‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 47 sur 190 · CHAPITRE VII. i'iCj · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. i'iCj

chrétien ne pouvait servir de prétexte au grief d'unions incestueuses, dont on chargeait les disciples de Jésus-Christ. C'était donc Fhérésie qui arniait le bras des païens, et livrait les chrétiens à leur fureur. Le nouvel ^orage sévit plus particulièrement dans les Gaules, qui donnèrent alors à l'Église les prémices de leurs martyrs. Les chrétiens de Lyon et de Vienne eurent surtout h souffrir de la cruauté des persécuteurs. Suivant latouchante coutume qui s'était établie, d'envoyer aux autres églises la relation des combats soutenus pour la foi, les confesseurs de Lyon envoyèrent, à leurs frères d'Asie, une lettre dans laquelle ils racontaient la lutte glorieuse de leurs martyrs. Eusèbe nous a conservé ce monument de charité et de foi, aussi remarquable par la pureté et le charme du style, qu'intéressant par le fond même du sujet. « L'animosité des païens était telle contre nous, € disent-ils, que l'on nous chassait des maisons particulières, des € bains et des places publiques. Notœ présence, en quelque lieu

< que ce fût, suffisait pour attirer contre nous les outrages de la « multitude. Les saints confesseurs supportèrent, avec la plus géné- « reuse constance, tout ce qu'on peut endurer delà part d'une popu-

< lace insolente, les vociférations injurieuses, le pillage de leurs

< biens, les insultes, les coups de pierres et les autres excès, aux- € quels se porte un peuple furieux, contre ceux qu'il regarde comme € ses ennemis. Traînés au Forum, et interrogés par les magistrats, « ils confessèrent hautement leur foi et furent jetés en prison, jus* € qu'à l'arrivée du gouverneur. Dès que celui-ci se fut saisi de cette € affaire, il lit arrêter les chrétiens les plus distingués, et les plus « fermes soutiens des deux églises de Vienne et de Lyon. La fureur

< de la multitude, du gouverneur et des soldats s'acharna particu- € lièrement contre Sanctus, diacre de Vienne ; Maturus, néophyte « plein de courage et de zèle ; Attale, originaire de Pergame, un « des plus intrépides défenseurs de la foi, et contre Blandine, jeune € esclave, délicate et faible, qui trouva, dans sa constance, asse;^ de « force pour lasser les bourreaux chargés de la torturer, à tour de

< rOie, depuis le matin jusqu'au soir. Après lui avoir fait soulTrir « tous les genres de supplices, ils s'avouèrent vaincus, ne corapre- « nant pas qu'elle respinlt encore après mille espèces <le tortures, « dont une seule étsiit capable de lui arracher l'âme. Le diacre Saiic-

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« tu» ne se montra pas moing inébranlable dans «^ foi. A toittai lea € interrogations du gouverneur sur son nom, son origine, s^ pa^ie, « il ne voulut répondre que par les mots : Je suis chrétien. On Qt f fougir au feu des lames de cuivre, qu*on appliqua aux end^^its « les plus sensibles de son corps. Le saint martyr vit râtir ainsi sa « chair, sans changer de posture, parce que Jésus-Christ, source de « vie, répandait sur lui une rosée céleste, qui le rafraîchissait et la « fortifiait. Quelques jours après, les bourreaux le soumirent à de « nouveaux tourments, quand Tinilammation de ses premières plaies « les rendait si douloureuses qu*il ne pouvait souflrïrle plus léger « attouchement. Son corps tout rompu par la douleur, loin de syc- € comber à cette nouvelle épreuve, reprit sa souplesse accoutumée, « de sorte que les dernières plaies devinrenti par la grâce de Jésus^ c Christ, un remède aux premières. Enfin on condamna les héroïf ques confesseurs auxbétes. Maturus et Sanctus, exposés les prec miers dans Tamphithéàtre, furent d'abord frappés de verges : on « les fit ensuite asseoir sur une chaise de fer, rougie aufi^u : leur « chair brûlée répandait une odeur insupportable ; mais les specta- « leurs n*en étaient que plus ardents i demander de nouveaux sup- « piices, pour dompter cette patience inépuisable. On les abandonna « aux morsures des bétes, et ils foumireat ainsi, pendant un jour c entier, le cruel divertissement que plusieurs couples de gladia- « teurs donnaient ordinairement au peuple. Gomme, après tant de « tourments, ils respiraient encore, les bourreaux furent obligés de

< les égorger sous Tamphitliéâtre. -* Attale était connu du peuple, € comme un athlète intrépide de la foi. Les spectateurs demandèrent « donc, à grands cris, qu'on l'introduisttdansrarène.Pour satisf^ne « leur rage aveugle, le saint martyr fut amené. On lui fit faire le tour « de l'amphithéâtre, avec un écriteau portant en ii^, ces mots : C'e$(

< Âîtale le chrétien. Avant d'être exposé aux bêles, il fut appliqué « sur la dmise de fer enflammée. P^sidant qu'on l'y grillait et que € l'odeur de cet holocauste humain se répandait au loin, il disait au « peuple, en répondant aux accusations d'bomieide portées contre les « chrétiens: C'est vousHmêmes qui faites rAtir de la chair humaine « comme pour en manger. Mais nous, nous ne mangeons pas « d'hommes, et notre religion nous défend tous les eiimes. -^ Blan-

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€ dîne, Oemeurée la dernière de cette h^nnque société (le maftyn, c entra dans la carrière avec autant de joie qw s| elle fût allée ^ qn c festin nuptial. Aprè3 qu'elle eut souffert les fouets^ les mqr^Qrea c des bêtes» 1^ chaise de fer, on l'enferma dans ui| fil|»(, et on }{i j^- « sentaàun taureau, qui la lança plusieurs fois ^^ V^ir, |I|t||i \n € sainte, occupée dp Fespérance que lui donqait sa (pi, s'entretenait « ^Yec Jésus-Cbrist et n*était plus sensible aux toiirmept^. ÇpOp )'çp « égorgea cette innocente victipie ; et les païens eux-mé(QPs ayoi)^- « rentqu'ils n'avaient jamais vu une femme sou^rirdesi|)orribl^$ t tortures avec un semblable courage.

