CHAPITRE V
gner de leurs larmes les lieux où leur religion avait fleuri autrefois avec tant de gloire. Saint Jérôme, qui fut témoin, de son temps encore, de cette lugubre cérémonie, disait : « Après avoir acheté le < sang du Sauveur, ils achètent leurs propres larmes, on rançonne € jusqu'à leurs pleurs. Quel triste et funeste spectacle de voir, le € jour où Jérusalem fut prise et détruite par les Romains, venir, € dans un appareil lugubre, une multitude de peuple, des femmes, f des vieillards chargés d^années et couverts de haillons, attestant € le courroux du Seigneur et par l'abattement de leurs corps et par € leurs vôtements déchirés I »
Cette catastrophe tourna néanmoins à l'avantage de l'Église chrétienne de Jérusalem. Jusque là elle avait toujours été gouvernée par des évoques convertis du judaïsme, et par conséquent attachés aux observances de la loi mosaïque. Le séjour de cette cité n'étant plus permis qu'aux gentils, l'Église se recruta parmi les conquêtes qu'elle taisait dans leur sein. D'ailleurs, en achevant la dispersion de ce peuple condamné de Dieu, cette dernière tempête donna une nouvelle force et un nouvel éclat aux preuves de la religion chrétienne, qui, d'après les prophéties, devait succéder au judaïsme et s'élever sur ses ruines (^34).
6. Loin d'ouvrir les yeux, en présence d'une vengeance divine si frappante, les docteurs juifs s'appliquèrent plus que jamais à s'aveugler eux-mêmes, et à en traîner leurs malheureux compatriotes dans la même erreur. En haine du christianisme, et pour affaiblir les preuves de la divinité de Jésus-Christ, qui ressortent si évidemment des prophéties, ils commencèrent la composition du Talmud ou doctrine, compilation énorme de leurs traditions orales. Cet ouvrage se divise en deux parties : la Mischna ou loi, qui est le texte, et la Ghémar ou complément, qui en est le commentaire. La collection entière forme douze volumes in-folio. Au milieu de fables et d'inventions puériles, on remarque une haine du nom chrétien, qui ne prend pas môme la peine de se dissimuler. Ce livre est, peut-être, le plus grand obstacle à la conversion des Juifs.
7. A cette époque, un travail d'un autre genre était entrepris, dans le même but, par un chrétien apostat. Aquila, natif de Sinope dans le Pont, était d'abord païen. A la vue des miracles opérés au
sein du christianisme, il se convertit et fut baptisé. Mais son attachement à l'astrologie, qu'il ne voulait point abandonner malgré ravis des évêques, le fit excommunier et retrancher du sein de l'Église. Pour se venger de cette injure, il se fit circoncire et embrassa ouvertement le judaïsme. Poussant plus loin les efforts de sa haine, il s'appliqua à l'étude de la langue hébraïque, et quand il en eut pris une connaissance assez approfondie, il entreprit une nouvelle version grecque de l'Écriture, prétendant corriger celle des septante. Il s'appliqua surtout à la rendre littérale, et il y réussit à ce point que saint Jérôme lui-même appelle sa traduction Vexacle par excellence. Mais le même Père lui reproche d'avoir, à dessein, affaibli les passages qui servent à établir la divinité de Jésus-Christ. 8. Tous ces efforts désespérés, pour arrêter la marche progressive de l'Église catholique, ne faisaient que lui donner une force nouvelle. Les Juifs dispersés allaient porter dans tout l'univers le témoignage de la victoire du christianisme ; les hérétiques, en se livrant aux désordres d'une vie infâme, se condamnaient eux-mêmes; les empereurs enfin achevaient de ruiner leur propre autorité par les excès de tout genre auxquels ils s'abandonnaient. L'année 138 vit mourir Adrien. Sur la fin de sa vie, ce prince était devenu mélancolique et cruel. Il fit conduire au supplice Servien, son beau-frère, et Fuercus, son petit-neveu. On dit qu'il empoisonna son épouse Sabine, et qu'il la fit ensuite mettre au nombre des divinités de l'empire. Il se plaignait de ne pouvoir mourir, lui qui faisait mourir à son gré les autres. Enfin il expira, étouffé par un excès de nourriture, maudissant les médecins, et plaisantant sur son âme. Antonin-le-Pieux, son fils adoptif, lui succéda, prince digne du surnom que ses vertus et sa reconnaissance envers son bienfaiteur lui avaient mérité. Ses belles qualités le rendirent cher aux Romains, vénérable aux étrangers et aux rois barbares euxmêmes, qui le choisirent plus d'une fois pour arbitre de leurs différends.
9. La môme année, le pape saint Télesphore termina sa carrière apostolique par un glorieux martyre. Il avait gouverné, pendant dix ans, l'Église de Jésus-Christ. Saint Hygin, converti du philosophisme, ex philosopha^ à la foi chrétienne, lui fut donné pour successeur.