CHAPITRE
« OÙ se continue la tradition des oracles de l'esprit apostolique, p Hs se réunissaient en concile, pour recevoir la condamnation d'Eutychès, et remerciaient le saint Pontife de la sollicitude avec laquelle il les prémunissait, contre des erreurs qui n'étaient point encore arrivées jusqu'à eux. — Les Eglises d'Orient ne présentaient point alors l'union et le calme de celles d'Occident. A Alexandrie, la déposition de Dioscore, par les Pères de Ghalcédoine, fut l'occasion de troubles graves. Le peuple d'Alexandrie se divisa, entre Protérius, nouvellement élu, et Dioscore exilé. Les partisans de Dioscore insultèrent les magistrats, et poursuivirent, àcoups de pierres, les soldats qui voulaient apaiser la sédition. Ceux-ci, s'étant réfugiés dans le temple de Sérapis, y furent assiégés par la multitude soulevée. Comme leur résistance irritait davantage cette foule furieuse, on mit le feu au temple, et ils furent brûlés vifs. L'empereur Marcien prit des mesures sévères pour réprimer ces violences. Cependant Protérius, le nouveau patriarche, écrivait au pape saint Léon, pour obtenir, de l'autorité du Siège apostolique, la confirmation de son élection. Après qu'il se fut assuré de la pureté de sa foi, saint Léon envoya à Protérius des lettres de communion (454). Dans le mène temps, la Palestine se trouvait en proie à une faction d'Eutychiens, qui refusaient de se soumettre au concile de Chalcédoine. Un évéque intrus, nommé Théodose, s'était emparé du siège patriarcal de Jérusalem, et s'y maintenait, par les intrigues de quelques moines attachés à l'Ëutychianisme, et surtout par le crédit de l'impératrice Eudoxie, veuve de Théodose II, qui habitait alors la Palestine.Saint Léon écrivit à cette princesse, pour la détacher de l'hérésie, une lettre admirable, qu'on peut regarder comme un exposé complet du dogmedel'Incarnation. La controverse entre les deux partis avait pris la forme d'une logomachie de grammairiens, et roulait sur la différence de la particule dt avec la particule en. Les schismatiques disaient que Jésus-Christ, Dieu et homme, est de deux natures ; les catholiques disaient que le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, non-seulement est de deux natures, mais encore m deux natures. Pour bien saisir l'importance de cette dernière parole, il faut savoir qu'Eutychës et Dioscore, en disant que le Christ est de deux natures, sous-entendaient: avamt l'Incarnation; et prétendaient qu'elles I. 35
546 HISTOIRE OÉlfé^HR DK L*éGU^R.
avaieni été ensuite confondues en une seule» dans la personne de rhotnma^Dieu. Voilb pourquoi le^ oathoDques insistai^t t^ement sur Texpression : endwig natures. Le Pape écrivait aussi aux mon nés, auteurs de ces divistons, des lettres pleines d'une brûlante éloquence : c Que n'eussent p<Hnt produit parmi voua, leur disait-U, « les persécutions sanglantes, les ongles de ter, les tortures et les « bourreaux, si, pour vous enlever Tintégrité de votre foi, il a suffi « des vains artifices de misérables hérétiques I Vous croyez agir « pour la vérité, et c'est contre la vérité que vous osez combattre ! « Vous vous armez au nom de l'Église, et c'est l'Église dont fous « déchirez le sein ! Est-ce là ce que vous avez appris des Prophètes, « des âvangélistes et des ApdtresT » Ces exhortations, jointes à la vigilante activité de l'empereur Marcien, portèrent leur fruit. Théodose, révêque intrus, fut chassé de son siège usurpé, et Juvénal, le IMitriarcfae légitime, rentra dans le libre exarciee de son autûrité(454). Aucune des questions, qui s'agitaient, entre les différentes Églises d'Orient, ne restait étrangère h la soUicitude de LéQn-le4]frrand. Quand la nouvelle du r^bliseement de Juvénal sur le siège de Jérusalem lui parvint, il se hâta d'écrire au patriarebe d'Antiocbe, peur l'exhorter à maintenir sans altération ses droits de métropolîtain, que les évèques de Jérusalem cherchaient i lui disputer. « L'ambition de personne ne diminuera jamais, lui disait-il, lespri- « vUéges de l'Église d'Antiocbe ; car j'ai un tel respect pour les oh « nous de Nioée, que je ne permettrai jamais qu'on les viole par au- < cuae innovation. » Pour affermir davantage Tunité du gouverne^ ment, il donnait alors à Théodoret, évêque de Cyr, le titre et lee fonctions de son légat dans les provinces de l'Euphrate et de TArménie. -- Julien de Cos avait la même dignité à Constantinqiile ; il informa saint Léon de la conduite suspecte que tenait AnatoUus, patriarche de cette ville, à l'égard des restes du parti, eulyeUen qui n*avaîenl point cessé leurs cabales. Aétius, archidiacre catholiq[ue, avait été injustement dépouillé de sa charge, qu'on avait donnée h un Etttjchien. Le Pape insista auprès du patriarche, pour qu'AéHua au rétabli dans sa dignité. L'empereur Marcien intervînt dans le même sens, et Anatolius se soumit. Il conservait toujours la ptvtentien d'user des privilèges que le canon subrqitice du coneîie de
OHAFiras VI. 547
CiialcédoîM lili eoirfénit. Le Pape lui eu fit de sévèreê reproehea. Le pfttFkirdie, MHS iRftister davaDtage, répandit en recQDpaisaaalla néeMftité de la sanction pontificale dans cette affaire. « Quant à œ qui a 4 été décidé, en faveur du »ége de Constaptinople, écrivait-il a«i < Pape, soyez sûr que j*y suie complètement étranger. D'aiUeuFSf « la eeftflrmatian de tout ce qui s'est fait a été réservée à Tautorité « de Votre Béatitude. » Ces préoccupations extérieures ne suffisaient fMk absorber Factivilé infatigable de saint L^n: il s'appliquait à régler t dès lors, la célébration de la Pàque. Par ses ordres, Victorius d'Aquitaine travi^llait à la rédaction d'un canon pascal plus étendu, plus eiaet et plus scientifique que tous ceux qui l'avaient préeédé. Le docte Gaulois leprMait, dans cet ouvrage, toute la suite des lupaiscHis et des jours, depuis le commencement du monde, en suivant la obreqologie d'Sus^be. Il poursuit son travail jusqu'à l'an 5ft^ de l'Incarnation. Le Cycle de Victorius, publié en 4â7, devint dès lors la règle de l'Église latine, et servit dans la suite de base à tonales ^vaux analogues.
