CHAPITRE V
€ et à l* ombre de la mort; vous, par qui les prophètes ont prédit, et « les apôtres annoncé le salut aux nations; vous, par qui les morts « ressuscitent, et par qui les rois régnent au nom de la Trinité saintel » Ces acclamations du saint patriarche d'Alexandrie, répétées par tous les échos populaires, étouffèrent les voix discordantes de quelques évéques, réunisen un conciliabule pour soutenir Terreur de Nestorius. La vérité se fit jour, et arriva jusqu'à Théodose lui-même, malgré les elTorts du comte Gandidien, maître de la milice, et dévoué à la cause des hérétiques. Les prélats avaient tout d'abord écrit à l'empereur, pour l'informer de leur décision; mais le comte Gandidien intercepta leurs lettres, et, de concert avec Nestorius, il prévint Théodose contre eux par une fausse relation. Les lettres et les députés du concile ne pouvaient parvenir à l'empereur. On gardait les vaisseaux et les chemins; on leur fermait toutes les entrées, et la vérité aurait succombé, si Dieu ne lui avait donné la force de vaincre tous les obstacles, et de surmonter toutes les cabales formées contre elle. Un député, déguisé en mendiant, porta la véritable relation, enfermée dans le creux d'une canne, et pénétra dans le palais. Lorsque l'empereur eut été mieux instruit de ce qui s'était passé à Éphèse, il relégua Nestorius dans un monastère d'Antioche; et comme cet hér^ siarque continuait k y prêcher ses erreurs, il fut exilé à Tasis, en Egypte, où, quelques années après, il mourut misérablement. Maximien lui fut donné pour successeur sur le siège de Gonstantinople. Sa promotion fut approuvée par le Pape, qui en écrivit une lettre de félicitations aux évéques d'Orient.
Cette lettre, et celle que saint Gélestin écrivait dans le même temps aux évéques des Gaules, pour venger la doctrine de saint Augustin des calomnies que les Semi-Pélagiens répandaient contre elle dans cette contrée, furent les derniers actes de son pontificat. Il mourut le 6 avril 432. La tradition lui attribue la prière ajoutée à la Salutation angélique de Y Ave, Maria : € Sancta Maria, Mater Dei, ora pro « nabis, » etc., qu'il composa quand le décret définitif du concile d'Éphèse eut été porté à Rome.
SM HISTOIRE GÉFfiRALB M L*iGLISE.
S S. r«Bllfl««t 4e aatel SU(c III. (S6 aMiI 432-38 mars 439.;
45. Sainl Sixte III, prêtre de TEglûe romaine, s*éUit fait depuis loogteinps remarquer pour l'ardeur et la pureté de sa foi. Saint Augustin lui avait adressé une lettre célèbre, sur le dogme de la grâce. Il fut élu Pape, d'un consentement unanime, le 26 avril 432. Le premier soin du nouveau Pontife fut d'écrire aux évèques d'Orient, pMr confirmer, par son autorité apostiriique^ tout ce qui s'était lût au concile d'Éphèse. Jean, patriarche d'Antioche, avait, jusque^, persisté à tenir le parti de Neslorius, et à rejeter la comBunion de saint Cyrille. Par les soins du Pape et l'entremise du vénitable Paul, évèque d'Émèse, ce schisme s'éteignit enin. Jean d'AnUocbe anathématisa Nestorius et ses adhérents (433). Il fol imité dans sa soumission par Théodoretde Cyr, qui condamna également b doctrine de l'hérésiarque, mais en réservaint son jugement sw sa personne. Le Pape écrivit aux deux patriarches d'AutiocheeC d'Alexandrie, et leur témoigna, avec une effosion toute paternelle, la joîe qu'il éprouvait de cette pacification. L'hérésie de Nestorius, ^uffée avec tant de vigueur, dès son origine, cessa désormais d'étendre ses ravages ; mais elle subsista k l'étai de secte, et CMMpte encore, en ce moment, des adhérents, dans quelques jKirties tle roiient.
