‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 163 sur 190 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Saint Ëucher, à Lyon, rappelait les vertus, la piété et la science de saint Irénée. Saint Orient, éyéque d'Auch, alliait aux plus éminentes vertus les talents d'une littérature douce et facile. Ce n'étaient pas là les seules lumières qu'on vit briller dans les Gaules : à la même époque, saint Prosper écrivait sa Chronique et son Poème contre les ennemis de la Grâce. Salvien, surnomjni le Jérémie du cinquième siècle, composait son ouvrage de la Providence et son Traité de l'Église; et saint Vincent deLérins se préparait à publier son admirable Jf^Vnorûi/. Cette exubérance de sainteté et de foi^ qui débordait dans les Eglises des Gaules, rejaillissait sur la Grande-Bretagne, alors infectée de l'hérésie pélagienne. Saint Germain d'Auxerre et saint Lupus de Troyes se rendirent (429) dans cette île, et, par leurs prédications, leurs miracles et la sainteté de leur vie, rétablirent la foi dans sa pureté primitive. Ce fut dans ce voyage que les deux saints, passant par Nanterre, consacrèrent à Dieu sainte Geneviève, dont le nom et la mémoire étaient destinés à un si grand retentissement. Le pape saint Célestin venait d'ordonner saintPatrice, en qualitéd'évéque d'Irlande. Patrice devint l'apôtre de cette contrée, jusque-là idolâtre. Les païens se convertissaient en foule à sa voix. Il fonda le monastère de Sabal, près de la ville de Doun, et y mit pour abbé saint Dunnius, son disciple. Il érigea la ville d'Armach en siège métropolitain. Le premier, il introduisit la littérature, parmi ce peuple à demi sauvage, qui n'avait d'autres monuments écrits que les chants improvisés de ses bardes (434).

44. L'Orient, cette patrie commune des grands hérésiarques des quatrième et cinquième siècles, voyait, en ce moment, assis sur le siège de Constantinople, un évéque qui devait attacher son nom à une nouvelle erreur contre la foi catholique. C'était Nestorius, promu à l'épiscopat, en 427. Esprit orgueilleux, superficiel et visant à la profondeur, ampoulé plus qu'éloquent, Nestorius divisait Jésus- Christ en deux personnes : l'une, la personne de l'homme, Jésus- Christ ; l'autre, la personne de Dieu, le Verbe. D'où il suivaitque Jésus- Christ n'était pas Dieu, mais un homme uni à Dieu d'une manière plus spéciale et plus intime qu'aucun autre. Ainsi, par une conséquence logique, la sainte Vierge n'était pas la mère de Dieu, mais seulement la mère d'un homme, appelé le Christ, auquel le Verbe

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s'était uni. Cette doctrine déIrniMit ainsi le m jvièie de Tlfieaniiiîon, ia divinilé de Jésttfi-Chmt et te maternité divine de Marie. L'héréiie éclata, pour la première fois, dans an sermon prononcé le jour de Noël (4SI8), où Nestoritts dit : t qu'appeler la Vierge, mère de Dm, « 9wvhaH, ce serait justifier la folie des païens, qui donnentdes mères « à leurs dieux. » L'opinion catholique s'émut, à GonstwtîBopk, de ces affreux blasphèmes. Le patriarefae n'en tint ^ compte : il encourageait les prédicateurs à les reproduire. Dorothée, évéque de Marcianopoiis , qui avait adopté ses 'erreurs, prêchant un jour à Sainte-Sophie, en présence de Nestorius, poussa l'impiété jusqu'à s'écrier : « Si quelqu'un dit que Marie est mère de Dieu, qu'il soit € anathème ! » A cette parole, le peuple poussa un cri d'indigoation et s'enfuit de l'église. Tout l'Orient s'émut, au bruit de ce scandale. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, en l'apprenant, écrivit une lettre aux solitaires, qu'on peut regarder comme un traité complet contre le Nestorianisme. L'aflaire fut portée au jugement du pape saint Célestin, et par saint Cyrille, et par Nestorius lui-même. Le souverain Pontife, alarmé des progrès de cette doctrine impie, chargea Cassien de composer un ouvrage, pour la combattre. Ce fut l'origioe du Traité de V Incarnation^ où la foi catholique est nobleiBeat réhabilitée. Nestorius n'en continua pas moins à répandre sonarreur: la cour de Constantinople l'appuyait de son crédit et de sa faveur. Saint Cyrille d'Alexandrie, digne snececeeur du . grand Atbanase, redoubla d'ardeur et de zèle pour défendre la vérité. Il écrii it ii l'empereur Théodose et à ses sœurs, des lettres éloquentes où il eK[)06e te doctrine de l'Église sur rincarnatioo« et Tappuie Mir l'Écriture et la tfadition. Dans le même temps, il envoyait au Pape un résumé général de l'état de te controverse. Saint Célestin convoqua immédiatement à Rome un concile, où l'on prononça l'anatbème contre Nestorius. Le Pape notifia cette décision à saint Cyrille, et le chargea d'excommunier l'hérésiarque, s'il refusait de se soumetire. Ses paroles sont remarquables : « Par l'autorité de notre Siège, dit- « il, et agissant, à notre place, avec te puissance qui nous a été « donnée, vous exécuterez te sentence avec une séwéraéeKampteire.» Pour s'acqiittter de cette mission, saint Cyrille réunit, en concite, les évéques d'Egypte, et fit rédiger douze analhèmes contre chaque paiol