7. Les événement politiques se succédaient, en Occident, avec Hoe gravité eifrayante. ValentiniMi I}I, livré aux plaisirs et aux eunuques, était incapable de se gouverner lui-même. Aétius, qui s'était couvert de gloire, en luttant contre Attila, dans les plaines de Cbâions, ne tarda pas à devenir odieux au faible empereur. Un jour, Valentinien III le mande au palais, et, dans la chaleur de la discufr- Aion, lui plonge son épée dans le corps. Il se trouva, parmi les courtisane, un ftomain vraiment digne de ce nom, qui dit au prince : « Vous venea de vous couper la main droite avec la main gauebe. » Feu de jours après, Valentinien III tombait luirmême, sous le poignard des sicaires payés par le sénateur Maxime, qui voulait montai: eur le trône (455). Le meurtrier revêtit de suite cette pourpre, achetée par un crime, et contraignit l'impératrice Eudoxie, veuve de sa vic^ lime, à recevoir sa main sanglante. Eudoxie crut venger son bon^ neur et la mort de son mari, en sacrifiant à son ressentiment l'intérêt sacré de sa patrie. Elle appela Genséric, roi des Vandales, i Rooie, et lui promit de l'aider à s'en rendre maître. Le Barbare partit d'Afrique 4ivec une flotte formidable. La nouvelle de son arrivée le préeéda en Italie, et y répandit )a terraur. MaiUmt^, assAssin (mr
548 HISTOIRE aÉNBRALB DE l'ÊGLISE.
ffonaé, se préparait à sortir de Rome. Sa lâcheté révolta ses partisans eux-mtêiaes. Quelques domestiques de son palais le tuèrent, le mirent.en pièces, et jetèrent ses membres épars dans le Tibre (42 juin 4o5). Grenséhc était cependant à trois journées de Rome. Un seul pouvoir y restait debout; un seul homme avait conservé, au miheu de la consternation générale, tout son^courage et toute son énergie. Ce pouvoir, c^était celui de la Papauté; cet homme était saint Léonle-Grand. Il avait déjà sauvé Rome de Tinvasion d'Attila, il la sauva encore de la férocité de Genséric. Le Pontife alla au-devant du roi vandale, hors des murs de la ville, et lui fit promettre de respecter la vie et Thonneur des malheureux Romains, et d'épargner les okh numents publics. C'était tout ce qu'on pouvait raisonnablement espérer d'un prince barbare, qui amenait ses hordes sauvages au pillage de Rome, comme à une récompense depuis longtemps promise. Pendant quatorze jours, la Ville étemelle fut la proie des soldats de Genséric. Parmi les immenses richesses qui furent enlevées alors, se trouvaient les vases sacrés, autrefois apportés de Jérusalem par Titus. Les Vandales emmenèrent plusieurs milliers de captifs; l'impératrice Ëudoxie, qui les avait appelés, fut de ce nombre, avec ses deux Ulies : amère dérision d'un Barbare impitoyable! Sur les rives étrangères, ces bandes de malheureux prisonniers trouvèrent un consolateur et un père, dans le saint évéque de Carthage, nommé Deogratias. Il vendit, pour la rançon des captifs, tous les vases d'or et d'argent employés au service des autels. Pour leur donner un abri, il convertit en hôpitaux deux grandes égUses de Carthage , qu'il fit garnir de lits et de paille, passant les nuits à soigner, de ses propres mains, ceux que les fatigues et les chagrins avaient rendus malades. Quand la mort vint surprendre le pieux Pontife, au milieude ses charitables occupations, les captifs romains se croyaient de nouveau retombés en servitude. Les cruautés de Genséric contre les catholiques aggravèrent encore leur triste situation. Ce prince fit fermer l'église de Carthage, et bannit, en divers lieux, les prêtres et les ministres. De la côte d'Afrique, il étendait ses déprédations sur les provinces maritimes d'Espagne et d'Italie, en Sicile, en Sardaigne, en Grèce, en Épire, en Dalmatie et jusque dans la Vénétie. Un jour, sortant du port de Carthage, son pilote lui ayant demandé
