‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 167 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

régner entre les Pères du concile de Chalcédoine et les légats du Pape. L'étemelle prétention des patriarches de Constantinople était d'élever leur siège au second rang, dans TÉglise, et de lui attribuer la primauté après celui de Rome. Anatolius crut le moment favorable pour Fentreprendre : les services qu'il avait rendus à la cause catholique, le zèle dont il avait fait preuve contre Thérésie d*Butychès, les lettres de communion qu*U avait reçues récemment du souverain Pontife, lui faisaient espérer que sa requête serait bien accueillie. Le vingt-huitième canon du concile de Chalcédoine fut don<) rédigé dans ce sens. Mais les légats protestèrent hautem^t coatre cette innovation : « Le bienheureux et apostolique Pape, dirent-ils, « nous a donné, entre autres instructions, celle-ci : Si quelques c évêques, trop confiants en la splendeur de leurs villes, veulent « s'arroger quelque prérogative que ce puisse être, résistez-leur, « avec la fermeté convenable. » Les légats appuyèrent ces belles paroles, par la lecture du sixièflde canon de Nicée, où, comme nous l'avons vu, cette question avait déjà été résolue. Cette discussion, laissée ainsi suspendue, ne retarda point la clôture du concile. Les évêques se séparèrent (novembre 4&4), emportant l'espoir d'avoir assuré, par leur concert et leurs pieux efforts, de longues années de paix à l'Église. Ils avaient adressé les actes du concile et une lettre synodale au souverain Pontife. Ils lui demandaient spécialement de « confirmer, par son autorité apostolique, » le privilège qu'ils ont cru devoir accorder au siège de Constantinople. Anat(riius, dans des lettres particulières, lui faisait la même prière. Saint Léon tint ferme contre cette prétention. Sa réponse à Anatolius, ses lettres à l'empereur Marcien et à l'impératrice Pulchérie (452), sont celles du Pontife le plus attentif à sauvegarder les règles de la hiérarchie canonique, au risque de déplaire aux puissances du siècle. Le refus que faisait le Pape d'approuver le vingt-huitième canon, relatif à la prééminence du siège de Constantinople sur les patriarcats apostoliques, fit dire aux partisans d'Ëutychès que saint Léon ne recevait point les actes du concile de Chalcédoine. Le souverain Pontife fut donc contraint de renouveler, dans des lettres rendues publiques, ce qu'il avait déjà déclaré, dans celles qu'il adressait à l'empereur et à Anatolius. Il confirmait tout ce qui avait été réglé sur la question

âdgiiatl^e) mai» il protestait contre l'etireprlâe ëmbitteuae in patriarche de Ckmstantinople.

d. Pendaat que ce grand ¥wfe rameûait, en Orient^ rimité de h foi et la pftix des Églises, il arrétaitt en Occident, au milieu de sa marche tricrnipbale à travers les ruines du monde romain, le faroucfae roi des Huns. Attila, leirtus redoutable /aiic/temr d'hommeê qui eut encore paru à la t6te des nations baibares, semblait né pour Teffroi de Tunivers. Sorti des forêts de laTartarie^ il s'attachait à sa destinée }a fie sais quelle terreur, et le vulgaire se faisait de lui une opinion Mimldàble. Sa démarche était superbe; sa puis^knce apparaissait dans les mouvements de son corps et dans le roulement de ses r^ ^fds. Sa courte stature, sa large poitrinei sa tête plus large encore, Éâ barbe rare, son teint basané, annonçaient son origine. Sa capitale était un camp, dans les pâturages du Danube. Les rois qu'il arait soumisveillalent, tour à tour, à laporte de sa tente. Couvniiit sa table de plats de bois et de mets grossiers, ilMssaitle» vases d'or et â*argeD( anx mains de ses soldats. Assissur une escabelle, leTartarereceviîtles ambassadeurs de Valentidien III et de Théodo^e^Jeune, dont ji trompait laGréduUté,d'unemaniëre qui eût faithonneur au plus habile courtisan de Gonstantinople ou de Home. Il disaft de lui-même, avec une énergie sauvage : « L*étoiIe tombe, la terre tremble ; je suis le « marteau de Tunivers. L'herbe ne croît plus» partout oà le elufval « d'Attila a passé. » Il se faisait dwner le titre officiel de Fléau de Dieu. Les deux empereurs de Ravenne et de Gonstantinople avaient em arrêter ce barbare à leurs portes, en lui donnant le titre de Oénérul de t empire, et en lui payant un tribut, qu'ils regarihliesl comme sesappointements. LeHun disait^ à ce propos : « Les genéraui « des empereurs sont des valets $ les valets d'AtttIa scmt des einpe- « renrs. )» Un jour, il envoya deux Goths^ l'unà ThéMesiS, Tautr^ ti Yalentinien lil, porter cé message : « Attila, mon oiattrê et le « vêtre, vous ordonne de lui préparer un palais. » C'était le signal de Dni^ion ^ Traînant k sa suite une Inente de piteces tribntaffts^ cif^q cetïî mille Barbares, il franchit le Rhin, et pénétra dans les OaulefS (464). C'était précisément l'époque où le quatrième concile

