CHAPITRE Ut
Poraison dominicale : le célébrant prenait la sainte communion et la faisait distribuer à tous les assistants parles mains des diacres *. Rcgulièrement, tous ceux qui entraient dans l'église devaient y communier : les enfants eux-miîmes recevaient le sacrement de l'autel . La communion était distribuée sous les deux espèces. L'agape, qui suivait la célébration des saints mystères, était un repas ordinaire, formé des dons de chacun des chrétiens. Tous les ministres de l'autel y avaient droit aune part spéciale. Ce fait explique l'origine des distributions en nature dont l'usage s*est maintenu en France même, jusqu'à la révolution de 1793, et dont quelques-uns de nos chapitres coBscrvcnt encore la trace. — Outre la célébration des saints mystères, des prières publiques réunissaient les chrétiens aux différentes heures du niatin et du soir. La récitation ou le chant des psaumes faisait le fond de ces offices. Les matines semblent avoir succédé au sacrifice du malin de l'ancienne loi. Les vêpres tenaient la place du sacrifice du soir, et ont été instituées pour sanctifier le commence^ ment de la nuit. On les nommait quelquefois lucernarium, la prière des lampes, parce que c'était l'heure où l'on commençait à les allumer. — Les prières de tierce, de sexte et de none passèrent aussi dans les usages des chrétiens, qui les conservèrent après les avoir reçues des Juifs. On en trouve des traces dans les actes des Apôtres, et dans les auteurs des premiers siècles^. — L'usage des chants sacrés, des agenouillements et des prostrations dans la prière, des flambeaux allumés, de l'encens, de l'eau bénite se rattache donc au siècle apostolique, dans lequel nous rencontrons ainsi tous les éléments du culte public, tel qu'il est réglé de nos jours. Tout ce qui regardait la liturgie, était alors particulièrement environné de mystère , et c'est un fait important à constater, puisqu'il explique le silence des monuments de cet âge, sur une foule de questions de détails. La crainte d'exposer la doctrine évangélique et les sacrements aux profanations et aux railleries des infidèles, les fairait entourer d'un secret inviolable. Non-seulement on ne célébrait point les mystères
* Le célébrant ne faisait distribuer l'Eucbarislie par les diacres, que sous l'espèce du vin. Note de la commission d'evamen des livres chargée par S. G. Monseigneur Varchevêqtie d* Avignon de rendre compte àe /'Histoire Générale de rËglise.
devant un païen, même catéchumène, mais on se gardait comme d'un crime de lui raconter ce qui s*y passait, de prononcer en sa présence les paroles solennelles, ou même de parler de la nature du sacrement. Dans les écrits ou les discours publics, s'il était question des mystères, on n'employait que des termes obscurs ou énigmatiques. Ainsi, dans le nouveau Testament, rompre le pain, signifie consacrer et distribuer rEucharistie,ce que les infidèles ne pouvaient entendre. La loi du silence donna lieu, dans la suite, aux calomnies les plus absurdes contre les chrétiens. Les apologistes alors élevèrent la voix ; et la nécessité de défendre l'Église, contre les accusations de ses ennemis, fit passer par-dessus la règle moins importantedu secret.
1 9. On le voit, le premier siècle de l'Église présente à Tobsen^atcur le spectacle d'un enseignement, d'une hiérarchie, d'une discipline otd'un culte régulièrement constitués, solennellement reconnus. Au moment où la société fondée par Jésus-Christ venait prendre place en face de la][société païenne et annonçait publiquement l'intention de conquérir le monde, elle réunissait tous les éléments de force et d'unité qui devaient assurer sa durée. Sortie, à peine, du cœur de l'Homme-Dieu, elle portait avec elle, dans sa constitution et dans ses lois, le caractère de sa divinité. Dans les siècles suivants, nous la verrons, avec une expansion sans bornes, étendre sa puissance sur tout l'univers, parler la langue de tous les peuples et les soumettre tous à son joug; sa discipline se modifiera, suivant les besoins de ses nouveaux enfants, son culte déploiera une majesté et des pompes plus solennelles, son gouvernement grandira ses ressources, et mul^ tiplierasesressorts, à mesureque s'accroîtra son empire ; sa doctrine, attaquée par les hérésies, sera définie successivement sur toutes les questions particulières par les souverains Pontifes, les conciles, les docteurs ; mais ce développement, dans l'espace et le temps, n'amènera aucun dogme nouveau, aucune règle, aucune mesure, aucune loi,'qui n'aitsaracinedans les tempsapostoliques, et qui n'en découle, par une tradition légitime et non interrompue. Les hommes passe* ront, les empires, les formes de gouvernement, les institutions, les lois humaines tomberont tour à tour, payant chacun leur tribut à ta ' caducité qui attend toute œuvre des hommes : l'Église seuledemcure