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contre queHe nation il devait se diriger : « Vers ceux contre lesquels « Dieu est irrité, » répondit Genséric. Uempire romain devenait ainsi, en quelque sorte, le domaine des Barbares. Les empereurs s'y succédaient, comme des rois d'un jour, au gré du comte Ricimer, qui exerçait réellement la puissance souveraine, avec le titre dégénérai de l'empire. De 456 à 464, Avitus, Msgorien» Sévère, passaient tour à tour sur le trône, avec des qualités diverses, mais avec la même impuissance de secouer le joug de Ridmer. Tandis que rOccident entrait ainsi dans les convulsions de l'agonie, l'empire d'Orient perdait un prince accompli, dans la personne de Marcien (457). Avec le zèle de Constantin pour la religion, il n'en eut pas les déplorables inconséquences, qui, après avoir abattu l'hérésie, la ranimèrent pour des siècles. Bon et généreux comme Théodose-le- Grand, il n'en avait pas les funestes accès de colère. Sorti de l'obscurité, il releva la majesté de l'empire ; il répondit avec une fierté toute romaine au farouche Attila, qui lui réclamait impérieusement un tribut annuel : « J'ai de l'or pour mes amis, et du fer pour mes € ennemis. » Le pape saint Léon, son ami et son admirateur, déclara sa mémoire sainte et vénérable ; l'Église grecque l'honore, ainsi que l'impératrice sainte Pulchérie, le 47 février. La couronne d'Orient passa sur le front de Léon-le-Thrace, gouverneur de Sélembrie, que le crédit d'un Barbare, le patrice Aspar, fit élever au rang suprême. Aspar avait cru se faire un instrument docile à toutes ses volontés ; le nouvel empereur lui prouva bientôt qu'il s'était trompé. Gomme le patrice le sommait de nommer César un de ses fils, suivant une convention antérieure, et lui disait : « Il ne con- « vient pas que celui qui porte la pourpre manque à sa parole. — « Convient-il davantage, reprit Léon, qu'on le traite en esclave? » 8. Cependant Léon-le-Thrace, malgré ces instincts de souveraineté, fut loin d'être un grand prince, et, malgré la profession qu'il faisait du catholicisme, fut loin d'égaler le zèle de Marcien pour la religion. Dès le commencement de son i^ègne, le parti d'Eutychès se releva en Egypte. Un moine, Timothée Élure (4), interdit à
< ÉlMre^ du mot grec AtititpH (chat), parce que cet imposteur parcourait, la nuit, les cellules des moines, les appelait par leur nom, et leur
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cause de 80q altaehement à rhérésie, rassembla, dans le toisittago d'Alexandrie, une troupe de séditieux, gagnés h prix d'argent, entra dans la ville à leur tfte, et fit tuer, dans Téglise même, IB saint patriarche Protérius, dont le corps fut traîné par les mes, au milieu dès huées de la populace. TImoIhée exer^ alors publiquement }m fonctions de répisoopat i Alexandrie. Il anathétnatisa le eoneile de Ghalcédoine et tous ceux qui le recevaient, c'est-à-dire le pape saint Léoty Anatolius de Constantinople et Basile d'Antioche. Tous les évéques catholiques de la province furent chassés de leurs sièges, et remplacés par les créatures de l'intrus. Julien de Cos, légat du Hpè à Constantinople, informa sAint Léon du déplol^ble état de TÉgUse d'Alexandrie. Timothée Éture et ses partisans s'étaient adressés à l'empereur Léonle-Thrace, pour obtenir la convocation d'un eodcile« destiné à réviser celui de Ghalcédoine. Le Pape s*opposa vivement à cette prétention des hérétiques. Tous les métropolitains d'Orient la rejetaient également. « Les troubles des Églises n'auraient point de <r tin, écrivait à ce sujette Pape à l'empereur, si on renouvelait tou- « jours les discussions au gré des hérétiques. » (457.) Pour appuyer davantage ses démarches auprès de la cour de Constantinople, saint Léon y envoya deux légats, Domitien et Géminien (458), chargés d'amples instructions pour l'empereur. A leur requête, Léon-le* Birace se décida h donner des ordres formels à Styla, gouverneur impérial d'Alexandrie, pour l'expulsion de Timothée Éhire. L'Intrus fut relégué dans la Chersonèse, sous bonne garde, et remplacé à Alexandrie par un patriarche légitime, Timothée SolofacioU, qui se hftte de faire confirmer son élection par le souverain Pontife. C'était à la décision de ce grand pape que recouraient tous les éféques de l'univers, dans un temps où l'invasion des Barbares, sur toutes les frontières du monde romain, multipliait les difScultés d'adriliuistfation. La correspondance de saint Léon-le-Orand est on répertoire immense de solutions de toute nature, de discudsions
parlant à travers un roseau creux, leur disait qu'il était un ange envoyé du ciel pour les avertir de fuir la communion de Protérius, et d'élire pour archevêque Timothée, c'esi-à-dire lui-môme. Ces eieunlotis neeliimes lui valurent (e surnom &Élure.