2. « Le disciple de sai^t Polycarpe, le veillard saint ^Qtbio» pr§- « mier évèque de Lyon, rendit, par sa mort, témoignage {i Is^ fo\ q^*!) « avait apportée en cette ville. Agé de plus de quatre-vingt-4i^ ans, € il était actuellement palade : op fut obligé 4e le porter devant 1^ € tribunal. Il semblait que son ân^ ne den^eufât att^J[)ée k son « corps, que pour servir au triomphe de Jésus-Ctirist. Pendant quç c les soldats le portaient, il était suivi par une foule 4^ pevple qyi « vociférait nulle injures contre lui. Mais ces outrages ne pvrent € ébranler Iç saint vieillard, ni Tempécher de çonfp^ser hauteiqefit ^ « foi. — Quel est le Dieu des chrétiens ? lui deipapda le goyverneyr. « — Vous le saurez si vous en êtes digne, répondit Tintrépide évé- « que. — Aussitôt, sans respect pour son âge, il est indignement % maltraité par la populace en furie. Ceux qui pouvaient approcher « de lui, le frappaient à coups de poing et de pied : les plus éloignés « lui lançaient tous les projectiles qui se rencontraient sous leurs € mains. Ils se seraient reproché, comme un crime, de ne pas insul- « ter le saint vieillard, pour venger sur sa personne l'honneur de leurs « dieux. Après avoir supporté, sans faire entendre une plainte, cet c Imrrible traitement, saint Potbin fut jeté en prison^ où il mourut, « deux jours après, 4e ses ble^ures. > Saint Irénée lui fut donné pour suecesseur sur la chaire épiscopalç de Lyon. Il se rendit à Rome, pour y recevoir la consécration poj^tificale, des mains du pap saint ÉJeutbère. Un autre sujet avait encore nécessité ce voyage, ^s erreurs de Montan et les fausses prophéties de Priscille et de MaximiUa menaçaient de se répandre dansips Gaules. Quelques chrétiens, même parmi Je$ confesseurs de la M, avaient donne «les exem-

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pies d'abstinence qui semblaient se rapprocher, par leur scrupuleuse austérité, du rigorisme erroné des hérétiques. C'était pour informer le Souverain Pontife de cet état de choses et en recevoir les avis, que saint Irénée entreprit le voyage de Rome, chargé des lettres du clergé et des fidèles de Lyon pour le Pape.

3. La persécution continua, avec la même violence, contre cette chrétienté sans pasteur. Aucune retraite ne pouvait dérober les victimes aux recherches des bourreaux. Deux Jeunes gens, Alexandre, Grec d'origine, et Épipode, Lyonnais, h la fleur de Tâge, s'étaient étroitement unis par les liens d'une sainte amitié. Appartenant tous deux à des familles illustres, suivant les mômes éludes, ils s'excitaient mutuellement à la piété, et se préparaient au martyre par la pureté de leur vie, l'innocence du cœur et les œuvres de charité et de miséricorde. Retirés, au commencement de la persécution, dans le bourg de Pierre-Encise, près de Lyon, ils vivaient ensemble, dans la solitude, chez une veuve chrétienne qui leur avait offert un asile. Découverts par les satellites du gouverneur, ils sont jetés en prison et conduits trois jours après au tribunal, les mains liées derrière te dos, comme de vils criminels. Sur la demande du magistrat : « Nous sommes chrétiens, répondirent-ils avec un égal cou- « rage. — A quoi donc ont servi les tourments de ceux qui ont et*» « mis à mort, s'écria le juge irrité, si l'on ose encore parler du « Christ ! » Faisant ensuite séparer les deux amis, pour qu'ils ne pussent s'exhorter l'un l'autre à demeurer fidèles à leur Dieu , il s'adressa d'abord à Épipode. « Le crucifié que vous adorez, lui dit- « il, interdit la joie et les plaisirs, qui font le charme de la vie ; nos « dieux, au contraire reçoivent nos hommages joyeux, au milieu « des festins et des fleurs. Quittez donc une austérité insupporta- « ble pour les jeux agréables de la jeunesse. — Chez les chrétiens, « répondit le généreux martyr, l'âme commande : le corps obéît. « Les infamies, par lesquelles vous croyez honorer vos idoles, vous « rendent dignes de la mort éternelle. » Le juge, ares mots, lui fit donner des coups de poing sur le visage. La bouche ensanglantée, Épipode criait encore: « Jésus-Christ est mon Dieu, un seul Dieu « avec le Père et le Saint-Esprit. » On retendit sur le chevalet, et deux bourreaux s'approchèrent pour lui déchirer les flancs avec des

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