CHAPITRE IV
Grégoire y avait, en quelque sorte, ressuscité la foi catholique (379). La réputation du saint évéque était telle, que saint Jérôme fit exprès le voyage de Constantinople pour l^entendre. Le docteur de l'Église latine lui ayant demandé, un jour, Texplication d'un mot assez obscur de rÉvangile, saint Grégoire lui répondit en riant : t Je vous le « dirai, ce soir, à l'église, où tout le monde m'applaudit. Il faudra « bien, là, que vous ayez l'air de me comprendre ; car, si vous êtes « seul à ne pas m'acclamer, tout le monde vous prendra pour un « barbare. » On voit parla ce que saint Grégoire pensait des applaudissements du vulgaire, « qui admire le plus, dit saint Jérôme, ce « qu'il entend le moins. » Cependant Démophile, évêque arien de Constantinople, faisait tous ses efforts pour contre-balancerrinfluence de Grégoire. Théodose (380), n'ayant pu le faire consentir à embrasser la foi catholique, prit le parti de l'exiler. Cette mesure paraissait devoir assurer lecalme.Mais un £gyptien,du nom de Maxime, qui avait professé jusqu'alors la philosophie cynique des Épicuriens, vint à Constantinople, s'y forma un parti, et se lit sacrer comme évêque de la ville (380). Un pareil attentat remplit les catholiques de douleur. Saint Grégoire, ne voulant point être l'occasion innocente d'une division, annonça le dessein de quitter un siège où il n'était monté qu'en faisant violence à toutes ses inclinations. Les instances des fidèles le déterminèrent à rester au milieu d'eux, jusqu'à ce qu'un concile dont on indiquait la prochaine réunion à Constantinople, pût élire un évoque catholique. L'affaire fut soumise à la décision du pape saint Damase, qui protesta contre l'élection irrégulière de Maxime, et écrivit à saint Aschole de profiter du concile qui devait se tenir à Constantinople, afin de choisir un successeur à saint Grégoire. Ce dernier sollicitait toujours la permission de rentrer dans la retraite. Comme il réitérait ses instances auprès de Théodose, l'empereur lui répondit : « Dieu se sert de moi pour vous « conserver à cette Église. La ville est, à ce sujet, dans une telle « émotion, qu'elle paraît disposée à me faire violence à moi-même ; « mais tout le monde sait qu'il n'en faut pas une bien grande pour « m'y faire consentir. »
8. Le concile de Constantinople s'ouvrit au mois de mai 384. Saifit Damase était informé de sa convocation et l'approuvait. II avait
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donné ses instructions à saint Ascbole, au sujet de la principale affaire qui s'y devait traiter : Télection d'an successeur à saint Grégoire. Les questions dogmatiques qu'on y examina avaient déjà été résolues par lui, dans ses lettres aux évêques d*Asie. La profession de foi qu'il leur avait transmise avait été souscrite par plus de opot cinquante d'entre eux. Les additions faites au symbole de Nicée, el confirmées par les Pères de Gonstantinople, touchant la divinité du Saint-Esprit, les caractères de l'Eglise, l'unité du baptême, la résurrection de la chair, la vie du siècle futur, avaient été adoptées par tous les évéques orthodoxes. — Nous faisons ces réflexioas, parce que le concile de Constantinople, le second oecuménique ou universel, n'ayant point été présidé par les légats du Pape, on s voulu se servir de ce fait pour conclure qu'un concile pouvait avoir l'autorité d'oecuménique, sans l'aveu du souverain Pontife. DaDs le fait, le concile de Constantinople ne fut oacuménique que par l'adoplion des Papes, qui confirmèrent tous ses actes, en approuvèreat h lettre et l'esprit, et proclamèrent sa doctrine, la doctrine de TEglise universelle. Les évêques présents à Constantin<^le se constituèrent d'abord sous la présidence de saint îiélèce, évéque d'Antioche. Le premier objet de leur examen fut l'élection de Maxime-le-Cyniflu^» dont l'irrégularité fut unanimement reconnue. Lee Pères du concile déclarèrent qu'il ne pouvait pas être regardé commeévéque; queceui qu'il avait ordonnés, en quelque rang du clergé que ce fut, n'y "^ valent point être admis, et que tout ce qu'il avait fait comme évèque était sans effet et illégitime. Après avoir chassé l'usurpateur du siège de Constantinople, restait à trouver quelqu'un qui fût digne de remplir. Théodose, qui admirait l'éloquence et la vertu de Grégoiw (le Nazianze, n'en trouvait pas de plus capable pour occuper Jl» poste si important: il communiqua sa persuasion à tout le cffoc^' SaintGrégoirerésistajusqu'aux larmes; maisenfin il se laissa vaincrf' et saint Mélôce, président du concile, l'établit solennellement èvéq«<^ de Constantinople. Ce fut le dernier acte du saint évèque d'AnlioC* • Mélèce mourut, et la présidence fut décernée, par tous les *^*l"tj à saint Grégoire. Les difficultés ne tardèrent pas à surgir au ^«a* ^ concile» et la mort même de saint Mélèce en fut l'occasion. S»i^«^^ l'accoi-d conclu entre les paities, de l'aveu du pape wiû* ^^