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tlMOlogk}iié6, (le cas dé conscieoce édaircis par tes fègtet ùmo^ niques. Cent soiyatil^treize leUres» qui nous soal restées de lut, s^ rtal, à jamais, pour les pasteurs, un modèle achevé du gouvernement spirituel. La moH ? iot Tenlever ( 4 1 avril 464 ) à tant de sollidludes et de travaux. Il laissa» comme un monument de son éloquence apostolique, soixante^neuf discours, où il expodè, a?e0 une clarté admirable, lea plui hauts mystères de (a philMophie obrétienne, c QneiqQe les écrits de saint Léoo*le-Gmd ne soirat pas « exempts de quelques défauts qui tiennent au mauvais goût de son « siècle, ils ne laissent pas d'être extrêmement remarquables par la « noblesse et Télégancé du style, par fa précisidn et la neCleté des « idées, par la force du raisonnement et par les mouvements pathé- € tiques d'une éloqtieooe brtllatite, qui saisit Tesprit et pénètre les € coduH. » On'on Joigne, à ces travaux du cabinet, les grands actes qui signalèrent son glorieux pontificat ; la foi calholique vengée de rignominie du Brigandage d'Éphèsê, par le quatrième concile général de Ghalcédoine ; tlome sauvée, une première fois, deFinvâsion d'Attila ; une seconde, du meurtre et de Tincendie que lui apportait Genséric ; l'Orient délivré des fureurs de TEutychianisme, et se rattachant h la chaire de Saint Pierre, pour marcher avec TOccident sous Finfluence de \û grande unité romaine ; et Ton concevra comment la po.stèriié côh^ctait le surnom do Grand, donné par la reeonnais^^ sancé publique au Pontife qui accomplissait tant de merveilles, au milieu de révolutions incessantes, de trônes brisés, d'empereurs égorgés, et iVun monde efi ruines. ^ On croit que saint Léon fut le premier Pape qui ait accrédité des nonces apostoliques auprès des princes. Nous avons vu Julien de Cos résider, avec ce titre, à la cour de Constantinople, pl-ès de l'empereur Marcien. Lee lettres de créance de ce légat sont remarquables : « Je vous prie, dit saint Léon à Mar-* <t cien, d'accueillir avec affectidn et bienveillance notre vénérable « frèrd'évêque Julien : vous trouverez, dans sa déférence et ses soins, « comme une image de ma présence. Je me fie à la sincérité de sa « Ibi ; tous mes pouvoirs contre les hérétiques de notre tenips Idi otit € été délégués ; et j'ai exigé que, pont Inieux veiller au maintien de « la paix dans les Églises d'Orient, il ne s'éloignât pas de votre per- «t senne. » Telle est la première trace que nous offre l'hlstoii* r^rclé-
55i HISTOIRE GRNÉftALB PB L*BGUSS.
stasiique îles nonciatures apostoliques, établies depuis, dans tous les royaumes chrétiens, pour y représenter rautorité du saint Siège et sauvegarder, près des souverains et des nationalités, les grands intérêts de la religion. — Peu de temps avant sa mort, saint Léon-le- Grand avait ordonné d'abolir une coutume qui s'introduisait, en quelques Églises, de lire publiquement les péchés de ceux qui étaient soumis à la pénitence canonique. Le Pape dédare qu*on doit s'en tenir à la confession secrète, faite à un prêtre approuvé, la seule nécessaire.
% s. r^MttflMt de safait ■itolrt». (12 novembre 461-17 nov. 467.)
