‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 162 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

prédilection pour les auteurs profanes fit place, dès lors, à son amour immense des saintes Écritures, qui lui fit commencer et poursuivre, avec un éclatant succès, à l'âge de plus de soixante ans, rétude de Thébreu. La solitude dans laquelle il vivait ne Fempèchait point de prendre une part active à la lutte de la foi catholique contre les hérésies : nous Tavons vu, dans l'affaire du Pélagianisme. A la même époque, il soutenait contre Vigilance, prêtre hérétique, né à Comminges, dans les Gaules, une lutte non moins ardente. Ce sectaire, dont les erreurs ne nous sont connues que par les écrits de saint Jérôme lui-même, condamnait le culte des saints, la vénération de leurs reliques, et le célibat ecclésiastique. Quelques clercs, de mœurs déréglées, s'étaient joints à lui, et avaient embrassé une doctrine qui favorisait leurs désordres. Saintjéi:^-'^ poursuivit, avec son énergieacœutuméc, les jaoïiii'*'**'''^'*'^^^''®^' et tout porte h croire que Vigilance, t'^"^^*'^^^ 1^ 8^*^' se rétracta dans la suite; car il m^«rtrt,li Barcelone, dans la communion de l'Église, «aint Boniface !•' avait été lui-même enlevé parla mort, au moment où son zèle venait de triompher des prétentions orgueilleuses du patriarche de Constantinople (25 octobre 422). Il avait renouvelé l'ordonnance, déjà portée par saint Fabien, de n'élever personne au sacerdoce avant l'âge de trente ans. Il supprimâtes mgiles des sainte, c'est-à-dire les assemblées nocturnes qui se tenaient la veille d'une fête, près du tombeau d'un saint. Ces réunions tendaient à dégénérer de la gravité et de la décence primitives; mais il en maintint l'obligation pour la liturgie, et le jeûne qui y était prescrit.

§ 4. Pontificat de saint Célesttn premier. (3nov. 422-6 avril 432.)

11 . Le diacre saint Célestin, très-proche parentde l'empereur Valenlinien, fut donné pour successeur àsaintBoniface, le 3 novembre 422. Le premier acte du nouveau pontificat fut la condamnation d'une hérésie née des erreurs de Pelage. Le Pélagianisme, foudroyé par les décisions de Rome, et l'éloquence de saint Augustin, s'éteignait peu h peu ; mais il sortait de ses cendres une autre secte qui adoucit ce que lapremière avait de plus révoltant, et qui prit le milieu entre ladoctrine de Pelage et la foi orthodoxe. Ce furent quelques prêtres d^ Marseille

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qui dODilèreat cou» à ce Pélagiaaisme mitigé; on les nomaui S^mi- Pélagims. Ds aitribuaient m Ubre arbitre le commeacemeat de la lèi et les premierfi sioaveiBieBtft de la volonté humaine vers le bien; «elon eux, Dieu, en conséquence de ces premiers efforts, donne rac(mis6cnient de la foi ^ la grftce des bonnes œuvres. Ainsi, les ftemi'-Pélagiens admettai^t, comme les catholiques, le péché origine et la nécessité d'une grftce intérieure pour foine le bien; mais ils disaient que l'homme peut mériter cette grâce par un commencement de foi, par un premier mouvement de vertu, dont Dieu n'est pas fauteur. Saint Augustin s'éleva avec force contre cette pernicieuse erreur. La cause fut portée au tribunal de saint Célestin. Le Pontife eondamna les prêtres de Marseille, et définit, contre eux, que Dieu ^i>^ tellement dans le coeur des hommes, que toute sainte pensée, tout pieux iWinnin M enfin tout mouvement de bonne volonté, dans Perdre du salut, vient de lfii,^^«itiA gi nous pouvons quelque bien, c'est par Celui sans lequel nous ne pouvoim r^a. Cette^sentence fut reçue avec respect detout le monde chrétien, et la désunion fui itonni- Bée.

4 S. L'affure d'Apiarius, commencée en 4t9, sous le pontificat de son prédécesseur, appela ensuite Tattention de saint Célestin. les évéques d'Afrique refusaient toujours de reconnaître comme valides les appellations au saint Siège. Apiarius, rétabli dans la communion de révise, attira de nouveau sur lui les censures de son évéque, et en appela au Pape. Saint Célestin envoya Faiistin, le même légat déjà employé par saint Bonibce, pour examiner sur les lieux les accusar tiens portées contre ce prêtre. Elles furent trouvées fondées. Apiarius luirméme, touché de repentir, confessa tous ses crimes, et fut déposé du ministère ecclésiastique. Les évéques d'Afrique en prirent occasion de supplier le Pape de ne point se montrer si facile àaecorder sa protection aux cl^cs étnmgers qui la sollicitaient. Quelle que soit l'importance qu'on veuille donner à cette pièce, elle ne saurait pré* valoir contre des droits mille fois reconnus et exercés, antérieurement à cette controverse, et maintenus, malgré ces réclamations, par les Papes de tous les temps (426).

