CHAPITRE V. iOI
€ reste, vous reconnaissant pour empereurs et maîtres des hommes, « et priant, qu'avec la souveraine puissance, vous ayez aussi la droite « raison. »
Enfin il aborde la partie la plus délicate de son travail, celle des griefs et des calomnies que Ton accumulait contre les chrétiens. Il ne pouvait les réfuter victorieusement qu'en violant la loi du *ccret, dont nous avons constaté Tobservation rigoureuse, dès le premier siècle. Cependant il n'était plus possible de reculer, en présence de Topinion publique, que les infamies des gnostiques contribuaient chaque jour davantage à égarer. Il est raisonnable, dit un historien, de croire que saint Justin combina cette partie de sa requête avec le Pape saint Pie P»", et que ce fut avec son assenti* ment qu'il parla aussi explicitement de certains dogmes, et spécialement de l'Eucharistie. Il expose donc la doctrine catholique sur ce sacrement et sur celui du baptême, en évitant néanmoins de donner les formules sacramentelles. « Nous ne prenons pas, dit-il, « l'Eucharistie, comme un pain commun et comme un breuvage or- € dinaire. Mais, ainsi que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ s*est « incarné, et a pris la chair et le sang pour notre salut : ainsi le « pain et le vin, sanctifiés par la prière de son Verbe, deviennent « la chair et le sang du même Jésus-Christ incarné, pour devenir « notre chair et notre sang par la transformation de la nourri- « ture. » Il donne ensuite le détail des autres circonstances qui accompagnaient l'action principale du sacrifice, et dont il pouvait parler sans inconvénient, telles que les prières, les exhortations, la lecture des livres saints, les baisers de paix, les quêtes pour les pauvres.
Après avoir achevé ce tableau fidèle des mœurs des chrétiens, et de leur conduite dans les assemblées religieuses, il termine, avec la même indépendance de langage et de pensée qu'on a pu remar- (juer dans l'exorde : « Telle est notre doctrine : si vous la trouvez « raisonnable, respectez-la; si vous n'y voyez que des frivolités, « méprisez-la ; mais ne condamnez point, à cause d'elle, des mil- « liers d'innocents. Nous pouvions vous demander justice, en vertu « de lu lettre du grand et illustre César Adrien, votre père. Nous « avons préféré ne nous appuyer que sur la bonté de notre cause
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« et la justice de cette requête. Si vous persistez h sacrifier lu vé- € rite à la fureur populaire, faites ce qui est en votre pouvoir. « Lorsqu'ils aiment mieux flatter Topinion publique que respecter € les intérôts de la justice et du droit, les princes eux-mêmes ne « peuvent faire que ce que font les brigands dans les forêts. »
16. Cette parole, qui respire la dignité et la modération de la vertu elle-même, toucha-t-elle le cœur d'Antonin? Il serait permis de le conjecturer, par le rescrit impérial dont Eusèbe nous a conservé le texte. Les fidèles de TAsieetde la Grèce, persécutés comme ceux de Rome, adressèrent également h Tempereur des plaintes sur les vexations de tout genre qu'ils' avaient à souffrir de \euvs compatriotes. Les païens rejetaient sur les chrétiens Todieux de toutes les calamités publiques, qu'ils regardaient comme une vengeance céleste, pour les outrages que les dieux recevaient chaque jour de cette secte impie. Or (U8-150), différents fléaux éclatèrent à la fois à cette époque : une famine cruelle, l'inondation du Tibre, un tremblement déterre qui renversa plusieurs villes en Asie et dans l'île de Rhodes. Les cris sanguinaires de la populace contre les chrétiens retentirent donc avec une nouvelle fureur; et, pour arrêter les effets de cette haine aveugle, Antonin se vit obligé d'envoyer aux villes d^Asie, en faveur des disciples du Christ, le décret suivant * :
« L'EmpereurTitusiElîusAdrianus, Antoninus, Auguste, Pieux, € souverain pontife, la quinzième année de sa puissance tribuni- € tienne, consul pour la troisième fois, père de la patrie, aux peu- € pies de TAsie, salut.
« ie ne doute point que les Dieux eux-mêmes n'aient soin de « découvrir les chrétiens, quelque effort qulls fassent pour se ca- « cher. En effet, ils ont à la fois et plus d'intérêt et plus de puis- « sance que vous, pour punir ceux qui refusent de les adorer. Mais € vous, qui ne cessez de molester ces gens, d'accuser leur doctrine € d'athéisme, et de leur imputer des crimes dont vous ne pouvez « ensuite fournir les preuves, prenez garde qu'au lieu de les rame-
• Tilfeinonl, Pagi er Orsi ont suffisamment prouvé qu il faut aUribuer cet édit à Fcmpereur Antonia, et non à Marc-Aurcle» son successeur, eomne l'ont pensé quelles lûslorieas» d'après Fleury.