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c'était Paulin qui, en qualité de survivant, devait seul gouverner TMglise d'Antioohe. Néanmoins, une faction d*évôques proposa de donner un successeur à Mélèce, et ordonna effectivement le prêtre Flavien comme tel. C'était éterniser la division dans cette Église. Grégoire s'était opposé de toutes ses forces à une pareille mesure. Le peu de succès de ses efforts, sa mauvaise santé, les infirmités de sa vieillesse , le déterminèrent enfin à se déchargei* du fardeau de répiscopat. Le discours d'adieu qu'il adressa à l'assemblée, et que nous avons encore, est un modèle d'éloquence, d'abnégation per«sonnelle et de charité. « Adieu, disait l'éloquent archevêque, adieu, € église d'Anastasie, qui tirais ton nom de notre pieuse confiance; « [Anoêtasie veut dire résurrection); adieu, monument de notre « victoire, nouvelle Siloé, où nous avons, pour la première fois, « planté l'arche sainte, depuis quarante ans agitée et errante dans « ce désert; adieu aussi, grand et célèbre temple, notre nouvelle « conquête, qui dois à la parole sainte ta grandeur présente, bour* « gade de Jébus, dont nous avons fait une Jérusalem ; adieu, vous « toutes, demeures sacrées de la foi, les secondes en dignité, qui « embrasses les diverses parties de cette vie, et qui en êtes comme le « lien et la réunion; adieu» saints apdtres, céleste colonie, qui ma- « *^ -orvi de modèle dans mes combats ; adieu, chaire pontificale , « honneur enviv.«f ^l^jj^ ^^ périls, conseil des pontifes, orné par la « vertu et par l'âge des ptu^g^ y^^^ tous, ministres du Seigneur, à € la table sainte, qui approchez de in^ <i„and il descend vers nous; < adieu, chcsurdes Nazaréens, harmoniedes psaumes, voilles pieuses» « sainteté des vierges, modestie des femmes, assemblées des orphe- « lins et des veuves, regards des pauvres tournés vers Dieu et vers « moi ; adieu, maisons hospitalières, amies du Christ, et secou* « râbles à mon infirmité I Adieu, vous qui aimiez mes discours, « foule empressée oii je voyais briller les poinçons furtifs qui déro- « baient mes paroles. Adieu, barreaux de cette tribune sainte, for^ « oés tant de fois par le nombre de ceux qui so précipitaient poifr « entendre ma voix. Adieu, ô princes de la terre, palais des rois, « serviteurs et courtisans, fidèles à votre maître, je veux le croire, « mais certainement la plupart, infidèles à votre Dieu. Applaudissez, « élevez jusqu'au ciel votre nouvel orateur! Elle s*estlue la voix in-
« commode qui vous déplaisait. Adieu cité souveraine et amie du « Christ ( car je lui rends ce témoignage, quoique son zèle ne soit € pas toujours selon la science; mais le moment de la séparation « adoucit mes paroles], approchez-vous de la vérité, corrigez-vous € enfin, quoique bien tard. Adieu, anges gardiens de cette église, « qui protégiez ma présence et qui protégerez mon exil. Et toi, « Trinité sainte, ma pensée et ma gloire ! puissent-ils conserver ta € foi, et puisses-tu les sauver tous, sauver mon peuple M » Nectaire lui fut donné pour successeur, et son élection fut ratifiée par le pape saint Damase. On procéda ensuite à Texamen des questions dogmatiques. Trente-six évéques, ayant à leur tête Éleusius de Cyzique, refusèrent de souscrire au terme de consubstantiel, et furent déclarés formellement hérétiques. Le symbole de Nicée, avec les additions traditionnelles dont nous avons parlé plus haut, et tel que nous le chantons maintenant à la messe, fut proclamé comme TexpressioD de la foi de TÉglise. Les sept canons disciplinaires que rédigea easuite le concile règlent la juridiction des évéques, qu'ils limitent à leur seul diocèse, en réservant la suprématie du siège de Rome sur les autres Églises ; les translations d'évéques d*un évéché à un autre; les formes d^accusation juridique contre les évéques : la manière dont on doit recevoir les hérétiques qui reviennent à la com»**"*"^" ^^* thodoxe. Les Arieiu, les Macédoniens, les jyn^^^^^f *^ QwtrtO' décimons et les Apollinaristes sont^^fXkis, en remettant un acte d'abjuration à leurs ex^^*^^- Pour les hérétiques qui avaient altéré la forme du sacrement de baptême, tels que les Etmoméens, les Montanistes, les Sabelliens, qui baptisaient avec une seule immersion ou sans l'invocation catholique des trois Personnes de la sainte Trinité, ils ne peuvent être réconciliés avec l'Église qu'après avoir préalablement reçu le baptême catholique. Le plus célèbre de tous ces canons fut le troisième, qui attribuait à l'évêque de Constantinople la primauté d'honneur après le pontife romain, par la raison que Constantinople était la nouvelle Rome. Ce fut plus tard le fondement sur lequel s'appuyèrent les métropolitains de Constantinople, pour soumettre à leur juridiction toutes les Églises d'Asie, et s'ar- » Tableau de VÉloquence chrétienne au iv^ siècle. Traduction de M. Viilemain.