Au milieu de ces agitations intérieures de l'Église, au sein des ré* volutiM» politiques qui bouleveraaîent le mondé, pendaotque Castin,

BàJuAre de la aiUice, pla^ mr le trAoe d'Occideai, à la mort d'JEhH norius (423), un baÛHne d'empereur, qui périmit laisérableffleiU, deux ao8 plus tard« et lai&saU la pourpre à V^ileotiaieD UI (425), la vie religieuse se dévdtoppait, avec une nouvelle f€»*veur, dans les Gaules. Saint Romain fondait le monastère de Gondat» en Francbe*- Comté (aiyourd'hui devenu le si^épiscopalde Saint-Claude) ; Jean Cassien, Scythe de nation, célèl>repajrses/w/i^t^ion« monoiUquef, ses ConférenceSf et les voyages qu'il fit en Egypte pour y visiter les solitaires de la Thébaïde, fondait à Marseille la célèbre abbaye de Saint- Victor (427). Saint Honorât élevait, dans le mêmetemps^ un monastère fameux à Lérins, Ue de la Méditerranée, sur les cMes de Provence. — La Syrie offrait, à la méa^ époque, le miimde vivant des anachorètes, dans la personne de saint Siméon Stylite ' , qui s'était retiré, pour mieux vaquer à la prière et à la contemplation, sur une baute colonne où il passa plus de trente années. — Cependant, la nouvelle d'une invasion des Vandales en Afrique, par Genséric, leur roi, se répandait dans le monde et y jetait la consternation. Celle province entière que, pour son opulence, sa fertilité, la multitude de ses villes, on regardait comme la nourrice de l'univers» fut désolée par le fer, le feu, la famine. Les Barbares, pour la plupart Ariens, tournèrent plus particulièrement leur rage cootre les catholiques. Toutes les églises furent ruinées, Évéques, prêtres, moines, vierges consacrées à Dieu, étaient (rainés en captivité, ou immolés sans pitié parles vainqueurs (430). Celte Église, si florissante jusqu'alons, s'éteignait ainsi dans k sang de ses fils, pour ne plus se relever qm dans un avenir lointain, marqué par les décrets de la Providenee. Comme pour aggraver encore cette chute effroyable, le grend Au«gustin mourait, cette mémeannée, au bruit de l'incendie qui dévorait sa ville éfwcopale d'Hippone (28 aoiit430) . Avec lui mourait l'Afrique cfarétieniie et civilisée. Il laissait des monuments impérissables de son zèle et de son érudition, dans des ouvrages que Possidius, soa contemporain, fait monter au nombre de mille trente, eny comprenant kfi sermons et les lettre». Dans les discussions thiologiques sur I» gr&oe, on a reproché à saint Augustia d'avoir quelquefois manqué

I tkx mot gr^ ^^^ colonne.

520 ^STOIRE GKKÉRALE DE L'ÉGLISE.

d'exactitude. Cette observation, que nous avons déjà eu occasion de relever, à propos des ouvrages de qudques autres docteurs, doit se rectifier par la considération que la langue théologique ne fut portée que successivement au point de précision où elle est arrivée maintenant, par les décisions des conciles. Ces légères taches sont d'ailleurs rachetées par une foi ardente, une éloquence vive et pleine d'images, et n'ont pas empêché saint Augustin d'être surnommé le Docteur de la Grâce par excellence. L'Église romaine a élevé à sa mémoire le plus glorieux monument : la statue d'Augustin, avec celles de saint Ambroise, de saint Athanase et de saint Cbrysosttaie, soutient, au Vatican, la chaire de saint Pierre. Par une coïncidence merveilleuse, le même siècle eut la gloire de produire les deux plus illustres Pères de l'Église grecque et de l'Église latine.

43. La vie religieuse, éteinte en Afrique, enfantait des prodiges dans les Gaules; il semblede la destinée de l'Église de ne perdre un fleuron de sa couronne que pouren voir renaître un autre plus brillant encore. Les Gaules étaient partagées, jusque-là, entre les Gotbs, qui occupaient l'Aquitaine; les Burgondes, qui avaient fondé un empire appelé, de leur nom, Bourgogne; les Alains, qui avaient obtenu d'Aétius, général romain, le pays de Valence, sur le Rhône; et les Romains eux-mêmes, qui n'avaient plus guère conservé de leurs anciennes possessions que les deux Narbonnaises et la Provence. On vit arriver, de 430 & 438, au nord de la Gaule, le peuple qui devait la conquérir, s'y fixer d'une manière durable, et y fonder, sous le nom de France, un royaume qui subsiste encore. Les Francs établis depuis quelques siècles sur les bords du Rhin, dans un pays qui a conservé le nom de FranconiC; parvinrent, sous la conduite de Clodion, à se rendre maîtres des villes de Cambrai, de Tournai et d'Amiens. Au moment où ce peuple, encore païen, posait pour la première fois le pied sur le sol des Gaules, les sièges des principales Églises en étaient occupées par une génération d'illustres et saints évêques. Saint Germain succédait à saint Amateur, dans le gouvernement de Téglise d'Auxerre. Saint Lupus (saint Loup), son ami, illustrait l'église de Troyes, par ses vertus, son éloquence et ses miracles. Saint Hilaire, condisciple de ces deux grands hommes, s'arrachait à la solitude du monastère de Lérins, pour monter sur le siège métropolitain d'Arles.

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