9. On choisit pour successeur à saint Léon-le-Grand, l'archidiacre Hilaire, qui avait été Tun des légats du saint siège au fameux Bri^ gandage d'Éphèsey et dont la conduite, en cette circonstance, avait été aussi noble que courageuse (49 novembre 461). A peine monté sur le trône pontifical, saint Hilaire écrivit à toutes les Eglises d'Orient une lettre décrétaie, où il confirmait les conciles de Nicée, d'Épbèse et de Chaloédoine, condamnait Nestorius, Butychës, avec tous leurs adhérents, et rappelait le grand principe de l'autorité et de la principauté du Siège apostolique, comme centre et base du gouvernement de l'Église. Il adressait en môme temps aux évêques d'Oci^ident une circulaire, pour les informer de sa promotion au souverain Pontificat. « Comme l'Église romaine est la mère de toutes « les autres, lui répondait Léonce d'Arles, nous avons été comblés « de joie d'apprendre que, dans cette grande consternation du « monde, dans cette immense infirmité du siècle, vous ayez été « promu pour juger les peuples, et diriger les nations dans leurs « voies sur la terre. »
40. La difliculté des temps, à laquelle Léonce d'Arles faisait ici allusion,était compliquée par les événements politiques, et par Hdvasion de plus en plus menaçante des Barbares. Le bruit des armes retentissait par tout l'empire, et nulle direction ne venait plus des empereurs romains d'Occident, qui se succédaient sur le trône au gré des caprices du ministre goth Ricimer. Au milieu de cette décadence générale, saint Hilaire tint fermes les rênes du gouvernement
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ecclésiastique. Les actes de son court pontificat ont tous pour but de resserrar le lien de la hiérarchie, de maintenir à la tète des diocèses des prélats capables et zélés, d'empêcher Thérésie d'étendre ses ravages. En 460, Rusticus, évéque de Narbonne, avait sollicité du pape saint Léon Fautorisation de quitter son siège, pour vivre dans le repos et la retraite. Le souverain Pontife s'y était refusé, en engageant le pieux évéque à faire passer l'intérêt générai de TÉglise avant le sien propre. Rusticus se résigna. En 464 , il sacra son ar chidiacre Hermès, en qualité d'évéque de Béeiers. Les habitants de Béziers refusèrent de recevoir Hermès. Sur ces entrefaites, Rusticus vint à mourir, et Hermès se fitélire, pour lui succéder, h Narbonne. Cette translation fut dénoncée au pape saint Hilaire, comme contraire aux règles canoniques. Deux évéques, Fauste de Riez et Àuxianus, évéque d'Aix, députés pour suivre cette affaire, se rendirent à Rome. Ils assistèrent à un concile, que le Pape y tenait en ce moment (49 novembre 462). La cause d'Hermès y fut exaaiinée, et le Pape informa les évéques des provinces de Vienne, de Lyon, de Nai'bonne et des Alpes, du résultat du concile. Il fut convenu que, pour le bien de la paix et par indulgence pour Hermès, on le conserverait sur le siège de Narbonne. Mais, dans la crainte que cet exeçiple ne tirât à conséquence, il fut résolu qu'Hermès n'aurait point le pouvoir d'ordonner les évéques de sa province, tant qu'il vivrait ; que ce pouvoir serait transféré à l'évéque d'Uzès, comme au plus ancien de la province. Après la mort d'Hermès, le droit des ordinations devait retourner à l'évéque de Narbonne, comme métropolitain. Il importait d'autant plus, à cette époque, de maintenir la subordination hiérarchique entre les évéques, que les révolutions plus fréquentes faisaient changer continuellement les'provinces de maîtres temporels. Les Papes apportaient donc une vigilance continuelle à ce sujet; saint Hilaire le prouva contre Mamert, évéque de Vienne, dont le nom fut depuis placé dans le catalogue des Saints, et qui venait d'instituer l$i fête desRogationSf processions annuelles pour appeler la bénédiction de Dieu sur les fruits de la terre. En sa qualité de métropolitain de Vienne, saint Mamert prétendait étendre sa juridiction sur l'Église de Die *; et il y ordonna un évéque,
' Die, Dea Vocontiorum, Cette ville demeura jusqu au xiii* siècle le
^H HISTOIME GÈliSIIAf.B St L*Kt>LISE.
malgré b résslanoe das dlojmft. Léenee d'Arles, à q«i » droit spptrteiiait iMIsmeot, en référa ao Ftpe» qui Minia là cortrtte de saint Mamert, et ordonna que Téleelion de rMqiie de Die fèt cenfirmée par Léonce d'Arles.
44. Les mêmes principes hîérarchiqnes étaient ^^qués, dans h" même temps, par saint Hiiaire, contre Sylvain, évAqnedeGalahom, dans la CastiUe. D avait ordonné anssi on évéqne, sans le consentir airat du métropolitain de Tarragene, dont il relevatt. Cette aAûre, examinée m cdQdle,à Rome (469), ftft réaolne dans te mêftie sens qoe celle de saint Mamert ; et Tévéqae éln ftit renvoyé deivsot fe iné- (ropolitain, pour en obtenir la confirmation de son autorité. — Une autre violation des canons fot signalée ad concile de Rome, t propos de l'Église de Barcelone. Nundicaire, son dernier évêque, avait, en mourant, témoigné le désir d'avoir pour successeur Irénée, déjà évéque d'une autre ville. La translation d'Irénée au siège de Barcelone s'opéra, suivant ce vœu. Quelques exemples de hits semblables avaient pu faire paraître cette translation régulière. Pour prévenir, dans la suite, de pareils abus, le Pape déclara nulle la translation d'Irénée, et enjoignit d'élire dans la forme ordinaire un évêque iê Barcelone; protestant hautement contre toute tendance à regarder répiscopat comme héréditaire, et à faire tomber une dignité qui n'est conférée que par la grâce de Jésus-Christ, dans le domaine d*un legs de testament. Pour assurer le maintien des règles canoniques, et Tobservation de ces décrets en Espagne, saint Uilaire y envoya le sous-diacre Trajan, en qualité de son légat. — Il recommandait, en même temps, la tenue des conciles provinciaux, comme une des mesutvs les plus' propres à entretenir, datis les diverses Églises, le véritable esprit de la discipline.
