CHAPITRE VL
€ VOS enfants, lui dit le juge. Ne perdez pas, à la fleur de Vàge, « des jeunes gens d*une si belle espérance. — Votre compassion, € répondit-elle, est une impiété, et vos douces paroles une cruauté* « Mes fils, élevez au ciel vos désirs et vos regards. C'est là que Jé- € sus-Christ vous attend avec ses saints. Combattez pour vos âmes « et montrez-vous fidèles à son amour. » Â ces mots, Publius lui fit donner un soufflet. « Oses-tu bien, en ma présence, s'écria-t-il, « les exciter à mépriser les ordres de nos maîtres I » Il appela en-» suite les sept enfants Tun après l'autre. Ils confessèrent tous, avec une égale fermeté, la foi de Jésus-Christ. Les séductions de Publius échouèrent, ainsi que la menace des plus cruels supplices, sur les dignes fils de Félicité. Janvier, le premier d'entre eux, mérita, par la sainte hardiesse de ses réponses, d'être battu de verges. Félix, le second, montra la même constance. « Ceux à qui l'on veut que je « sacrifie, dit Philippe, ne sont. ni Dieux, ni tout-puissants; qui- € conque sacrifie h ces idoles muettes se précipite dans un malheur € éternel. » — « Nous savons, répondait Sylvain, quelles récom- « penses sont réservées aux justes, et les châtiments sans fin qui at- € tendent les pécheurs; c'est pourquoi nous bravons la loi de « l'homme pour observer les lois éternelles de Dieu. » — « Je suis « serviteur de Jésus-Christ, s'écriait Alexandre. C'est lui que je con- « fesse de bouche, lui que je crois de cœur, lui que j'adore sans € cesse. Ce Dieu donne à la jeunesse qui le sert la prudence des € vieillards. Pour vos divinités, elles seront, avec leurs adorateurs, € précipitées dans les supplices éternels. » Vital et Martial demeurèrent aussi inébranlables. Le procès-verbal de l'interrogatoire ayant été soumis à l'empereur, les sept héros chrétiens furent renvoyés à différents juges, pour être mis à mort par divers genres de supplice. Le premier expira, sous des fouets armés déballes de plomb. On assomma le second et le troisième à coups de bâton ; le quatrième fut précipité d'une hauteur; les trois autres eurent la tête tranchée" Enfin sainte Félicité, déjà sept fois martyre, termina sa vie par le même supplice.
40. La persécution sévissait, avec la même violence, en Asie. Une lettre célèbre, écrite par l'Église de Smyrne à celle de Philadelphie et à toutes les Églises du monde, nous a conservé les détails des
combats que les chrétiens eurent alors à soutenir contre les ennemis de leur foi, « Les martyrs étaient tellement déchirés à coups de « fouet, que leurs os restaient à découvert, et qu'on pouvait comp- « ter leurs veines et leurs artères. Touchés de compassion, les as- « sistants ne pouvaient s'empôcher de les plaindre; pour eux, ils ne « poussaient pas un soupir, pas un gémissement, comme s'ils eussent « été étrangers à leur propre corps, ou que Jésus-Christ fût lui- « môme venu les consoler par sa présence. Ceux qui avaient été « condamnés aux botes furent soumis, dans la prison, à diverses « tortures. Les tyrans se flattaient de pouvoir ainsi les contraindre à € renier leur foi. Mais les efforts de Tenfer demeurèrent inutiles. « Le jeune et courageux Germanicus signala sa constance par-des- € SUS tous les autres. Au moment du combat, le proconsul l'exhorte tait encore à prendre pitié de sa jeunesse. Sans rien répondre, « l'intrépide athlète de Jésus-Clirist s'élance d'un bond au-devant « des b;îtes, qui déchirent bientôt ses membres sanglants. Il avait « voulu sortir plus promptement de ce monde impie. Surpris et ir- « rite de ce courage héroïque, le peuple s*écria tout d'une voix : « A mort les athées I (c'est le nom qu'on donnait aux chrétiens, « parce qu'ils refusaient de sacriQer aux dieux.) Que Ton cherche « Polycarpe! »
4 4 . Le saint évéque, à l'approche de l'orage qui venait fondre sur son troupeau, s'était d'abord refusé à quitter Smyrne, qu'il évangélisait depuis soixante-dix ans. Il résista longtemps aux instances des chrétiens qui Ten suppliaient. Enfin il se laissa conduire dans une maison de campagne, aux portes de la ville. Trois jours avant qu'il ne fût arrêté, il eut une révélation divine, après laquelle il dit à ses disciples : « Je dois être brûlé vif. » Un serviteur trahit sa retraite, et conduisit, vers le soir, les soldats à l'appartement où il reposait. A la vue de cet évêque, plein de majesté, aux manières affables, aux paroles pleines de douceur et de dignité, ils furent saisis d'une crainte respectueuse, et, s'étonnant de l'acharnement des magistrats, plusieurs regrettaient d'être venus arrêter ce divin vieillard. Le disciple de saint Jean fit, d'après l'ordre du proconsul, son entrée sur un âne dans sa ville épiscopale, comme le Christ dans Jérusalem. Le peuple criait : « C'est le docteur de l'Asie! le père des chrétiens, le destruc-