‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 143 sur 190 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« puissance est perdue pour les provinces, les soldats et la répu- « blique * I » L'état de la société, à la mort de Constance, il faut en convenir, était propre à inspirer aux païens les plus hautes e^pùrances. L'hérésie d*Arius avait tout divisé et subdivisé : ce n'étaient qu'anatbëmes lancés et reçus; les évêques légitimes étaient chassés de leurs sièges, à main armée, par des usurpateurs; le schisme ajoutait ses désordres à ceux de Thérésie. Ces querelles, dont Técho retentissait dans toutes les villes, dans tous les villages, dans tous les hameaux, affaiblissaient Pempire au dehors, paralysaient le pouvoir au dedans, rendaient l'administration périlleuse et difficile. Les juges, les gouverneurs n'étaient occupés qu'à réprimer les séditions excitées par les Ariens. Julien put donc croire qu'il supprimerait à la fois tous les maux, en étouffant toutes les sectes sous l'ancien Gulte * ; il apporta à ce rôle l'ironique légèreté d'un sophiste, le fanatisme d'un païen, le froid calcul d'un sceptique; et sa tentative impaissante ne fit que prouver une fois de plus la divine immortalité du christianisme, « cette adclume, a dit un orateur célèbre, qui a usé « tous les marteaux'. »

23. Dès l'an 362, Julien publia un édit qui accordait à chacun le lifare exercice de sa religion, et rappelait tous ceux qui avaient été f»dlés pour cette cause. Son but était de fomenter les divisions entre les catholiques et les Ariens, pour affaiblir les uns par les autres, et les écraser tous ensuite sous le mépris public. La liberté de reUgion, qu'il laissait en apparence aux chrétiens, n'était au fond qu'un dur esdavage : il ne les condamnait pas à mort par un édit général, mais il prenait d'ailleurs les voies les plus sûres pour les accabler. Toutes les faveurs étaient prodiguées aux païens ; les chrétiens n'éprouvaient de sa part que dédains, vexations et disgrâces. Pour avilir le clergé, il ôta aux ecclésiastiques leurs privilèges; il supprima les pensions destinées h la subsistance des clercd et des vierges consacrées à Dieu. € Leur admirable loi, disait-il, leur enjoint de renoncer aux biens « delà terre, afin d'arriver au royaume des cieux; et nous, voulant « gracieusement leur faciliter le voyage, nous ordonnons qu'ils

* Amxibn Marcbllin. Lib. xx, cap. 11.

' Étude» historiques de M. de Ghatkaubeund (passim).

3 M. l'abbé Combalol.

idO HISTOIRE GÉMÉftALfi DE l'kGLISE.

€ soient soulagJf; du pords de tous leurs biens. » Quand les chrétiens osaient se plaindre, il répondait : c La vocation d'un dirélieii « n'esl-elle pas de souffrir? > Les éréques lai adressèrent une apologie du christianisme, par Dlodore de Tarse ; il la leur renvoya avtc ces trois mots grecs : a«^v«i^, lyw», x«riyiwy( J*ai lu, j*ai coni|His, j'ai condàmn^. Toutes les êgHses furent donc dé|M>uiUées, et leurs ri* chesses transportées dans les temples d^idoles, qu'il faisait réparer aux f^ais des Galiléens. Il tftehait de gagner, par des promesses» ceux (}ui étaient faibles dans la foi. La fermeté de ceux qui résistaient passait pour un crime d^État. Au contraire, ceux qui se iabsalent vaincre et qui sacrifiaient leur conscience à leur fbrline, étalent comblés d'honneurs et de grftces. L'apostasie ooidiiisaii à foutes les charges ; elle tenait lieu de talent et de mérite ; elle coih vrait tons les crimes passés et donnait le droit d*en eomnifttre impii^ nément de nouveaux.

21. Par une exception glorieuse, Julien avait nommémenl exclu saint Athanase du privilège de rentrer dans sa ville épiscopale, qm l'éJit accordait à tous les exilés. « Il serait dangeimx, dttPÀpoalat» « dans une lettre aux habitants d'Alexandrie, de laisser, à la Me € du peuple, un intrigant ; non pas un honame, mais un petit avsr* « ton sans valeur, qui s'estime d'autant plus grand qu'il appeHs « plus de dangers sur sa tête. Ne recevez donc jamais ce scélérat « d'Athanase. Il a osé, sous mon règne, conférer le baptême à des € femmes grecques d'une naissance illustre. » Mais les événements en disposèrent autrement. L'évèque arien Georges, qui occupait le siège d'Alexandrie depuis l'exil de saint Athanase, avait su se rendra odieux à tous leS' partis : aux catholiques, par la persécution qu'il leur avait fait souffrir sous Constanee ; aux Ariens, en les fèncast à souscrire la condamnation d'Aétius, un de leurs chefs; aux paisns, par te pillage de leurs temples, et par les vexations qu'il exerçait indistinctement contre toutes sortes de personnes. La rénclion païenne profita des circonstances pour jeter Georges en priso». Il y était à peine, lorsque le peuple accourut en 16ule, te tratna pv la ville, en le foulant aux pieds, et en l'accablant d'outrages. Gssrges expira dans d'affreux tourments. Son cadavre, placé sur te des d*un chameau, fut conduit, aux milieu des vociféf«tions tf «ne popsiace