C'est un fait digne de remarque, dans l'histoire de l'Église, que le développement régulier de ses institutions, de sa discipline, de sa liturgie, soit toujours en raison directe de la liberté laissée aux évéqucs de se concerter, dans les conciles, sur les mesures d'intérêt général. Autant la pression du pouvoir temporel sur la tenue des
slé^e d'un ivôchésultragaDl de Valence. Elle est maintenant comfffise *aiw le département de la Drôine.
conciles produisait de nmiXf soufi des princes tels que Coostanee et Valeps; «ut^nt les eoncilesi assemblés UbreifieQt et dégagés de toute inOuenca^étrangère, doiventaniener d'heureux résultats pour le bien de rÉglis6i ruDîté de direction dans le gouvernement, et Tavantage spirituel d^s Odèli». Les évoques des Gaules entrèrent pl^qemeai dans les vues de saint Hilaire. Les conciles d*Arles, de TourSf de VaQses, tenus à cette époque, témoignent à la fois d0 leur zèle à stiivfe rimpulsion donnée par le saint Siège, et de Ifi vigueur apostoHqite avee laquelle ils maintenaient iné()ranlables les règles de la discipline canonique. {jC conpile d'Arles règle une question de juridiction épisfsopale, par rappprt aux monastères, k l'occasion de la fameuse aUt>aye de Lérins. Il fut décidé que Vévéque d'Arles aurait seul le droit d'y ordonner les clercs aux divers ordres; mais que tous les moines laïques resteraient sous la conduite de l'abbé, sans que l'évoque s'attribuât aucun droit sur son élection ou son gouvernement. — Le concile de Tours renouvelle les ordonnances relatives à la continence des clercs, et leur défend de quitter leur diocèse sans l'aveu de l'évdque, règle les degrés de la hiérarchie et les droits dea diverses juridictions. -^ Le concile de Vannes confirma la plupart (les prescriptions de celui de Tours. Il étendit aux moines la défense de voyager sans lettres de recommandation de leur évéque. On y remarque upe ordonnance particulière, au sujet de la divination, ou sort de* suinUy qui est interdite sous les peines les plus sévères. Il n'est pas indifférent de faire observer que cette coutume .super* stitieuse conunençait à s'établir en Occident, à une époque où les événements présents, pleins de troubles et d'angpisses , portaient comme naturellement les esprits vers la connaissance de l'avenir* D'ailleurs, la perturbation profonde apportée, dai)s le monde politique, par l'invasion des Barbares, avait nécessairement son contr&œup dans le monde moral et intellectuel, dont il faisait baisser le niveau.
43. L'Orient, pendant le court pontificat de saint Hilaire, offre im intervalle de trêve, assez rare dans son histoire, durant lequel les luttas des hérésies semblent somfneiller. Les Barbares, qpi préparaient leur grande invasion à Rome, semblent dédaigner l'empire i<rec. Peux sinistres événements remplissent seuls cette période : la
556 IIISTOIHfi GéNÉRALE DE l' ÉGLISE.
ruine presque totale de la florissante et riche cité d*Antiocbe, par un furieux tremblement de terre, qui renversa la plus grande partie de ses monuments ; et un incendie à Constantinople, qui dura sept jours, et consuma huit des douze quartiers de cette opulente capitale. Ces deux désastres donnèrent lieu à un prodige de charité analogue. Saint Siméon Stylite demeurait dans le voisinage d*Antioche. Une foule immense, après la ruine de la ville, vint chercher autour delà colonne miraculeuseduSiylite, un refuge contre la colère du ciel. « Je ne crois pas, dit un témoin oculaire, que, de mémoire « d*homme, il y eut, au désert, assemblée si nombreuse. II semblait « que Dieu eûl arraché de leur pays toutes les nations de ronivers, « pour les réunir sous la tutelle de son serviteur. > saint Siméon fit pourvoir par ses disciples aux besoins de cette innombrable multitude, dont il relevait le courage par ses discours, ses prières ferventes et son dévouement à toute épreuve. Ce concours auprès du solitaire dura cinquante jours; après quoi il adressa de nouveau la parole à la foule, l'exhorta à observer les commandements de Dieu et les pratiques de la vie chrétienne ; puis il ajouta : « Retournez main^ « tenant à vos demeures ; allez sans crainte à vos aflaires, et que les « artisans reprennent leurs travaux : Dieu aura pitié de vous. » Un mois après, saint Siméon Stylite vit arriver Fheure de sa mort : il porta ses regards vers les quatre parties du monde, qu'il bénit une dernière fois, et, posant la tète sur l'épaule de l'un de ses disciples, il expira. — Un émule de sa vertu, imitateur de son genre de vie extraordinaire, s'était flxé près de Constantinople : c'était Daniel le Stylite. Après l'incendie qui dévora les deux tiers de la ville de Constantin, les habitants accoururent aussi se placersous la protection du Stylite, qui semblait, entre la terre et le ciel, offrir en expiation à la justice divine les supplications et les larmes des hommes. L'empereur Léon-le-Thrace y vint lui-môme, avec l'impératrice, pour le conjurer d'intercéder en faveur de son peuple: la prière d'un saint moine devint comme un bouclier pour l'empire (465).
