissant là € les généraux et les magistrats, ne daignant pas seulement leur par-
< 1er, menait avec lui par tonte la ville des Jeunes gens perdus de
< débauches, et des courtisanes qui ne faisaient que sortir des lieux « infimes. Le cheval de l'empereur et ses gardes ne le suivaient que € de fort loin, pendant que cette vile multitude environnait saper^ € sonne, et paraissait avec le premier rang d'honneur au millea des « places publiques, disant et faisant tout ce qu'on peut attendre dé « gens de cette profession. »
32. L'apostasie conduisit Julien au fanatisme, et du fanatisme à la
• Traduction de Tiilemont.
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persécution : quand Thomme a commis une faute qu*il suppose irréparable, Torgueit lui (ail chercher un abri dans cette laute même. Julien essaya deux choses diflSciles : récliauffer le zèle des idolâtres pour un culte éteint; provoquer des chutes parmi les chrétiens. Il offrait de Thonneur et de For à Fapostasie : il échoua contre la foi fervente des disciples de Jésus-Christ, et contre la foi morte des païens. Lui-même se plaint de ne trouver presque personne disposé à sacrifier; il reproche aux habitants d'Alexandrie d'abandonner les dieux d'Alexandre, pour un Verbe que ni eux, ni leurs pères n'ont jamais vu * . Si maintenant l'on se demande quelles causes intrinsèques et extrinsèques provoquèrent dans Julien cette antipathie profonde pour un culte qu'il avait professé lui-même, avec une ardeur de néophyte, il nous semble qu'on peut les résumer ainsi : Julien était une de ces imaginations vives, plus faites pour la poésie que pour les réalités dumondegouvernemental et positif. Labeautédescérémonies du paganisme enchantait cette àme nourrie des songes de la Grèce. Les dieux d'Homère lui paraissaient conune la plus belle création du génie, et, & force d'admirer leur poète. Use crut appelé à ressusciter leur culte. D'ailleurs, à son enthousiasme de littérateur se joignait la haine invétérée qu'il portait à Constance, qui massacra son père, livra son frère au bourreau et menaça longtemps sa vie. Il pensait venger toute sa famille immolée, en proscrivant la religion du prince qui en avait été le bourreau. — Des causes extrinsèques venaient s'unir à ces motifs personnels. Le paganisme, brusquement mis hors la loi par Constantin, attendait depuis longtemps l'époque d'une réaction. Les sophistes grecs et latins, les rhéteurs, les philosophes d'Athènes, d'Alexandrie et de Rome, qui avaient résisté jusque-4d àla hunière de l'Évangile, appelaient de tous leurs vœux la réhabilitation des dieux d'Homère et de Virgile, d'Aristoteet de Platon. On ne change pas, d'un trait de plume, les mœurs, les habitudes, les croyances des peuples : tout ce qu'il y avait eu d'intérêts, de passions, d'amourspropres froissés par le triomphe de la croix se rattachait autour de Julien et criail, lors de son avènement : « Sans Julien Auguste, 1&
* Hune vero quem neque vos, neque patres vestri videre» Jesum Beum esse Verbura creditîs oportere. (Julian ., Epist, li.)