CHAPITRE IV
S «• P^sHteat ée uâdwit Slvlae (l^ janvier 335-26 novembre 398.)
10. Saint Sirice, prêtre romain, fut élu pape le i6 novembre 338. II inaugura son pontîficat.en répondant ù une consultation, sur divers points de discipline, adressée par Hiniérius, nuMropolitain de Tarragone en Espagne, à saint Damase, mort dans rinlervalle. C'est la première \eiire décrétale qui soit venue jusqu'à nous. On donna ce nom aux décisions de ce genre, parce qu'elles ont force de loi. Celle de saint Sirice donne des règles pour la réconciliation des hérétiques; l'époque fixée pour conférer le baptême solennel, qu'on avait coutume déplacer, alors, de Pâques à la Pentecôte ; pour l'application de la pénitence publique, l'âge desordinands, et les interstices qu'on doitobserverdans la réception desdiversordres. Le Papeexigeaittrente ans pour les acolytes et les sous-diacres. Après cinq ans de diaconat, on pouvait recevoir la prêtrise, et, après dix ans de sacerdoce, répiscopat. Un autre point important, traité par saint Sirice, est celui du célibat des clercs, qu'il établit comme une tradition apostolique. Une autre décrétale fut adressée, peu de temps après, à Anysius, disciple de saint Ascholr, et son successeur sur le siège de Thessalonique. Le pape lui recommande de veiller sur les ordinations épiscopales en Illyrie, et de ne pas souffrir, en sa qualité de métropolitain, qu'aucun évoque soit sacré sans son consentement. Dans le cas où il ne pourrait présider lui-même à l'élection et au sacre, il doit déléguer cette fonction à l'évèque qu'il jugera à propos.
4 4 . L'empereur Gratien, dont la jeunesse avait donné de brillantes espérances, venait d'être massacré à Trêves (383), par Maxence, officier de son armée. Le meurtrier s'était revêtu lui-même de la pourpre impériale, et avait usurpé le trône de sa victime. Il ne devait pas tai^er à diriger ses efforts contre le frère de Gratien,Valentinien-le- Jeune, qui régnait à Milan. L'impératrice Justine, mère de ce jeune prince, complètement livrée aux Ariens, ne songeait point à se prémunir contre de telles attaques. Elle était toute occupée à persécuter saint Ambroise, qui refusait de céder aux Ariens une des églises de Milan (385). Un édit parut, l'année suivante, grâce à l'influence de Justine, pour rendre a ces hérétiques la liberté de s'assembler et de
480 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L*ÉGLi6E.
professer publiquement la formule de foi souscrite à Rimini (386;. Le chancelier de l'empire, Bénévolus, z^é catholique, se refusa à signer le décret. Il Jeta aux pieds de Timpératrice les marques de sa dignité, et fut exilé à Brescia. Aux instances réitérées de Justine, saint Ambroise répondit : « Naboth ne voulut point livrer Théritage « de ses pères, et moi je livrerais Thérilage du Christ !» On le tint, pendant plusieurs jours, assiégé dans la basilique par une troupe de soldats ; le peuple, de son côté, veillait à la garde de son évëque. Dans ces circonstances difficiles, saint Ambroise, obligé de prêcher chaque jour à la multitude qu'on tenait prisonnière avec lui, sut éviter dans ses discours tout ce qui aurait pu envenimer ou aigrir les esprits. Il profita de cet incident pour réveiller dans tous les cœurs les sentiments de la piété et de la foi. La circonstance merveilleuse de rinvention des reliques de saint Protais et de saint Gervais, les miracles qui accompagnèrent leur translation, confirmèrent ce que l'éloquence du saint évêque avait opéré. Les Ariens et Fimpératriee Justine cessèrent leur persécution. La crainte de Maxime ne contribua pas peu à ce retour inespéré. Le bruit s'était i*épandu, non sans fondement, que cet usurpateur allait entrer en Italie pour dépouiller Valentinien III. Dans ce danger, l'impératrice recourut au saint évêque, qu'elle venait, depuis deux ans, de traiter en ennemi, la réputation d' Ambroise dans les Gaules était immense. Un jour, des Francs demandaient à Arbogaste, général des armées impériales, s'il connaissait l'évêque de Milan : t Je le connais, répondit Arbogaste, « et il m'honore de son amitié. — Il n'est pas étonnant, reprirent « les Francs, que vous ayez remporté tant de victoires, puisque vous « êtes l'ami d'un homme, dont la parole arrêterait le soleil hn- « même, dans sa marche. » Ce fut donc à Ambroise que Justine s'adressa, pour lui confier la mission d'arrêter les projets hostiles de Maxime. Le prétexte apparent de l'ambassade devait être de réclamer les restes de l'empereur Gratien. Le saint évêque, oubliant toutes les injures passées, se mit immédiatement en marche, et arriva à Trêves. Maxime n'accueillit ses demandes que par des réponses évasives (387). Sa cour était pleine d'évêques d'Espagne, qui poursuivaient la mort des Priscillianistes. Ambroise leur dit que Dieu ne demandait pas la mort du pécheur, mais sa conversion ; et