Cependant, à Rome, le comte Ricimer venait de placer sur le trône un nouveau fantôme d'empereur: c'était Anthémius, g^dre de Marcien, qu'il fit venir de Constantinople, pour l'investir d'un
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pouvoir éphémère. Anthémius amena avec lui un hérétique macédonien, nommé Philothée, qui voulut, à la faveur du crédit dont il jouissait à la cour, introduire à Rome Terreur dont il était infesté. Saint Hilaire s'éleva avec force conire cette tentative. Un jour que Tempereur Anthémius assistait à une cérémonie, dans la basilique de Saint-Pi^re, le Pape Tinterpelia publiquement, et lui fit promettre de s'opposer aux entreprises des Macédoniens. Cet acte de vigueur apostolique termina la carrière du saint Pontife, qui mourut, le 40 septembre 467. Saint Hilaire avait ordonné d'établir deux bibliothèques dans la basilique de Latran. C'est ainsi que la Papauté vigilante ouvrait un asile aux trésors de Tintelligence, à Tépoque où l'invasion de la bairbarie allait, pendant des siècles, m menacer l'existence.
% S* Pomttfleat.de smiat Slaiplielas. Fremière partie (37 septembre
467 jusqu'à la fin de l'empire d'Occident (23 août 476).)
4 3. Au moment où saint Simplicius montait sur la chaire de saint Pierre (â7 septembre 467), l'empire romain touchait à sa décadence. Les révolutions intestines qui le déchiraient n'avaient pas même d'écho dans les populations indifférentes. Elles voyaient tour à tour Anthémius, massacré par Ricimer, laisser le trône à Olybrius, que Glycérius, commandant de la garde impériale, remplaçait bientôt. La force vitale de cette société, mêlée de Barbares, habituée aux commotions politiques, étrangère aux divers changements de ses maîtres, s'était concentrée tout entière dans l'Église catholique, dont le gouvernement présentait seul un spectacle d'unité intellectuelle et morale. Saint Simplicius, suivant les traditions de ses prédécesseurs, et afin de rattacher davantage au Siège de Rome les diverses contrées du monde, nomma un vicaire apostolique pour l'Espagne. Il est à croire que cette coutume était dès lors établie pour tous les autres royaumes. Nous l'avons déjà remarquée à Constantinople, ainsi qu'en Illyrie et en Arménie. 44. L'abaissement des caractères, signal de la chute des empires,
5U HISTOIRE aÉNÉRALK 0£ l'ÉGLISE.
oliit rnppanl dans le nonde politique. Mais FÉgUne j échappait « eette dé<3adence générale. Des miracles de aaintelé y éclataient sur les ckaires des principales cités ^iseopales de TOccident. À Paviei rétêque saint Bpiphane, à peine âgé de trente ans, inspirait m amour et une admiratieft universelle. On ne savait pas d*exemple d'une nature, si emportée et si farouche, qui eût résisté à Tattot cAeste du jeune et pieux prélat. Ses contemporains disaient de lui : « Éplphane persuaderait les bêtes féroces. Le bienfait qu'il vieut « solliciter, on le lui offre avant qu'il le demande. Sa physionomif « est comme le rayonnement de la vie même. » Dans les luttes que l'ambition de Ricimer faisait éclater entre lui et ses victiaes couronnées, saint Épiphane de Pavie intervint quelquefois, avec le succès qui accompagnait toutes ses démarches. Une ambassade, dont il fut chargé, par l'orgueilleux ministre, auprès de l'empereur Anthémius, eut surtout un caractère triomphal. La guerre paraissait décidée, et l'Italie allait voir ajouter à tous ses désastres celui d'une lutte intestine, où ses propres enfants s'égorgeraient entre eux. La voix publique désigna saint Épiphane comme le seul médiateur possible. Les nobles de Ligurie viennent à Milan, se jettent aux pieds de Riciraer, et le supplient avec larmes de mettre En à des dissensions si funestes, et de choisir pour ambassadeur le saint évoque de Pavie. Épiphane fut donc envoyé à Rome, avec des propositions de paix, près de l'empereur Anthémius. Il fut accueilli par toute la ville, avec des acclamations d'enthousiasme; on lui rendit des témoignages publics de vénération, et ce fut, porté en triomphe par les Romains, qu'il se présenta à l'empereur. Ses paroles éloquentes et persuasives adoucirent ce que la conduite de Ricimer avait mis d'aigreur et de ressentiment dans l'&me du prince. « La « grAce que j'étais résolu de refuser à un ministre arrogant, lui dit- « il, je l'offre le premier, par votre entremise. S'il vous trompe, il « se punira lui-môme. Pour moi, je remets entre vos mains mapertf sonne et l'empire. » Saint Épiphane méritait, par d'éminentes vertus, ces éclatants hommages : sa patience, ses mortifications, sa charité ardente, son zèle pour l'étude, son amour des saintes lettres, rappelaient la vie et les travaux des plus iUustrra docteurs. — Pendant que cette lumière brillait en Italie, les Gaules voyaient àtasi,
eiUfiTiie VI. ÔII9