* M. de CbatcaOSrUMO, Étuûêê hiêiUfiqué»,

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eeeuméniqua devait se réunir a Nicée, dans Tlllyrie : la terreur des armes d*Allila le fit transférer à Chalcédoine. Tongres, Reims, Arras, Cambrai, Besançon, Langres, Auxerre, furent livrées au pillage et à toutes les violences d'une soldatesque sans frein. Metz, qu'une plus longue résistance vouait à une punition plus effroyable encore, vit égorger la plus grande partie de ses habitants. Les Barbares «oi^ menèrent les autres prisonniers avec Tévêque, et mirent le feu ii la ville, qui fut réduite en cendres. Troyes était menacée du même sort. Lupus, son saint évoque, ne cessait de solliciter la miséricorde de Dieu, par ses prières, ses larmes, ses jeûnes et ses bonnes œuvres. Bnfla, rempli d'une confiance surnaturelle, il revêt ses habits ponti- Beaux, marche à la rencontre d'Attila, et lui demande : « Qui êtes- « vous, pour vaincre tant de rois et de peuples, rainer tant de cité^ « et sidquguer l'univers? » Attila répondit : « Je Muiê le roi deê € Hwnsy ie Fléau de Diéu* -^ Si vous êtes le fléau de mon Dieu, ré- € pUqua l'évêque, souvenez«!<vous de ne faire que ce que voua permet € la main qui vous meut et vous gouvenie« » Attila, étonné dé la flirté de ce langafe et de la majesté du saiflt pontife, promit d'épar^^ gMr la ville, et la traversa, sans y faire de maL —A Paris, l'alarme fiit si grande^ q^e les habitants songeaient à se retirer, avec leurs femmes et leurs enfants, dans de^ places mieux fortifiées. Sainte Geneviève, cette humble vierge de Nanterre, que saint Oermain et saint Lupus avai^t consacrée à Dieu, se fit la patitmne et la mère de ladté. BUe raffermit tràs les courages, pourvut à tous les besoins, assura des subsistances à la multitude épouvantée, et promit, au nom en del, qu'Attila n'approeherait point des murs de Paris. En effet, \k roi des Huns, changeant tout à coup de direction, vint s*abattre, avec ses hordes innombrables, sur la ville d'Orléans. Cette cité, destinée aux plus miraculeuses délivrances, avait alors pour évéque saint Aignan. Elle lui dut son salut. Il avait eu le temps d'aller à Arles solliciter du secours près d'Aétius, général des Romains. Au moment où Orléais, preseée par la famine, allait ouvrir ses porter aux Barbares, Tarmée combinée d*Aétios et de Théodoric, roi des Viftigoths, parut en vue de ses murs. Attila, frémissant de rage, leva le si^, et alla chercher, dans les plaines de Châlons, un champ (ie l)ataiBeo(i il pât déployer ses fiMrces, etoffrir leeombafàseï adversaires.

544 HISTOIRE CÉNtRALE DE L'ÉGLISR.

Aétius et Théodoric comptaient dans leurs rangs nn prince des Francs, Mérovée, qai commandait un corps de sa nation* Les deux armées, campées en présence i*une de l'autre, réunissaient à peu près nn million de combattants. La bataille s'engagea ; ce fui Tune des plus effroyables, dont l'histoire ait conservé te souTenir. Trois cent mille hommes restèrent sur la place : un ruisseau, qui traversait la plaine, devint un torrent ensanglanté. Théodoric y perdit la vie, mais il avait, par sa valeur, assuré la victoire à ses alliés. Attila, complètement défait, s'enfuit dans son camp, et repassa le Rhin. — L'année suivante (452), il reparut, plus terrible que jamais , sur les frontières d'Italie , après avoir mis la Pannooie et le Norique & feu et à sang. Yalentinien lU quitta brusquement Ravenne, et courut s'enfermer dans Rome. Attila assiège et ruine Aquilée, Padoue, Vicence, Vérone, Brescia etBergame, piUe Milan et Pavie. A travers les débris fumants de tant de cités, il arrive près de Mantoue, sur les bords du Mincie: les populations épouvantées fuyaient & son approche, et allaient chercher, au milieu des marais oii fut depuis Venise, un asile contre ces barbares vainqueurs. On put croire que la dernière heure de l'empire romain était venue; saint Léon le sauva. Il se présenta, comme l'envoyé du ciel et comme un ambassadeur de paix, devant Attila. Ces deux souverainetés de la parole et du glaive se mesurèrent en face, et l'épée sUnclina devant la majesté de l'Évangile. Attila, saisi de respect à la vue de ce grand Pontife, dont la réputation avait pénétré jusqu'au fond de la Tartane, écouta favorablement ses propositions; il quitta Tltaiie et se retira au delà du Danube, où la mort l'enleva subitement au milieo de ses rêves de destruction (453). Au retour de son ambassade, le Pape rentra à Rome en triomphe, et le peuple, dans son enthousiasme, lui décerna le titre de Grand.

6. L'auréole du génie, qui brillait en la personne du saint Pontife, rehaussait merveilleusement l'éclat et la majesté du Siège apostolique. Ses lettres étaient reçues dans toutes les Églises de Tunivers, avec les témoignages du respect le plus profond et d'une soumission filiale. Les évéques des Gaules lui mandaient qu'elles excitaient parmi eux une admiration universelle. « Il est juste, ajou- « taient-ils«que la primauté du Siège de saint Pierre soit établie, là

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