CHAPITRE IV
poser, d*ane manièreparfuitenie»t claire, une doctrine aussi ardue ; 2* au genre parUculier de saint Denys TAréopagite, qui écrivait à la manière des Platoniciens, dont les modernes n'ont pas conservé une intelligence bien nette ; 3* à la loi du secret» qui lui interdisait des développements ou des explications précises, de peur d*exposer au mépris des païens les mystères de»notre religion.
46. Dans le livre de la Hiérarchie ecclésiastique^ il parle des fidèles qui se livraient, de son temps, à la vie contemplative» en se séparant du monde. Il faut rapprocher ce passage de celui du Juif Phi- Ion, écrivain contemporain, au sujet des Thérapeutes, ou moines de rÉglise d'Alexandrie. « Ils se construisent, dit cet auteur, cité par « Eusëbe^ dans son Histoire ecclésiastique, de petits oratoires reti- € rés dans la campagne, auxquels ils donnent le nom de ;M««ffT4,oi«y f \fnfiùnasterivm]. C'est là qu'ils passent leur vie, loin des autres
< mortels, dans les exercices de la piété, et qu'ils célèbrent les mys- € tères augustes. La loi de Dieu, les oracles des Prophètes et les au- € très Écritures sont le sujet continuel de leurs méditations. Le jour c entier» depuis le lever de l'aurore jusqu'au coucher du soleil, est c consacré à de pieux exercices, au chant des psaumes et des saints « cantiques. Ils se reprocheraient de perdre, à soigner leur corps, f aucune partie d'un jour qu'ils réservent tout entier à la contempla-
< lion des choses célestes. Us ne prennent 4onc qu'après le coucher « du soleil, une nourriture frugale et peu abondante. Ils ont, de « {dus, pour animer leur solitude, les écrits des hommes anciens € qui ont fondé leur religion, et c'est là qu'ils trouvent leur règle
< de conduite et les modèles qu'ils doivent imiter. » « Ces écrits c dont parle Philon, ajoute Eusèbe, ne sont autre chose que les c Évangiles, les écrits des Apôtres ef quelques commentaires cornc posés par des docteurs du siècle apostolique. »
Ces témoignages de l'antiquité chrétienne, qui font remonter l'institution monastique jusqu'aux premiers jours de l'Église, ne sont pas sans intérêt pour l'histoire. Qud spectacle les chrétiens, nouvellement arrachés aux erreurs et à la corruption du paganisme, n'offraient^is pas au monde ! Pendant que les plus folles cruautés et les passions les plus dégradantes venaient tour à tour s'asseoir sur le trtae des Césars, et passaient tellement dans les mœurs de la so-
ciété, qu'elles H*y excitaient pas même un mouvement d'indignation ; les disciples de Jésus-Christ, rappelant sur la terre la vertu exilée, montraient aux Romains dégénérés des exemples de désintéressement, de mortification, de mépris des biens terrestres, d'abstinence et de vertu, inconnus aux plus beaux jours de la République; ou bien ils leur prouvaient, an milietr des amphithéâtres, sous la dent des bêtes, dans la flamme des bûchers, sous le fer des bourreaux, qu'une vertu divine de patience s'était épanchée du nom de Jésus- Christ dans leurs cœurs.
47. Les Juifs, dispersés par tout l'univers, depuis la ruine de Jérusalem, avaient porté dans l'exil la haine du nom romain. Vers la fin du règne de Trajan (444-H7), ils se révoltèrent à Alexandrie, dans l'Egypte et la Cyrénaïque, où ils étaient en grand nombi-e. On aurait peine à concevoir comment cette nation malheureuse osait lutter contre les forces de l'empire, au moment même où la victoire de Trajan sur les Parthes donnait une nouvelle force aux armes romaines, si l'on ne se rappelait que, toujours séduite par de faux prophètes, elle se croyait enfin appelée à inaugurer le règne du Messie, qu'elle attendait encore, et à entrer dans la réalisation de ses chimériques espérances. Ce soulèvement fut marqué par des cruautés inouïes. Peu contents d'égorger les Grecs et les Romains parmi lesquels ils habitaient, ils portèrent la rage jusqu'à se nourrir de leur chair, s'abreuver de leur sang, se ceindre de leurs intestins et se couvrir de leurs peaux. Us en coupèrent un grand nombre par le milieu du corps ; d'autres étaient exposés aux bêtes, ou forcés de s'entr'égorger les uns les autres, comme de vils gladiateurs. On porte jusqu'à deux cent vingt mille victimes de leur fureur, dans la Libye Cyrénaïque. Ils en massacrèrent deux cent quarante mille dans l'île de Chypre. Trajan envoya contre eux, en Egypte et en Libye, Martius Turbo, qui en tua une multitude infinie. Lucius Quietus en fit un carnage pareil dans la Mésopotamie. Cette première sédition se trouva ain^i 'étouffée dans le sang de ses auteurs.
48. Trajan ne vit point la fin de ces troubles. Insatiable de triomphes, après avoir vaincu les Parthes, subjugué l'Arménie, laBabylonie, et ravagé une partie de l'Arabie, il vint mettre le siège devant