à leur idte, de mnt» évéques guider les peupLsB» dans œ siècle de désoiatioD. Sfdnt Patient, nétropoliteiD de Lyon, s*était fait, en quelque sorte, la proridenoa vivante de toute sa province. A la suite des incursions des Barbares, la famine ravageait toutes les contrées aiéridionales des Gaules. Saint Patient multiplia les ressources de sa eharité, pour suffire à tant de besoins. De grands convois de blé, embarqués, par ses ordres, sur la Saône et le Rhône, allaû^t porter Tabondance à Arles, à Riom, à Avignon, à Orange, à Viviers et à Valence. % Ainsi, dit Sidoine Apollinaire, qui nous a conservé ces « détails, lorsque le flot de l'irruption gothique a détruit les mois* « sonsi un évéque iiourrit tout le peuple : la détresse générale n'a « que lui pour recours. » Le caractère épiscopal prenait, dès lors, aui yçui des populations, un ascendant qui explique le râle politique que les évéques vont, par la forée des choses, être app^s à jouer dans le monde. On ne l'a pas assez remarqué : le mouvement qui porta l'Église à prendre la direction des a&ires temporelles et qui nous montrera son action toujours croissante, dgns les grands événements politiques, fut un mouvement spoatané et naturel des peuiries, qui venaient nécessairement se grouper autour du seul centre qui eût force et vie. La Papauté et l'Épiscopat ne furent point des puissances usurpatrices : l'instinct de la conservation ralliait, sous leurs auspices, les peuples vaincus; une supériorité morale reconnue inclinait, devant leur autorité, les nations victorieuses : ainsi, tout ce qui abaissait l'empire de k Rome terrestre contribuait à élever celui de la Rome chrétienne.'— Saint Sidoine ApoUinaire, poète, historien, littérateur, dont les écrits nous font le mieux connaître cette époque de transition, était alors évèque de Clermont. Neveu de l'empereur Avitus, que la laveur passagère du Goth Ricimer avait un instant élevé sur le trône, Sidoine Apollinaire débuta d'abord par la carrière politique, et fit admirer, dans les hautes fonctions qui lui furent confiées, toutes les quaUtés d'un grand homme. Esprit, érudition, bonté, prudence, éloquence insinuante et vive. Si* doine réunissait tous les avantages pour briller dans le monde; maie sa piété tournait ses pensées vers une vocation plus sainte. En 47S, Éparqoe, évéque de Clermont, sa patrie, étant mort, Sidmne fut élu, quoiqne laïque, pour lui succéder. Ct^ promotion fut accueilf
5M MISTOim GiNÉRALB D£ L'ÉGUSK.
lie avec joie, par toutes les Églises des Gaules, dont les évéques les plus distingués étaient déjà en relations d*amitié avec Sidoine Apollinaire. Saint Lupus de Troyestui écrivait : € Par vos glorieuses al- « liances, vous avez touché aux sommités impériales; vous avez « exercé, avec honneur et applaudissement, les plus hautes charges « de rétat, et vous avez obtenu ce que la série inquiète des désirs « peut imaginer de plus glorieux dans ce siècle. L'ordre est main- « tenant changé : vous avez atteint le comble de la dignité dans la « maison du Seigneur. Moi qui vous ai tant aimé, quandvous sui- « viez les sentiers arides de ce monde, dans qudle mesure pensez- « vous que je vous aime, maintenant que vous suivez les voies « abondantesqui mènent au ciel? »
Dans le même temps, saint Euphrone d*Autun, saint Yalère d'Antibes, saint Gratien de Toulon, saint Démétrius de Nice et sainr Léonce de Fréjus illustraient leurs sièges épiscopaux, par d*éminentes vertus. La plupart mouraient glorieusement, martyrs de leur foi, dans les invasions des Yisigoths. La réputation de ces grands hommes était égalée par un saint ermite dePannonie, nommé Séverin. Nul ne savait ni sa naissance, ni le pays dont il était originaire. Aux questions qu*on lui faisait à ce scyet, il répondait : « Si <c vous croyez que je désire sincèrement la patrie céleste, quel besoin <r avez-vous de connaître ma patrie terrestre 7 » Ses austérités rappelaient celles des solitaires de laThébaîde : il ne mangeait qu'après le soleil couché, et, en carême, une fois la semaine. Il dormait, enveloppé dans un cilice, sur le pavé de son oratoire. Les confins de la Pannonie et du Norique, qui comprenait la Bavière et TAutriche actuelles, étaient comme le grand chemin des Barbares pour l'Italie. I^es garnisons romaines, échelonnées sur les rives du Danube, n'étant plus renouvelées, dans la décadence de l'empire, disparaissaient peu il peu, et laissaient l'entrée libre aux Barbares. Les Rugiens, en possession de ces contrées, se regardaient comme les alliés de Rome ; mais ils étaient eux-mêmes attaqués par de nouveaux peuples, les Hérules, les Turcilinges» les Allemands. C'était une guerre universelle, à laquelle on ne prévoyait pas de iln. Partout des villes prises et ruinées, des populations emmenées en esclavage. Le refuge des leuples, dans ces calamités, était Séverin. Sa présence mettait en