‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 154 sur 190 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

reœvoir, avecsonmissionetsans trouble, les ordres de la Providence. Il entre toujours avec tendresse dans les sentiments de ses concitoyens, mais il les relève et les fortifie. Jamais il ne les arrête trop longtemps sur la vue de leurs malheurs ; bientôt il les transporte de la terre au ciel. Pour les distraire de la crainte présente, il leur en inspire une plus vive : il les occupe du souvenir de leurs vices, les presse de s*en corriger, et leur montre le bras de Dieu levé sur leurs têtes, et infiniment plus redoutable que celui des rois du monde. Cependant Flavien était anriv&À la cour de Théodose : il se présenta devant ce prince, les larmes aux yeux. Le discours qu'il lui tint, et que Ton supiiose Tœuvre de saint Jean Chrysostôme, est un modèle inimitable. Quand il eut achevé de parler, Tempereur eut peine à contenir son émotion. Laissant enfin échapper ses sanglots, il répondit : « Qu*y a>t-i] de men'eilleux si un homme pardonne à des « hommes, ses frères, quand Jésus-Christ, le maître du monde, « crucifié par les Juifs, demande pardon à son Père pour ses bour- € reaux? Allez, mon père, retournez au milieu de vttre peuple; « rendez le calme à la ville d'Antioche : elle ne sera rassurée, après « une si violente tempête, qu'en revoyant son pilote. » Flavien reprit en toute hâté le chemin d'Antioche ; mais, pour ne pas dérober à son peuple quelques instants de joie, il se fit précéder par des courriers, qui portèrent la lettre de l'empereur avec une promptitude incroyable. Quand on la lut dans la place publique, au milieu du silence général, et qu'on fut arrivé à l'endroit où Théodose révoquait les ordres précédemment donnés pour la punition de la ville et de ses habitants, une immense acclamation de joie s'éleva dans les airs. En un instant, toutes les rues sont décorées de festons et de guirlandes, on dresse des tables sur les places pubKques ; la nuit suivante égale la lumière des plus beaux jours : la ville est tout entière illuminée ; et, quand arriva Flavien, quelques jours après, il fut reçu en triomphe.

43. Il est à regretter, pour Théodose, qu'il ne se soit pas montré semblable à lui-même, dans une circonstance analogue. La ville de Thessalonique, capitale de l'Illyrie, s'était révoltée, à l'occasion de l'arrestation d'un écuyer du Cirque, pour lequel le peuple professait la phis \ive passion (389). Les magistrats de la nlle furent massacrés^

Mi HISTOIRE GIMBtALE ME L^EGUSB.

el le gouTernear, Bothéric, qui 3^*311 signé l'ordre d'emprisonnemeot, ftit lapidé par la populace. Cette émeute était d'autant pins coupable, que la mesure qui y donnait lieu était de toute justice : récuyer se l'était attirée par ses mœurs inf&mes. A la nouvelle de cette séditioQ, Tbéodose, dans l'excès de sa colî^re, parla d'abord d'anéantir la ville coupable, pour Trapper les esprits par un exemple terrible, et empêcher le retour de pareils désordres. Saint Ambroise parvint à modérer ce premier mouvement, et l'empereur lui promit^de procéder, selon les règles de la justice. L'affaire fut soumise au conseil impérial, et on y résolut de punir Thessalonique par un massacre général. L'ordre en fut tenu secret, pour ne point éveiller la sollicitude de saint Ambroise. On réunit toute la population au théâtre, sous piétexia d'une course de chars; mais, au lieu du signal des jeux, celui du massacre fut donné aux soldats qui environnaient le Cirque. I^ carnage continua pendant trois heures, sans distinction de citoyen ou d'étranger, d'âge, de sexe, de crime ou d'innocence; sept mille personnes y périrent. La douleur de saint Ambroise fut sans bornes. Théodose lui-même, épouvanté de son action, demeura huit mois sans approcher de l'Église, la conscience bourrelée de remords. Saint Ambroise lui en avait interdit l'entrée ; et comme Théodose insistait, en s'appuyant sur l'exemple de David, à qui Dieu avait pardonné sa faute, l'évéque lui répondit : « Vous lavez imité dans son crime; imi- « tez-ledans sa pénitence. Enfin, à la fête de Noël, l'empereur se présenta & saint Ambroise, qui lui lit d'abord souscrire une loi, portant que lès sentences de mort et de confiscation recevraient désormais leux exécution seulement trente jours après qu'elles auraient été prononcées, pour donner le temps à la raison de revenir sur le premier mouvement de la colère ; ensuite , il lui donna l'absolution. Théodose entra alors dans la basilique de Milan, et là, en présence de tout la peuple assemblé, ayant dépouillé ses ornements impériaux, il se prosterna sur le parvis, en l'arrosant de ses larmes, et en répétantes paroles de David : Adhœsit pavimento anima mea : vivifica me secu/ndum verbum tuum. Le souvenir du massacre de Thessalonique poursuivit Théodose, toul le reste de sa vie. Le désir d'expier ce crime redoubla son zèle contre l'idolâtrie, dont il fit détruire les temples et brûler les idoles, à Alexandrie et dans toute l'Egypte. La

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