‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 27 sur 190 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ment avec celui da bien, de toute éternité. Suivant les panthéistes, la matière est Dieu, et le mal n*est que le préjugé d'une intelligence trop bornée pour embrasser à la fois Tensembledes rapports et des êtres : il n'existe pas. Le gnosticisme essaya un système diflférent : ce fut celui de Yémanation. La matière ne fut pas l'œuvre immédiate deFintelligence éternelle; elle dut son existence ii un démiui^e inférieur descendu^ par une série de générations successives, du principe suprême de tout être jusqu'aux confins extrêmes de la divinité. Les premiers gnostiques. Saturnin d'Antioche, disciple de Ménandre, Basilide d'Alexandrie, Carpocrate et Épiphane son fils, aussi d'Alexandrie, dogmatisaient dans les trente premières années du règne d'Adrien, et mirent en circulation les principes du gnosticisme. Mais il était réserve à Valentin de donner leur dernière forme à ces doctrines encore flottantes. Une parut que vingt ans plus tard, sous les pontificats de saint Pie et de saint Anicet; mais pour ne pas interrompre le récit historique par une nouvelle appréciation du gnosticisme, nous en donnons ici une analyse succincte. D'après Valentin, le principe de l'être habitait une profondeur invisible et inexplorée. Il le désignait sous le nom de bo^î, profondeur. Ce principe étemel de vie était demeuré plusieurs siècles inconnu, dans le silence et le repos, ayant avec lui, dans sa solitude mystérieuse, ' ^voh^ la pensée. Ils engendrèrent koCî, Y intelligence, avec'A)iîiaff«,/a vérité. Ces quatre Éons (c'est le nom que Valentin donnait à ces principes spirituels) formaient la Tétrade sacrée, imitation du quaterne mystérieux de VythVigorc.V intelligence et la rmïe produisirent aMj, le verbe . et zcin, la vie , lesquels engendrèrent à leur tour Avfi^eiwoç, rhomme, QX'tx^H^itt-V Église. De ces huit Éons supérieurs procédaient, toujours par Syzygies, vingt-deux autres générations qui complétaient l'ensemble du monde supérieur nommé Plérôme, nXn}>A/Aot, plénitude. Les derniers Éons du Plérôme produisirent, par des générations successives, trois substances : la substance pneumatique ou spirituelle, incorruptible et essentiellement bonne; la substance psychique ou animale, capable de bien et de mal ; la substance hylique ou matérielle, mauvaise et périssable de sa nature. De ces trois substances élémentaires, qui constituent le monde inférieur où nous vivons, Valentin faisait sortir trois races d'hommes différentes, carac-

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térisées par rélément dominant en chacune d'elles. La première était celle des pneumatiques ou spirituels : en eux tout était vie, bien et lumière, les gnostiques se rangeaient dans cette catégorie ; la ser conde, celle des psychites, natures mixtes qui vivent de la vie animale, en conservant encore un rayon d'intelligence ; la troisième, celle des hy ligues ou matériels, race infime qui vit de la vie terrestre et abjecte des sens. Les pneumatique seuls peuvent remonter jusqu'au principe éternel, dans les joies du Plérôme, comme une vapeur subtile traverse toutes les couches inférieures pour reprendre sa place dans les régions plus élevées de l'air. Les psychites avaient eu besoin, pour être relevés de leur état inférieur , d'être rachetés par l'Éon Jésus, qui s'était incarné dans le fils de Marie et qui s'en retira au moment de la Passion, en sorte qu'il n'y eut que le Christ animal qui souffrit. La rédemption ne s'est point étendue jusqu'aux hyliques, voués à la mort éternelle par l'imperfection de leur propre substance. Celte classification orgueilleuse établissait les gnostiques dansl'impeccabilité. Rxœ pneumatique, ou spirituelle par essence, ils avaient le privilège de se livrer aux plus brutales convoitises sans contracter de souillures. En possession d'une justice inadmissible, ils regardaient la foi et les œuvres comme inutiles au salut. Aussi on trouvait chez eux le désordre de mœurs le plus effrayant. Ils se livraient aux plus infâmes débauches, condamnaient le martyre comme une folie, assistaient aux repas et aux fêtes des païens, mangeaient des viandes immolées aux idoles ; et cette conduite déréglée, ils savaient la dissimuler si habilement que les fidèles s'y trompaient, au point de murmurer contrôles évoques qui repoussaient les gnostiques de leur communion. Car leur maxime favorite était celle-ci : « Connais les autres, mais que personne ne te connaisse. » On conçoit facilement l'attrait que la perversité humaine trouvait dans une pareille doctrine; aussi les gnostiques se multiplièrent rapidement dans les deux premiers siècles de l'Église, et compromirent singulièrement les vrais fidèles qu'on croyait de complicité avec eux. Les accusations d'assemblées nocturnes et infâmes, de festins homicides, d'exécrables orgies, tombaient sur les catholiques que les païens ne prenaient ni le temps ni la peine de distinguer des sectaires; et quand la persécution était allumée, les coupables allaient chercher

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