CHAPITRE VI
on de ces dogmes tansmis dans la catholicité par le canal des tradi* fions apostoliques.
7. L'empereur Antonin était mort, après ving(r-deux années de règne (464). Marc-Aurèle le philosophe, son fils adoptif, s*empressa d'en faire un dieu, et de recueillir la succession qu'il lui laissait sur la terre. A son grand regret, il se vit obligé de la partager avec Lucius Verus, son frère adoptif, désigné, par la volonté du défunt empereur, comme son collègue à Tcmpire. Mais il s'en débarrassa, quelques années après, par le poison. L'univers était disposé à le bénir de ce crime, car, dans la courte durée de sa puissance, Ludus Verus se montra, par ses cruautés et ses débauches, l'égal de Tibère et de Néron. Dans la môme année 464, un autre prince, ioat la puissance continuait à croître à côté du palais des Césars, mcNirait couvert de la pourpre glorieuse du martyre. Le Pape saint Aoicet marqua, par sa mort, la transition du i'ègnp pacifique d'AntoBin à la quatrième persécution générale, suscitée dans l'empire par Marc-Aurèle. Le Liber Pontificalis nous apprend qu'Anîcet défendit aux clercs de laisser croître leur chevelure, selon le précepte de l'Apôtre. Il faut sans doute entendre cette ordonnance de la tonsure cléricale, dont l'institution remonterait ainsi jusqu'aux temps apostoliques. Après une vacance de quelques mois, saint 8oter fut appelé à lui succéder sur la chaire de saint Pierre, et à tonir le gouvernail de l'Église, pendant la tempête qui allait s'élever contre elle (462).
S ». Pontllleat de Baint Soter. (162-174)
8. Marc-Aurèle, en montant sur le trône impérial, y apporta des vertus privées dont l'histoire a fait l'éloge. Mais son amour pour la philosophie le rendit injuste envers les chrétiens. De l'école des Stoïciens, il n'aimait pas les disciples de la croix, par une sorte de rivalité de secte. « Il faut être toujours prêt h mourir, dit-il dans f une de ses maximes, en vertu d'un jugement qui nous soit pro- € pre, non au gré d'une pure obstination , comme les chrétiens. » Malgré la fermeté d'âme qu'il étale dans ses sentences, il se montrait le plus superstitieux des idolMres. Sur le point de partir pour une expédition dans la Germanie, il fit, durant sept jours, un festin
41â HISTOIRE GÉNÉRALE DR L*ÉGUSE.
solennel aux dieux pour se les rendre favorables. Des tables somptueuses étaient dressées dans les temples; on y servait les mets les plus exquis à leurs idoles de bois, de pierre et de métal, qui reposaient à Tentour sur de riches coussins. Il immola tant de bœufs blancs, pour cette cérémonie ridicule, qu*on fit, à ce sujet, circuler répigramme suivante : « Les bœufs blancs à l'empereur Marche Aurèle : Si tu reviens vainqueur, nous sommes tous perdus. » Dès les premières années de son règne, il adressa aux gouverneurs de Tempire le décret suivant, qui fut le signal de la quatrième persécution générale contre TÉglise :
« L'Empereur Marc-Aurèle à tous ses administrateurs et offi- « ciers:
« Nous avons appris que ceux qui de nos jours s'appellent chré- « tiens violent impunément les lois de Fempire et les ordonnances « de nos prédécesseurs. Arrétez-les ; et, s'ils ne sacrifient à nos « dieux, punissez-les par divers supplices. Ayez soin toutefois que « la justice soit unie à la sévérité, et que la punition cesse avec le € crime. »
9. La fureur populaire, longtemps comprimée par la bienveillance d'Antonin, éclata avec une nouvelle violence, aussitôt que redit sanguinaire fut promulgué dans les différentes provinces. Pendant que sainte Glycérie mourait pour la foi à Héraclée> dans la Thrace, sainte Félicité et ses sept fils étaient les premières victimes frappées à Rome par la persécution. Les pontifes païens dénoncé* rent à Marc-Aurèle rattachement de cette noble famille à la loi de Jésus-Christ. Le préfet de Rome, Publius, reçut ordre de contraindre Félicité et ses fils à sacrifier aux dieux. Amenée en particulier devant lui, la sainte veuve protesta héroïquement que ni les promesses neréussiraientàlaséduire, niles menacesà l'ébranler. « Mal- « heureuse, dit Publius, si la mort a pour vous tant de charmes, du « moins n'empêchez pas vos enfants de vivre.— Mes enfants vivront, « reprit Félicité, s'ils refusent comme moi de sacrifier à vos idoles ; « mais s'ils avaient le malheur de commettre un crime semblable, « leur mort serait étemelle. »
lie lendenmin, Félicité et ses sept fils comparurent devant le tribunal de Publius, dressé dans le champ de Mars. « Prenez pitié de