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des erreurs de Nesioriitt. Il les envoya à lliéràsiarque, en lui en-joigfiaal, aux ternies de la lettre de saiDt Célestiii, d'avoir à les souscrire (430). Nestorius s'y refusa, et proposa de remplacer le mot de imiMf (mère de Dieu), par celui dexptwnri^i{wèrt du Christ). La discussion s'envenimait de plus en plus. André de Sanio«ate et Théodoretde Cyr écrivirent un opuscule contre les douze anathèmes de saint Cyrille, que Marins Mercator soutenait, dans un livre pleii de verve et d'érudition. De son cdté, saint Cyrille publiait successif vement une Réponse à André de Samosate, son Apologie contre Théodoret et une Béfutation des sermons de Nestorius. Par une manœuvre commune aux hérétiques de tous les temps, Nestorius en appelait, du Pape, k un concile oecuménique. Théodose-le-Jeune, qui le soutenait, voulut lui donner cette satisfaction. Le troisième concile générai fat donc convoqué à Éphèse, pour le mois de juin 434 . Saint Cyrille le présida, en qualité de légat du Pape. L'ouverture en fut «)]ennelle. Les évéques, réunis, au nombre de deux cents, dans la grande église d'Épbèse, placèrent au milieu d'eux, sur un trône d'or, le livre des Évangiles, pour représenter l'assistance de Jésus-Christ, qui a promis de se trouver au milieu des pasteurs assemblés en son nom. Nestorius s'était rendu à Éphèse, avec une escorte de soldats; mais il refusa constamment de paraître au concile. Les Pères lui ' firent adresser par trois fois la sommation de venir à leurs séances. Leurs envoyés furent toujours repoussés par le« s<ddats, qui entouraient la maison où Thérésiai'que se tenait renfermé. Le concile se vit donc forcé de procéder, en l'absence du patriarche de Constantinople, à l'examen de ses écrits. Dès que la lecture en eut été faite, on s'écria d'une voix unanime : « Anathème à ces erreurs impies! Anathème à € quiconque soutient cette doctrine! elle est contraire aux sûntes « Écritures et à la tradition des Pères! > On lut ensuite la lettre du pape saint Célestin, qui fut insérée en entierdans les actes. Enfla, la sentence solennelle fut rendue en ces t^mes : « Nestorius ayant re-

< fusé d'obéir à notre citation et de neoevoir les évéques que nous f lui avions envoyés, nous avons été obligés d'entrer dans l'examen

< de ses impiétés. Il a âlé convaincu, par ses lettres, ses écrits, ses « discours, de soutenir et d'enseigner des doctrines scandaleuses et « béréljques. Contraints donc par les saints canons et par Ja lettre

5i4 HISTOIRE C^NÉRALE DE L'ÉGLISE.

« de notresaint Père Célestin, évéque de Rome, nous en sommes ve- « nus, en versant des larmes de douleur, à la cruelle nécessité de « prononcer contre lui ce jugement : Notre-Seigneur Jésus-Christ, « qu'il a blasphémé, a défini, par ce très-saint concile, qu'il est privé « de toute dignité épiscopale et retranché de toute assemblée ecclé- « siastique. » Cette sentence. Tune des plus solennelles qui aien^été prononcées dans FÉglise , fournit à Bossuet l'occasion de faire observer que les Pères reconnaissent, dans la lettre du Pape, la force d^tme sentence juridique, à laquelle ils se croient obligés d« souscrire. Le peuple d'Éphèse était demeuré tout le jour à la port^ de l'église, pour attendre l'énoncé du jugement. Quand il fut connu, des transports de joie éclatèrent avec enthousiasme dans la multitude. Les évêques rentrèrent dans leurs demeures, escortés par des flambeaux, couverts de fleurs, portés en triomphe; la ville fut illuminée, et l'on brûlait des parfums devant les images de Marie. C^était, en effet, par ce qu'elle contenait d'injurieux contre l'honneur de h sainte Vierge que la doctrine de Nestorius avait surtout soulevé Tindignation populaire. Saint Cyrille, dans un sermon prononcé depuis, dans la seconde session du concile, exprime ce sentiment, avac un rare bonheur d'éloquence et de foi : « Nous vous saluons, s'écrie-t-il, « ô Mère de Dieu 1 ô Marie! trésor auguste de l'univers, lampe ton- € jours ardente, lumière de l'Égliee, couronne de la virginité, sceptre « de l'orthodoxie, temple indissoluble. Mère et Vierge, par qui est « béni, dans les saints Évangiles, celui qui vient au nom du Seigneur! « Nous vous saluons, ô vous qui, dans votre sein virginal, avez ren- « fermé celui qui est immense, incompréhensible! vous par qui la « sainte Trinité est glorifiée et adorée, la Croix célébrée et adorée « dans tout l'univers; vous, par qui le ciel triomphe, les anges et les « archanges se réjouissent, les démons sont mis en fuite; vous, par « qui la créature déchue est élevée au ciel; vous, par qui la création « entière, asservie aux idoles, parvient à la connaissance de la vérité; € vous, par qui le saint baptême et l'onction de l'allégresse sont ac- « cordés aux fidèles; vous, par qui les Églises ont été fondées dans « tout l'univers, et par qui les nations sont amenées à la pénitence « En un mot, vous, par qui le Fils unique de Dieu s'est levé à TO- < rient, comme lalumière de ceux qui étaient assis dans les ténèbres

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