CHAPITRE IV
Afra, ville des Arabes Agaréniens. Un échec le força à rebrousser chemin, et il alla mourir àSélinonteen Cilicie, Tan fH, au moment même où ses récentes conquêtes échappaient à son autorité, et secouaient le joug qu'il avait voulu leur imposer. Aussi sage administrateur; pendant la paix, qu*habile général dans la guerre, Trajan mérita l'amour et Tadmiration des Romains. Heureux s'il n'eût point terni sa gloire par des passions honteuses et par ses cruautés contre les chrétiens. La persécution qu'il souleva dans l'Église, le mit personnellement en relation avec ce qu'elle produisait de plus héroïque parmi les martyrs, de plus vénérable parmi les évéques et les confesseurs. Il ne comprit pas que la vitalité de l'empire s'était retirée dans ces chrétiens, qu'il faisait jeter auxb(>tes sur une simple dénonciation. Il ne fut pas capable d'un sentiment d'admiration pour la constance et la généreuse intrépidité d'un saint Ignace et de tant d'autres pontifes , dont il donnait la moft en spectacle à la populace romaine.
i 9. Il laissa la pourpre à Adrien, son Tds adoptif, que l'impératrice Plotine sechargea de faire agréer au sénat. Le nouveau César avait tous les vices contraires h ses bonnes qualités. Il aimait les arts et faisait quelquefois mettre à mort les artistes par jalousie ; il était avide de connaissances, mais il descendait jusqu'aux ridicules superstitions de l'astrologie judiciaire et de la magie ; il affectait un respect profond pour le sénat auquel il devait le trône, et il ne se faisait pas faute (le condamner à mort, sur un simple caprice, les plus vertueux sénateuijg. Avec cette inconséquence de caractère, on explique facilement la diversité des jugements portés sur Adrien. Il ne changea rien aux dernières décisions de Trajan par rapport aux chrétiens , de sorte qu'ils se trouvèrent exposés comme auparavant à la haine des païens.
20. Le pape saint Alexandre en éprouva vers ce temps l'effet. Il avait converti à la religion de Jésus-Christ les principaux citoyens de Rome, entre autres Hermès, préfet de la ville. Les prêtres des idoles et les magistrats païens, irrites de son zèle, le firent condamner à mort, avec Évence et Théodule, deux de ses prêtres. Il eut la tête tranchée, le 3 mai de Tan 419. Il avait ordonné cinq évêques dans le cours de son pontificat. Outre les décrets relatifs à la Passion du
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82 RISTOniE GÉNÉRALE DE L*£GLISE.
Sauveur, au mélange de l*eau et du vin dans le calice, et à Teau bénite, on lui attribue encore d'avoir, le premier, ordonné de se servir de pain azyme pour le saint sacrifice, par respect pour la divine victime. On peut juger, d'ailleurs, quelle était à cette époque Tétat florissant de réglise romaine, par les magnifiques éloges que lui donne saint Ignace, dans Tépltre qu'il lui adressa de Srayrne. Il l'y appelle « l'Église bien-aimée, remplie de lumière, digne de Dieu, pleine de « sainteté, justement bienheureuse, méritant toute louange, parfai- « tement ordonnée, présidant dans lachaFité, ayant le dépôt de la « loi du Christ, portant le nom du Père , unie selon la chair et € l'esprit, pleine de la grâce de Dieu, sans division et sans aucun imf pur alliage. »
§8. Ponliaeat de saint Sixte premier. (119-128.)
«1 . Vingt-cinq jours après la mort d'Alexandre P', saint Sixte l^ lui fut donné pour successeur. Sous son pontificat, les sectes gnostiques développèrent leurs doctrines erronées, et entraînèrent un grand nombre de fidèles dans l'erreur. Si l'on veut se faire une idée complète du gnosticisme, il faut s'abstraire du milieu intellectuel dans lequel nous vivons, et se reporter au système théogonique des païens, que Basilide, Carpocrate, Épiphane et Valentin, les principaux chefs gnostiques, voulaient adapter aux dogmes chrétiens. Cette fusion s'opéra sous l'influence de l'école d'Alexandrie, devenue, depuis les Ptolémées, le centre de tout le mouvement philosophique de cette époque. La science orientale se rencontra, dans ce foyer commun, avec les systèmes de Pythagoreet de Platon. L'idolâtrie y fut épurée et élevéejusqu'à la hauteur d'une combinaison scientifique. On laissa les formules grossières et la fabuleuse mythologie à la superstition du vulgaire, se réservant les connaissances plus élevées, la science plus haute que l'on cachait sous cette apparence trompeuse. Cette doctrine sublime fut décorée du nom fastueux de Gnose, v»*»*»»', connaissance par excellence. Au point de départ de toute philosopHie, l'esprit humain rencontre deux problèmes, de la solution desquels dépend le résultat de ses investigations: l'existence delà matière et l'existence du mal. Suivant les matérialistes, la matière est éternelle; suivant les dualistes, le principe du mal exislo parallèle-