16. L'Occident n'avait point été troublé par cette controverse. Ses docteurs continuaient à mettre au service de l'Église les inspirations delà foi, de l'éloquence et de la poésie. Pendant que saint Vincent de Lérins, cet illustre frère de Lupus de Troyes, écrivait son Atertiêsement cœitre les hérétiquts (434), Prudence, poète chrétien de Saragosse, achevait saintement sa carrière, laissant, comme monuments de sa foi, les plus gracieuses productions. Son Hvre intitnlé dts CourawneSy où il sème des fleurs de poésie sur la tombe des principaux martyrs, est une œuvre pleine de verve et d'éli^gance. Nous avons encore de lui un livre : de la DîHniié, où il réfute les erreurs païennes et judaïques; de VOrigine du péché, où il combat les Marcionitcs ; du Combat de l'Esprit^ où il décril
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la imte iùù6Mmàe mitt les vices et les vertus ; deux Traités contre Sifmmaque, o* il réfute sm discours au Sénat de Rome pour le rétaMisMueiit de l'autel de la Victoire; une Journée chrétienne, recueil d'hymnes et de prières poétiques pour toutes les heures du jour; un Manuel, résumé en vers de tout TAnci^ et le Nouveau Testament. — A la même époque, le prêtre Sédulius écrivait sMi Poème poêealy et celui de la Vie de Jésus-Christ^ dMt TÉglise a tiré les hymnes qu'elle chante, aux fêtes de Noël et de l'Epiphanie. — Les ouvrages, mal interprétés, de saint Augustin, avaient donné lieu, dans la première moitié du cinquième siècle, à Terreur des Frédestinatiens. Elle consistait à dire que Dieu ne veut sincèrement sauver que les prédestinés, et que Jésus-Christestmort pour eux seuls. Les grâces efficaces qui leur sont accordées les fliettent dans la nécessité de faire le bien et d'y persévérer, puisque jamais l'homme ne résiste à la grâce intérieure. Les réprouvés sont, par une raison parallèle, dans l'impuissance de faire le bien, parce qu'ils sont ou déterminés positivement au mal par la volonté de Dieu, ou privés des grftces nécessaires pour s'en abstenir. Ce système de fatalisme, destructeur de la liberté humaine, se verra reproduit, au neuvième siècle, par le moine Gotescak; au douzième, par les Albigeois;. au quatorzième et quinzième, par les Wiclefistes et les Hussites ; au seizième, par Luther et Calvin ; au dix-septième, par Jaoséntus. Les Frédestinatiens, à leur première i4>parition dans le monde, furent réfutés par saint Gennade, prêtre de Marseille; par Amobe le Jeune, dans ses Commentaires swr les Psaumes, et dans le livre anonyme qu'on lui attribue, intitulé : Prmdestinatw ; par saint Prosper, dans sa Chronique abrégée de l'Histoire ecclésiastique^ et surtout par l'auteur inconnu de l'ouvrage célèbre : Vocation de tous les peuples, que certains critiques attribuent à saint Prosper. — Pendant qu'en Occident les doctes disputaient sur la grâce, l'Orient, agité par le Nestorianisme, contemplait les prodiges de la grftce, dans le ccenr des petits et des humbles. Sainte Marie rÉgyptienne expiait les désordres de sa jeunesse, par quarante-sept ans de pénitence au désert; saint Maron passait sa vie, sous une tente, à coihtraipler les mystères de la religion ; saint Jacques le Syrien, son lUsdple» vivait exposé aux injures de Tair : Wulé, l'été, par les ar«
deurs du soleil; enseveli, pendant Thiver, sons one couche de nrige; il portait de pesantes chaînes de fer, et ne mangeait que des légumes crus. Saint Baradat demeura plusieurs années, captif volontaire du Seigneur, enfermé dans une espèce de cage de bois, si basse et si mal jointe, qu'il y était tout courbé, et exposé à la pluie et au soleil.
