‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 158 sur 190 · CHAPITRE iV · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV

deox évéoemeiits, qui remplissent à eux seuls tout le pontiflcat de saint Anastase P'. L*eunuque Eutrope, fier de la puissance et de la faveur dont Arcade le comblait, ruinait les provinces» vendait les charges, et dissipait le trésor public pour satisfaire à son luxe. Il sa faisait élever des statues, avec les titres fastueux de Père de la pairie, de Troisième Fondateur de Constantinople, de Guerrier in-- Tincible. Dans son audace, il alla jusqu'à résister publiquement à un ordre de Timpératrice Eudoxie elle-même. Cet excès combla la mesure de ses attentats. L'empereur Arcade, las de cette tyrannie subalterne, donne ordre d'arrêter Eutrope. Ce ministre, dont la veiire tout l'univers mendiait un regard, ne trouve pas aujourd'hui une seule porte qui veuille s'ouvrir à sa disgrâce. Consterné, tremblant, éperdu de ce coup aussi subit que terrible, il se réfugie dans l'église^ et se met sous la protection de saint Jean Chrysostôme. Cependant les soldats, longtemps humiliés sous le joug odieux de l'insolent eunuque, veulent assouvir sur sa personne une haine impitoyable. Us entourent l'église et demandent leur victime. Le saint patriarche s'oppose à leur violence : on le saisit lui-même^ et on le conduit, comme un rebelle, au palais. Saint Jean Chrysostôme se présente devant l'empereur, et en obtient la grâce d'Eutrope. Mais ni le peuple, ni les soldats ne ratiflent cet acte de clémence : la voix de l'empereur n'est pas écoutée, et la nuit se passe, au milieu des vociférations sanguinaires de la multitude. Le lendemain, saint Jean Chrysostôme n'a plus recours qu'à la puissance de la parole chrétienne, dont il avait si souvent éprouvé les triomphes. Il parait dans la chaire, au milieu des flots pressés du peuple. Tous les regards sont fixés sur Eutrope, cet impérieux ministre, naguère l'idole de la cour et la terreur de l'empire, maintenant abandonné, p&le, tremblant, attachée une colonne, réfugié dans l'église, qu'il méprisait au jour de sa puissance. L'orateur sacré fit ressortir ce contraste avec éloquence ; l'orage populaire se calma, sous sa voix miséricordieuse, et des pleurs de compassion succédèrent aux transports de la colère. Eutrope était sauvé (399). —Pendant que Constantinople assistait à ce spectacle des vicissitudes humaines, la Palestine retentissait de la division survenue entre saint Jérôme et Rufin. Rufin, né dans le Frioul, d'abord moine à Aquilée, puis prêtre, était venu se fixer à

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Bethléem, avee sainte Mélanie, qui vivait soas sa direction. Étroitement lié avec saint Jérôme, il partagea ses travaux, ses itudes, ses exercices ascétiques. Cette union dura vingt ans, admirée par toaC l*nnivers, et féconde en œuvres utiles. Elle ne résista pas à une circonstance insignifiante, qui jeta dans ces deux âmes les semences d*une division déplorable. Quelques Anthropomorphites , béré> tiques qui attribuaient à Dieu une figure humaine, accusèrent saint Jérdme et Rufin de propager les erreurs d*Origëne. Rufin dédaigna de répondre. Saint Jérôme, au contraire, se crut obligé de se justifier. Cette diversité de conduite commença la querelle. Une traduction du ntpi&,ox<»v ou livre des Principes d*Origène, entreprise par Rufin, Tenvenima. Saint Jérôme écrivit contre son ancien ami, avec une certaine âpreté; Rufin lui répondit sur le même ton. Le débat fut porté à Rome (100). Saint Anastase I«' condamna la traduction du livre d'Origène, en réservant toutefois les intentions du traducteur, qui pouvaient n*être pas repréhensibles. Saint Épipbane de Salamine, arrivé depuis peu en Palestine, se déclara aussi pour saint Jérôme contre Rufin , et prêcha publiquement, pour réfuter rOrigcnisme. Saint Augustin, informé par saint Jérôme de ce dissentiment, lui répondait : « Quelle douleur de voir deux personnes « autrefois si unies, et dont Famitié était connue dans presque toutes « les Églises du monde, en venir à ce point d'inimitié? Où seront « désormais les cœurs qui oseront s'ouvrir Tun à TautrefOû sera « Tami dans le sein duquel on pourra répandre en sûreté ses pensées « les plus secrètes, et qu'on ne doive craindre comme un ennemi à « venir, puisque nous voyons et que nous pleurons ce malheur, « arrivé à Jérôme et à Rufin ! » Ces touchantes paroles agirentelles sur l'esprit de saint Jérôme? On pourrait le croire. Il cessa dès lors toute polémique écrite contre Rufin ; et, par l'entremise de sainte Hélanie, les deux anciens amis se réconcilièrent publiquement. Rufin continua ses travaux : une Traduction de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, une Explication du Symbole ^ on grand nombre des Vies des Pères, l'occupèrent jusqu'à sa mort, arrivée en 410.

20. Saint Martin de Tours était mort, la seconde année du pon* tificat de saint Anastase (399), à l'ftge de plus de quatre-vingts ans.

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Touché des lannes de ses disciples, qui assistaient à ses derniers moments : < Seigneur, dit-il, si je suis encore nécessaire à votre « peuple, je ne refuse pas le travail ; mais que votre volonté soit « faite. » Quelques instants après, il ajouta : « Mes frères, laissez- € moi regarder le cid plutôt que la terre, afin que mon âme prenne « son essor vers Dieu. » Il s'était fait étendre sur un cilice couvert decendres, pour terminer, par unaete d'humilité et de mortification, une vie d'austérités et d'abnégation. Quand il expira, son visage parut radieux d'une joie céleste. Le corps du saint évéque fut déposé dans sa ville épiscopale, au lieu où fuient élevés depuis l'église et Tillustre monastère de Saint-Martin-de-Tours , pèlerinage si fréquenté dans les premiers temps de la monarchie française. II eut pour successeur saint Brice, l'un de ses disciples.

Vers ce temps (404), le pape Anastase recevait une députation des évéques d'Afrique, qui demandaient à conserver dans le clergé les Donatistes convertis. Un concile réuni, le 16 juin 401 , à Carthage, s'était prononcé dans ce sens, à cause de la rareté des clercs, et dans le but de faciliter, d'un autre coté» le retour des Donatistes à la foi catholique. Le Pape accueillit favorablement leur requête.-— Un événement plus grave allait appeler sa sollicitude apostolique sur l'état de l'Église de Constantinople, et sur la persécution que rimp.ératrice Eudoxie commençait contre saint Jean Ghrysostôme ; mais la mort enleva le saint Pape, au milieu de ses travaux (27 avril 402}. Son pontificat n'avait duré que trois ans, et, dans ce court espace, il mérita cet éloge qu'en faisait Innocent I*' : « Anastase, dit-il, gouc vema l'Église dans la pureté d'une vie exemplaire, Tabondance € d'une doctrine irréprochable et la juste fermeté de l'autorité ec- < ctésiastique. »

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