GHAPnux m. i5l

eft àélBûtêi au bord de la mer : là, an to brûla, et ses cendres farem jcÉée» dans ks îMSy de peur que ks chré(rens ne les honorassent eomme €dlea d*iin martyr ; ce qui teiMtit d*aYOir lieu tout réeeiH iKfKt pour Artémîiis, gouverneur é'Ëgypte, que Jolie» a?art fait meHre i mort, sous prét^te de coneassion, mais em réalité pour lei ^ottiar da zèle qu'il avait môs à détruire les temples de» faux dieiR. lycD de semblable n'était à enoadre en faveur de Véfèqtm iatrns. Il était ataca notMre que la rdigioB n'était pas la eavaè de sa mort,, ei qoe ses crimes Tavaieiit reodu odieux à tout le monde. Jv]ieRf ett apprenant cette sédition^ ne parut irrité que pour la forme. Dans la réaiité, il ne ponvait que lui être agréable de voir les qveveite» ée religion s'envenimer, et les sectes, qpi'il détestait égaleoMit, se détruire les unes par les autres. « Georges méritait d'être aimi « traité, se oontenta-t-il d'écrire aux Alexandrins. J'ajoute même € (ftt'il était digJDe d'an cbatiment plus rigoureux encore; mai» « vous tie deviez paa en être les exécateurs. Quand vous n'auriee « paa de respect pour Alexandre,, votre fondateur, on plutôt pour le « gland diett Sérapis, comment «'avez-vons^ point eu d'égard a» « devoir eomamn de Thumaiiité, ft à ce 4ue vous me deveitf à moi- « méBBOy à moi que les dieux, et en particulier te grand Sérapie, « ont investi de l'empire de Tuaivers ? » C'était par de telles harangHaa que le Césai* littérateur prétendait réprimer les émenles. Quoi cpft'ii en soit, saint Athauase ne voyant plus d'obstacle à so» retonr, maigri le mauvais vouloir de Julien à son égard, se déeida à rentrer à Alexandrie,, après sept ai^nées d'exil. Son retour fut un triovipbe digne d'ua diseiple de Jéstts-Chvist. Le Sauveur rentrait à Jérusalem, porté,^dit r£vang4le, « par le fils d'une âne^se. » C'était smr 1NM semblable monture qu'Atbaimse aj>paraissait à ses bien-aimés iUttiandrins,. au milieu d'un cooco^ars innombrable de peuple, venu au^vaiU de lui, k deux journées de chemin. Toute l'Egypte sem^ Naît s'âtre donné rendeznrous autour de l'illustre patriarcbe. On nmntftit sur toutes les éminenees pour le voir ; on se pressait pour entendre le son de sa voix ; on croyait se sanctifier en se plafaat sur le passage de son ombro. Si jamais il n'y eut d'existence plua> con'^ itanmirnt peraéeutée 91e celle d' Athanase«le-Grand, il est juste de reeooiiailre qiv'ii n'y eut jamais de population: pliis dévouée, plus:

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enthousiaste, plus fidèle à son pasteur légitime que celle d'Alexandrie. On brûlait des parfums et on semait des fleurs sur tout le par* cours du cortège ; la ville entière fut illuminée ; on fit des festins de réjouissance sur les places publiques. Le retour d*un père n*eût pas excité plus d'allégresse dans chaque famille ; l'entrée d'un souverain bien-aimé n*eût pas été accueillie avec des démonstrations plus unanimes. Saint Athanase traita ceux qui l'avaient le plus ouvertement persécuté avec tant de douceur, qu'ils n'eurent aucun sujet de se plaindre de son retour, tl se fit la providence vivante de tous les indigents, de tous les malheureux, de tous les opprimés, sans aucune acception de parti ; tous les esprits, tous les cœurs se sentaient invinciblement attirés vers lui par les charmes de sa mansuétude et de ses vertus.

25. En quittant la Thébaïde, où il avait été relégué par Constance, saint Ëusèbe de Verceil s'arrêta à Alexandrie pour y conférer avec saint Athanase. Les deux prélats, de concert, y assemblèrent un concile peu nombreux, mais formé presque en totalité de confesseurs de la foi , tels que saint Astérius, évoque de Pétras en Arabie, Caïus, Ammonius, Draconce, Adelphius, Paphnuce. On avait à examiner la conduite à tenir vis-à-vis des évêques qui, par faiblesse, avaient souscrit les professions de foi hérétiques. La plupart de ceux qui, à Rimini, s'étaient laissé surprendre, en avaient, depuis, vivement témoigné leurs regrets. Le concile d'Alexandrie détermina qu'ils ne seraient point considérés comme en dehors de la communion ecclésiastique. Il fut aussi réglé que les chefs du parti arien, s'ils renonçaient à leurs erreurs, obtiendraient le pardon du passé, mais sans conserver leur rang dans le clergé. Ceux qui n'avaient succombé qu'à la violence, admis, après rétractation, à la communion de l'Église, n'étaient point déchus de leur rang dans la hiérarchie. — La question dogmatique fut ensuite résolue par la condamnation des principes de Macédonius, évéque intrus de Constantinople, qui commençaient à se répandre, et qui attaquaient la divinité du Saint- Esprit. On fixa la signification catholique du terme A'hypostase, dont on s'était servi, en divers sens, dans la controverse. Les uns, prenant ce mot comme synonyme de substance, n'admettaient en Dieu qu'une hypostase. Les autres, lui donnant le sens de personnes,

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