‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 153 sur 190 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

il cherchait à les rappeler au véritable esprit de TEglise, qui est un esprit de douceur et de charité. Comme il ne gagnait rien sur ces cœurs opiniâtres, il refusa de communiquer avec eux aux saints mystères. Maxime, dont ces évéques flattaient les instincts de cruauté, se déclara ouvertement leur protecteur : il donna Tordre de mettre à mort tous les Priscillianistes, et enjoignit à saint Ambroise de communiquer avec les évêques espagnols. L'évéque de Milan s*; refusa. Son exemple fut imité par saint Martin de Tours, qui fit, vers le même temps, le voyage de Trêves. L'usurpateur, furieux, fit dire à saint Ambroise de reprendre le chemin de Milan. Le non succès de cette ambassade servit aux ennemis de saint Ambroise de prétexte, pour renouveler coittre lui leurs intrigues. On accusa sa raideur et son inflexibilité. Un négociateur courtisan fut expédié à Maxime, qui raccueillit, avec tous les témoignages de bienveillance iniaginables. Saint Ambroise avertit Fimpératrice de se défier d*un ennemi qui couvrait ses desseins hostiles sous un masque hypocrite. On ne le crut point : mais ces nouvelles étaient à peine arrivées h Milan, que Maxime envahissait l'Italie, à la tête d'une armée formidable. Valentinien et sa mère eurent à peine le temps de s'embarquer pour Thessalonique, où ils se mirent sous la protection de Théodose. Elle ne leur fit pas défaut. Ce grand prince accourt en Pannonie, y défait, en deux batailles rangées, les troupes de Maxime, deux fois plus nombreuses que les siennes, poursuit l'usurpateur et l'atteint à Aquilée, où le meurtrier de son souverain trouve, dans une mort honteuse, le châtiment de son crime (28 juillet 388) . Cette victoire mettait tout l'Occident entre les mains de Théodosc. Valentimen III n'avait jamais possédé que l'Italie, miyrie et l'Afrique ; Théodose les lui rendit, et y ajouta tous les États de Gratien, c'est-àdire l'Espagne, la Gaule et la Grande-Bretagne. H se contenta de fBure observer au jeune empereur qu'il devait honorer le Dieu de qui relèvent tous les empires, et cesser de persécuter, comme il l'avait fait jusque-là, les catholiques, ses plus fidèles serviteurs.

4S. La gloire de Théodose s'accrut, dans tout l'univers, de ce trait de modération. L'année précédente (387), cet empereur avait donné u monde un exemple immortel de clémence. A l'occasion de quelques subsides extraordinaires, une sédition avait éclaté à Antioche* 1. 31

462 HlSTOfRE GÉNÉRALE BE L'ÉGUSE.

La ville avait été un Instant livrée à tous les excès ; les statues de Théodose, arrachées de leurs bases, traînées dans la boue, brisées en mille morceaux, avaient été abandonnées aux huées des enfants, qui en portaient les débris dans les rues, au milieu des vociférations ie la populace. Quand ce délire fut apaisé, une morne stupeur s*6m* para des coupables. La ville, consternée, attendait Theure de la justice. Les habitants s*enfuyaient à travers les campagnes, et Antioche ressembla bientôt à un vaste tombeau. Tout faisait prévoir que le châtiment serait terrible : à la première nouvelle de Témeute, Théodose, d'autant plus irrité qu'il avait toujours eu plus de bienveillance pour Antioche, donna d'abord les ordres les plus rigoureux. Ses courriers arrivent au milieu de cette population désolée : tout espoir semblait perdu ; mais il restait, pour sauver Antioche, le dévouement de Flavien, son évoque, et Téloquenee de saint €bry* sostôme. On obtient des magistrats que Texécution des décrets ioi* périaux sera suspendue, durant le voyage du saint vieillard Flavien, qui, par un hiver rigoureux, comptant pour rien ses infirmités et son grand Age, part pour Constantinople, sans s'arrêter ni jour ni nuit. Cependant Jean Chrysostome, qu'il avait chargé de consoler la multitude en son absence, du haut de la chaire chrétienne^ d'où , sa parole, persuasive et tendre, attachait et séduisait les cœurs, abrégeait, pour le peuple, ces jours d'incertitude et de cruelles angoisses. Ce prêtre, dont le nom imjnortcl est resté comme le symbole^d'une éloquence surhumaine, avait à peine trente ans. 11 avait renoncé aux espérances d'une brillante jeunesse, s'était arraché aux larmes de sa mère, pour s'enfuir] dans la solitude. Flavien, par une exception justement motivée, l'avait promu au sacerdoce, avant l'âge prescrit alors par la discipline ordinaire. Jean Chrysostome surpassa tout ce qu'on avait attendu de lui. Dans ces tristes conjonctures, il sut calmer les craintes du peuple et essuyer ses larmes. Ce fut à lui qu'on dut la tranquillité de la ville, en proie à tant d'alarmes. Il prononça, dans cet intervalle, vingt discours que nous avons encore, et qui sont comparables à tout ce qu'Athènes et Rooie ont produit de plus éloquent. L'art en est merveilleux. Incertain du parti que voudra prendre Théodose, il mêle ensemble l'espérance du pardon et le mépris de la mort, en disposant par là ses auditeurs i

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