47. Constantinople était purgée du Nestorianisme. Maximien était mort en odeur de sainteté, et avait eu Proclus pour successeur. Les Nestoriens avaient vainement essayé, après leur condamnation par le concile d'Éphèse, de réhabiliter leurs erreurs, en les rattachant aux écrits de quelques auteurs anciens, et notamment de Théodore de Mopsueste. Mais cette nouvelle tentative ne leur réussit pas mieux que les autres. Théodore de Mopsueste, mort quelques années auparavant , avait laissé échapper de sa plume certaines inexactitudes, en voulant expliquer la doctrine catholique sur la séparation des deux natures en Jésus-Christ. Comme son attachement à la foi orthodoxe n'en avait pas été profondément ébranlé, et qu'il était mort dans la communion de l'Église, l'essai de résurrection delà doctrine nestorienne, appuyé sur ses ouvrages, échoua complètement. Une solennité, réclamée par le vœu populaire, acheva de réunir, dans les sentiments d'une foi commune, l'Église de Constantinople: ce fut la translation des reliques de saint Jean Chrysostôme, que l'empereur Théodose, à la demande de Proclus, ût rapporter de Comane, oA il était mort. La même pompe qui eût accueilli vivant l'éloquent patriarche, fut déployée pour recevoir ses restes. Ils furent déposés dans l'église des Apôtres, le 27 janvier 438, jour où l'Église latine célèbre la fête du saint. L'empereur Théodose baisa avec respect la châsse qui les contenait, demandant au saint, pour son père et sa mère, le pardon d'une sentence inique. Ce prince, faible comme tous ceux qui se succédaient sur le trône, à cette époque de décadence, parait avoir eu, par certains cotés, des qualités solides. Il publiait, cette même année (438), le Code Théodosien, recueil méthodique, en seize livres, des lois et ordonnances impériales, concernant l'administration civile, militaire et ecclésiastique, depuis Constantin. Une telle œuvre fut un bienfait public. Depuis que la législation s'était faite chrétienne avec les empereurs, une
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foule de lois, rendues sous Tinfluencedu paganisme, et qui n'avaient point été révoquées, formaient un assemblage incohérent et contradictoire de décrets différents d'esprit et d'origine. Le Code ThéodosieHy rédigé sous l'influence des idées chrétiennes, ramenait la législation à l'unité qui fait sa force, consacrait les principes fondamentaux de toute société, en proclamant la sainteté et l'indissolubilité du mariage, en protégeant l'innocence de l'enfant, l'honneur de la femme, et en réhabilitant, en quelque sorte, la dignité humaine. Fait pour l'Orient, ce code n'y subsista que quatre-vingt-dix ans. Justinien l'abrogea pour en établir un nouveau; mais, en Occident, il survécut à la chute de l'empire, et forma la base du droit public moderne. —C'était surtout l'Occident que les Barbares dévastaient, par leurs invasions continuelles. L'Afrique, au pouvoir de Genséric, voyait, le 49 octobre 439, disparaître pour jamais Carthagedu rang des cités. Les Vandales en avaient pillé les richesses et banni les principaux habitants. L'Bapagne, la Gaule étaient envahies par les Suèves, lesGoths, les Alains, les Bourguignons, les Francs. Maisunt ennemi plus redoutable arrivait du fond delaTartarie, précédé par la terreur et suivi par la dévastation: c'était Attila, avec ses hordes de Huns. Après avoir mis à feu et à sang l'Illyrie, la Pannonie, la Thrace, et poussé son armée jusque sous les murs de Constantinopie, il se rejeta brusquement sur les provinces occidentales (439). Saint Sixte III ne vit pas la fin de cette formidable invasion : il mourait, au mois d'août 440, après avoir occupé le saint Siège pendant huit ans. Les derniers travaux de son pontificat avaient encore eu pour butlematntien delà juridiction ecclésiastique, contre les tendances usurpatrices du patriarche deConstantinople.il écrivait (437) à Proclus une lettre, où il lui recommandait de ne pas empiéter sur les droits du métropolitain de Thessalonique, et de n'admettre aucun évéque d'Illyrie à la communion ecclésiastique, sans une lettre formée du siège de Thessalonique. Il mandait la même chose àPérigène de Corinthe, et lui rappelait qu'il dépendait aussi de la même métropole. L'unité de gouvernement se conservait ainsi dans l'Église, sous la surveillance toujours active des Pontifes romains. Leur intervention ne s'exerçait que pour garantir les droits de tous, réprimer les usurpations, éteindre les schismes, étouffer les erreurs 1. 34