‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 34 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

g «• PMlifteat de saint Hygln. (138-143.)

40. A cette époque, un Syrien, disciple de la Gnose, Cwdon, était venu à Rome, où Yalentin dogmatisait déjà, et où Marcion ne tarda pas à se rendre. Cerdon avait emprunté le fonds de ses erreurs aux gnostiques, mais leur avait donné une forme nouvelle. Condamné et excommunié par saint Hygin, il ne continua pas moins à répandre parmi les fidèles le poison de ses mauvaises doctrines. Il enseignait ouvertement les princii)es du dualisme. D'après son système, il y a deux Dieux, Tun bon et bienfaisant, Tautre juste et sévère ; Tun invisible et inconnu, l'autre visible et manifeste ; le premier, père de Jésus-Christ, le second, créateur deTunivers; celui-là auteur de la grâce, cehii-ci de la loi.

MarcionjOriginaii-e de Sinope dans le Pont, se fit d'abord son disciple. Fils d'un saint homme qui devint en&uiteévèque,ilavait été élevé chrétiennement; et, dans les premières années de sa jeunesse, il fit profession de la vie ascétique. Mais ayant eu le malheur de succomber à une passion impure, son père, sur lequel retombait son ignominie, l'excommunia et le chassa de l'Église. Malgré les instances qu'il lui adressa pour être de nouveau admis à la communion des fidèles, le saint évoque demeura inflexible, et Marcion se renditàRome. D'un esprit actif et entreprenant, il se chargea de propager la doctrine de Cerdon, qu'il avait embrassée. II y mit tant d'ardeur et de succès, qu'il effaça la renommée de son maître. Il niait que le fils de Dieu se fût réellement incarné et que nos corps dussent ressusciter un jour, parce que, disait-il, il répugnait au fils du Dieu bon de revêtir la corruption et l'impiété de la matière, et à l'âme d'avoir pour compagnon de sa gloire un corps mauvais de sa nature. Mais son système était surtout remarquable par sa partie morale. Prenant au sérieux la guerre que les gnostiqucs déclaraient au corps, Marcion et les siens jeûnaient pour mortifier leur chair ; ils prêchaient la virginité et avaient des vierges austères ; ils ne recevaient au baptême que ceux qui vivaient dans la continence. Par le même principe, ils exaltaient le martyre et prétendaient le rechercher. En évitant ainsi les impuretés des autres gnostiques, Marcion rendait sa doctrine plus dangereuse pour les esprits faibles, qui conservaient assez d'honnêteté

nalurellc pour fuir les sectes dégradées. Cette circonstance explique les progrès rapides des Marcionites en Orient et en Occident, progrès attestés par saint Justin , alors que le sectaire vivait encore.

44 . Cependant le Pape saint Hygin avait laissé vacant le siège de saint Pierre, qu'il n'occupa que quatre années (142). Il mérita le titre de martyr, que lui donne le Martyrologe romain, soit par le genre de sa mort, soit seulement parce qu'il souffrit pour la foi. Le Liber Pontificalis lui attribue l'organisation du clergé romain. Ciâconîus et d'autres auteurs rapportent aux ordonnances de saint Hygin l'origine des cardinaux, sinon quant au nom même, du moins quant aux fonctions qu'ils étaient appelés à remplir près du Pontife romain. Et môme, ce nom étant alors en usage, dans l'ordre civil, et donné par distinction aux gouverneurs de l'Asie, rien n'empêche que déjà on en ait décoré ceux des clercs que les Papes élevaient m dessus des autres.

Saint Pie !•' fut appelé au gouvernement de TÉglise, après saint Hygin.

S 9. PoMtifleat de saint Pie premier. (142-150.)

12. Malgré le caractère de douceur et de clémence qui distinguait l'empereur Antonin, les fidèles n'en furent pas moins, sous son règne, en butte à la plus cruelle persécution. L'inscription suivante, érigée au martyr saint Alexandre, dans le cimetière de Calixtc, nous en fournit une preuve. « Alexandre n'a cessé de vivre sur la « terre que pour commencer une vie immortelle dans les deux. Il « termina sa carrière sous l'empereur Antonin, qui, redevable aux « chrétiens de grands services, leur rend le mal pour le bien. Car « quiconque plie le genou pour offrir ses hommages au vrai Dieu, « est conduit au supplice. 0 temps malheureux, où nous ne pou- « vous éviter les bourreaux, môme dans les cavernes, au milieu des « sacrifices et des prières ! Quoi de plus misérable que la vie ? Et, en « même temps, quoi de plus misérable que la mort, puisqu'il n'est « point permis aux parents ou aux amis de rendre les honneurs de « la sépulture aux objets de leur tendresse ? » Ces plaintes touchantes, mêlées de résignation chrétienne et de sîiinte espérance, soula-

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